Lescar et Serres-Castet : Destins parallèles ou divergents ? (*)

SCoTduGrandPauSerres-Castet est devenu une polarité pour la périphérie Nord de Pau. N’est-elle pas dans la situation de Lescar il y a trente ans ? L’agglomération paloise, déjà très étalée, ne va-t-elle pas continuer à s’étaler encore davantage suivant un processus apparemment immuable?

Lescar a fonctionné comme une polarité à l’Ouest de Pau pendant plus d’une génération.
La création et le développement du Centre Commercial  en est l’exemple emblématique (**).
Mais Lescar a été rattrapée par l’urbanisation de la périphérie proche de Pau et s’y trouve noyée. La polarisation n’a pas produit un ensemble cohérent.
Les fonctions urbaines sont complètement séparées. Le centre historique a même laissé filer la mairie. Une urbanisation commerciale type « boîte à chaussures » continue de courir le long de la RD 817 et tend même à s’échapper au-delà d’Euralis.
Lescar n’a-t-elle pas raté, dans les années 90, un destin de porte de l’agglomération paloise et de centralité majeure de toute l’aire d’influence de l’Ouest, voire du Nord de Pau ?
Lescar n’a-t-elle pas utilisé sa situation comme une rente ?

Le centre commercial vieillit et paraît condamné à péricliter. La gestion de son obsolescence sera préférée à sa modernisation. Le développement d’un centre commercial plus « tendance » est d’ailleurs envisagé à l’Est de Pau, soi-disant pour équilibrer l’offre commerciale.
L’expansion urbaine depuis Pau, s’est également accompagnée de la création de voies rapides  tracées au milieu d’un tissu pavillonnaire ou rapidement étouffées par l’urbanisation. Enfin la rocade actuelle enserre une surface presqu’équivalente à celle qu’enserre le périphérique parisien ; à la densité de population près…
L’agglo paloise nage dans un habit bien trop grand.

Ce processus d’expansion périphérique ne pourrait-il pas s’appliquer à Serres-Castet, et plus précisément  à la conurbation qui s’est constituée autour de ce bourg à moins de 10 km au Nord de Pau? La conurbation de Serres-Castet utilise sa situation (proximité de l’aéroport, coteaux remarquables et attrait résidentiel) comme un levier de développement économique et résidentiel dont le point d’appui n’est autre que le cœur d’agglo.
Comme Lescar dans les années 80-90 ou en mieux ?

Malgré cette interdépendance avec Pau, Serres-Castet  a préféré lier son destin à celui du bassin du Luy de France plutôt que de rejoindre l’agglo. Néanmoins, les terres noires du Pont-Long continuent d’être attaquées depuis le Bruscos (***) vers le Sud. La trame des voies rapides qui sillonnent le Pont Long va se prolonger vers le Nord avec le projet de hauban, actuellement déclaré d’utilité publique.
Ce faisant  Serres-Castet ne rééquilibre-t-elle pas, à sa manière, l’activité de l’agglomération paloise ?

Serres-Castet réalise, côté Nord du Pont-Long, ce que d’autres par exemple rêvent pour la zone de l’échangeur, voire Berlanne, Pissard-Santarelli ou Auchan. En plus, la nouvelle ZAC de Thèze qu’il faudra bien remplir,  siphonnera aussi des activités de l’agglo, pourtant bien pourvue en foncier d’entreprise.
Toutes ces extensions continueront à agrandir l’habit de l’agglo. Elle pourra y gigoter encore davantage.

Lescar regrette, peut-être, de n’avoir pas su se forger le destin que Serres-Castet semble forcer. D’ailleurs le Schéma de Cohérence Territoriale du Grand Pau, conforte Serres-Castet comme centralité majeure à la périphérie Nord de d’agglomération Paloise.
Mais si le SCoT avance des principes d’aménagement intéressants (****), il ébauche une organisation territoriale ambiguë. Il mélange les échelles.

Le SCoT ambitionne (considère ou feint de considérer) Pau comme une grande ville au centre d’un archipel de polarités majeures et secondaires. Or Pau est une ville moyenne et les polarités ou centralités du Grand Pau ne constituent, pour l’essentiel, que  des bourgades.
En fait Pau appartient au réseau de villes moyennes du bassin de l’Adour qui sont entourées de petites villes et de petits bourgs.

En attendant de trouver un modèle d’organisation adapté au bassin de vie de Pau, voire au bassin de l’Adour, le centre d’agglomération laisse à penser que la doctrine libérale voire le « laisser-fairisme » ou l’« affairisme », gouvernent l’économie urbaine.

– par Larouture

(*) Cette contribution développe un commentaire sur l’article de Pier U ; L’ingénieux Christian Don Lainotte de Lescar ; AltPy; 5-11-2014

(**)Se souvient-on encore de l’aventure « Squale » ?

(***)Voir Daniel Sango ; Destruction de terres agricoles à Sauvagnon ; AltPy; 15-09-2014.

(****)Voir hommages à Michel Corajoud : « Partir du paysage pour penser la ville me semble une démarche fondatrice extrêmement pertinente. »

Le système de pôle régional est-il pernicieux ?

Le treillage EuropéenCet ancien système de pôle régional serait-il pernicieux ? Attirerait-il tous les intérêts économiques, au détriment du reste du territoire ? 

Les pôles (régionaux ou nationaux) attirent les intérêts économiques parce qu’ils constituent des « écosystèmes » particulièrement performants, capables d’interactions positives. Ils tirent profit de la mondialisation. Le développement se fait ainsi, partout dans le monde depuis des siècles.
Tous les territoires régionaux ne peuvent pas agglomérer toutes les compétences même si les vitesses sont accrues dans tous les sens ; ce qui est d’ailleurs une illusion. Dans les territoires, tout un ensemble de revenus (retraites, sociaux, publics, tourisme, loisirs par exemple) existent également. Il crée une économie souvent florissante. Les régions s’appliquent d’ailleurs à capter ces revenus sans trop se soucier de savoir comment ils sont produits.

Il est maintenant établi que revenus et création de richesses ne se localisent pas au même endroit. Les richesses créées dans les métropoles se retrouvent distribuées dans les provinces plus efficacement qu’on ne le pense généralement.
Le cliché de « Paris et le désert français » publié en 1947 et sa traduction par le dogme de l’égalité des territoires ont la vie dure. Les métropoles ont plutôt été affaiblies par plus de trente années de régionalisation. La réforme régionale dont le principal objectif est le « redressement productif », ne fait que corriger cette situation. Mieux vaut redistribuer des richesses créées dans le pays par des métropoles, naturellement  efficaces, que de continuer à emprunter.

Certes, il faut aussi tenir compte des effets de 20 à 30 ans de déficits publics, de remodelage du territoire (souvent délocalisations ou migrations à l’échelle du pays) ainsi que des effets négatifs de la mondialisation.  Des problèmes humains, des frustrations et des inquiétudes (bas salaires, emplois précaires, écarts de revenus, prix élevés du logement par exemple) existent. Ils demandent, à défaut de réponses impossibles à court terme, des perspectives ; parfois des boucs émissaires.  Cette « déprime » n’épargne pas non plus notre territoire qui n’est pourtant pas des plus mal loti.
En plus, nous dit-on, il faudra tenir compte du réchauffement climatique, de la fin de l’énergie bon marché, de la réduction de la biodiversité ainsi que celle des espaces agricoles et naturels. On nous annonce également la fin d’une situation de plein emploi (au sens encore actuel) et l’avènement de  la mobilité comme valeur dominante du XXIe siècle.

La réforme des régions donne la priorité à l’accroissement du « PIB dit compétitif ». Ainsi un réseau Toulouse- Barcelone- Marseille- Lyon sera vraisemblablement plus productif qu’un réseau Bordeaux- Bilbao- Saragosse.
Les autres problématiques nécessiteront peut-être une adaptation du schéma proposé.
Mais les élus suivent les évolutions davantage qu’ils ne les provoquent.
Aussi les territoires  devront montrer leur capacité à coopérer et non à se concurrencer ou encore à mettre en application des modèles territoriaux prospectifs ; mosaïques de projets (adapté aux pays de l’Adour), Interface entre métropoles et périphéries (adapté à Bordeaux ou Toulouse) par exemple.
En attendant, il est important que l’Etat assure le contrôle de l’application de la réforme actuelle, de ses effets ainsi que des corrections nécessaires.

– par Larouture

PS : Article inspiré par les échanges entre MM. Sango et Lacanette, suite à l’article de
M. Boutin du 16/07/2014, «  Réforme territoriale : N’oubliez pas les Pyrénées-Atlantiques ! ».

Illustration : Le treillage Européen, ©R.Brunet,  Mappemonde 66 (2002.2)

L’identité du Béarn vue d’un village du Soubestre

Décor  paysager d'une assiette A@PLa fierté de posséder de beaux paysages ainsi qu’une histoire fonderait une identité et constituerait un atout essentiel pour affronter l’avenir. S’approprier cette thèse n’est pas immédiat. En Soubestre le développement parait avoir d’autres fondements que la beauté des paysages ou l’histoire. Cependant la foi en l’avenir n’est plus inébranlable.
De nouveaux déterminants du développement se mettent en place.

Les paysages de mon village appartiennent aux « Versants Remarquables » des Luys.
Leur qualité est loin de représenter un facteur crucial de développement pour la majorité des habitants. Pourtant des générations ont construit ce décor qui est maintenant considéré comme un cadre transparent et étroit à la fois. Alors que l’art des anciens compagnons est souvent vanté, la tolérance à la laideur l’emporte fréquemment lorsqu’elle apparaît source de rentabilité. Bouleverser des espaces exerce même une certaine fascination. Sauf comme décoration, un beau paysage ne remplit pas une assiette.

L’histoire du village s’identifie à celle d’une ancienne Abbaye-Laïque. Elle n’est pas davantage reconnue comme facteur de développement. Elle est tout simplement ignorée. Pourtant l’Histoire de Fébus ou d’Henri IV, voire celle de petites baronnies, témoignent d’un niveau de civilisation avancé. Mais le monde a évolué. Les ingrédients et les recettes de la grandeur passée seraient forcément obsolètes. Pour beaucoup, le passé est synonyme de difficultés, de sacrifices et de souffrances. « Remuer le passé » ne servirait à rien et équivaudrait à réhabiliter la bicyclette ou la bougie, voire à retourner à l’âge de pierre.

La foi en l’avenir a conduit à un relatif désintérêt pour le passé ou pour l’environnement paysager. Cette foi en l’avenir est certainement portée par l’individualisme qui caractérise, entre autres, le monde paysan. L’intérêt général est davantage constitué par la somme d’intérêts individuels, souvent portés par le clan dominant, que par l’intérêt de la Société. Mais l’avenir n’apparait plus synonyme de bénéfice. Le progrès a un coût de plus en plus ressenti. Et puis, même le « temps se détraque ».          Les chemins du développement, suivis depuis des décennies, semblent incertains. En écho à ces doutes, le « loto-fientes », le concours du cri du cochon ou le vote FN se répandent en Soubestre. Un besoin d’enracinement dans une identité est manifeste.

Mais l’esprit de tolérance, la convivialité, les usages, le soin apporté aux personnes, aux maisons, aux jardins ont aussi de l’importance en Soubestre. Le matérialisme n’est pas la réalité profonde de la ruralité. Le besoin d’harmonie reste essentiel.
L’engouement pour la généalogie témoigne également d’un besoin de renouer avec l’histoire. Toutes les semaines, aux beaux jours, les pèlerins défilent par centaines sur le chemin du Puy-en-Velay. Des déterminants du progrès se mettent ou se remettent en place.

Réhabiliter l’intérêt général parait également nécessaire. Un retour au « bien commun » est souvent invoqué. Encore faudrait-il que cette notion, comme d’ailleurs celle du « penser global et agir local », voire du « développement durable », soit bien approfondie.

– par Larouture

PS : Les lectures d’articles dédiés à l’identité occitane sur le site A@P, des publications de  Laurent Davezies, Michel Houellebecq,  Axel Kahn et Jean Lassalle, accessoirement la vie politique régionale et nationale ont inspiré cet article.

 

 

Le dernier commerce d’un village du Soubestre

Le café BonhommeLe dernier commerce de mon village, un Café-Tabac, a un nom occitan signifiant « bonhomme » ; ce qui sied bien à un café. Le café a été le témoin et aussi le pouls de la vie du village pendant de nombreuses décennies. Les temps ont changé. Son utilité n’est plus reconnue pas la majorité du village. Sa disparition est inconsciemment acceptée.

Jusque dans les années 80 le village comptait également un café-restaurant qui a fermé ainsi qu’une boulangerie-pâtisserie qui a migré vers un bourg voisin. Le café « Bonhomme » a repris les activités, débit de tabac et dépôt de gaz, de la boulangerie-pâtisserie.
Historiquement le café était un lieu principal de socialisation. La semaine, il avait ses habitués. Le dimanche, l’apéritif dominical et les parties de belotte ou de quilles suivaient l’office de 11h. Ces occupations reprenaient après les vêpres. Les hommes célibataires rejoignaient le café alors que les filles qui avaient replié leurs mantilles dans leur sac à main, retrouvaient le chemin de la maison d’un pas alerte.
Chaque café accueillait, à tour de rôle, la fête patronale annuelle ainsi que les apéritifs des mariages. Dans la période de l’entre-deux guerres, la consommation annuelle de vin de chaque café était de l’ordre de 3000 L. La concurrence entre les deux cafés était sévère. Par exemple des habitués d’un café étaient envoyés dans l’autre pour compter et identifier les consommateurs.

Mais l’arrivée de la voiture et de la télévision, la création de salles polyvalentes de plus en plus aménagées, notamment avec cuisines et salles de réception, ont mieux répondu à l’évolution des facteurs de socialisation de la population rurale.
Pourtant Maïté accueille toujours les clients au bar-tabac transféré dans la pièce qui autrefois abritait l’ancienne épicerie familiale.
L’épicerie et le commerce ambulant, la grande salle du café sont fermés depuis longtemps. Le plantier où se pratiquait le jeu de quilles de neuf est fermé depuis plus longtemps encore. Maïté représente la troisième génération qui exploite ce commerce à la suite de ses parents et grands-parents. Il n’y a pas si longtemps, 4 générations ont cohabité sous le toit du café.

Ouvert 7 jours sur 7, le café est connu de tous les fumeurs des alentours. Le Bar-Tabac est particulièrement bien tenu et les clients se sentent en confiance. Les habitués ont leur bière ou leur « pinton » (1/2 L de vin blanc) qui les attend dans le vieux « kelvinator » où ils vont se servir directement. Les bruits (« clac/cloc »), très caractéristiques de l’ouverture et de la fermeture de l’armoire froide, raisonnent alors dans la petite pièce du Bar. Si l’ambiance est familiale, une certaine rigueur est de mise.
Je m’y rends chaque samedi. J’apprends quelques nouvelles du village et je croise souvent des clients dont j’ignorais l’existence. Les échanges impromptus constituent toujours un moment convivial et enrichissant. Certains clients ont eu des parcours particuliers mais c’est aussi de la générosité, voire du courage qui émane de ces personnes.
Pendant ce temps, la retraite approche à grands pas pour Maïté. Le futur du café est donc incertain.

Pourtant le Café-Tabac assure une fonction sociale. Mais cette fonction est ignorée par la grande majorité des résidents du village qui ne le fréquente plus guère. Le devenir de cette fonction sociale ne préoccupe pas davantage les édiles locaux qui ne lui accordent aucune reconnaissance morale et matérielle. Par exemple aucun rassemblement communal ne se termine au café « Bomy ».
D’ailleurs la municipalité est restée inerte lorsque le bâtiment et son enclos, situés entre le café, la mairie et l’église, a été vendu après une saisie. Il a été acheté à vil prix par un spéculateur qui, un an après, s’est appliqué à faire la culbute avant de disparaitre comme il était venu. Ce petit ensemble aurait pourtant pu permettre des aménagements simples du centre-bourg et des abords du café.

La prochaine municipalité et la Communauté des Communes, se soucieront-elles de la maîtrise foncière dans les communes ? Au minimum, la municipalité achètera-t-elle la licence du débit de boisson ?
Elle pourrait ainsi servir légalement de l’alcool lors des réceptions.

– par Larouture

Périurbain : Prospective d’un village du Soubestre à mi XXIe siècle

A@P Prospective village SoubestreLe périurbain, grand gagnant du développement démographique de la fin XXe et du début XXIe (1), a longtemps suscité défiance et incompréhension. Mais son existence a bien fini par être reconnue. Un projet territorial a été élaboré pour chaque intercommunalité, suivant les scénarios 2040 (voir annexe) identifiés par la DATAR (2) en 2010 et mis en application.

La situation de mon village (Note 1), à mi-XXIe siècle, se présenterait ainsi :

Le niveau de population se stabilise autour de 245 habitants, seuil fixé par le SCoT intercommunal. A noter que les avantages fiscaux liés à la construction de pavillons neufs ont été réduits et que le dumping foncier dont usaient les périphéries fonctionnerait plutôt à l’avantage des zones denses.

L’ère du plein emploi est révolue. La mobilité professionnelle ou résidentielle (adaptabilité) constitue le facteur social majeur comme le travail l’a été au siècle dernier (3).
Le télétravail, le covoiturage et l’auto partage se sont généralisés. La voiture a perdu sa fonction « statut social » pour sa fonction utilitaire.

Les modes d’habiter sont caractéristiques des espaces périurbains intermédiaires (4) :
1- Une majorité de résidents s’approprie les usages locaux ainsi que l’espace périurbain, voire les centralités selon leur taille. Mais cette appropriation est de plus en plus différenciée suivant les catégories socioculturelles ou générationnelles (Note 2). En outre, pour une grande partie de cet éventail de population, les réseaux familiaux sont prépondérants.
2- Une minorité (isolés et reclus, repliés et/ou éloignés des zones d’emploi) est bloquée dans un espace restreint.
3- Une autre minorité, à l’extrémité opposée de l’échelle sociale, évolue dans un espace géographique très large.
Ces deux minorités ont tendance à croître et globalement, les disparités sociales augmentent.

Les collectivités gèrent des flux. Les déménagements sont fréquents. Leur complexité et leur coût ont été allégés pour faciliter l’accès à l’emploi. Des pavillons restent ainsi inoccupés pendant plusieurs mois mais retrouvent toujours preneur.
Le territoire correspond davantage à un ensemble de réseaux qu’à un espace géographique.

L’attachement au village est affecté. La collectivité essaye de retrouver ce qui fait lien (3).
L’insécurité dans les campagnes ne diminue pas. Un projet d’équipement des 8 entrées du village par des portiques de surveillance et de péage fait l’objet de discussions acharnées.

La Politique Agricole Commune n’existe plus mais la France est toujours un axe important du « capitalisme nourricier » (3). Les terres les plus fertiles (Ribeyres) attisent la convoitise d’opérateurs ou d’investisseurs pas forcément locaux, voire la spéculation.
Dans plusieurs parties du village, la situation tend vers celle de la « Haute Lande » (Note 3) où les habitants vivent dans un environnement qui ne leur appartient pas ; des propriétaires forestiers n’habitent même pas la région.

Le village subit aussi la concurrence des villes et des bassins d’activités. Les ressources des espaces naturels comme la biomasse (Bois-énergie, biogaz par exemple) ainsi que les espaces récréatifs et de villégiature (5 p. 395) sont âprement convoités.

Les exploitations familiales, toujours en nombre restreint, s’orientent vers des productions « Bio », du terroir et vers les circuits courts, de préférence en auto-certification.
Les prés retrouvent vaches et moutons. Les chevaux de selle n’ont jamais été en si grand nombre. L’agroforesterie se développe, notamment pour héberger le petit élevage.

Pour conforter ces nouveaux types d’activités et encourager de nouvelles installations, les collectivités tentent de constituer des réserves foncières ; sorte de retour aux « communaux » à la mode « Projets Publics Privés » avec une exploitation en « régie ».
Ce dispositif tend à suppléer le statut du fermage dont la faillite a précipité son abrogation.

Cette maîtrise foncière permet également de garder un minimum de contrôle sur les ressources locales, naturelles ou paysagères (Note 4) ainsi que sur l’état du bâti ancien ou nouveau. Il est maintenant reconnu que, plus qu’un joli cadre, le paysage est un facteur crucial de développement. (6)

A noter que la qualité du paysage intègre aussi la diversité faunistique et floristique ainsi que la qualité de l’air, des sols, de l’eau, voire des senteurs, du silence ou de l’obscurité (8).

Aussi des projets de développements, basés sur les convivialités, les relations sociales et les solidarités (7) ainsi que sur les activités culturelles, sportives et de loisirs, ont pu être menés à bien (Note 5).

La collectivité a maintenant conscience que la ressource financière publique est limitée et que la solidarité entre territoires ne peut plus être automatique. Elle a admis que l’efficacité des territoires prévaut sur leur égalité. (9, 10, 11). Elle a compris que les territoires doivent affirmer leur singularité (7, 10,11) et d’abord compter sur eux-mêmes.

– par Larouture

Note 1 : Village du Soubestre, situé à 35 km de Pau et 20 km au Nord du bassin de Lacq-Orthez)

Note 2 : C’est le cas de l’appropriation de l’espace géographique et de sa durée. Par exemple pour certains, la ville est un lieu de méfiance, surtout si elle est grande et même si elle parfaitement accessible. Pour d’autres cette appropriation des espaces périurbains correspond à des périodes de vie variables.

Note 3 : Voir aussi la situation de la vallée du Mars (Cantal)

Note 4 : Par exemple projet APPORT paysages agricoles. Des outils pour des projets de développement durable des territoires (www.agriculture-et-paysage.fr).

Note 5 : A l’avènement d’une ère « post pétrole » et grâce à une action publique forte, le village est autosuffisant en eau et énergie.
Le modèle d’exploitation et de diversification du Gaec « LCDC » a fait école, y compris auprès de l’artisanat qui continue à être prospère.
La motte et la basse-cour féodales ont été réhabilitées grâce à un accord Public/Privé.
Le « domaine de C » et le gite « P » ont fait des émules qui ont élargi les prestations en utilisant les ressources locales.
Le bar-tabac « B » qui répondait à une demande sociale distincte était voué à la fermeture pour la majorité de la population. Le bar-tabac a trouvé un repreneur. Il a ouvert un plantier et cherche à s’agrandir.

Annexe : Les 5 scénarios du futur probable ou possible à l’horizon 2040, identifiés par la Datar (2) en 2010.
1. Retour en grâce des villes (Urbain compact). Il correspondrait aussi à la déshérence du périurbain. Sa généralisation ne serait pas acquise.

2. Poursuite du périurbain (Dispersion activités et habitat) ; Ce scénario est toujours en action. Il parait peu soutenable pour certains mais reste réaliste pour d’autres.

3. Conservatoire périurbain (Mosaïque de projets associée à réseau de villes moyennes);
Ce scénario aurait la faveur des périphéries. Mais il aurait un effet ségrégatif en raison des difficultés, notamment de maîtrise foncière, pour faire de la nature un bien collectif précieux mais accessible (6) (7). Il nécessitera un fort engagement des pouvoirs publics dans un contexte de ressource financière désormais limitée.

4. Interface entre grandes métropoles et milieu rural avec une armature de villes comprenant des infrastructures essentielles. Ce scénario est adapté aux métropoles (de la taille de Bordeaux ou Toulouse par exemple). Il ne parait pas adapté au bassin de l’Adour.

5. Equilibrage de l’empreinte écologique urbaine ; résidence cyclique. Ce scénario serait déjà en application.

Bibliographie :

(1) http://alternatives-pyrenees.com/2014/01/11/recensement-letalement-urbain-se-poursuit/
(2) Stéphane Cordobes, Romain Lajarge, Martin Vannier ; La prospective d’un tiers espace, le périurbain ; Territoires 2040 ; DATAR ; 2ème semestre 2010
Datar ; Prospective périurbaine et autres fabriques de territoires ; Territoires 2040 ; DATAR ; Revue d’études et de prospective N°2 ; 2ème semestre 2010
(3) Michel Vannier ; Quels avenirs possibles pour la France à l’horizon 2040 ? Conférence Agence d’Urbanisme Atlantique & Pyrénées; 11-07-2013
(4) Rodolphe Dodier ; Habiter les espaces périurbains ; Presses Universitaires de Rennes ; 2012
Martine Berger ; Entre mobilités et ancrages : faire territoire dans le périurbain ; 11-01-2013
Rodolphe Dodier ; Modes d’habiter périurbains et intégration sociale et urbaine ; Espaces- Temps.net ; 06-05-2013
(5) Michel Houellebecq ; La carte et le territoire ; J’ai lu ; 2012
(6) Laurent Davezies ; Pau, Béarn, France Les dynamiques économiques paloises ; Document de travail Communauté d’Agglomération Pau Pyrénées- AUDAP ; 05-09-2013
(7) Michel Godet, conférence AG du Crédit-Agricole, Palais Beaumont à Pau ; 30-03-2013
(8) Bernadette Lizet et François de Ravignan ; Comprendre un paysage ; INRA ; 2006
(9) Laurent Davezies ; La République et ses territoires ; Seuil ; 2008
(10) Laurent Davezies ; La crise qui vient ; Seuil ; 2012
(11) Pierre Veltz ; Des lieux et des liens ; L’aube ; 2012

Recensement – L’étalement urbain se poursuit.

Capture d’écran 2014-01-11 à 15.12.15Le 5 Janvier, dans mon village situé à 35 km de Pau, avait lieu la présentation des vœux par la municipalité. Le maire s’est réjoui de l’accroissement de la population confirmé par la dernière estimation de l’INSEE : 224 habitants et des pavillons sont toujours en construction.

Le maire vient de vendre le dernier de ses 4 lots constructibles et d’autres terrains sont disponibles. La comparaison avec l’évolution de la population dans l’agglomération paloise montre que l’étalement urbain continu de plus belle.

Mais en préalable aux interrogations que pose cette situation, l’évolution de la population de mon village, telle que représentée en illustration, mérite quelques commentaires. En effet, cette représentation condense toute l’histoire socio-économique de notre pays sur deux siècles.

D’abord, on peut noter l’effet de l’essor économique qui a suivi le premier empire. Ensuite, on constate le basculement qui s’est produit à l’avènement du IIe empire. La décroissance est pratiquement linéaire jusqu’au début des années 1960 ; soit une perte de plus de la moitié de la population en un siècle. La révolution industrielle, le développement des villes et aussi l’attrait des Amériques ont contribué à vider le village.

Si cette tendance s’était maintenue, la fin de mon village aurait dû se produire autour de l’an 2040. Or la démographie s’est stabilisée depuis les années 1960 jusqu’à la fin du XXe siècle.

A noter que l’amorce de stabilisation coïncide, entre autres, avec la mise en application de la PAC, le développement de la filiaire agroalimentaire, le développement du bassin de Lacq et aussi celui du parc automobile. La confirmation de cette stabilisation correspond également la période des chocs pétroliers et au début de l’endettement du pays.

L’accroissement de la population qui démarre avec le présent siècle provient essentiellement du développement du bâti pavillonnaire. La demande soutenue de terrains constructibles a pu être satisfaite grâce à l’arrêt de nombreuses exploitations et l’absence d’installations de jeunes agriculteurs. En 13 années de ce début de siècle, environ 25 pavillons ont vu le jour (soit environ 60 personnes supplémentaires et près de 300 trajets motorisés par jour ouvré supplémentaires).

J’ajouterais que cette transition rompt avec l’attachement viscéral du monde paysan à sa terre.

Actuellement le village est devenu un lieu de résidence plus qu’un lieu d’activité (43 emplois pour 104 actifs recensés en 2009 ; 14 exploitations agricoles recensées en 2010 mais les exploitations pérennes ne constituent que quelques unités). Les déséquilibres entre propriétaires fonciers et résidents ne peuvent que s’accentuer.

Il ne faut pas être très perspicace pour voir, d’abord que cette dynamique a ses bénéficiaires, notamment la filière immobilière, mais surtout qu’elle sera source de tension et de problématiques nouvelles. Elles nécessiteront des solutions innovantes, complexes et coûteuses.

Certes Pau a des problèmes pour caler un modèle d’urbanisation adapté sa taille de ville moyenne qu’elle a du mal à assumer ainsi qu’aux exigences du siècle (croissance économique, développement social et respect environnemental). Mais sa périphérie aura tout autant de problèmes, même si sa population augmente.
En fait, les problèmes de la ville centre, de l’agglo et de la périphérie sont interdépendants.

Quels sont les candidats capables de gérer au mieux cette interdépendance ? Certainement pas ceux qui contestent le rééquilibrage territorial au bénéfice de la France réelle,  tenté par les réformes territoriales actuelles.

– par Larouture

Bibliographie : Stéphane Cordobes, Romain Lajarge, Martin Vannier ; La prospective d’un tiers espace, le Périurbain ; Territoires 2040 ; DATAR ; 2me semestre 2010

Recensement-

La France et l’Arbre affaibli

photopagecetef-1La France est dans une situation économique et financière délicate au point, pour certains, d’être proche de l’affaissement. Pour d’autres, la France a encore des atouts et diminuer le train de vie de l’Etat et les dépenses sociales suffirait à retrouver le chemin de la compétitivité et de la croissance. Mais d’autres facteurs ne sont-ils pas tout aussi importants ? Un élément de réponse est proposé à partir de la situation de la filière bois qui présente des analogies avec la situation de la France.

La balance commerciale bois est déficitaire (6 384 Mds € en 2010). Ce déficit est dû aux différentes industries de transformation du bois. Pourtant la France possède un massif forestier important (10% de la surface boisée européenne) et sa production forestière est bénéficiaire (1).

Il est généralement admis, y compris par les sylviculteurs, que les bois des forêts françaises sont de médiocre qualité, notamment comparés aux bois des forêts nordiques. Les architectes préconisent ces derniers qui répondent généralement aux normes et labels européens ou internationaux. Ces préconisations sont d’ailleurs données directement par les logiciels de conception qui reprennent les exigences règlementaires et normatives.

En fait les industriels des pays du nord de l’Europe ont été les plus présents et les plus efficaces dans l’élaboration des normes et règlements divers. Il ne faut donc pas s’étonner que les documents qui font référence reprennent surtout les caractéristiques des essences qu’ils produisent et qu’ils utilisent. Cet exemple de la filière bois est d’ailleurs transposable à d’autres filières économiques (2).

Généralement les acteurs français sont peu actifs dans ces processus de décisions réglementaires ou normatifs. Cela s’explique par l’habitude de relations directes et centralisées avec les pouvoirs publics ou de grands donneurs d’ordre, par le sentiment de perte de temps dans les phases de recherches de consensus et aussi par l’individualisme français. L’accroissement du nombre d’acteurs au niveau Européen, la perte d’influence de la langue française et la maîtrise relativement moyenne de l’anglais par les acteurs nationaux constituent également des handicaps importants.

Très souvent les acteurs français découvrent les déconvenues après la mise en application de décisions officielles. Ils pestent généralement contre la commission européenne et se tournent vers les autorités nationales. Celles-ci se retrouvent en position difficile car les filières nationales étaient invitées à participer aux processus d’élaboration des documents officiels. Il s’ensuit des interventions désordonnées, souvent stériles, qui, le plus souvent, confortent l’image d’une France arrogante.

A noter que les acteurs locaux sont très actifs dans la mise en place de labels régionaux : Jambon de Bayonne avec le sel de Salies ou encore vins de pays élevés dans des fûts en chênes du pays, sciés à Artiguelouve par exemple. Ces actions sont certainement louables mais ne paraissent pas à la hauteur des enjeux nationaux.

Par conséquent, si la recherche de l’équilibre des comptes publics et sociaux est certainement nécessaire, l’amélioration de l’insertion de l’économie française dans l’environnement économique européen ou mondial l’est également, voire davantage.

Une intégration réussie dans le jeu économique mondial serait le meilleur garant de l’équilibre des comptes publics et sociaux sur le long terme.

– par Larouture

(1) Données empruntées au Centre Régional de la Propriété Forestière Aquitain.

(2) Par exemple, l’article de Denis Fainsilber dans les Echos (20/06) : « Voitures électriques : comment la France a perdu la bataille des prises ». Bruxelles a donné raison au standard défendu par les Allemands et de nombreux constructeurs automobiles, peu sensibles aux positions défendues par Schneider et Renault.

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