« Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église».


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« Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée ».

Victo Hugo « Notre-Dame de Paris »

Le drame que nous venons de vivre, cette catastrophe terrible, touche tous les Français et sans doute tous les Européens, il a des répercussions dans le monde entier et tous s’attristent, quelques soient leur religion ou leur culture, de la perte de Notre Dame. Cette solidarité est émouvante, la France est encore un phare ; Paris est une ville lumière…

Cette tragédie ne touche pas les seuls catholiques. Naturellement ils sont endeuillés, au seuil de cette Semaine Sainte comment de pas entendre leur peine ? Mais beaucoup de ceux qui ne sont pas croyants se retrouvent dans la pensée de Victor Hugo, l’apôtre de la « religion universelle ». Ils ont grandi avec ses personnages et, avec la toiture de Notre Dame c’est Quasimodo, le bossu magnifique, qui disparaît dans les flammes. La cathédrale de Paris, bien sûr c’est un édifice religieux mais c’est aussi un patrimoine commun. Sans doute le monument le plus emblématique de notre pays, tant d’événements se sont déroulés sur son parvis… les scènes de la Révolution et celles de la Commune, le sacre de Napoléon, puis la Libération de Paris ; l’enterrement du Général de Gaule et plus tard les obsèques de François Mitterrand… Quel monument symbolise mieux que ce vaisseau embarqué sur la Seine l’universalité de la France ? Cette « France Éternelle » à laquelle nous sommes fiers, à juste titre, d’appartenir.

Reconstruira-t-on Notre Dame ? N’est-ce pas une illusion bien de notre époque que de croire que l’on peut bâtir deux œuvres d’art à l’identique et qu’il suffit de monter une ou plusieurs cagnottes en ligne pour cela… Pourrait-on repeindre la Joconde si par malheur elle brûlait ? Le sourire de Mona Lisa serait-il le même ? La perte est irrémédiable, définitive. On bâtira autre chose ; une sorte de mémorial, une copie au mieux. Il faut le faire mais il faut avoir conscience qu’on ne vit pas deux fois et qu’il en est de même pour les monuments. Certes on a relevé la cathédrale de Reims détruite par les canons allemands pendant la guerre de 14, mais la nouvelle n’est plus l’ancienne.

Il faut avoir conscience de cela et aussi de l’énormité du chantier car le savoir des bâtisseurs s’est perdu. La cathédrale de Paris ce n’est pas une tour de Manhattan ou d’Abou Dhabi. La générosité des donateurs petits ou grands est louable et bien incompréhensibles sont les fâcheux qui pointent du doigt ces donateurs fortunés qui mettent la main à la poche très largement. N’ont-ils pas une vocation de mécènes et sans eux que seraient devenus tant de tableaux, de sculptures et l’existence de tant d’artistes elle-même ? Ils sont là dans leurs rôles et il est mal venu de critiquer les Pinault, Arnaut et autres milliardaires pour leur générosité. Comme le dit le proverbe populaire : « à cheval donné on ne regarde pas les dents ».

Ces événements tragiques devraient nous faire réfléchir comme français et comme européens. Prendrons-nous du recul sur nos obsessions dérisoires : le matérialisme, la consommation, le confort, l’égoïsme ? Nous détournerons-nous de nos superficielles utopies : l’animalisme, le cosmopolitisme ou le transhumanisme, pour ne citer que celles pointées par le philosophe Francis Wolf dans un ouvrage récent ? Prendrons enfin nous la distance qui s’impose face à la société du spectacle ? A la télé et aux médias en général ? Ce drame nous aura-t-il montré que la spiritualité qu’elle soit laïque ou religieuse est au centre de l’univers.

Une ultime pensée pour ces milliers de bâtisseurs de cathédrales qui se sont sacrifiés, usés à la tâche pour réaliser leur idéal : bâtir un édifice qui soit le temple de la foi et de la beauté… Un ouvrage qui  demanda plusieurs siècles de travail acharné avant de s’achever et qui, on l’a vu hier, s’effondrera, pour partie, en quelques heures…

Pierre Vidal

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