J 29 et 30 : Etapes La Soula-Viados-Pinieta : Retour dans les vallées

Viados et son charme bucolique
Viados et son charme bucolique

7h du matin : Photo souvenir de Connie, Jérôme, Iñigo et l’intello sur un « wagonnet » de la centrale électrique de La Soula. L’ambiance est à la détente. Pour 48h, la neige, les glaciers et la haute-montagne sont laissés de côté.

Pas tout à fait, car il s’agit d’abord de monter au col d’Aygues-Cluses qui est tout de même à 2700m. La neige sera discrète, à part un passage assez long et pentu sous le col. Les crampons restent dans les sacs.

La vallée d’Aygues-Cluses est intelligemment mise en valeur. Á intervalles réguliers, de sobres poteaux modernes, de forme rectangulaire, donnent des informations thématiques précises. Ils sont répartis, dès la sortie du bois au-dessus de La Soula, jusqu’au col lui-même. Les thèmes abordés, gravés sur des plaques en acier, sont variés : les grands « découvreurs » des Pyrénées, les glaciers, la marmotte, le « tychodrome échelette », les amphibiens d’altitude, la mémoire des échanges entre les peuples du nord et du sud de la chaîne, la contrebande etc.

Poteau contrebande au col d'Aygues-Cluses
Poteau contrebande au col d’Aygues-Cluses

Une sortie à recommander, tout particulièrement à ceux qui connaissent peu l’univers Pyrénéen. Les autres se rafraîchiront la mémoire en relisant, par exemple, que les marmottes ont été introduites dans le massif, en mai 1948, par Marcel Couturier ou encore, découvrir le tychodrome échelette**, dit aussi « oiseau papillon ». Un bel oiseau aux ailes noires, tachetées de rouge sang, que l’on rencontre à haute altitude, voletant rapidement face aux parois rocheuses. Le tychodrome est reconnaissable de suite par l’originalité de son vol.

Tichodrome échelette
Tichodrome échelette

Pour atteindre le dernier poteau, situé au col lui-même, il faut tout de même grimper plus de 1000m de dénivelé avec un final « costaud ».

Passé le col, retour en Aragon et descente régulière, mais longue, dans le vallon d’Añes Cruces. La végétation devient de plus en plus « champêtre ». Des champs entiers d’iris accueillent la cuadrilla. La vue sur le massif des Posets, deuxième massif des Pyrénées par sa hauteur (3375m), est belle, surtout à la tombée de la nuit depuis le refuge de Viados qui lui fait face. 19h, instant de magie : Tous les randonneurs sont dehors, silencieux, à regarder les derniers rayons du soleil caresser les Posets. Un beau moment et surtout une vue magnifique pour ce refuge qui tous les soirs propose un nouveau spectacle lumineux à ses résidents.

Quant au refuge lui-même : douche à 2 euros (!), bon dîner, partie de « concombre » acharnée, chambrée de 4 très correcte. Petit-déjeuner à base de produits pré-emballés Auchan. En montagne, il ne faut pas demander la lune.

De Viados (1749m) à Bielsa (1032m), une fois sortis du bois, une longue montée attend la mule et les 4 randonneurs pour atteindre le col de Pardinas (2260m). Elle traverse des champs à l’herbe dense et haute (hauteur : mi-cuisse) qui ne se terminent jamais. Le vent fait onduler le tout. Une estive riche, vide de vie animale ! Où sont-donc les vaches et moutons ?

Pollen et parfums divers agressent les organismes. Le col de Pardinas est enfin atteint. L’air devient plus « respirable ». Le massif du Mont Perdu commence à se dévoiler : « Same, same but différent » des autres massifs que sont ceux de la Pica d’Estats, de la Maladetta, du cirque du Portillon, des Posets etc. Là-bas, demain, il faudra attaquer la redoutable montée « verticale » au col d’Aniscle qui mène au Mont Perdu.

La descente sur Bielsa se fait essentiellement sous un bois. Une bonne nouvelle car l’étape Viados-Bielsa compte 21,1 km et surtout, il fait très, très chaud : 38° au camping à l’entrée du village. Une température rare à de telles altitudes. Les organismes sont mis, à nouveau, à contribution.

A Bielsa, la « cuadrilla » rompt avec le protocole : « Dans la traversée des Pyrénées, ne jamais prendre une voiture ». D’un commun accord, il est décidé de prendre un taxi car 12 kilomètres de route sont à parcourir pour aller de Bielsa au refuge de Pinieta. Sans le taxi, l’étape du jour aurait fait plus de 33 km, et comme il fait 38°…

Une brèche acceptable pour l’intello qui, à deux reprises déjà, est reparti dans la traversée des Pyrénées en faisant des « sauts arrières », à Batère et à Aulus-les-Bains.

La chauffeur de Taxi, saisonnier roumain de Transylvanie, expliquera, lors du trajet, qu’en 3 mois de saison à Bielsa, il gagne suffisamment pour vivre « au pays », sans travailler les 9 mois restants, et ainsi s’occuper de sa femme et de ses enfants. Un retour brutal sur terre pour l’équipe !

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS :
J 29 La Soula-Refugio de Viados : 3,4 k/h, 4h39 de marche, 7h18 de rando, 15,9 km parcourus, 1084m de dénivelé positif
J 30 Viados-Camping de Bielsa : 3,5 k/h, 6h de marche, 8h04 de rando, 21,1 km parcourus, 787m de dénivelé positif. (plus Bielsa-Refugio de Pinieta : Taxi)
– * J 29 et 30 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– ** Le tychodrome échelette sur wikipedia : C’est ICI
– Crédit photo : Bernard Boutin

J 28 – Le glacier des Gourgs Blancs : Tout schuss du Luchonnais vers la Bigorre !

Glacier des Gourgs Blancs
Glacier des Gourgs Blancs

Au refuge du Portillon, des randonneurs viennent de rebrousser chemin alors qu’ils tentaient de rejoindre le refuge de La Soula. Motif : ils n’ont pas pu passer le gave de Caillauas, gonflé par la fonte de neiges. L’endroit se trouve juste sous le lac des Isclots (2398m). Problème : il s’agit de notre prochaine étape !

Bloqués, les randonneurs ont dormi sur place avant de revenir au Portillon le lendemain. Inquiet de ne pas les voir arriver pour la soirée, le gardien de La Soula a même alerté la protection civile qui est venue vérifier, en hélicoptère, ce qui se passait…
Une information qui inquiète Connie, Jérôme, « la mule et son intello », ainsi qu’Iñigo, Basque de Guernica, qui fait seul la traversée intégrale des Pyrénées de Banyuls à Hendaye. Vu les incertitudes du lendemain, il décide de se joindre à la « cuadrilla » pour cette nouvelle étape à la saveur incertaine.

Tout démarre très bien avec une montée facile au Tusse de Montarqué (2889m) et au col du Pluviomètre (2874m) situé à côté. A 360°, la vue est belle. Le soleil achève de se lever sur un univers de neige et de glaciers. Il y a partout des « 3000 ». Ils sont à portée de main.
La neige est omniprésente. Bien tassée, elle ne pose pas de problème dans la progression qui évolue, entre les cotes 2800 et 2900 mètres, en direction du col des Gourgs Blancs (2879m). Au col, vers l’ouest, le glacier des Gourgs Blancs**et les névès descendent d’une façon ininterrompue jusqu’au lac du Milieu (2510m). Ramasse à nouveau. Du plaisir, que du plaisir ! Tout schuss du Luchonnais vers la Bigorre.

Toute l’équipe avance à un bon rythme. Le lac des Isclots (2398m) est rapidement atteint. Chacun est impatient de découvrir le ruisseau de Caillauas qui a bloqué les randonneurs. Arrivé sur place, sa traversée ne semble pas compliquée même si le niveau d’eau est élevé. Petit exercice d’équilibre pour sauter de pierre en pierre. Les batons sont une aide très précieuse. Le ruisseau est passé. Aussi simple que cela !
La veille, les randonneurs ont-ils trouvé un niveau d’eau supérieur ? Ils sont arrivés tard,  vers 17h. Ce matin, la cuadrilla y est à 11h. La fonte des neiges est probablement inférieure à cette heure-là…
Après un ultime passage enneigé pentu, le lac des Caillauas (2160m) est en vue. Les premiers « juilletistes » sont là. La montagne devient « touristique ». Le refuge de La Soula est rejoint à 14h30 (1686m). Une étape bien menée.

Le refuge est installé dans un bâtiment de la SHEM (Société Hydroélectrique du Midi) qui a construit, à la confluence des Nestes (gaves) de Caillaouas et de Pouchergues, une centrale, mise en service en 1940. La « bande des 4 » vient d’arriver en Bigorre, dans le Val Louron. La mule sent l’écurie approcher. Elle est béarnaise.

Le refuge est un rien « kitch ». Une construction des années 30. WC sur les paliers, face aux escaliers en bois. A la cave, pour laver le linge, d’énormes bacs en ciments d’une autre époque sont à notre disposition. Efficace. Bonne douche chaude, dortoirs très propres et surtout excellent dîner fait de garbure bigourdanne (absolument pas différente de la béarnaise!), de saucisses de canard accompagnées de pâtes, particulièrement bien épicées, et de compote de pomme. Il y aura même du rab de saucisses et de garbure. Une première dans un refuge pour des plats autentiques et non des conserves réchauffées. Pain d’épice au petit déjeuner : un détail de plus. Bravo.

Un bémol toutefois : Des « escadrilles » de mouches envahissent la salle à manger. Elles sont vraiment trop nombreuses pour espérer pouvoir les chasser. Dommage.

Autour d’une agréable découverte locale, la « BIGOURD’ALE », Connie, Jérôme, Iñigo et l’intello finissent la soirée en jouant aux cartes. Au « concombre », plus exactement. Un jeu parfaitement maitrisé par les « Ariègois de l’étape » (Connie et Jérôme), où l’on gagne si l’on ne fait pas le dernier pli. Ils taillent des croupières au basque et béarnais-intello qui ont du mal à piger les arcanes du jeu. Prendront-ils leur revanche à la prochaine étape ?

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS : Portillon – La Soula : 3 k/h, 4h36 de marche, 6h58 de rando, 13,9 kms parcourus, 721m de dénivelé positif.
– * J 28 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– ** Gourg, gorga en occitan a le sens de « lac profond ». On trouve au pied du pic, sur son versant espagnol, les lacs des Gourgs Blancs. On les appelait Gourgs Blancs à cause de leur couleur d’un bleu laiteux.
Source : https://fr.wikipedia.org
– Crédit photo : Bernard Boutin

 

 

Gave de Remuñe et sa canolle

La mule et l’intello* – Col de la Litérole : Le sifflement rageur de la Balaguère !

Gave de Remuñe et sa canolle
Gave de Remuñe et sa canolle

Le 27è jour de la traversée des Pyrénées, de Banyuls à Hendaye, démarre sous le refuge de Renclusa, à l’Hôpital de Bénasque (1740m) qui est en réalité un (bon) hôtel ! La veille, l’intello y avait conduit sa mule dans l’espoir de trouver sur place, ou à Bénasque, de quoi remplacer son appareil photo perdu lors de l’étape précédente. Sans succès. Il décide donc d’utiliser l’ipad-mini malgré son « encombrement ».

L’étape de la journée consiste à monter très régulièrement dans l’étroit et sauvage vallon de Remuñe pour atteindre le col du même nom (2827m), longer le beau lac « Blanc de Literola » pour arriver au point haut de la journée, le col inférieur de la Litérole, qui malgré son qualificatif est tout de même à 2924m d’altitude.

Le sentier démarre, dans la forêt, par un marquage de traits de peinture rouge/blanc, qui, à certain moment, devient blanc/blanc et à d’autre vert-pâle/vert-kaki ! Pour finir, il sera marqué de ronds rouges et, vers le col, il n’y aura plus que quelques cairns. Réalisés par des randonneurs de passage, on n’est jamais certain de la destination qu’ils souhaitent leur donner. Rien ne vaut un marquage uniforme, bien identifié dès le point de départ, ce qui est rare. Le GPS vient alors en aide pour éviter de se tromper de direction.

Rapidement la forêt laisse la place à de petites clairières qui longent le gave de Remuñe. La neige apparaît. Les clairières disparaissent. Une langue de neige finit aussi par couvrir totalement le gave. Elle occupe le fond d’une longue canolle encaissée qui monte tout droit. L’intello y mène sa mule en prenant bien soin de progresser sur les extérieurs enneigés de la canolle. Au centre, un pont de neige pourrait s’effondrer dans le gave et l’équipage se trouverait immédiatement emporté par la violence du courant. Prudence extrême. La pente est forte mais les crampons ne sont pas sortis. La neige s’enfonce légèrement. Le risque de glissade est minime. Un bel exercice d’attention et de précision que de monter cette canolle !

Arrivé au col de Remuñe, l’espace s’ouvre et la neige devient omniprésente. La mule et son intello retrouvent Connie et Jérôme partis plus tôt. Pause, regroupement et départ pour le col. La montée est en effet loin d’être terminée.

Alors que l’équipe longe le lac « Blanc de Literola » (2760m), encore très largement pris par les glaces, un vent fort commence à se lever. Venant du sud, il a tendance à pousser nos compères ce qui est plutôt bienvenu ! Au fur et à mesure qu’ils approchent des cimes, celui-ci monte en puissance. Il devient désagréable et prend un malin plaisir à tourner autour des trois randonneurs qui doivent s’arc-bouter sur leurs bâtons pour ne pas être emportés. La mule est plutôt « cool ». Elle est solidement installée sur ses 4 pattes. Au col inférieur de la Litérole (2924m), poussé par les bourrasques de vents, personne n’a le temps, ni l’envie de s’attarder pour contempler le lac du Portillon en contre bas. Le vent fait même vaciller la mule. D’un même élan, poussé par les rafales, tout le monde bascule sur la face nord du col et commence à dévaler en ramasse les pentes enneigées.

Les bourrasques de vent accélèrent elles-aussi. Elles dévalent les pentes. La Balaguère**, vent du sud, a rattrapé les HRpistes. L’intello est envoyé « valdinguer » contre une paroi rocheuse. Plus de peur que de mal. Il est équipé de gants sans quoi les mains auraient été écorchées. Chacun marche avec précaution. Un sifflement rageur précède les rafales de vent d’une demi-seconde. Il ne reste plus qu’à le repérer et s’accroupir immédiatement.
Petit à petit, l’équipe descend vers le refuge du Portillon qui est là sous eux, à côté du lac. Une descente à réaliser avec beaucoup d’attention. Le moindre faux-pas et la chute, directe jusqu’au lac, est assurée.

Le cirque du Portillon est pris dans les bourrasques, une belle et haute cascade d’eau prend son envol parmi les glaciers, sous le pic Seil de la Baque (3103m), et… n’arrive jamais au sol. Le vent balaye la chute d’eau et la transforme en un gigantesque spray. Un moment rare que d’observer cela.

Arrivé au refuge CAF du Portillon, nous nous précipitons à l’intérieur. Construit avec une architecture antisismique, il tremble sous la force des rafales de vents ! Le barrage (artificiel) est en travaux, son chef de chantier parle de rafales à 120 km/h. Le gardien du refuge de 90 km/h. Là haut au col, les 120 km/h devaient être largement atteints.

Au calme, depuis le refuge, les randonneurs peuvent contempler le magnifique cirque du Portillon où tant de pics culminent à plus de 3000 : les pics Gourdon (3034m), des Spijeoles (3065m), de Perdiguère (3222m), du Seil de la Baque etc. Orientés nord, les glaciers suspendus sont encore bien présents et les névés descendent jusqu’au lac (2550m). Le refuge propose d’intéressants tableaux explicatifs sur les glaciers environnants et leur recul inexorable. On peut y lire : « En 20 ans, les glaciers des Pyrénées ont perdu 85% de leur surface, ceux des Alpes 40% ». Triste.

Au 27è jour de la traversée des Pyrénées, c’est le site le plus « haute-montagne » qu’aura contemplé l’intello. La mule, elle, n’en peut plus. Elle rumine de rage : « Vivement le retour aux estives ! ». Bonne nuit dans un dortoir très propre. Nourriture : OK…

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS : Hospital de Bénasque – Refuge du Portillon : 3 k/h, 4h42 de marche, 6h36 de rando, 14,2 km parcourus, 1330m de dénivelé positif
– * J 27 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
-**Balaguère : Nom pyrénéen d’un phénomène météorologique scientifiquement connu sous le nom d’effet de foehn . Pour que l’effet de foehn se produise, il suffit qu’en Espagne une masse d’air en mouvement, vienne buter contre la barrière des Pyrénées. Elle n’a alors d’autre choix que de l’escalader. En montant cette masse d’air se refroidit et libère son humidité. Côté espagnol, il pleut. En dévalant les vallées françaises, l’air se compresse et se réchauffe sous l’effet de la pression, il fait beau et chaud. (source : http://www.pyrenees-pireneus.com)
– Crédit photo : Connie Mayer et Bernard Boutin

La mule et l’intello* – Lever de rideau grandiose au « Coret de Mulleres » !

Col de Mulleres : la face ouest
Col de Mulleres : la face ouest

Le refuge de Conangles (1555m), avec ses chambres individuelles, aura permis une bonne nuit « réparatrice », après les longues étapes des deux jours précédents. Il le fallait bien car celle du jour s’annonçait encore plus exigeante : le tracé du GPS annonçait 1745m de dénivelés grimpants et 18 kms à parcourir ! Objectif du jour : atteindre le Col de Molières (Coret de Mulleres) à 2928 m et descendre jusqu’au refuge de la Renclusa au pied de l’Aneto.

Cette étape nous fait quitter, le val d’Aran, pas tout à fait catalan même si intégré administrativement à la Catalogne, pour entrer en Aragon, une région bien espagnole celle-là. Le gardien de Conangles : « Si la Catalogne obtient l’indépendance, nous Aranais allons alors demander l’indépendance de la Catalogne… ». Quelle « auberge espagnole » que ce pays-là !

Ces considérations mises de côté, l’univers « Mulleres » (Molières) avec sa vallée, son gave, ses lacs, ses mines, son col et son Tuc (pic) attend de pied ferme « la mule et son intello », Connie et Jérome. Le départ se fait dans des estives à l’herbe haute et épaisse, extrêmement fleuries. Les troupeaux (2000 bêtes) doivent arriver dans quelques jours. Le printemps nous offre ce qu’il a de plus beau : Une profusion d’odeurs, de couleurs, d’insectes. On est le premier juillet !

La progression régulière, le long du gave de Mulleres, nous fait atteindre la forêt, la traverser pour enfin atteindre un premier lac. Il y en aura trois autres. Au fur et à mesure que nous montons, ils sont plus gelés et couverts de neige. Une neige bien tassée qui s’enfonce légèrement sous nos pas et facilite la montée. Avec un tel enneigement, il est difficile d’imaginer que l’on est en été. Au sud proche, à Lérida et Saragosse, les températures flirtent avec les 40°.

L’endroit est beau et très sauvage. Les crêtes, du cirque qui nous dominent, sont ciselées comme de la dentelle. La pente est de plus en plus raide. Elle atteindra les 45° sous le col qui est atteint par un passage d’escalade facile.

La longue montée pour le col, la concentration nécessaire pour traverser des névés recouvrant des éboulis de pierre – attention au pont de neige qui s’enfonce sous le poids du randonneur- , tout cela ne nous prépare pas au choc qui nous attend. A peine nos mains nous hissent au-dessus de la ligne de crête, effilée comme un lame de rasoir (enfin, presque…), à peine l’escalade finale terminée, alors que nous avions le nez collé à la pente, voilà que s’ouvre soudainement devant nous une vue grandiose vers le Massif de la Maladeta et l’Aneto (3404m), le seigneur des lieux. Un lever de rideau à vous couper le souffle. Un moment inattendu, magnifié par la concentration qui le précédait. Un grand souffle d’air nous frappe alors : 1500 m de dénivelés montants viennent de s’achever. L’esprit peut enfin se libérer.

Sous nous, vers l’ouest, les pentes ne sont que neige, rochers et gaves en cascades. Piolet à la main, nous faisons de la « ramasse » pour rejoindre la vallée qui est encore loin. A vouloir aller trop vite, à vouloir prendre des photos pour immortaliser ces lieux, ces instants de bonheur, l’intello en oublie -où ?- son appareil photo. A moins que cela ne soit la bandoulière qui se soit détachée ? Il remonte. Cherche dans la neige, les rochers, le long des gaves en furie. Rien n’y fait. De cette journée, l’intello n’aura pas de photos souvenir. Mais, tout est bien gravé dans sa tête. Quant à l’appareil, c’était un Fujifim X20. Un bon outil. Si vous le voyez , sous le Col de Mulleres, versant ouest…

Pour les étapes suivantes, l’intello en sera réduit à utiliser la fonction « photo » de son ipad-mini. Pas pratique à utiliser car, conservé dans le sac à dos, il faut chaque fois ouvrir celui-ci pour le sortir et prendre des photos qui au final « tiennent tout à fait la route ». Connie propose alors les photos, faites avec son portable, pour illustrer cette étape. Heureusement. D’ailleurs, ses photos compléteront aussi celles des étapes suivantes. Son œil voyant des détails différents, cet apport enrichit la « mule et l’intello ».

La descente reprend, avec un intello de bien mauvaise humeur. La mule le sent. Arrivé au plat d’Aigualluts, la fonte des glaciers de la Maladetta gonfle les gaves dans de telles proportions qu’il n’est pas possible de couper par l’ouest le plat et monter directement vers le refuge de la Renclusa. La mule, l’intello, Connie et Jérome sont contraints de descendre jusqu’au chemin qui mène de la Bersuta au refuge. Un détour, pas obligatoirement bienvenue, sauf qu’il passe par le Forau d’Aigualluts, le fameux Trou du Toro. Un caprice géologique rare d’un diamètre de 70 m et d’une profondeur de 40. A cet endroit s’engouffre, dans un vacarme assourdissant, l’eau qui descend de la Maladeta. Il y en a beaucoup ce jour-là. Il fait très chaud. Le fonte est rapide. Le lieu est étonnant à voir.  L’eau réapparaît 4 kilomètres plus loin, dans le val d’Aran, à l’Uelhs deth Joeu (l’œil de Jupiter) et coule alors vers la France. La Garonne tient donc sa source en Espagne, sous l’Aneto. Tout ce territoire devrait être français, la ligne de séparation des eaux étant théoriquement la frontière entre la France et l’Espagne.

Après une remontée de 30 minutes, le refuge est atteint. Il est complet. C’est le point de départ pour l’Aneto. Ce soir, les « croquetas » seront excellentes et un calendrier de la Guardia Civil est affiché à l’accueil du refuge. La mule et ses trois compagnons viennent enfin d’entrer… en Espagne !

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS
J 26 Conangles – Refugio de la Renclusa : 3,3 k/h, 6h50 de marche, 11h06 de rando, 22 kms parcourus, 1818m de dénivelé positif
– * J 26 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– Crédit photo : Connie Mayer et Patrick Gourinel (pour le panorama vu depuis le col de Mulleres)

La Maladeta vue depuis le Col de Mulleres
La Maladeta vue depuis le Col de Mulleres

 

 

 

Lac de Ratera de Colomers

La mule et l’intello* – Hors-piste aux Encantats : Que du bonheur !

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Lac Tòrt de Rius

Deux jours pour traverser les Encantats. Première étape : rejoindre le refuge « Ventosa i Calvell » en coupant au-travers du Parc National. Pas de sentier, ni de cairn ou de marque de peinture, pendant une grande partie de la journée. Des lacs partout, souvent encore gelés, beaucoup de rocher et de neige. Un décor très sauvage et bien peu champêtre.

Belle montée au Port de la Ratera, puis au rocailleux Tuc (pic) de la Ratera (2864m). Vue magnifique depuis ce bevèdère. Là, les choses se compliquent puisqu’il faut descendre, face à l’ouest, sur une pente raide où les cailloutis n’attendent qu’une chose : filer sous les pieds. Le beau temps rend la descente plus simple. Les bâtons aussi. La neige prend la suite des éboulis et finalement de lac de la Ratera de Colomèrs est atteint. Il est encore partiellement gelé. Des izards nous observent.

Passé le lac, un premier col est atteint. Il conduit au lac « Deth Port de Colomèrs ». Nous y rejoignons un groupe de randonneurs français. Seules personnes que nous croiseront de la journée. Il arrive du refuge de Colomèrs, situé au nord, et fait juste un aller et retour au lac. Dialogue à 2431 m d’altitude :
– « Nous allons au refuge Ventosa i Calvell  et pensons y être à 15h ».
– « Voilà qui est prétentieux ! » réplique du tac au tac une dame (âgée) du groupe.
Etre traité d’ambitieux, quel drôle de qualificatif en ces lieux !
– L’intello lâche alors : « Ambitieux, c’est possible. Mais certainement pas prétentieux ! »
Nous serons en fait au refuge à 16h. Elle savait de quoi elle parlait.

La montée vers le col de Colomèrs (2600m) est le prochain objectif. Le soleil est haut. Il fait très chaud. Les gourdes se vident à toute vitesse. Les deux litres chargés dans les sacs au départ ne suffisent pas. Nous remplissons les gourdes dans les gaves ou les résurgences. Il s’agit principalement d’eau de fonte des neiges. Elle est froide. Il n’y a pas grand risque quant à sa qualité d’autant plus qu’il n’y a ni vache, ni brebis dans les parages. Boire « à la source » deviendra une constante pour la mule comme pour son intello.

D’une façon plus générale, il y a très peu de troupeaux dans cette partie des Pyrénées. Le pastoralisme est bien plus vivant dans la partie française des Pyrénées. Conséquence : durant la traversée des Pyrénées centrales, pas un refuge espagnol ne nous proposera de « fromage du pays » alors que tous les refuges français le feront !

Passé le col de Colomèrs, la descente conduit aux lacs de Colieto et rejoint le circuit de « Carros de Foc » qui amène au Refuge Ventosa i Calvell (2220m). La mule est fatigué par le hors-piste d’une grand partie de la journée.

Du refuge, on retiendra qu’il est en excellent état. Il a été réaménagé récemment. Avec un unique lavabo pour environ 60 places, une douche froide et des WC à la turc, le service est minimum et il est clair que l’espace est réservé pour ce qui est payant : la salle à manger pour les repas et le dortoir pour les nuitées. Un refuge complet ce soir-là. Un autre effet de « Carros de Foc ».

L’étape suivante continue à traverser le « pays des 1000 lacs ». Rien que pour atteindre le corret d’Oelhacrestada (2521m), à un heure de marche du refuge, le sentier longe les lacs de Travessani, de Clot, des Mangades et des Monges. Longue descente ensuite vers le refuge de la Restanca (2015m), face à son lac -bien entendu- où un « coca » requinquera la mule. Un coca nécessaire car la journée est loin d’être terminée. Remontée ensuite à la Collada Lac del Mar (2497m) après avoir longé le lac du même nom. Aussi grand que la mer!

Un parcours de « montagnes russes » : Départ 2220m, montée à 2521m, descente à la cote 2015, remontée à 2497m pour entreprendre une descente jusqu’au refuge de Conangles : 1006m. Une descente de 1500m de dénivelé tout de même qui se cumule aux 506m entre Oelhacrestada et Restanca. Plein les « pattes » en fin de journée avec, en prime, 23,1 kms de parcourus.

A partir de la collada Lac del Mar, les lacs vont encore continuer à se succéder : Lac Tort de Rius et lac de Rius. A noter le casse tête des noms : les lacs s’appellent « estanh » en Catalogne. Comment s’appellent les étangs ? Quand aux cols, c’est encore moins clair : Collado, corret, port, colh…

Tous ces lacs, n’ont qu’une chose en commun : le nom de « estanh ». Pas un ne se ressemble par sa forme, la couleur de son eau, les reflets qu’on y voit, les paysages qui les entourent. Ce qui les rend unique, c’est leur origine glacière et leur altitude. La terre n’en a pas encore pris possession. La boue en tapisse rarement le fond. L’univers est de roche. Les cailloux, qui s’y reflètent, sont souvent multicolores. Chacun est tout simplement beau.

Passé le lac de Rius, la (très longue) descente vers le val d’Aran débute. Au bas, le tunnel de Vielha et le refuge de Conangles. L’ambiance est tout autre : forêt en haut, estive en bas. C’est la fin des « enchantés ». Une région où l’oeil vibre à chaque instant tant les paysages sont beaux, éclairants, enthousiasmants.

Les Encantats, ils faut (se) les chercher mais ils sont tellement uniques que l’on en oublie très vite l’effort nécessaire pour les découvrir. A faire et à refaire !

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS
J 24 Amitjès – Refugi Ventosa i Calvell : 2,6 k/h, 5h30 de marche, 9h05 de rando, 14,5 kms parcourus, 952m de dénivelé positif
J 25 Ventosa i Calvell – Refugi de Conangles : 3 k/h, 7h40 de marche, 11h10 de rando, 23,1 kms parcourus, 1006m de dénivelé positif
– * J 24 et 25 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– Crédit photo : Bernard Boutin

 

La mule et l’intello* – Marketing aux Encantats !

Le lac d'Amitjès
Le lac d’Amitjès

Les Encantats, comme son nom catalan l’indique, sont tout simplement « les Enchantés ». Situés au sud-est du Val d’Aran, intégrés dans le « Parc National d’Aigües-Tortes et du lac de Saint Maurice »,  ils proposent 200 lacs aux formes et couleurs variés, une végétation riche où les pins à crochets dominent et des sommets qui rappelent les Dolomites. L’eau y est omniprésente. La neige et la glace aussi, quand la mule et son intello y parviendront. Revers de la médaille, l’endroit est très touristique, sauf pour ceux qui pratiquent le « hors-piste ». Comme toujours !
Pour y pénétrer, par l’est, les visiteurs vont jusqu’à Espot qui « grouille » de monde. Là, les « taxis d’Espot », de gros 4*4, vont les conduire dans le Parc. Non pas à la périphérie mais bien dans le Parc. Odeur de gazole assurée le long de la route qui, heureusement, s’arrête dès le refuge d’Amitjes.

On sait bien l’intello un peu « ours ». L’idée de côtoyer les foules le conduit à décider de pénétrer dans le Parc, non pas par le fond de vallée, Espot et ses taxis, mais par les crêtes. L’équipage monte donc depuis la Guingueta d’Anèu (920m) jusqu’au « refuge du Pla de la Font » (2002m), puis le lendemain file sur le refuge d’Amitjès. Deux étapes de transition plutôt « cool » avant d’entreprendre une traversée des Encantats « hors-piste ».

De la montée au refuge du Pla de la Font, il y a peu à dire. Elle se passe en forêt, des feuillus d’abord, des résineux ensuite, avec toujours la même conséquence : vue bouchée. Seul au départ, le passage dans le village restauré de Jou fait sortir, de son étui, l’appareil photo pour immortaliser de belles vieilles demeures. Pas âme qui vive durant toute la montée sauf… un vététiste aussi surpris que nous de croiser, un randonneur sur le chemin.

L’arrivée au refuge fera vite oublier une montée monotone. Situé au-dessus de la forêt, orienté nord, il permet une vue à 180° magnifique dans un cadre de verdure et de tranquillité rare. Champêtre à souhait. L’herbe épaisse flotte au vent. Magie des ondulations. Au-dessus, au sud, vers la crête qui domine Espot, de magnifiques pins à crochets se découpent dans le ciel. La mule trouve des cousins au milieu d’un troupeau de chevaux de trait qui broute tranquillement. Un nuage épais s’élève au-dessus des pins. L’intello signale de suite un début d’incendie à Tom, gardien du refuge depuis 15 ans. Eclat de rire : « c’est du pollen ! ». Le Paradis est-il ici ?

Tom est aussi guide. Il ne conseille pas vraiment de poursuivre seul sur la ligne de crête afin de descendre directement sur le refuge d’Amitjès, étape suivante de la « mule et son intello ». Peu ou pas de monde sur un tracé… peu tracé. A deux, pas de problème ! Mais, l’intello est seul (avec sa mule). Il y a 4 à 5 heures de marche entre 2600 et 2900m. Compliqué. Décision est prise donc de descendre le lendemain directement vers le lac de Saint Maurice et l’entrée classique aux Encantats.

Tom et l’intello sont seuls sur place. La saison n’a pas vraiment démarré. Ils dinent ensemble. Une bouteille de vin délie les langues. Pour Tom, comme pour tant et tant de personnes qui vivent « de et dans » la montagne : « la planète ne peut plus accepter notre niveau de consommation ». Elle est pourtant si éloignée de ces lieux préservés ! Ceux qui vivent hors des villes sont-ils plus conscients des dégâts qu’impose l’activité humaine à notre planète ?

Douche chaude gratuite et à volonté sur place ! La nuit est bonne. Réveil à 6h. Comme d’hab.

Du refuge à la crête, pour ensuite redescendre vers le lac de Saint Maurice, il ne faut pas plus de 10 minutes. Commence alors une descente franche où les bâtons sont particulièrement utiles. Quarante cinq minutes plus tard, l’entrée du Parc National est atteinte et son flot de visiteurs bien présent. Les taxis aussi ! Reste 600 à 700m de dénivelé grimpant à parcourir pour d’abord arriver au lac de Saint Maurice puis celui de la Ratera, suivi d’une belle cascade et enfin le refuge d’Amitjès (2366m) situé à côté… de deux nouveaux lacs : celui d’Amitjès et celui des Barbs. De l’eau, encore de l’eau, toujours de l’eau. C’est cela les Encantats. Depuis le refuge, la vue est tout simplement magnifique. On se croirait face aux Dolomites.

Sur place, il y a presque foule. Cela change du Pla de la Font ! Un sigle sur le bâtiment explique en partie cette affluence. Ici, c’est une étape des « Caros de Foc »  (les « Chars de feu »). A l’image du refuge de Certascan qui est intégré dans les circuits de « la Porta del Cel » et des « Muntanyes de Llibertat », Amitjès fait partie d’un ensemble de 9 refuges qui proposent de réaliser un tour circulaire des Encantats. A la clef : 55 kms pour 9200m de dénivelé cumulé.

Guides, topos randos, tee-shirts sont disponibles. Comme pour les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle qui font tamponner leur « credencial », les randonneurs, trekkers ou autre « trailers », selon la vitesse à laquelle ils vont, font viser par les refuges leur passage. On est là en plein marketing et cela marche. Amitjès, ce soir-là, affiche complet. Des randonneurs dorment à même le sol.

Complet aussi le refuge « Ventosa et Calvell », étape du jour suivant. Lui aussi se trouve sur la route des « Caros del Foc ». Les Catalans : des as du marketing pyrénéen !

La nuit sera longue. Toutes sortes de bruits « bercent » le dortoir. La porte palière grince à chaque passage. Les ronflements des uns, les rêves à voix hautes, les cauchemars, les sorties « techniques » aux toilettes. Tout se lie pour rendre la nuit peu ordinaire…

Les plus malins des randonneurs savent bien comment éviter cela. Ils installent leur tente à deux pas des refuges et ainsi peuvent bénéficier du dîner, du petit déjeuner, du « picnic », voire des douches. Ensuite, ils dorment au calme sous la tente. Seules contraintes : porter une tente et un duvet. Pour l’intello qui lutte contre le poids pour préserver sa mule, ce surpoids est en trop. Qui veut voyager loin, ménage sa monture ! Un choix de légèreté qui se paye en nuits blanches.

Réveil 6h et départ en compagnie de Jérome, avec qui l’intello avait fait 4 étapes l’année précédente, et Connie, son épouse. Les deux ariégeois viennent rejoindre « la mule et son intello » pour, ensemble, cheminer, par la HRP, jusqu’au cirque de Gavarnie.

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS
Pensión Cases – Refugi Pla de la Font     : 3,2 k/h, 2h19 de marche, 3h35 de rando, 7,54 kms parcourus, 966m de dénivelé positif
Refugi Pla de la Font – Refugi de Amitjès : 3,4 k/h, 3h50 de marche, 5h30 de rando, 13,1 kms parcourus, 736m de dénivelé positif
– * J 22 et 23 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– Crédit photo : Bernard Boutin et crédit plan : http://senderismo.gronze.com

La mule et l’intello* – Les crêtes du Campirme : De la Guerre civile espagnole à la ligne Maginot !

Abris franquiste au Pic Campirme
Abris franquiste au Pic Campirme

Après avoir passé une excellente nuit au refuge Certascan, l’équipage doit rejoindre, en trois jours de marche, les célèbres « Encantats ». Pour cela, l’intello a repéré une belle ligne de crête, celle du pic Campirme (2635m), orientée nord-sud qui domine les vallées de Cardós et d’Anèu. L’équipage quitte la HRP et part « vagabonder » selon ses inspirations. Bien peu est publié sur le « net » à propos de cette crête. Le point de départ se situe à la petite station de ski de Pleta del Prat (1720m), située au dessus du barrage de Graus. Il faut d’abord l’atteindre pour y passer la nuit.

Après une montée, franche et totalement enneigée, au col de Certascan (2585m), commence une longue descente dans une vallée parsemée de gaves et de lacs. A l’estany Blau, la neige disparait définitivement. L’estive approche. Elle est riche en fleurs : rhododendrons, genets, iris etc. Un premier pin à crochets, si caractéristique des Encantats, apparait. Comme lors des étapes précédentes, les gaves sont délicats à traverser. Descendant toujours, les bois sont passés pour finalement atteindre le hameau de Noarre. Toutes les granges sont en parfait état. Les prés, à l’herbe haute et dense, sont intouchés. Il n’y a pas âme qui vive. Bucolique au possible, comme coin.
Il s’agit ensuite de rejoindre Graus (1340m) par un doux sentier, très praticable, qui suit, dans les bois, le cours du « rio de Noarre ». Une descente tranquille et relaxante après la neige, glace et les rochers des jours passés.

Depuis le petit hameau de Graus, l’équipage remonte 400m de dénivelé pour atteindre le refuge de Pleta del Prat où il sera le seul visiteur du jour. Il est du coup « chouchouté » : diner en famille avec « l’aubergiste » et mise à disposition de la machine à laver. Une fois n’est pas coutume ! Pour le reste de la traversée, un cérémonial quotidien s’instaure. Sitôt arrivé à destination, pantalon, tee-shirt et chaussettes du jour auront systématiquement droit à un passage à l’eau, chaude (rarement), tiède (quelquefois), froide (souvent), selon les refuges; une eau « teintée » de quelques gouttes de savon de Marseille. Celui même utilisé pour l’hygiène corporelle et les cheveux. Pratique ! Pour le séchage du linge, le soleil couchant fera toujours l’affaire.

Belle remontée très tôt le lendemain, en passant le long de l’étang du Diable. De ce dernier, comme Nessie, la rumeur en parle mais personne ne le voit jamais ! Ce jour-là, il devait dormir. La mule craint cependant… surtout que le brouillard va et vient. Le pic Campirme (2635m) est enfin atteint. La vue à 360° est magnifique. Un belvédère hors norme. La crête descend par de doux « alpages » (mot curieux pour les Pyrénées !) vers le sud pour s’achever au pic de Montcaubo (2.290m) sous lequel passe le GR11 qui doit conduire l’équipage à la Guingueta d’Anèu, la prochaine étape.

Au pic, la trajectoire de la mule et de l’intello vont soudain diverger totalement. La première va voir le compteur monter à 33,4 kms pour la journée (contre 19,6 kms de prévus par le GPS), le second va plonger dans la guerre civile espagnole et la ligne P (la « petite » ligne Maginot du Général Franco).

Surprise : Tout autour du sommet, des redoutes et fortifications, datant de la guerre civile espagnole sont installées. Des tranchées les relient. A cette altitude, 2635m, le Général Franco avait fait prendre position à ses troupes. L’endroit est stratégique. D’en haut, elles surveillaient les vallées à l’est – elles conduisent vers la Catalogne – et à l’ouest – elles conduisent à l’Aragon. Les troupes resteront assez longtemps sur place. Après les sévères défaites républicaines en Aragon de 1938, le front s’est stabilisé en Catalogne occidentale. Franco, craignant des réactions françaises à une invasion de la Catalogne, par ses hommes,  avait préféré porter son effort de guerre plus au sud vers Valence et Teruel. Dans les faits, ces installations militaires ne serviront pas « activement » en 1939 quand la Catalogne, tombera « comme un fruit mur ». Plus sur le sujet : « Le front du Pallars durant la Guerre Civile » (cat)

Tout en observant ces vestiges, la mule et son intello cheminent le long de la crête vers le GR11. Sur la crête, l’estive est totalement dégagée. De nombreux troupeaux paissent tranquillement. Des biches ne sont pas très éloignées. Pas un bipède, comme si souvent. Un très bel endroit avec un panorama complètement dégagé.

Le col de Campirme (2000m) est atteint. Les bois prennent la suite sur la crête. La vue se bouche. Le GPS programmé conduit à des sentiers sans issus, envahis par la végétation. Une heure, deux heures de marche à chercher le GR11. Ne voulant prendre de risque, une barre rocheuse pouvant toujours apparaitre, l’intello décide de revenir au col pour descendre à l’ouest. Cette trace est aussi programmée dans le GPS sauf que – ce qui n’est pas prévu – le sentier est envahi par l’herbe printanière. Il disparait trop souvent. Force est de prendre une piste empierrée aux multiples virages. Le compteur accumule les kilomètres. Les gourdes se vident. La chaleur fatigue nos deux compères.
Une vieille « Fiat 500 » brinquebalante apparait. Teresa et Aina nous conduisent à 2 kilomètres de là, à Llavorre, hameau de quelques âmes. David Reguant, mari de Teresa, ébéniste, poète, homme libre – « Ah, si je pouvais déchirer mon permis de conduire et ma carte d’identité… », historien, guide propose d’accompagner l’équipage, à pied, par un chemin de traverse, pour rejoindre le GR 11 à Dorve. « Un de ces chemins qui autrefois reliant les villages sans passer par les vallées… »

Après quelques centaines de mètres, durant lesquels David trouve des cèpes, des girolles ou encore un pin, tombé en travers du chemin, pin qu’il découperait bien pour le sculpter, le chemin conduit aux blockhaus de Franco.
Enfouis dans la forêt qui « monte les pentes », ces constructions ont été réalisées par des prisonniers républicains. Perdus dans les bois, les structures n’en imposent pas. Seules, elles ne sont rien. Toutes ensemble, c’est une autre histoire. Franco, à la fin de la guerre civile, alors que la deuxième guerre mondiale allait débuter, lança le projet Linéa P (Ligne P pour Pirineos). Objectif, construire 10.000 blockhaus de la Méditerranée à la chaine Cantabrique pour protéger l’Espagne contre une éventuelle invasion des Nazis … puis des alliés ! On comprend mieux pourquoi Hitler se méfiait de Franco. Il se souvenait aussi certainement des déboires de Napoléon.

Les travaux débuteront en 1939 pour se terminer en 1948. Sur les 10.000 blockhaus prévus, 6.000 furent tout de même réalisés. La Linéa P resta active jusqu’à la mort du « Caudillo ». Ce n’est qu’au début des années 80 qu’elle fut abandonnée. Cette ligne, les locaux l’appellent, la « petite ligne Maginot » ! (Plus sur le sujet : c’est ICI et ). La traversée des Pyrénées conduit à tout. Une journée de découvertes historiques.

Dorve en vue, le GR 11 atteint, David, repart dans son monde d’homme libre. Il ne resta plus à notre équipage que de rejoindre la Guigueta d’Anéu (920m). Ils leur fallu une heure – encore – pour y arriver. L’intello en avait plein la tête, la mule plein les pattes (33,4 kms). Une journée de randonnée débutée, il y a presque 11 heures.

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS
Refuge Certascan – Refuge de Pleta del Prat: 3,6 k/h, 4h53 de marche, 6h45 de rando, 17,4 kms parcourus, 732m de dénivelé positif
Refuge de Pleta del Prat – Pensión Cases à la Guingueta d’Anèu : 3,8 k/h, 8h44 de marche, 10h55 de rando, 33,4 kms parcourus, 1340m de dénivelé positif
– * J 20 et 21 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– Crédit photo : Bernard Boutin

 

La mule et l’intello* – Le refuge Certascan : « Chapeau ! »

Refuge de Certascan
Refuge de Certascan

7h30 : l’eau ruisselle partout autour du refuge Barbote (2380m). Un mix de pluie et de fonte des neiges. L’orage s’est éloigné mais l’équipage reste inquiet. L’étape pour rejoindre le refuge Certascan est longue. Le col de Sellente (2490m) est vite atteint par une courte pente enneigée. Commence alors une longue descente dans des vallons humides. Passer les gaves gorgés d’eau est compliqué. Et, quand ce n’est pas la traversée des cours d’eaux qui pose problème, c’est tout simplement la sente qui disparait sous l’herbe haute et épaisse de cette fin de printemps. La végétation est luxuriante. Pas âme qui vive en dehors d’isards étonnés de nous voir.

Il s’agit tout d’abord de descendre jusqu’au « Pla de la Borda » situé à 1440m. Plus de 1000m de dénivelé descendant sur un parcours peu évident. Heureusement, le GPS corrige immédiatement les écarts. Le passage du « riu de Sellente » devient même réellement compliqué. Trop d’eau. Trop de courant. Il est finalement traversé en passant sur le tronc d’un énorme sapin tombé, par chance, en travers du gave. Le faire pieds nus aurait été délicat étant donné la vitesse de l’eau et le fond de galets. L’estive cède la place aux bois épais. Monotone.

Au « Pla de la Borda », le sentier pour remonter vers le refuge Certascan (2240m) n’est pas visible non plus. Un guide conduisant un groupe de randonneurs nous montre alors le point de départ visible uniquement de ceux… remontant le « pla ». Le descendant, la mule et son intello l’avaient passé sans le voir. Le cheminement est fraichement peint en rouge et blanc jusqu’au refuge. Enfin, une bonne nouvelle dans une randonnée pas simple jusqu’alors ! Après les bois, sans fin, de la descente, commencent ceux de la remontée…

Le refuge est atteint vers 15h. Surprise : il est fermé et rien n’indique sa prochaine ouverture. Le ventre creux, l’équipage, piégé là, décide d’attendre et de faire la sieste dans une pièce accessible (refuge d’hiver). Elle est propre et meublée de lits. Qui dort, dîne ! La fatigue remplace les somnifères malgré les questionnements du moment. Il ne manquerait plus que le refuge n’ouvre pas…

A 16h, Alejandro Gamarra, gardien du refuge, arrive chargé de provisions. Ouf ! Le suivent de près cinq randonneurs dont un Australien qui traverse toutes les montagnes du monde. « Pourquoi ne pas venir au Certascan ? ». Problème : il ne parle pas un mot d’espagnol ! Le refuge est « cozy », propre et accueillant. Il est tenu par Jan (Alejandro) depuis 33 ans qui connait son affaire. Un super dîner attend les randonneurs : soupe de lentilles au chorizo, salade mixte, cannelloni, millefeuille (spécialité locale pour la St Jean). Et, pour finir, Jan, aux origines basques, nous offre un verre de Patxaran ! Il y en aura même un deuxième… Douche chaude et Wifi complètent la panoplie des bonnes nouvelles.

Jan n’est pas que gardien. Il est guide, conseiller, organisateur, photographe, historien… Un homme à la passion des Pyrénées chevillée au corps. Cela l’a conduit, en 2004, à mettre au point « la Porta del Cel » (la Porte du Ciel), un circuit qui amène les randonneurs à faire une boucle entre le village de Tavascan et les refuges de Graus, du Certascan, du Pinet et de VallFerrera. (Plus sur le circuit : c’est ICI). Objectif : animer le « Parc Natural de l’Alt Pirineu », situé à cheval entre le Pallars Sobira et l’Alt Urgel, qui est le plus grand de Catalogne avec 70.000 ha. … et aussi animer les refuges !!! Cartes et topos-guides sont à la disposition des randonneurs pour ce parcours de 65 km et 5500 m de dénivelé positif dont le haut lieu pyrénéen pour les Catalans : La Pica d’Estats !

Mais, Jan ne pouvait s’arrêter là. Conscient des échanges transfrontaliers et de la nécessité de perpétuer la mémoire, il crée un nouveau circuit conduisant sur les chemins empruntés par les républicains espagnols à la fin de la guerre civile, les Juifs d’Europe ou encore ceux qui souhaitent rejoindre les forces alliées pendant la deuxième guerre mondiale. 80.000 personnes auraient traversé les Pyrénées pendant la guerre. Le parcours, « les Muntanyes de Llibertat », relie les refuges de Graus et du Certascan (Catalogne espagnole) aux gîtes du Presbytère à Aulus-les-Bains et de l’Escolan à Bidou (Plus sur le circuit : Voir )

Organisé, Jan projette alors des vidéos illustrant ces deux circuits. Un bel exemple de dynamique et d’actions parfaitement intégrées dans un territoire difficilement accessible. Le refuge est à 2h de marche de la route. « Chapeau »… comme disent les Espagnols !

Une étape un peu pénible, par manque de vue et difficulté à trouver la trace, qui se termine de la façon la plus agréable.

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS : Refuge Barbote – Refuge Certascan : 3,3 k/h, 4h45 de marche, 6h30 de rando, 16,8 kms parcourus, 982m de dénivelé positif
– * J 19 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– Crédit photo : http://desnivel.com et Bernard Boutin

Pyrénées : Amour maternel

Especieres-Vautours-Vaches-Moutons_002Le randonneur, dans les Pyrénées, a souvent des moments rares sous les yeux. Un lever de soleil exceptionnel, un point de vue d’une grande beauté, des contrastes de couleur inspirants, des rencontres avec les animaux, domestiques ou sauvages, aux moment les plus inattendus.

C’est dans le massif de Gavarnie, aux Espécières, que se passe la scène. Ensemble, moutons, blondes d’Aquitaine et vautours fauves ont décidé de jouer une pièce de théâtre sobre, silencieuse, respectueuse et dramatique au final. C’est à celui qui intimidera le plus l’autre…

Le jeune veau vient de mourir. Il est allongé sur l’estive. Déjà près de 60 vautours sont posés tout autour. Seul, cinq ou six s’approchent. Des vieux mâles dominants probablement. Ils se préparent à dépecer la pauvre bête. Il leur faut d’abord déterminer, par des danses d’intimidation, à qui reviendra l’honneur de démarrer la curée. La plupart, sachant que cela est peine perdue pour eux, sont en retrait, aux loges des spectateurs.

A ce moment là, un premier mouton, suivi d’autres, approche du veau mort. Ils n’ont pas peur des vautours et viennent se positionner à 5 ou 10 centimètres de leur bec. Pas de cris, pas de mouvement brusque. Les vautours interloqués font face aux moutons et arrêtent net la sale besogne de dépeçage qu’ils s’apprêtaient à entreprendre.

Arrive à ce moment-là une première vache, suivie d’une autre et, de tout un troupeau pour finir. Majestueuses, elles se dirigent lentement vers les moutons et vautours qui se font face à face.

Devant une telle « pression », calme et contenue, les vautours reculent de quelques mètres. Pas plus.

Sort alors du troupeau de vaches, une d’entre-elle qui va se positionner juste au-dessus du veau décédé. De ses 4 pattes, elle l’isole totalement, baisse la tête et fait face aux vautours. A nouveau, tout dans l’intimidation. Pas de geste dérangeant, pas de meuglement intempestif.

Le reste des animaux observent la scène tragique  – bipèdes randonneurs compris ! -. La Mère vient rendre un dernier hommage à son enfant. Déjà, les autres vaches et moutons s’en retournent.

Les vautours attendent calmement que la Mère accepte le sort réservé à son petit. Ils savent qu’elle finira par « lâcher prise ». Ils sont patients. Terriblement patients.

La montagne, c’est aussi cela…

– par Bernard Boutin

PS : Voir ci-dessous deux diaporamas :
– Un du « festin inachevé »
– Un de la randonnée du jour au pic du Taillon, situé au Cirque de Gavarnie, au dessus des Espécières.
Crédit photo : Bernard Boutin et Mariano, le « Roi du Topo » (plus de 500 à ce jour sur la chaine pyrénéenne) dont on peut admirer d’autres photos de vautours prises au Bénou ainsi qu’un précédent topo en ligne au Taillon.

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Bernard DORCHE : Les Pyrénées pour sacerdoce !

DSC03802 Quand le CAF, par courriel, invite ses adhérents pour célébrer  : « un de nos membres les plus dévoué, Bernard Dorche, qui recevra la médaille de la F.F.C.A.M. en récompense de son long et intense dévouement au club et aux refuges que nous avons en gestion », le tout jeune « cafiste » que je suis, est interpellé. Qui est donc ce Bernard pour mériter une telle médaille ?

Quelques semaines plus tôt, une sortie de ski de randonnée annonçait déjà la couleur : « Bernard Dorche sera notre chauffeur jusqu’à Saint-Lary. Il gagnera ensuite Barèges où il passera la journée à skier jusqu’à notre arrivée. Merci à lui pour cette sympathique proposition ». Pas très amusant comme programme : amener des skieurs de Pau à St Lary en mini-bus, repartir pour Barèges (2h15 de route et 130 kms selon Mappy) et skier sur les pistes en attendant les autres qui « prennent leur pied » sur les cimes pour enfin rentrer sur Pau : 338 kilomètres de bénévolat pour les autres !

La F.F.C.A.M, le C.A.F : des acronymes à traduire. Derrière le sigle F.F.C.A.M. se cache la « Fédération française des Clubs Alpins et de Montagne » crée en 1874. Elle regroupe 410 clubs, 195 bâtiments, 6.500 bénévoles et 90.000 adhérents. Une « fédé » dont les chiffres flirtent avec les plus hautes altitudes.  Pour faire simple, les initiales plus communément reprises pour la désigner sont celles du CAF ou Club Alpin Français.

Pau a son CAF, tout comme Oloron, Orthez, la vallée d’Ossau, Tarbes, Lourdes, Bagnères de Bigorre, Bayonne. Voilà pour le Bassin de l’Adour sans oublier le CAF de Turbo, rebaptisé CAF du Béarn. Au CAF, on pratique le ski (randonnée et piste), la randonnée (pédestre et raquette), le VTT, le canonying, la spéléo, l’escalade et l’alpinisme. A ceux qui voient, depuis la vallée, les Pyrénées juste comme un beau décor de théâtre, le CAF saura leurs donner quelques idées…

Et Bernard Dorche me direz-vous ? Avec un Père, originaire des Hautes-Alpes, Bernard va naître en 1947 à Bagnères-de-Bigorre. Vivant au pied des Pyrénées, naturellement il « crapahute » très vite et, dès 12 ou 13 ans, rejoint le CAF de Lourdes. Précoce ! Après une préparation militaire chez les Gendarmes au Pont d’Espagne, il entre aux Chasseurs Alpins, à Chambéry, en janvier 67. Seize mois plus tard, le voilà de retour au « païs ».

Pendant qu’il est dans les Alpes, le Parc National se crée en 1967. Beaucoup de recrutement locaux sont faits. Bernard a un regret, il n’est pas mis au courant et rate une carrière qui l’attirait à cette époque : Garde au Parc. Un parc national qu’il juge avoir aidé à la diffusion de la pratique de la montagne et à son ouverture à un plus large public.

Un déclic se produit quand Bernard apprend que le refuge du Larribet (2072m), au pied du Balaïtous, recherche son premier gardien en 1969. « A une époque où il ne fallait pas de diplôme universitaire, ni de formation particulière »  (un coup de griffe aux contraintes actuelles), il dit « Banco » et le voilà à 21 ans, gardien de refuge.

Bernard découvre alors les joies de la vie de gardien de refuge qui doit être à la fois plombier, maçon, électricien, cuisinier, secouriste, comptable mais aussi réceptionniste, polyglotte et prêt à toutes les remarques, à toute heures : « Comment, vous ne voulez-pas garder mes déchets ! ». Rester poli absolument ! « Non, Madame, il n’y a pas de benne à ordure qui passe ici… ».

Terrible, ces citadins qui, là haut dans la montagne, s’attendent aux mêmes prestations qu’en ville. Il faut quelque fois savoir « se comporter comme un gendarme et pousser des coups de gueule ».

Il y a aussi le portage pour monter le matériel. Les moyens sont variés : l’âne et le mulet souvent, l’hélico parfois et, le dos dont Bernard dit, volontiers, qu’il a « épousé la forme des bouteilles de gaz ». Bernard a de l’humour. Il fait 4 saisons au refuge jusqu’en 1972 : 900 nuitées à l’époque. Il y en aurait 2.300 aujourd’hui pour ce refuge géré par le CAF de Lourdes. Signe des temps : les douches chaudes y sont disponibles maintenant. Ce n’était pas le cas en 1970 : 4 saisons à se décrasser à la fraiche !

Bernard s’installe à Pau pour travailler dans la grande distribution. Il ne perd pas de temps et rejoint le CAF palois et son comité directeur dès 1980. Manuel et fort de son expérience acquise au Larribet, il se voit confier la gestion des refuges du CAF de Pau : Pombie (au pied de l’Ossau), Arremoulit (face à l’Arriel au-dessus du lac d’Artouste) et celui de Gabas, fermé depuis. Trop cher à entretenir suite aux nombreuses contraintes administratives. Les mises aux normes sont (à nouveau) montrées du doigt : encloisonnage des escaliers, porte coupe-feu, accès handicapés, issue de secours à l’étage, suppression des lambris…

Les refuges : une économie de la montagne souvent peu connue : environ 3.500 nuitées à Pombie, 2.500 à Arrémoulit. Le Refuge Wallon, au-dessus de Pont d’Espagne en ferait près de 13.000 par an, un « leader » sur la chaine qui compte une cinquantaine de refuges gardés des deux côtés de la frontière. Combien d’emplois ? Quels budgets achats alimentaires et fournitures en tout genre pour les faire tourner ?

Bernard prend une année sabbatique, en 1993, pour aller tenir le refuge des Oulettes de Gaude (2151m), situé sous la face nord du Vignemale : 8 à 9.000 nuitées à « gérer » cette saison-là. Début de travail : 4 heures du matin pour le petit-déjeuner des premiers alpinistes, coucher tard avec la réception des retardataires. Malgré la dureté du travail, être gardien dans un refuge peut devenir la passion d’une vie : Guy Serrandou est resté 20 ans à Pombie pour arrêter, en 2005, à 70 ans. Pierre-Jean Pradalier Agours a tenu 20 ans Arrémoulit…

Bernard aurait pu s’appeler « Manitas ». Ses mains laissent leurs « empreintes » dans les refuges du CAF palois qu’il entretient avec passion. En même temps, il prend toute sa place au siège du club à Pau où il sera bien souvent le permanent, l’homme de main pour l’entretien des locaux, le conducteur du mini-bus, celui par qui la solution arrive etc.

Quand il n’est pas au club, il monte, à la belle saison, à Pombie ou Arrémoulit, peindre, casser des cloisons, en monter de nouvelles, réparer les alimentations en eau, s’occuper de toutes les bricoles qui invariablement apparaissent, mettre en place les héliportages etc. Un refuge, sous plusieurs mètres de neige en hiver, en portera toujours les traces au printemps. On l’aura compris, Bernard vit un « sacerdoce » depuis 1969 à la disposition, du bâti dont il a la charge, pour le bénéfice des adhérents, touristes, montagnards etc. Pour le Club, en 2014, il aura réalisé 5.400 kilomètres de déplacements et 362 heures de bénévolats !

Désintéressé, disponible, la médaille de la F.F.C.A.M.* vient récompenser un homme qui a tout donné pour que la pratique des Pyrénées puisse être possible pour le plus grand nombre. Une médaille qui ne lui montera pas à la tête et ne l’empêchera pas de continuer son engagement.

Bernard a tout de même trouvé du temps pour lui. Une traversée des Pyrénées à ski, en hiver, lui fera découvrir la chaine sous la neige. Un exercice difficile. Pas de gardien dans les refuges, ni chauffage, ni garbure bien chaude pour récupérer. Des cabanes, aux portes et fenêtre enfouies sous la neige à déblayer pour y dormir. Tout doit se porter sur le dos. Des sacs de 28 à 30 kilos !  Il grimpe au Mont-Blanc, fait la traversée de la Neije, du Pelvoux, la Face Nord des Ecrins et, de très nombreux « 3000 » pyrénéens.

Le premier qu’il gravit : le Neouvielle à 13 ans (3091m). Une passion est née ce jour-là. Il en gardera un coups de coeur : « voir un gamin de 4 ou 5 ans arriver dans un refuge ».

– par Bernard Boutin

* La médaille sera remise par Georges Elzière, Président de la F.F.C.A.M., le jeudi 2 avril, à partir de 18h. au siège du CAF à Pau, cité des Pyrénées.

PS : Cet hommage à Bernard Dorche pourrait être multiplié à toutes celles et tout ceux qui font qu’aller à la montage : « Oui, c’est possible ! » et ils sont nombreux…

Un autre exemple de bénévolat à 100% : « Internet pour randonner en sécurité » avec Mariano

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