Béarn Adour Pyrénées, enclavé ?

lgv dettes   On remercie Béarn Adour Pyrénées de donner la primeur de ses réflexions à AP ( « Arrivée de la LGV à Bordeaux : le point de vue de Béarn Adour Pyrénées » ). Sud Ouest reprend cette déclaration, mais on ne peut que s’étonner une fois de plus du peu de questionnement des journalistes de SO. http://www.sudouest.fr/2016/04/20/tgv-l-association-bearn-adour-pyrenees-veut-plus-de-paris-pau-2336233-4344.php

Tout d’abord il faut reconnaître l’abnégation de P Saubot pour tenter de défendre des projets qui sont déjà abandonnés. On ne refera pas le débat du barreau de Pau, tout le monde sait, a commencer par BAP, que c’est une aberration économique et que fort heureusement le combat est perdu depuis très longtemps.

Concernant la desserte de la Côte Basque qui disposerait de deux TGV de plus, que Pau, c’est tout simplement de la pure logique. D’un côté la ligne part d’un cul de sac (Tarbes et Pau) de l’autre la ligne se prolonge et se prolongera vers l’Espagne avec le gros bassin de vie du Pays Basque Espagnol.

D’ailleurs, c’est le critère économique lié au remplissage qui décidera. La politique menée aujourd’hui par l’Etat et les Régions qui subventionnent à tout va la SNCF n’est plus acceptable. Les rapports de la Cour des Comptes montrent que les taux de remplissage des TER sont beaucoup trop faibles et en conséquence ses coûts beaucoup trop élevés pour le contribuable. Il faut rajouter la faible productivité de la SNCF, c’est un vrai handicap, qui osera enfin s’y attaquer ?

Quant à l’enclavement supposé du Béarn l’histoire passée de l’implantation de Turboméca, Lindt, Total, Euralys, etc…montre que cela ne fut en aucune manière un handicap. Et depuis les choses se sont bien améliorées.

Reste au contraire un point majeur : Quand allons nous enfin fermer deux des trois aéroports (Tarbes Pau, Biarritz) qui ne survivent que grâce aux contribuables et à l’obstination de nos politiciens ?   Même les organismes du transport aérien le disent :

Le Board of Airlines Represantatives (Bar) en France dénonçait récemment le « nombre pléthorique d’aéroports en France dont les coûts sont finalement supportés par les compagnies aériennes opérant en France sans bénéfice pour le transport aérien dans son ensemble ». « Il y a 84 aéroports en France métropolitaine qui ont des passagers commerciaux. 66 se répartissent environ 4,3% du trafic français. Et 40 aéroports représentent moins de 0,3% du trafic soit environ 300 000 passagers », remarque Jean Pierre Sauvage président du Bar France.

 Le contribuable est également mis à contribution. « Malgré certaines exceptions notables, en deçà d’un certain seuil de trafic, aucun des aéroports décentralisés n’équilibre son exploitation sans subvention » rappelle la Cour des comptes.  Au-dessous d’un million de passagers (soit pour 138 des 155 aéroports français), il est en effet presque impossible pour un aéroport d’être rentable.

Ainsi, « dans plusieurs cas, les subventions d’exploitation ont représenté chaque année des montants supérieurs à 100 € par passager en moyenne entre 2000 et 2006 », précise la Cour.

On le voit, ce n’est pas nouveau.

C’est curieux, Sud Ouest se réveille aujourd’hui …

http://www.sudouest.fr/2016/04/21/a-t-on-besoin-de-tous-ces-aeroports-madrid-moins-cher-depuis-biarritz-2336797-4037.php

Ainsi que J Glavany autre visionnaire :

http://www.sudouest.fr/2016/04/18/glavany-pour-la-fusion-des-aeroports-de-pau-et-tarbes-2334170-4344.php

Relisez plutôt Alternatives paloises : « Un aéroport ça va, trois, bonjour les dégats … » publié sur Alternatives Paloises il y a 6 ans …

http://www.alternatives-paloises.com/article.php3?id_article=3695

 

par Daniel Sango

Arrivée de la LGV à Bordeaux : Le point de vue de Béarn Adour Pyrénées

Capture d’écran 2016-04-21 à 17.57.12BAP prend acte du temps moyen et des fréquences de desserte du Béarn par TGV, annoncés à compter de l’été 2017. Elle constate que ce temps qui a augmenté ces dernières années va enfin repartir à la baisse. Elle remarque cependant qu’il faudra encore 2 h 15 (moyenne inférieure à 110 km/h) au minimum pour effectuer les 232 km de Pau à Bordeaux, alors qu’il n’en faudra que 2 h 05 ( moyenne 281 km/h) pour les 585 km de Bordeaux à Paris, laissant le Béarn dans son état d’enclavement historique et inadmissible.

Ce piètre résultat vient essentiellement, selon nous, du manque d’unité des Béarnais ; l’union surprise de septembre 2006 n’a duré que deux heures et n’a pu être relayée par une sphère politique parlant assez fort et d’une seule voix. D’autant que les Bigourdans sont les grands oubliés, tout focalisés qu’ils sont sur leur aéroport.

BAP déplore également que Tarbes et  Pau doivent se contenter de 4 allers retours seulement, alors que la côte basque en bénéficie de 6, au moment où ce nombre explose pour Bordeaux ? Rien dans l’analyse des trafics existants ne le justifie.

N’est-il pas encore possible d’ obtenir que, sur les 18,5 trajets de Bordeaux à Paris, 2 supplémentaires desservent Pau pour au moins rétablir l’équilibre du territoire. Mobilisons-nous par tous les moyens sur cet objectif.

Et continuons aussi à nous battre pour que le GPSO voie le jour et qu’après la réalisation de la branche Mont-de- Marsan-Dax, le barreau Mont-de-Marsan Pau soit construit afin que le temps de trajet de Paris à Pau et Orthez soit inférieur ou égal à 3 heures, ou proche de 3 heures, seule façon d’assurer l’avenir à long terme de l’économie béarnaise et donc le niveau de vie et d’emploi des Béarnais.

Je pense, et ce n’est pas trop tard même si beaucoup de temps a été perdu, que le moment est venu de reconstituer l’union sacrée qui, en d’autres temps pas si anciens, a permis d’obtenir la réalisation du tunnel du Somport puis de l’autoroute Pau-Langon.

– par Pierre Saubot
Président de BAP

Mariano à la Cité des Pyrénées : Générosité avant tout !

Rencontre-au-sommet-avec-Mariano_001-619x348Quand Mariano quitte les sommets pour aller à la rencontre de ses lecteurs, c’est un exercice plutôt difficile pour lui qui aime la discrétion, et un évènement* pour tous les amateurs de son site, dédié à la randonnée dans les Pyrénées.

A Pau, Cité des Pyrénées, vendredi 26 février, la salle de la Médiathèque de la Montagne, affichait complet bien avant que ne démarre la réunion. Beaucoup restaient debout au fond de la salle et une cinquantaine de personnes trouvèrent porte close. L’ancien footballeur, Mariano « jouait à guichet fermé ». Un indice indiscutable de l’intérêt porté à son site, topopyrenees.com, qui est devenu une référence, tout au long de la chaine, en seulement quelques années.

Originaire des Asturies, ayant passé la plus grande partie de sa vie en Lorraine, c’est une mission pour son employeur, qui l’amène sur le bassin de Lacq d’où il découvre les Pyrénées. Le coup de foudre est immédiat. Il s’installe à Pau en 1998 et se met à enchainer les randonnées jusqu’à un accident au Palas, en août 2007, où il dévisse le long de sa corde. Il ne doit la vie sauve qu’à une étroite vire qui lui évite le grand saut dans le vide et la mort. Dans l’hélicoptère qui l’évacue, il pense à ces topos inexistants ou incomplets qui peuvent conduire à de mauvaises prises de risque. Sa décision est prise : A partir de ce jour, il mettra en ligne toutes ses randonnées, avec un maximum d’informations. Objectif : permettre avant tout d’effectuer des sorties avec un maximum de sécurité.

Dix ans plus tard, l’Asturien déplace les Pyrénéens en masse. Parmi eux, beaucoup d’animateurs du Club Alpin Français, des Amis du Parc National des Pyrénées et des OVS mais aussi des randonneurs anonymes de la région paloise, de Bayonne, Tarbes et d’ailleurs. Tous veulent découvrir l’homme au 546 topos, 454 panoramas et 120.000 photos disponibles sur Topopyrénées.

A l’assistance qui lui est acquise d’avance, Mariano, explique qu’il fait en réalité deux fois chaque randonnée : une fois sur le terrain et une fois, chez lui, derrière son ordinateur, où il traite entre 1.000 et 1.500 photos – il en a même pris jusqu’à 4.500 pour une seule sortie -, corrige la trace GPS, prépare l’accès voiture, met en place une carte 3D et une carte IGN, rédige les commentaires sous les photos etc.

Le résultat est là : En 2015, le site a connu plus d’un million de connexions dont 20% de l’étranger. Parmi ces dernières, près de 10.000 pour la seule Amérique du Nord. Le site, fait plus pour la promotion des Pyrénées à l’étranger que beaucoup et… sans argent public !

En 6 ans, il reçoit 6.000 commentaires auxquels il répond toujours, même quand des canadiennes lui demandent d’organiser un trek de plusieurs jours en vallée d’Ossau. A nouveau, plusieurs heures de travail !

Enfin, Mariano nous livre les « best-off » de consultations qui montrent bien le caractère généraliste du site, un caractère auquel il tient particulièrement pour que ceux qui ne peuvent plus pratiquer les Pyrénées, ou en vivent éloignés, puissent les découvrir depuis chez eux :
– le tour des lacs d’Ayous (Béarn) : 50.000 connexions
– le Canigou (Catalogne) : 40.000
– la passerelle d’Holzarté (Soule) : 37.000
– le pic d’Aneto (Aragon) : 30.000
– le pic du Midi de Bigorre (Bigorre) : 28.500

Passant alors la parole à la salle, beaucoup de questions techniques remontent sur la gestion des milliers de photos prises, leur traitement mais aussi sur les GPS montagne qui sont encore inconnus de beaucoup alors qu’ils sont un complément de sécurité indiscutable (même s’il ne faut pas oublier, dans son sac, carte, boussole et sifflet).

Le mot de la fin viendra de Martine, une responsable des « Montagnards du Lavedan » d’Argelès-Gazost, qui remercie, au nom de tous, Mariano pour la qualité de son travail, son dévouement et son bénévolat. Elle traduisait bien l’état d’esprit de la salle et déclenchait des applaudissements généralisés.

– par Bernard Boutin

Photo-Conference-rencontre-au-sommet_011-619x348Les photos de la soirée : c’est ICI

A lire aussi : Pyrénées : Internet pour randonner en sécurité

* Une conférence mise une place par la Maison de la Montagne et le réseau des Médiathèques de l’agglomération paloise.

Pyrénées : Y aura-t-il un « impôt neige » pour compenser une saison de ski mauvaise ?

Or blanc à volonté : Une image du passé ?
Or blanc à volonté : Une image du passé ?

Février a démarré et il fait toujours aussi chaud. Le site SKI INFO permet de savoir, que sur les 865 pistes de ski répertoriées dans les 34 stations des Pyrénées, seulement 55% du domaine skiable est ouvert (chiffre au 2/2/2016). Une situation désastreuse pour tous les professionnels du ski. Le contribuable va-t-il être, une fois de plus, mis à contribution au nom de la « solidarité nationale » ?

La saison de ski devait débuter fin novembre pour se terminer fin-mars, début avril. La mi-saison est là et, rien ne laisse présager une amélioration « dramatique » des conditions climatiques. Le réchauffement climatique est en cause, mais plus encore pour cette année, la puissance exceptionnelle du phénomène « El Niño » réchaufferait, par ricochet, notre atmosphère. Un retour à la normale serait prévisible qu’à partir d’Avril. Une fois que la saison de ski sera terminée !

En attendant, ce sont des milliers de salariés, dans les Pyrénées et les autres massifs montagneux français, qui se retrouvent soit au chômage, soit contraint de travailler à mi-temps. Ce sont des centaines d’entrepreneurs qui ne font pas les chiffres espérés.

La chaîne, qui permet aux stations de ski de tourner, est grippée. Au-delà des pisteurs et autre personnels qui assurent la sécurité, le damage des pistes ou le fonctionnement des installations, il y a tout ceux qui font tourner l’hôtellerie, la restauration, les commerces d’altitude mais aussi les prestataires de services qui, jour après jour, lors d’une saison normale, approvisionnent les stations.

Des dépôts de bilan sont certains, de même des difficultés dans le remboursement de prêts bancaires. Les collectivités territoriales vont être mises à contribution une fois constaté que les revenus de billetterie manqueront à l’appel. Allons-nous devoir acquitter un « impôt neige » ?

L’industrie nationale du ski représentait, lors de la saison 2014/2015, 53,9 millions de journées-skieur et 1,3 milliards d’euros de chiffre d’affaire de billetterie. Un chiffre qui doit doubler si l’on prend en compte tous les commerçants et prestataires qui l’animent. (Bilan saison dernière : ICI). Une industrie que le réchauffement climatique va amener les investisseurs à voir avec beaucoup de circonspection et notamment, en tout premier lieu, pour les stations de basse altitude.

Il y aura de la casse et l’ « or blanc » risque pour beaucoup de rester une belle aventure, comme l’aura été celle des stations thermales à la fin du XIXè, celles des mines jusqu’au milieu du XXè, celle de la construction, à la même époque, des centrales hydrauliques.

Quel relais de croissance demain pour les montagnes et notamment pour les Pyrénées ?

– par Bernard Boutin

Pyrénées : Brouillard et GPS

cabane d’Isarce
Cabane d’Isarce

Huit heures du matin, le jour commence tout juste à se lever, au Cot de Bellocq (430m) situé au-dessus des Grottes de Bétharram. Le brouillard est à couper au couteau. Il bruine. Difficile même de trouver le point de départ en voiture. Atmosphère 110% écossaise ! La météo annonçait pourtant du beau temps pour la journée. Mon projet : monter au Soum de la Génie Braque et au lieu dit des «Tres Crouts*». Une randonnée de plus de 1400m de dénivelé et près de 20 kms aller et retour. Je ne connais absolument pas le coin.

Faisant le pari que le temps va s’améliorer, je commence à gripper. Si le sentier est bien visible au début, très vite, il devient moins évident : Peu de cairns, un marquage jaune espacé, des feuilles mortes qui le recouvrent et un brouillard épais. Le parfait cocktail pour se perdre. La progression est plus qu’aléatoire. Avec une carte, boussole et altimètre, l’orientation dans une telle « poisse blanche » est compliquée.

Reste le miracle du GPS dans lequel j’avais chargé la trace de la randonnée sur le site topopyrennes.com de Mariano. Le petit curseur indique très exactement sur l’écran où je me situe par rapport à la carte et la trace dessinées.

Un incroyable confort pour faire face aux éléments contraires. La forêt est longue et reste emmitouflée dans le brouillard. Le curseur avance le long de la trace au fur et à mesure de mes pas. Si je m’éloigne du sentier, il « quitte la route » car il me suit. A moi, de prendre la mesure corrective pour revenir à la trace.

Dans l’ambiance, pas franchement chaleureuse crée par le brouillard, le besoin de s’arrêter un instant, après 900m de dénivelé, se fait sentir. La cabane d’Isarce n’est pas loin selon le GPS. Je ne la vois nulle part et pourtant son petit icône se rapproche sur l’écran du GPS et… la voilà qui apparait, tel un fantôme dans le brouillard, à seulement 15 mètres, dans l’axe de mes pas. Magie de la technologie !

Dix minutes d’arrêt avant de poursuivre vers le Soum de Marti Veyras, le Soum de Mâle Taule, l’emplacement des « Trois Crouts» et la destination finale : le Soum de la Génie Braque (1520m). Le brouillard se déchire enfin. Au sommet, après 4 heures de marche !

Sans le GPS, cette sortie n’aurait pas été rendue possible. Bien entendu, il n’est pas d’un grand intérêt de marcher de longues heures entouré d’une « purée de poix » mais il faut savoir que le randonneur ne choisit pas le temps. Une sortie, démarrée par un très beau soleil, peut vite passer à une brouillard total. Tous les randonneurs savent avec quelle facilité ils peuvent se perdre à ce moment-là,  tourner en rond et galérer de longs moments. Certains finissent par dormir dans un recoin, trouvé sur place. Des accidents sont possibles.

Le GPS est une indiscutable sécurité pour les randonneurs en montagne. Il ne faut cependant pas oublier que leurs piles peuvent se décharger. Il convient donc d’avoir avec soi toujours des piles de rechanges. Par ailleurs, dans les forêts denses, les satellites peuvent avoir des difficultés à repérer le GPS, de même dans les lieux encaissés. Les ondes peuvent aussi être perturbées par les affleurements ferrugineux et la proximités des lignes électriques.

Le GPS n’est donc pas la panacée absolue mais une aide supplémentaire de taille, pour s’orienter, à la disposition du randonneur.

– par Bernard Boutin

* « Trois Crouts» (Trois Croix en gascon). Retour sur histoire : « Béarnais et Bigourdans se sont longtemps battus pour la possession de la Forêt de Tres Crouts. En 1569 les protestants béarnais de la vallée d’Asson décident d’attaquer les Bigourdans de l’Estrèms de Salles auxquels ils disputaient les montagnes d’Azun et de Maumula.
Les 1500 hommes avaient le dessein de mettre à feu et à sang le village de Salles et d’enlever tout le bétail de Vergoun. Mais la bataille fût remportée par les Bigourdans.
Ces conflits prenaient une telle importance qu’il fallait faire intervenir l’armée du Roi. Il était impossible à l’évêque de Tarbes d’instaurer la concorde. Au lieu dit « Tres Crots » venaient converger sur cette montagne les évêchés de Tarbes, de Lescar et d’Oloron. Aujourd’hui, il en reste 3 croix gravées sur une roche et l’inscription 1716. »

Le Béarn et la Bigorre ne profiteront pas de la LGV

LGVEt voilà, l’Etat va signer la déclaration d’utilité publique pour les  LGV (Ligne ferroviaire à Grande Vitesse) vers Toulouse et vers Dax. Une bonne nouvelle ? Sans doute pour Bordeaux et Toulouse, les principaux bénéficiaires, mais cette décision ne met-t-elle pas fin définitivement aux ambitions des pays de l’Adour et de sa principale agglomération, Pau ?

L’Etat a donc annoncé qu’il signerait la déclaration d’utilité publique pour les lignes Bordeaux-Toulouse, pour une réalisation à horizon 2024, et Bordeaux-Dax, pour une réalisation à horizon 2027. Ce revirement salutaire, tant l’abandon de ces projets était un marqueur du déclin de l’ambition française, s’est sans doute fait à grands renfort de lobbying des élus régionaux, en particulier bordelais et toulousains. Les premiers, et Alain Rousset en particulier, défendent le désenclavement du sud Aquitaine, l’affirmation de Bordeaux non comme terminus depuis Paris, mais comme métropole et « hub » régional, et, faut-il le noter, une plus grande adhésion de certaines collectivités au financement de la ligne Tours-Bordeaux. Les Toulousains, eux, souhaitent être connectés à la LGV, ce qui est compréhensible pour une métropole de cette taille en pleine expansion. Tout cela est bien sans doute, à condition de trouver un financement adéquat et équilibré, ce qui ne sera pas facile, mais le problème que je pose ici est tout autre : qu’en est-il du sud Aquitaine, et des départements 64 et 65 en particulier ?

Le Pays Basque d’abord est un cas à part. Déjà située sur un axe très fréquenté vers l’Espagne, la côte basque est très urbanisée et se caractérise par un foncier cher et rare. Elle a en outre un taux de retraités et de résidences secondaires important, et ne dispose pas d’un tissu industriel significatif. Dans ce contexte, il est compréhensible que ses habitants ne voient pas de manière évidente les avantages d’une LGV allant jusqu’à Hendaye, d’autant qu’un terminus à Dax, à peine 30 minutes en bus de Bayonne, permet de la desservir assez rapidement.

Il en est bien entendu très différemment de Pau et de Tarbes. Les deux villes sont à l’écart des grands axes de circulation vers l’Espagne, et ont un tissu économique riche, essentiellement industriel et agro-alimentaire. Les entreprises béarnaises ou bigourdanes ont besoin de débouchés, et d’être connectées aux grands centres de consommation et aux ports. Dans ce contexte, le bassin Tarbes – Pau, représentant près de 300 000 habitants ne s’y retrouve pas. Un trajet en train vers Dax depuis Pau prend 1h tandis que depuis Tarbes il prend 1h40. Autant dire une éternité à l’heure du TGV et d’Internet, et pour faire une distance somme toute très réduite. L’impact pour le Béarn et la Bigorre sera non seulement nul, mais pourrait même être négatif, au profit des agglomérations directement connectées au LGV : DAX+BAB, Mont de Marsan. On imagine la tentation des entreprises d’aller s’implanter dans le sud-ouest des Landes, près de Bordeaux ou à Agen, où le facteur logistique leur sera bien plus favorable.

Enterrer une liaison LGV vers Pau et Tarbes est une erreur qui aura des conséquences néfastes à moyen et long terme sur le Béarn et la Bigorre. L’inefficacité et le manque de conviction de nos élus à défendre l’option d’une desserte au minimum de Pau est manifeste. Et dans ce domaine, le financement a bon dos. Il permet d’évacuer tout simplement les problèmes. « Vous voyez, il n’y a pas d’argent.. ». Cet argument en fait n’en est pas un, car les infrastructures sont des investissements qui produisent de la valeur, donc qui doivent être financés par l’accroissement de la valeur future, et non par des réserves que l’on aurait (plus) actuellement… De même, il ne faut pas compter sur les élus bordelais, M. Rousset en tête, dont le souci principal à court terme est d’être réélu, et celui à moyen terme est de se tailler un poste méga-régional à la mesure de ses ambitions. M. Rousset s’est-il  battu pour Pau et Tarbes ?

Cela met en exergue un problème qui se reproduira immanquablement dans les prochains mois et prochaines années : des décisions qui se prennent de plus en plus en dehors des pays de l’Adour, à Bordeaux ou ailleurs, ne sont généralement pas favorables à son développement. Notre région serait réduite à l’état de satellite lointain d’une métropole régionale, à une jolie campagne au pied des Pyrénées, à un lieu de villégiature, sans autonomie de décision et sans vision d’avenir, d’aucuns pourraient appeler cela une « colonie ». Voulons-nous cela ?

 

Par Emmanuel Pène* – le 27 septembre 2015

*Entrepreneur, animateur du blog « Adour Pyrénées 3.0 » et co-fondateur de Numlab

Ours des Pyrénées : Cela parait pourtant si simple !

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Cannelito marquant son territoire

Dans les Pyrénées, il y a deux zones à ours. La première, située en Béarn-Bigorre, a une « population » qui se réduit à deux mâles célibataires de souche, plus ou moins, « autochtones », Néré et Cannelito. Ceux-ci sont en quête désespérée de femelles.

S’ils trouvaient des « compagnes », si une ou deux étaient réintroduites, il est fort probable que cela serait insuffisant pour pérenniser l’ours dans cette partie des Pyrénées. Il serait intéressant d’entendre, des scientifiques, en dehors de toute passion ou polémique, évaluer le nombre d’ours et ourses qu’ils faudraient réintroduire en Béarn-Bigorre pour espèrer ne plus entendre parler de population ursine en voie d’extinction, sur ce territoire.

Toutes ces photos, tous ces suivis, tous ces débats, toute cette énergie derrière Néré et Cannelito sont inutiles. Du gaspillage de temps et d’argent public. L’ours est « fini » dans cette partie des Pyrénées occidentales d’autant plus que les bergers y sont, dans leur majorité, farouchement opposés. Les introductions massives d’ours, les seules qui pourraient pérenniser Néré et Cannelito, n’auront tout simplement jamais lieu. Néré et Cannelito mourront sans descendance et avec eux disparaîtra l’ours dans les Pyrénées occidentales.

La deuxième zone à ours, se situe entre Ariège et Catalogne espagnole. Ils sont une trentaine environ et leur nombre se développe lentement mais sûrement. Ceux-ci, tous d’origine Slovène, suite aux réintroductions de 2006, sont eux aussi menacés, mais par un autre problème : leur trop grande consanguinité. Un mâle, Pyros, « semble toujours être le mâle dominant du noyau central ». (Source : le rapport de Pays de l’Ours Adet). Cette population a donc besoin de sang neuf pour assurer son futur.

Au vu de ce constat, pourquoi ne pas dès lors, transférer Néré et Cannelito dans le « noyau central » ? Ils apporteraient le sang neuf qui lui est nécessaire et, les deux animaux trouveraient enfin des femelles à satisfaire. Néré et Cannelito ne disparaîtraient pas sans laisser une « suite » comme cela sera, très probablement, le cas s’ils restent dans les Pyrénées occidentales.

En procédant de la sorte, il y a fort à parier que les bergers des Pyrénées occidentales, où la tradition d’élevage, est très ancrée, seront plutôt contents de voir les deux quadrupèdes s’éloigner. Les Pyrénées centrales, moins pourvues en pastoralisme, gèrent, semble-ils, plutôt plus facilement la problématique ours qui, sur place, est même devenue un outil de promotion touristique.

Pourquoi ne pas, dès lors, redistribuer les aides et subventions locales, régionales, européennes qui sont allouées aux Pyrénées occidentales et aux Pyrénées centrales en veillant à favoriser d’un côté des Pyrénées le pastoralisme et de l’autre le développement d’un tourisme responsable et proche de la nature et de ses ours ? Une opération beaucoup plus compliquée à mettre en place que le transfert des ours eux-mêmes.

Il appartient aux acteurs de trouver rapidement des solutions pour créer les conditions du transfert de Néré et Cannelito car, si rien n’est fait, et au rythme actuel, rien ne sera fait en Béarn-Bigorre, Néré et Cannelito disparaîtront tôt ou tard de l’espace des Pyrénées occidentales et avec eux les dernières traces de sang d’ours autochtone.

Ours des Pyrénées : Cela parait pourtant si simple !

– par Bernard Boutin

PS : crédit photo FIEP (Fonds d’intervention éco-pastoral groupe ours Pyrénées)

J 33 et 34 – La leçon du Vignemale

Face Nord du Vignemale depuis le refuge de Gaube
Face Nord du Vignemale depuis le refuge de Gaube

En quittant le refuge La Grange de Holle (1495), situé au-dessus de Gavarnie, « la mule et son intello », accompagnés d’Iñigo, ont un objectif simple : remonter la vallée d’Ossoue qui conduit au refuge de Bayssellance (2651). Pour l’intello, qui a déjà parcouru cette longue vallée pour « faire le Vignemale », c’est un peu comme s’il se retrouvait chez lui. Rien de bien nouveau pour exciter sa soif de découvertes.  

Le jour suivant, il en sera de même pour le trajet entre le refuge des Oulettes de Gaube, au pied du Vignemale, et les cols des Mulets et d’Arratille avant de descendre vers Pont d’Espagne, terme de la traversée des Pyrénées centrales 2015. « Business as usual ! » diraient les anglo-saxons.

Pendant qu’Iñigo est tout à la découverte de la « langue frontale » du Glacier d’Ossoue et du Petit Vignemale, l’intello, lui, ne fait que parcourir les 40 kilomètres de ces deux dernières journées de traversée. Il n’est pas fatigué. Il avance. L’excitation de nouveauté n’y est pas. Il connait déjà. C’est presque frustrant.

Pendant 18 jours, à chaque instant, du lever au coucher du soleil,  tout était objet de curiosité, de coup de cœur, d’extase quelques fois, comme lors de l’étonnante découverte, par au-dessus, du canyon d’Aniscle ou, celle du massif de la Maladetta depuis le col de Mulleres.

Sous le Vignemale, les sentations sont éteintes, même si sa vue depuis le refuge des Oulettes reste un grand moment visuel. La leçon du Vignemale est là : ce qui fait avancer le « traverseur » des Pyrénées, c’est un désir, jamais éteint, de découvertes. Derrière chaque nouveau virage, chaque nouveau sommet, chaque nouveau col ou fond de vallée, se cache une part de rêve, de beauté, d’excitation dont l’homme a tellement besoin.

La traversée des Pyrénées, c’est un peu une antidote à la routine. Cette routine qui endors les capacités, d’observations et de réflexions, de l’Homme.

Ce besoin d’antidote a sa traduction dans un constat : l’intello n’a jamais croisé un randonneur faisant pour la seconde fois la traversée. Ce serait entrer dans la routine. Tout au plus, a-t-il vu des Suisses faire la traversée des Pyrénées une seconde fois mais… en sens inverse ! Avez-vous déjà rencontré un pèlerin faisant deux fois Saint Jacques-de-Compostelle par la même voie ? L’Homme et ses excitations visuelles !

De la montée à Baycellance, les deux randonneurs et leur fidèle mule retiendront qu’elle fut champêtre pendant un long moment. Au lieu-dit du « pont à neige », changement d’ambiance : Un gros névé couvre le gave des Oulettes. Un troupeau de moutons y prend le frais, à moins que cela ne soit une tentative pour tuer les parasites qui se logent sous leurs sabots.

Frigidaire ou tue-parasites ?
Clim ou tue-parasites ?

Plus haut, l’équipe laisse, à sa gauche, l’embranchement qui conduit vers la grotte Henry Russell, le glacier d’Ossoue et finalement au Vignemale. Arrivée, quelques minutes plus tard, au plus haut refuge de la chaîne pyrénéenne : celui de Bayssellance situé à 2651 m. Un refuge cosy à l’intérieur avec une magnifique vue, non pas sur le Vignemale, mais sur… le massif de Gavarnie, au fond de la vallée. Pas de douche, ni chaude, ni même froide. Repas de cantine. Bonne nuit dans un dortoir pour 4.

Le lendemain, passé le col de la Hourquette d’Ossoue, c’est la descente vers le refuge des Oulettes de Gaube. Café sur place et, séance photo avec la face nord du Vignemale en toile de fond. Un grand classique. Montée au col des Mulets pour la belle traversée qui le relie au col d’Arratille dans un univers 100% minéral. Derrière le col, la descente sur les lacs d’Arratille et le refuge Wallon marque la fin de la traversée des Pyrénées, en commun, d’Iñigo et de l’intello.

Iñigo, réplique du « basque bondissant », décide de ne pas s’arrêter au refuge Wallon et de faire « deux étapes en une ». Il doit aller jusqu’à Hendaye. Il lui reste 12 étapes. Il les réduira à 7 ! Après de chaleureux abrazos, Iñigo file vers le col de la Fache et le refuge de Respumoso. La mule et son intello le regardent s’éloigner. En 2016, ils partiront aussi dans cette direction.

Bonne surprise, Iñigo parti, c’est MaryMar, femme de l’intello, qui arrive à Wallon. Deux basques de Bilbao viennent de se rater de quelques minutes. De nouveaux abrazos et descente vers Pont d’Espagne pour terminer la traversée 2015 par une dernière étape de près de 25 kilomètres. « La mule et son intello » sont maintenant bien rodés !

– par Bernard Boutin

PS : Pour la « petite histoire » : à l’arrivée, sur la balance, la mule a perdu 2 kilos après la traversée des Pyrénées centrales. En 2014, pour les orientales, elle en avait gagné 2. Tentative d’explication : L’étape moyenne 2014 était de 20,3 km pour 1059 m de dénivelé. En 2015, elle est de 16,8 km pour 1080 m de dénivelé. Les Pyrénées centrales sont plus raides. On le savait déjà !
Il y a aussi plus de gîtes, aux menus « bio » ou gastronomiques, dans les Pyrénées orientales que dans les centrales où les menus des refuges rappellent bien souvent ceux de cantines ou de cafétérias de périphérie des villes.

Nota :
– Le verdict du GPS :
J 33 La Grange de Holle – Refuge de Baycellance : 3,3 k/h, 5 h 08 de marche, 7 h 03 de rando, 17,1 km parcourus, 1361 m de dénivelé positif
J 34 Baycellance – Pont d’Espagne : 3,5 k/h, 6 h 54 de marche, 9 h 55 de rando, 24,2 km parcourus, 709 m de dénivelé positif
–  Les précédentes étapes de la traversée des Pyrénées, d’est en ouest, pour  la « mule et son intello » : c’est ICI
– Crédit photo : Bernard Boutin

J 32 – Passage de la Brèche de Roland

Le cirque de Gavarnie
Le cirque de Gavarnie

Après avoir fait la queue pour le petit déjeuner, la cuadrilla quitte le refuge de Goriz sans regret. Une usine, ce refuge ! Un très beau lever du soleil sur le Mont Perdu (3355) et un univers minéral au col de Millares, le font vite oublier. Asmosphère Atlas pour démarrer la journée.

Au col, spectacle inédit : 4 izards tournent en rond dans le sens des aiguilles d’une montre, chacun de son côté, en léchant le sol fait de gravillons fins pour se nourrir de sel. Ils dessinent des cercles presque parfaits. De temps à autre, les izards changent de cercle et passent à celui du voisin !!! Un beau spectacle, vu de trop loin pour faire des photos précises. Dommage.

Etape suivante : passer au-dessus du col du Descargador. La fausse brèche et le Taillon (3144) apparaisent à l’horizon. Le cirque de Gavarnie n’est plus loin. La trace tourne en direction du nord-ouest et, très vite, c’est la Brèche de Roland qui montre la voie.

La pente, plutôt raide, est enneigée aux environs de la célèbre grotte gelée Norbert Casteret. Toute l’équipe met les crampons à neige. Une glissade serait fatale. Passé le « Pas des Izards », la Brèche de Roland est atteinte. Une surprise attend la cuadrilla. Elle est classique : une mer de nuages recouvre la vallée au-dessus de Gavarnie. Comme si souvent: ciel dégagé au sud, couvert au nord de la chaîne !

Wikipedia raconte que « selon la légende, la Brèche fut ouverte par Roland, le neveu de Charlemagne, alors qu’il tentait de détruire son épée Durandal en la frappant contre la roche à l’issue de la bataille de Roncevaux. Voyant qu’elle ne cassait pas, il l’aurait envoyée de toutes ses forces dans la vallée et elle se serait fichée dans une falaise à Rocamadour dans le Lot.

Roland est devenu un géant et a laissé des traces de son passage un peu partout dans les Pyrénées. Il y a la Brèche de Roland mais aussi, dans la sierra de Guara, le Salto de Roldán (Saut de Roland) constitué par deux sommets, séparés par un précipice, que le cheval de Roland aurait franchi d’un bond. Il existe aussi de nombreux Pas de Roland comme celui situé entre Itxassou et Bidarray, en Pays Basque,

Au Pays Basque, l’enfance de Roland est un thème récurrent : un berger trouve un enfant nouveau-né qui tète une de ses vaches. L’enfant grandit et révèle une force phénoménale. Devenu adulte, il se fait forger un makhila de fer, « gros comme une poutre ». Il s’en va combattre les Mairiak, dans ce cas clairement désignés comme les Maures… ». Passer par la Brèche de Roland est plus qu’un acte de randonneur, c’est aussi un retour sur l’histoire agitée des Pyrénées. Qui y pense réellement ?

Durandal, à son tour, frappe au milieu de l’équipe et la divise en deux. Connie et Jérôme terminent leur « traversée des Pyrénées 2015 » par cette ultime étape. Ils franchissent la Brèche en direction du, tout proche, refuge des Sarradets puis du col des Tentes, situé au-dessus de Gavarnie.
L’intello, Iñigo et leur fidèle mule partent de leur côté à la conquête du Taillon (3144), situé au-dessus de la Brèche. C’en est fini des parties de « concombre » acharnées lors des soirées en refuge ! Chacun a maintenant un an pour peaufiner ses stratégies…

Après un passage un peu pénible, dans une neige molle, en direction de la fausse Brèche, un SMS, envoyé par Jérôme depuis le refuge des Sarradets, annonce qu’il est complet pour la soirée. A 30 minutes du sommet du Taillon, décision est prise de rebrousser chemin et descendre à Garvarnie pour aller dormir au refuge La Grange de Holle. La poisse. L’étape du jour, initialement prévue entre les refuges de Goriz et des Sarradets, devait être courte. Au final, elle sera longue avec 1443 m de dénivelé descendants supplémentaires au programme. La mule reprend le dessus !

Jérôme en avertissant le trio lui a évité une mauvaise surprise. Une initiative incertaine qui a parfaitement marché : envoyer un SMS à destination de la fausse Brèche (2944 m) ! La technologie repousse les territoires inaccessibles.

Passés la Brèche et le refuge des Sarradets, la descente par la vallée des Pouey Aspé permet de voir avec recul, mais aussi hauteur, le cirque de Gavarnie et sa célèbre chute. Vue d’en-dessous par les touristes, elle ne se dévoile qu’en partie. Dans les faits, la chute est dominée par 4 cascades qui s’enchaînent. Une découverte pour les deux randonneurs. La mule, elle, ne réfléchit pas à ce genre de chose. Elle a simplement hâte d’en finir.

Gavarnie déçoit. Une longue rue commerciale sans charme ! L’équipe ne s’attarde pas. Il est 17 h et il reste 2 à 3 kilomètres pour rejoindre La Grange de Holle qui sera le meilleur refuge de la traversée 2015 : chambre pour deux, sanitaires très propres, douche chaude et dîner fait de produits maison avec soupe de légume, confit de canard, fromage du pays, brownies. Vraiment très bien et ce qu’il fallait pour faire oublier une descente pas prévue au programme.

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS : Goriz – Refuge de la Grange de Holle : 3,4 k/h, 6 h 58 de marche, 10 h 39 de rando, 23,5 km parcourus, 938 m de dénivelé positif
– J 32 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– Crédit photo : Connie Mayer et Bernard Boutin

 

 

J 31 – 100% d’émotion sous le Mont Perdu !

Vires de Las Olas
Vires de Las Olas

Le topo-guide est clair pour introduire ce qui attend, en hors-d’œuvre de cette 31ᵉ étape, les 4 compagnons de randonnée : « Toi, qui n’as pas connu la montée du col de Niscle, tu n’as pas connu le doute… En comparaison, l’escalade de Migouélou est une flânerie pour curistes, et le col des Mulets un sentier d’interprétation. Dès que le sentier s’élève, il passe à la verticale…* ».

L’équipe est préparée mentalement et du mental, il lui en faudra. Une montée « au ciel », tout « dret », pour passer de 1240m à 2454m. A 7h30, l’intello sent déjà le « chat mouillé », tellement il transpire. Un peu plus tard, il lui faut des essuie-glaces pour dégager les grosses gouttes de sueur qui lui tombent du front. On l’a compris l’effort est intense. Les gourdes se vident rapidement. L’eau du refuge est remplacée par de l’eau de fonte des neiges.

Pour autant, les semaines de pratique font que toute l’équipe atteint le col d’Aniscle sans difficulté majeure. Repos de quelques minutes puis départ pour le col de Los Maquis (2455), vite atteint. La deuxième difficulté du jour se présente alors : le passage des vires de Las Olas, équipées en deux endroits de chaînes. Main aux rochers à diverses reprises et, progression horizontale pendant de longs moments, à environ 2700 mètres, sous la Punta Olas (3022) qui jouxte le Mont Perdu.

Petit à petit, la vue se dégage en direction du canyon d’Aniscle. Comment une telle « tranchée », aussi profonde, a-t-elle pu se former ? Derrière le canyon, à l’horizon, de hauts plateaux descendent lentement vers l’intérieur des terres. La « meseta » espagnole. L’œil cherche au loin Saragosse et pourquoi pas Madrid ? Quelle vue ! Après trente et une étapes de traversée des Pyrénées, cet endroit est à part. Il y a de la magie dans l’air. La cuadrilla reste un long moment à contempler ce paysage exceptionnel.

Canyon d'Aniscle et la Meseta au fond
Canyon d’Aniscle et la Meseta au fond

Côté émotion, tout n’est pas terminé et loin de là ! Après la montée « verticale », les passages aériens des vires, la vue sur Aniscle, l’équipe rejoint le col Supérieur de Goriz dans une ambiance minérale rappelant l’Atlas marocain (pour l’intello), à moins que cela ne soit l’Altiplano andin (pour Connie) ou la planète Mars !

Que de changements depuis les trois derniers sites traversés ! Le cirque glacière du Portillon, les ambiances « champètres » de Viados et maintenant la minéralité des contreforts du Mont-Perdu n’ont rien en commun. Tous ensemble, ils expliquent une chose : le pluriel donné aux Pyrénées !

Passé le col Supérieur de Goriz, le refuge du même nom, n’est plus loin. Une longue traversée, presque horizontale, y conduit. Au fur et à mesure de la progression, c’est au tour du canyon d’Ordesa d’apparaître sous les yeux des randonneurs. Une nouvelle séquence émotion avec la découverte, par au-dessus, de ce canyon qui partage avec le cirque de Gavarnie le titre envié, et unique dans les Pyrénées, de « Patrimoine Mondial », décerné par l’UNESCO.

Le refuge de Goriz est atteint. A son tour, la vue s’ouvre sur la face sud du Cirque de Gavarnie. A porté de main : Le cirque de Gavarnie, le Mont-Perdu, les canyons d’Aniscle et d’Ordesa. Cet endroit est unique dans la chaîne pyrénéenne.

Pour autant, le refuge est tout, sauf à la hauteur de son environnement : des dortoirs des années 50 avec ses rangées de couchettes en bois, superposées sur 3 niveaux, des sanitaires sales, des douches froides. Il est tellement bondé que le dîner donne lieu à 2 services et qu’il faudra faire, le lendemain, la queue pour le petit-déjeuner.

Le lendemain justement, à 5h30 du matin, Iñigo et l’intello, sans se concerter, quittent leur couchette respective, avec tout leur matériel, pour aller se « réfugier » à l’extérieur et y attendre le petit déjeuner. Les dortoirs de Goriz : à vite oublier**. L’étape « 100% émotion » de la veille s’en chargera rapidement.

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS : Pinieta – Refugio de Goriz : 2,8 k/h, 5h22 de marche, 8h03 de rando, 15,3 km parcourus, 1548m de dénivelé positif
– J 31 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– * Source : Topo-guide sur le GR11
– ** Si le refuge de Goriz ne correspond pas à ce qu’il devrait être, il faut reconnaître que le personnel est remarquable d’efficacité dans des conditions pas faciles. Merci à eux.
– Crédit photo : Connie Mayer et Bernard Boutin