Pyrénées : Des ours polaires bientôt lâchés !

Face à la dramatique situation que connaissent les ours polaires, suite à la disparition de la neige causée par le réchauffement climatique, le Parc National des Pyrénées a décidé de lâcher deux ourses polaires, sur son territoire, pour rejoindre les ours mâles béarnais, Néré et Cannelitto.

Les espaces vierges situés au fond du vallon de Bious-Artigues, sous la crête frontière, répondent à l’ensemble des critères retenus, par les scientifiques du parc, pour un tel lâcher : vastes étendues éloignées de l’activité humaine, fort enneigement, températures de plus en plus glaciales, contrairement au Pôle nord.

Le 22 mars, une mission exploratoire a constaté sur le terrain, une nouvelle et dernière fois, les potentialités d’accueil des plantigrades : froid vif intense (température ressentie de -15 à -20°), couche de neige généreuse, parois plâtrées, absence de présence humaine. Le reportage photo joint atteste des potentialités observées sur place.

C’en est donc fini avec les éternelles compagnes slovènes proposées aux ours pyrénéens. Les ourses polaires vont prendre la suite pour le plus grand bonheur de Néré et Cannelitto.

Des couples inhabituels vont se former : lui, tout de brun vêtu, elle tout de blanc. Devant une telle originalité, le monde entier a prévu de se précipiter, au fond de la vallée d’Ossau, pour voir les nouveaux « tourtereaux ». Les gites et hôtels affichent, par avance, complets. Toute la production de fromage de brebis est pré-réservée. Les guides se préparent à accompagner les nombreux curieux à la recherche des oursons nouveaux-nés. Ne dit-on pas qu’ils seront zébrés de brun et de blanc ! Réponse dans 195 à 265 jours après le lâcher (période de gestation des ourses blancs).

Le débat sur l’ours en Béarn va pouvoir enfin être clos, tout le monde trouvant son intérêt avec ces réintroductions.

– par Beñat64
1 avril 2018

crédit photo : Vegactu pour l’ours et Beñat64

BAP. LETTRE OUVERTE aux élus. Infrastructures et liaisons aériennes

Madame, Monsieur,

A la veille des Assises sur le transport aérien, prévues par le gouvernement pour l’ensemble des aéroports français, il a paru opportun à BAP de rappeler l’activité de l’aéroport de Pau et son importance économique et stratégique pour le Béarn et la région Nouvelle-Aquitaine.

La lettre ouverte, ci-jointe, consacrée aux infrastructures et liaisons aériennes, fait suite à celle sur les liaisons ferroviaires du 12 janvier dernier.

Avec nos remerciements anticipés pour l’attention que vous porterez à la présente ainsi que pour votre collaboration pour sa diffusion auprès de vos lecteurs et auditeurs.

Bien cordialement.

Pierre SAUBOT, Président de BAP

Pau, jeudi 22 février 2018
Lettre ouverte aux Élu(e)s de la Nouvelle Aquitaine et du Béarn.
Aux Sénateurs et Députés des Pyrénées-Atlantiques
Au Président et aux Conseillers de la Région Nouvelle Aquitaine
Au Président et aux Conseillers départementaux des Pyrénées-Atlantiques
Aux Présidents des Communautés de Communes et d’Agglomération du Béarn
Aux Maires des Communes du Béarn
Au Président de la CCI de Pau-Béarn

Cette lettre ouverte consacrée aux infrastructures et liaisons aériennes fait suite à celle sur les liaisons ferroviaires du 12 janvier dernier.

1) Caractéristiques et points forts de l’aérodrome de Pau-Pyrénées (PUF)
Un peu d’histoire : dès 1909 les frères Wilbur et Orville Wright puis Louis Blériot créent des écoles de pilotage à Pau.
En 1912, l’Armée crée, à son tour, une école militaire de pilotage qui formera, de 1914 à 1918, plus de 6000 aviateurs d’une dizaine de nationalités différentes.
Des conditions climatiques très favorables caractérisées par de faibles variations de températures et, surtout, une absence de vents forts autorisant les vols toute l’année en sécurité, expliquent le choix du Pont Long.
Aujourd’hui : l’aéroport international de Pau-Pyrénées (PUF) avec sa piste bien orientée (SE/NO) est équipé d’un système d’atterrissage tous temps (ATT), tout comme Bordeaux et Toulouse. Non seulement ceci renforce la sécurité de la plateforme mais lui permet aussi d’accueillir les vols vers Biarritz ou Tarbes-Lourdes lorsque les conditions météo, sur leur lieu de destination, les obligent à se dérouter. Le mois dernier, 11 vols ont ainsi été déroutés vers Pau-Pyrénées.
Situé à proximité de l’intersection des autoroutes A64 et A65, de la D934 vers le nord et de la N134/E07 vers le sud, l’aéroport permet d’accéder rapidement aux bassins industriels voisins (Pau, Bordes, Lacq, Oloron, Tarbes) mais aussi à la Bigorre et à l’Aragon et capte des passagers venant du sud des Landes, du Gers, des Hautes-Pyrénées et, bien sûr, du Béarn.
Depuis 1946 l’aéroport est la base de l’Ecole des Troupes Aéroportées de Pau (ETAP) qui a formé des dizaines de milliers de parachutistes français et étrangers (allemands actuellement). C’est également la base de 2 Régiments d’hélicoptères essentiels aux Armées et à la sécurité de la France, le 5ème RHC (Régiment d’Hélicoptères de Combat) et le 4ème RHFS (Régiment d’Hélicoptères des Forces Spéciales). Ceci fait de Pau-Pyrénées la plus grande base d’hélicoptères en Europe, base où se trouvent de ce fait, l’Etat-Major des Forces Spéciales Terre (CSFT) et la Direction de la base de Défense Pau-Bayonne -Tarbes (BdD PBT).
Une telle concentration de forces militaires (environ 2000 emplois directs) n’est concevable qu’à condition de pouvoir accueillir des avions moyens ou gros porteurs (Hercules 130, A400M, Antonov 124) indispensables à l’entrainement des personnels et à la logistique des missions des unités présentes.
Si l’aéroport de Pau-Pyrénées est indispensable aux Armées qui prévoient d’y déployer les nouveaux hélicoptères de manœuvre NH90 TTH dès 2020, il est tout aussi indispensable aux grandes entreprises du Béarn : Total, Euralis, Safran (Turboméca et Messier Dowty), Lindt, Arkema et à leurs sous-traitants.
La zone d’activité Aéropôle, contigüe, rassemble 500 entreprises qui emploient 4000 personnes principalement dans les secteurs de l’aéronautique et de la logistique. Indispensable aussi aux Services publics (Hôpital par ex.) et à la Santé.
L’aéroport de Pau-Pyrénées constitue donc un équipement essentiel pour le Béarn, son désenclavement, son attractivité, son rôle stratégique et son développement.

2) Le fonctionnement et les difficultés de l’aéroport
En 2008, PUF avait un trafic de 817 511 passagers grâce, en particulier, aux 2 lignes vers Londres Stansted et Amsterdam assurées par Ryanair (143 145 passagers cette même année).
La suppression de ces liaisons, à la suite d’une décision de justice, a entraîné une baisse significative du trafic passager. Cette tendance n’a pu être compensée par l’ouverture de lignes nouvelles vers Marseille, Nantes, Marrakech et autres. Elle a au contraire été accélérée par une concurrence alimentée par des fonds publics et une qualité de service dégradée, tout particulièrement avec Roissy CDG.
En 2017, le trafic passager a connu une nouvelle baisse de 1,3% par rapport à l’année précédente pour s’établir à 600 075 passagers.
Depuis le 1er janvier 2017, l’aéroport a un nouveau gestionnaire, Air’Py, qui associe à la CCI de Pau-Béarn (51%), 2 filiales de la CDC, Egis et Transdev.
De nombreux investissements sont en cours ou en projet. Une nouvelle tour de contrôle qui gère les trafics aériens de Pau-Pyrénées et de Tarbes-Lourdes sera mise en service en juillet, un parking pour gros porteurs sera créé, et le taxiway y conduisant, aménagé. L’aérogare va être restructurée pour améliorer l’accueil et faciliter l’enregistrement des passagers et le contrôle des bagages. Un nouveau gestionnaire pour la restauration et les commerces va rentrer en fonctions.
Au total l’aéroport emploie 159 personnes.
Air’Py mène une politique prudente visant à regagner les passagers perdus en respectant rigoureusement les équilibres financiers, grâce à un équipement qui pourra accueillir 1 million de passagers sans investissement nouveau.
Malgré les difficultés actuelles, l’exploitation de Pau-Pyrénées est équilibrée sans aucune aide des collectivités et vise à accroître le trafic.
3) Les réponses possibles à cette situation
Il y aurait bien sûr celle du laissez-faire. La pire sans doute car ses conséquences seraient désastreuses : concurrence exacerbée, engendrant chez les concurrents des déficits d’exploitation aggravés, et donc un recours croissant à des aides publiques.
BAP ne peut l’envisager et renouvelle sa proposition, plus raisonnable, plus nécessaire et plus urgente que jamais, d’une coopération intelligente entre les aérodromes de Pau-Pyrénées (PUF) et de Tarbes-Lourdes (TLP).
Les chiffres disponibles indiquent qu’une telle solution, couplée à une amélioration des moyens de transport terrestres entre les 2 plateformes, permet de faire croître le trafic de l’ensemble pour le porter à 1,2 million de passagers par an, au-dessus donc des prescriptions européennes, sans faire appel à des subventions et aides de la part des collectivités.
BAP soutiendra activement toutes les initiatives, de la part des propriétaires et des gestionnaires des plateformes comme de la part des élu(e)s en charge, qui iront dans ce sens.

Association loi 1901
Siège Social : BEARN ADOUR PYRENEES – CCI Pau Béarn – 21 rue Louis Barthou – BP 128 – 64001 PAU Cedex
Tel : 05 59 82 56 40 – Email : bap@pau.cci.fr – Site : http://www.bap-europe.com
Facebook : http://www.facebook.com/bap.europe

A ARZACQ LE DIMANCHE 18 FEVRIER A LA DECOUVERTE DE LA GRANDE FAMILLE TAURINE 

Arzacq ouvre la saison tauromachique béarnaise le dix-huit février prochaine. C’est une journée qui vaut le déplacement, car, et c’est unique en France, la corrida équestre y est présentée en même temps que la corrida à pied. La piste arzaquoise accueillera cette fois une cavalière vedette : la torera portugaise Ana Rita. Ce sera la première femme à défiler sur cette piste. Dans son pays, Anna est une star et c’est une chance que d’avoir cette extraordinaire cavalière à quelques kilomètres de Pau. La communauté portugaise, nombreuse, bien intégrée mais aussi soucieuse de ses traditions, devrait se mobiliser pour soutenir cette jeune femme –une beauté !- qui sera présente avec son écurie au grand complet.

Ce sera l’attraction du jour dans ces arènes du Soubestre –elles ont pris le nom de la petite région qui les entoure-, couvertes et équipées pour résister à la fraîcheur éventuelle. Un équipement méconnu mais très bien conçu qui peut accueillir plus d’un millier de personnes et qui sert aux nombreuses activités d’un canton très actif, sympathique, méconnu des urbains : pour vivre heureux vivons caché…

Arzacq après avoir cherché sa voie a opté pour cette formule mixte qui mêle la beauté de la tauromachie équestre au courage demandé par le toreo à pied. Cette année l’affiche sera partagée entre trois grandes nations taurines. Le Portugal avec Anna Rita, l’Espagne présentera deux de ses meilleurs espoirs du moment : Victor Hernandez qui nous vient de Guadalajara et Manuel Perera de Badajoz.

Côté français nous soutiendrons le jeune Yon Lamothe qui a été proclamé meilleur novillero du sud-ouest l’an dernier. C’est un jeune landais, originaire de Tartas, qui a la tête sur les épaules, un jeune homme courageux avec qui a beaucoup de personnalité. Mais pour le public béarnais ce sera surtout l’occasion de découvrir le grand espoir Dorian Canton. Comment la vocation est-elle tombée sur ce jeune homme originaire d’Asson ? Mystère, mais il semble être né avec cette volonté de devenir torero, sans que personne dans son entourage ne lui en ait particulièrement parlé. Garçon volontaire et déterminé, rien ne l’a découragé et on peut dire qu’aujourd’hui, il s’est imposé dans sa catégorie. Il deviendra donc novillero avec picadors dès le lundi de Pâques. Il lui faudra prouver, devant son public, que cette promotion éclaire est justifiée. Personne n’en doute mais les toros décident.

Il faut en dire un mot pour terminer de ces novillos du Comte de Mayalde. C’est un élevage « de luxe » -comme on le dit dans le milieu : sérieux, réputé pour sa belle présentation mais aussi pour son jeu. Il offre des possibilités de succès à la hauteur de ses difficultés. Dernier argument pour participer à cette journée qui débutera dès le matin : la chaleur de l’accueil ; l’ambiance. A Arzacq on est en famille, la grande famille taurine, dénigrée injustement, fraternelle et passionnée, qui vaut la peine d’être découverte.

Pierre Vidal

Lettre ouverte aux élu(e)s de la nouvelle Aquitaine et du Béarn

Madame, Monsieur,

Notre Association souhaite, en ce début d’année, faire un point et alerter tous les élus concernés sur l’état du Béarn et parfois, plus généralement, du bassin de l’Adour et du piémont pyrénéen, dans 5 domaines : le fer, la route, l’air, le tourisme et le numérique.

A titre d’information, nous vous adressons ci-dessous, une première lettre consacrée à l’état des liaisons ferroviaires et à un, ou des, futur(s) possible(s) dans ce domaine.

Elle analyse successivement la situation au Nord puis au Sud, enfin dans l’entre deux.

Vous remerciant de votre collaboration dans le cadre de ce sujet.

Cordialement.

Pierre SAUBOT

Président de BAP

Lettre ouverte aux Elu(e)s de la Nouvelle Aquitaine et du Béarn.
M. le Président de la Région Nouvelle Aquitaine
Mesdames et Messieurs les Conseillers Régionaux
M. le Président du Conseil Départemental des Pyrénées Atlantiques
Mesdames et messieurs les Conseillers Départementaux
Messieurs les Présidents des Communautés de Communes et d’Agglomération du Béarn
Mesdames et Messieurs les Maires des Communes du Béarn

Notre Association souhaite, en ce début d’année, faire un point et alerter toutes et tous les élu(e)s concerné(e)s sur l’état du Béarn et parfois, plus généralement, du bassin de l’Adour et du piémont pyrénéen, dans 5 domaines : le fer, la route, l’air, le tourisme et le numérique.
Cette première lettre est consacrée à l’état des liaisons ferroviaires et à un, ou des, futur(s) possible(s) dans ce domaine. Elle analyse successivement la situation au Nord puis au Sud, enfin dans l’entre deux.
1) au Nord
Depuis le 1er juillet 2017, Bordeaux est à 2h02’ de Paris : soit pour une distance de 630km, une vitesse de 310km/h.
Dans le même temps Pau est à 2h17’ de Bordeaux : soit pour une distance de 235km, une vitesse de 103km/h.
L’arithmétique suggère qu’en termes de vitesse un(e) Bordelais(e) vaudrait 3 Palois(es).
Et que signifie l’égalité des Territoires, chère à nos principes républicains ?
D’autant que les GPSO qui prévoyaient la réalisation de lignes à grande vitesse (LGV) à partir de Bordeaux vers Toulouse d’un côté, vers Mont-de-Marsan, Dax et Hendaye de l’autre, sont suspendus voire arrêtés.
Pourtant la mise en service de la LGV entre Tours et Bordeaux a eu une influence positive sur le trafic voyageur en gare de Pau et sans doute dans d’autres gares telles Bayonne, Tarbes et Lourdes. Alors que le nombre de voyageurs en gare de Pau diminuait régulièrement, passant de 1 million en 2011 à 740 000 en 2016, soit une baisse de 26%, en 5 ans, on observe une remontée du trafic (+ 85 000 passagers dans les 3 mois suivant cette mise en service).
Malgré cela, rien à espérer à moyen terme au Nord. Reste sans doute l’espoir du long terme dont on sait ce qu’en pensait John Maynard Keynes.
2) au Sud
Des réalisations, avec la réouverture, le 1er juillet, 2016, de la liaison ferroviaire entre Oloron et Bedous (25km). Et des projets avec la signature, le 1er décembre 2017, d’une convention pour un programme d’études relatif à la réouverture de la liaison entre Bedous et Saragosse par Canfranc dans le cadre du MIE (Mécanisme pour l’Interconnexion en Europe).
Des sommes non négligeables sont engagées pour des études (7,355M€ côté français pour le tronçon Bedous – Canfranc, long de 33km) ou pour des mises aux normes européennes d’écartement des voies (72M€ côté espagnol pour une partie du tronçon Huesca – Canfranc).
Tout cela avec une perspective de réouverture complète de la liaison Pau – Saragosse, soit 306 km, en 2027 au plus tôt et une dépense estimée a minima entre 250M et 300M€ pour la seule remise en service du tronçon français long de 33km.
3) et entre les deux ?
Le constat est clair : entre les deux, rien, aucun projet à court ou même à moyen terme.
C’est pourtant dans cet entre-deux que se trouve une très importante demande : celle des voyageurs des Landes, du pays Basque, du Béarn et de la Bigorre, qui se chiffrent par millions chaque année.
Où est la logique ? Où est la cohérence de ces choix publics?
4) les demandes et propositions de BAP
Notre Association demande la réactivation des GPSO, en particulier concernant le tracé Bordeaux/ Captieux/Mont-de-Marsan/Dax. Et elle demande une programmation de ces travaux sur une période de 10 ans.
Dans cette perspective elle propose que soit étudiée la possibilité d’une liaison plus courte que celle passant par Dax et Puyoô pour relier les gares de Pau, Lourdes et Tarbes.
Cette proposition consiste à utiliser au mieux l’emprise de lignes existantes mais non exploitées entre Mont-de-Marsan et Saint-Sever (21km) et entre Saint-Sever et Hagetmau (15km) puis à prolonger par une ligne à créer entre Hagetmau et Orthez (30km environ) pour rejoindre le réseau existant.
Une telle solution, en raccourcissant la distance entre Bordeaux et Pau, actuellement de 235km par la voie ferrée, et en mettant à profit la LGV entre Bordeaux et Mont-de-Marsan, pourrait faire gagner 1h00 sur les trajets depuis et vers Bordeaux et mettre Pau à 3h15’ ou 3h20’ de Paris.
On objectera sans doute que la Loi portant réforme ferroviaire du 4 août 2014, interdit à la SNCF de créer de nouvelles lignes tant que la dette de SNCF Réseau ne se réduit pas. Une perspective lointaine en l’état actuel des choses ! Et une interdiction surprenante infligée à un Etablissement Public Industriel et Commercial dont la vocation est d’investir à long terme d’autant que les taux d’intérêt extrêmement bas actuellement sont précisément très favorables à ce type d’investissement.
A cela nous répondons qu’il s’agit d’un choix politique, que l’Allemagne a fait le choix inverse d’alléger la dette de son entité portant les infrastructures ferroviaires, et que tout choix politique peut être remis en cause.
Nous appelons toutes et tous nos élu(e)s à se mobiliser au nom de l’égalité des Territoires et de la défense de l’intérêt public et à intervenir, ensemble et unis, auprès du Comité d’Orientation des Infrastructures, pour que soit :
– activée et programmée la réalisation du GPSO sur le tracé Bordeaux/Captieux/Mont-de-Marsan/Dax,
– étudiée la faisabilité d’une liaison plus courte vers le Béarn et la Bigorre utilisant les emprises existantes entre Mont-de-Marsan et Hagetmau puis prolongée jusqu’à Orthez pour se raccorder au réseau actuel.
Il y a urgence !

Pierre SAUBOT, Président.

Association BEARN ADOUR PYRENEES – CCI Pau Béarn – 21 rue Louis Barthou – BP 128 – 64001 PAU Cedex
Tel : 05 59 82 56 40 – Email : bap@pau.cci.fr – Site : http://www.bap-europe.com Facebook : http://www.facebook.com/bap.europe

Train et route en vallée d’Aspe : enjeux et questions

La réouverture controversée de la voie ferrée entre Oloron et Bedous à l’été 2016 et la frustration évoquée par les maires de la vallée face aux aménagements attendus de la RN134, ont relancé le sempiternel débat qui rebondit depuis des décennies dans cette vallée.

Dans cet échange nourri, passionné et parfois virulent qui anime sans fin les blogs de la presse locale dès qu’elle traite l’un ou l’autre des sujets, s’opposent inlassablement, selon l’image que chaque clan a de l’autre, les affreux tenants du tout camion et les idéalistes du rail dépositaires autoproclamés des vertus du développement durable.

Dans ce domaine comme dans d’autres la caricature est trompeuse et la confusion mauvaise conseillère. Poser le débat en décidant que rail et route sont par définition incompatibles et exclusifs l’un de l’autre, ne peut conduire qu’au contre sens et au dialogue de sourds.

La question aujourd’hui en vallée d’Aspe n’est pas dans le schéma réducteur et stupide du « tout pour le camion, rien pour le wagon », ou de son inverse.

Personne ne conteste bien sûr l’impérieuse nécessité d’un transfert modal massif de la route au rail dans les flux de marchandises longue distance et notamment dans les échanges transpyrénéens.

La vraie question est donc de savoir

  • si la réouverture de la voie ferrée internationale est ou non susceptible d’amener une contribution autre que symbolique à cet objectif de transfert modal pour un coût raisonnable,
  • et si, à supposer que ce soit le cas, le train soulagerait significativement la RN 134 de son trafic poids lourds.

Les limites de l’espoir ferroviaire

Alors que tout le monde admet que le bus opérant la liaison Oloron Canfranc répondait très largement au besoin des très rares voyageurs concernés, démonstration est déjà faite que le rétablissement du train pour 24 voyageurs par jour en gare de Bedous en 2016 (1) au prix d’un coût et d’un déficit exorbitants n’a, isolément, aucun sens.

Mais peu importe, répètent à l’envie le Président de la Région et les militants du rail, puisque c’est l’amorce indispensable à la réouverture complète de la ligne internationale jusqu’à Canfranc.

Faut il ainsi admettre la pertinence de « Pau-Canfranc » comme une vérité révélée, un postulat de droit divin, qui emporterait une adhésion aveugle ?

Un minimum de lucidité et d’esprit critique doit plutôt conduire à juger sur pièce comme l’avait pragmatiquement suggéré la Commission d’enquête publique dans son avis défavorable (2) : elle préconisait logiquement de vérifier la justification socio-économique de ce projet global avant d’engager 100 M€ pour une amorce sans intérêt.

Car, contrairement à ce qui est affirmé ici ou là de façon péremptoire, cette justification n’est pas à ce jour établie. Le fait qu’elle n’ait jamais pu être l’être par les promoteurs de Pau-Canfranc en plus de 40 ans de mobilisation et d’études coûteuses, prouve si besoin est que la démonstration est tout sauf évidente.

La difficulté de cette démonstration réside très certainement dans le constat somme toute banal du double handicap de cette ligne emblématique.

Le premier, le plus déterminant, transcende le contexte et la passion des débats locaux : il tient à la situation objective du marché du fret ferroviaire qui ne peut aujourd’hui soutenir la concurrence de la route. En témoigne sa baisse ancienne et régulière que les acteurs peinent pour le moins à enrayer.

Les raisons, pour regrettables qu’elles soient, sont bien connues et nombreuses. Elles recèlent des enjeux complexes de compétitivité qui échappent malheureusement aux leviers locaux voire même nationaux : sujétions techniques (accès et branchements, massification des convois, réactivité et souplesse des délais), ouverture à la concurrence, disparité salariales, sociales ou de taxation entre les modes concurrents.

Il y a là une réalité incontournable, à laquelle la liaison Pau-Canfranc ne peut se soustraire par on ne sait quel miracle local.

Le second handicap, presque subsidiaire, mais qui accentue les effets du premier, tient aux caractéristiques montagnardes du tracé en plan et en rampe et à la contrainte de la voie unique. A supposer en outre réglée la difficulté d’écartement différent des rails français et espagnols, ces spécificités sans être rédhibitoires constituent, sauf aveuglement dans l’analyse, autant de facteurs limitants de l’efficacité technique et économique et donc du potentiel de cette ligne.

Il faut enfin considérer qu’en l’état du réseau actuel, des marges importantes de capacité restent inutilisées aujourd’hui par le fret sur les grands corridors ferroviaires des seuils basque et catalan .

La dernière étude en date (2015) du cabinet Rail-Concept que la Région a été récemment contrainte de rendre publique confirme malheureusement ces perspectives. Elle montre en effet :

  • que malgré un scénario et un montage explorant tous les leviers d’optimisation et de rationalisation susceptibles de dynamiser l’économie générale et l’efficacité du projet de réouverture de la liaison , le bilan socio-économique des avantages attendus est loin de compenser les investissements à consentir.
  • que le gain attendu en termes de transfert modal de la route au rail (660 à 860 000 tonnes/an selon les hypothèses) reste symbolique en regard du volume du fret routier transpyrénéen (88 millions de tonnes/an)
  • que de surcroît, l’économie générale de ce projet, fût elle optimisée par la performance attendue de la gestion privée, n’évitera pas un lourd déficit annuel du service ferroviaire évalué chiffré entre 18 et 25 M€/an.
  • que les hypothèses de couverture de ce déficit par des recettes improbables (péage du tunnel routier) ou pour le moins hasardeuses (activités touristiques ou commerciale connexes) laissent peser un risque majeur de couverture quasi totale de ce déficit par les collectivités publiques.

La prétendue suppression des poids lourds sur la RN134

Un autre raccourci trompeur, mais malheureusement répandu, consiste à considérer qu’une voie ferrée accessible au fret en vallée d’Aspe capterait ipso facto le chargement des camions empruntant aujourd’hui la RN 134, réglant ainsi du même coup les problèmes d’insécurité et de nuisances subies par les populations riveraines des agglomérations et villages traversés.

C’est en premier lieu faire abusivement abstraction du tonnage purement local des activités économiques d’Oloron, du piémont et de la vallée qui emprunte la RN134 et qui bien sûr ne sera jamais transféré sur le rail : selon les comptages 2016 de la DIR Atlantique, sur les 489 PL traversant Asasp, seuls 296 (60%) traversent la frontière.

Par ailleurs, la nature du fret, sa saisonnalité, son conditionnement, la possibilité de massifier ou non les convois, le poids du coût de transport dans celui du produit, les ruptures de charge au départ et à l’arrivée, la distance de transport sont autant de questions déterminantes pour conditionner un éventuel transfert possible sur le rail.

Mais une chose est sure : ce transfert est loin d’être total.

L’étude de Rail-Concept récemment dévoilée par la Région apporte aussi un éclairage utile sur cette question.

On y relève notamment :

  • que le marché potentiel du fret ferroviaire en vallée d’Aspe se limite logiquement aux flux générés par l’Aragon (environ 4 millions de tonnes) qui représentent moins de 5% des échanges terrestres avec la péninsule ibérique,
  • que la RN134 n’ achemine aujourd’hui que 1,3% du fret routier transpyrénéen et un quart du fret routier généré par l’Aragon,
  • qu’en dehors de l’hypothèse fantaisiste d’une écotaxe réhabilitée localement en vallée d’Aspe pour pénaliser le transport routier, le fret ferroviaire escompté serait de 820 000 tonnes dont 20% serait un simple transfert des flux ferroviaires et 80% (660 000 T) seraient transférés des flux routiers;

En imputant ce transfert aux seules traversées routières centrales (par le Somport et par Vielha) en proportion des tonnages qu’elles acheminent de et vers l’Aragon, c’est environ 440 000 tonnes/an (sur 1 154 000 tonnes/an) qui basculeraient de la route au rail en vallée d’Aspe soit 93 poids lourds en moyenne journalière

Ceci ne représente donc qu’un tiers des 300 PL/j qui franchissent la frontière et moins de 20% de ceux qui gâchent la vie des habitants d’Asasp.

L’existence d’un trafic routier de marchandises sur cet axe routier est donc une réalité durable et ce, quoi qu’il advienne de la réhabilitation de la voie ferrée et de son éventuel succès.

En conclusion, il n’est bien sûr pas question d’insulter l’avenir et le jour viendra peut être où le contexte rendra pertinent et nécessaire la mise en œuvre d’un tel projet .

Mais à l’heure ou l’argent public est rare et où la rigueur et la rationalité s’impose plus que jamais dans l’arbitrage des priorités d’investissement, n’ y a t’ il pas plus pertinent, efficace et urgent à faire dans la promotion et le développement du fret ferroviaire ?

G. Manaut
Association CROC

(1) Source : SNCF data
(2) Avis de la commission d’enquête sur la DUP d’OLoron-Bedous

Documents joints :

Jugement du tribunal administratif de Bordeaux pour la communication de l’étude de rentabilité
Etude de rentabilité – Phase 1
Etude rentabilité – Phase 2
Communiqué – Analyse de l’association CROC

Crédit photo : Créloc

Finances publiques : nos impôts locaux doivent-ils financer (indirectement) les « Ventas » de La RHUNE ?

La Rhune vue depuis le col de Lizuniaga

Terminant une traversée des Pyrénées, l’ultime étape passe par La Rhune, dernier sommet à franchir avant l’arrivée à Hendaye. La Rhune : un sommet aux vues magnifiques à 360°, traversé en son milieu par une invisible frontière franco-espagnole. Au nord de cette frontière, la gare du célèbre train à crémaillère, installé en 1924, et les installations de Télédiffusion de France. Au sud, un bel alignement de « ventas » espagnoles, haut-lieux de vente d’embutidos (charcuterie), vins, spiritueux et autre spécialités ibériques.

En 2016, le célèbre train à crémaillère a enregistré un record de fréquentation : 364.029 passagers sont arrivés au sommet. Après avoir apprécié la vue, ils se sont précipités dans les « Ventas » à la recherche de bonnes affaires ou tout simplement pour trouver de l’eau ou des toilettes.
Il faut savoir qu’au sommet de la Rhune, il n’y a pas d’eau naturellement. Coté espagnol, elle est pompée depuis le bas. Côté français, la gare d’arrivée n’offre ni eau, ni toilettes. Les passagers du train ont donc comme seule solution de se précipiter dans les accueillantes « Ventas » basques espagnoles qui n’attendent que cela.

Le train, mis en place en 1924 par une filiale des Chemins de fer du Midi, est actuellement entre les mains du département des Pyrénées Atlantiques. Par délégation, l’EPSA (établissement public des établissements d’altitude) en est le gestionnaire. Devant l’âge vénérable du « vieux tortillard » à crémaillère, devant son succès, l’EPSA a décidé d’investir dans de nouveaux parkings, rails et trains (selon le dossier de presse : « Les 4 trains existants (1 train = 1 locomotive + 2 wagons) vont être complétés par 2 trains neufs ». Une nouvelle accessibilité au sommet devrait compléter l’opération. Au total, ce sont 35,9 millions d’euros publics* qui devraient être investis pour acheminer toujours plus de touristes… vers des commerces espagnols !

Les ventas au sommet de La Rhune

Que le Conseil Départemental soutienne l’emploi dans les vallées pyrénéennes en gérant les stations de ski de Gourette et la Pierre-St. Martin, on peut le comprendre puisque ce sont des commerçants locaux français qui en bénéficient mais par contre, investir 35,9 millions d’euros – de nos impôts – dont on est certain que les premiers à en bénéficier seront les propriétaires espagnols des Ventas de La Rhune, voilà qui interpelle.

Mais peut-être le Conseil Départemental a des arguments à faire valoir qui nous sont inconnus ! Il serait bien qu’il éclaire le public sur cette situation pour le moins surprenante pour les contribuables basques et béarnais des Pyrénées-Atlantiques.

Cette approche du projet sous l’angle fiscal, ne doit pas en faire oublier une autre, au moins aussi importante, sur lequel un ensemble d’associations du Pays Basque s’investit : la protection d’un site classé « Natura 2000 » qui est déjà sous forte pression avec l’augmentation constante des touristes et autres randonneurs qui grimpent à La Rhune. Pour découvrir le sujet, un lien vers France Bleu vous en dira plus : c’est ICI.

Le train à crémallière

Une approche patrimoniale se pose aussi : vu le caractère « authentique » des trains habillés de bois, fabriqués chez Soulé à Bagnères-de-Bigorre, ne faut-il pas prévoir de les classer à l’inventaire des monuments historiques lors de son centenaire en 2024 ? et surtout ne pas y toucher.

Indiscutablement, il y a beaucoup de raisons* pour questionner ce projet** et pas seulement des motifs de finances publiques.

– par Bernard BOUTIN

* pour le détail de l’investissement projeté, se reporter à l’article de Sud-Ouest du 7 juin 2017 : C’est LÁ 
** un projet qui n’est pas sans rappeler celui de M. Rousset en vallée d’Aspe pour la réouverture du « Canfranc » : Quid du « débat-public » ?

PS : Je dois de suite apporter des précisions suite à des informations trouvée sur le blog de l’ASSOCIATION ACTION CITOYENNE ENVIRONNEMENTALE (ACE) HENDAYE. Des toilettes seraient incluses dans le projet pour le sommet, de même un restaurant ou un bar au col de St Ignace. Ce bémol apporté, il n’en reste pas moins vrai que les premiers bénéficiaires seraient les Ventas. Connaissaient-vous des commerces français qui fonctionnent devant la frontière à Ibardin, au Somport ou au Pourtalet ? L’attrait de l’étranger… et les petits prix sont au sud de la frontière !

Une pétition a été mise en ligne par le collectif opposé au projet sur « change.org ». Plus de 4000 soutiens l’ont déjà signé. Si vous souhaitez y participer : c’est ICI

Depuis les pentes de La Rhune, la vue sur St Jean-de-Luz

ORGANBIDEXKA – Des rapaces et des hommes : bientôt 40 ans de passion !

L’observatoire, le « spot », à Organbidexka

1979 : quelques irréductibles ornithologues sans gêne s’installent, pour observer les migrations de rapaces, au col d’Organbidexka (« le petit chemin des charrettes » en basque) situé au-dessus de Larrau, juste sous les chalets d’Iraty, au beau milieu d’un territoire dense en palombières. Ils viennent de louer un droit de chasse au « nez et à la barbe » des chasseurs de palombes souletins. Méfiance réciproque. Glace qui prendra des années à fondre.

2017: les chasseurs ont (presque) disparu, pour cause de raréfaction des passages de palombes à cet endroit-là. Les « volatiles » ont migré plus à l’ouest de la chaine pyrénéenne. En 4 décennies, le site est devenu un des principaux d’Europe occidentale pour observer les oiseaux migrateurs. Un chiffre : 43.475 rapaces sont passés entre les pics d’Ohry et des Escaliers en 2016.
Pas franchement enthousiaste au-début, la « Commission Syndicale du Pays de Soule », qui gère le site des « Chalets d’Iraty », a finalement compris l’intérêt de cette activité qui, depuis le début de l’été jusqu’à tard dans l’automne, fait venir sur place ornithologues, scientifiques mais aussi simples bénévoles et touristes par centaines. Les chalets sont en effet à 100 m du point d’observation et la terrasse du restaurant donne une vue plongeante sans pareil sur l’alignement impeccable des observateurs qui scrutent et comptabilisent sans relâche depuis le lever du soleil jusqu’au coucher.
En ce lundi 21 août, vers 14h, plus de trente personnes sont là. Le spectacle est magnifique: les milans noirs et les bondrées apivores inondent le ciel. Ils ne sont pas seuls : des circaètes-Jean-le-Blanc, rapaces qui se nourrissent principalement de serpents et de lézards, quelques balbuzards (mets favori : le poisson), des éperviers, des busards cendrés et busards des roseaux, un aigle botté, un autour des palombes « mâle immature » (quelle précision !) etc. mais aussi des martinets et hirondelles sont observés.
Au milieu de tous ces oiseaux circulent des « autochtones » en quantité : principalement des vautours fauves mais aussi de petits éperviers et des faucons crécerelles.
Les années d’expérience ont permis la mise en place d’un protocole d’observation très précis où les membres de la LPO présents (Ligue de Protection des Oiseaux – plus de 50.000 adhérents) ont chacun leurs tâches : repérer, identifier (sexe et âge, juvénile ou immature), comptabiliser et enregistrer « en temps réel » les individus qui passent.

Ce jour, 2.149 oiseaux sont comptabilisés. Beaucoup pour le néophyte. Pas tant que cela pour les observateurs qui, le 7 août ont vu, en 4 heures, passer 13.268 milans noir ! Un rapace « opportuniste » qui s’adapte plutôt bien à l’univers de l’homme.
Un grand silence règne. Les longues-vues et jumelles suivent de près les oiseaux qui passent soit sur la gauche, sous sur la droite du promontoire d’Oxogorrigagne qui domine Larrau et sa vallée.
Sergio Barande, observateur depuis 37 ans, a traduit en mots simples les formes du terrain : la Pyramide, le Mamelon, le Crocodile, le Chapeau du Gendarme, la Selle etc. Dès qu’il repère au loin des oiseux qui « pompent », Sergio alerte, parfois avec humour, la troupe. C’est plus simple d’annoncer une « espadrille »(escadrille) vers la Selle ou le Crocodile que vers Léhenchégaratia, Mendikotzigue ou encore Saltéburia…
De temps à autre, une exclamation fuse : « le circaète a un serpent dans son bec ! » Toutes les têtes se tournent vers le rapace. Pas facile à distinguer ! Plus tard, ce sera un aigle royal qui s’en prendra à une cigogne.
C’est le jour des bondrées apivores : 632 comptabilisées. Vues de dessous, les couleurs sont variées, bariolées, souvent claires. A ne pas confondre avec des buses variables. Principale différence : l’un à la tête plutôt rentrée dans les épaules (la buse), l’autre l’inverse. Pas simple à différencier !
Les bondrées, stars du jour, sont bien plus belles à observer que le milan noir, autre star du jour, qui est tout de noir vêtu. Un austère séminariste basque ?
Pour les milans, on préférera attendre la migration, plus tardive, des milans royaux, au plumage magnifique et au vol sans pareil. Pour certains ornithologues, c’est le plus beau rapace à observer. Sergio préfère le gypaète barbu. Des gouts et des couleurs.

Une chose est certaine, sur le point d’observation d’Organbidexka, on ne s’ennuie pas. Une magnifique pièce de théâtre, à l’issue improbable, se déroule tout au long de la journée, dans un cadre de toute beauté. C’est à découvrir, ou redécouvrir, avec les passionnés de la LPO Aquitaine et, si vous voulez en savoir plus, malgré le silence et l’attention de tous, les ornithologues n’attendent qu’une chose : transmettre leur (saine) passion. N’hésitez pas à aller au contact.

Beñat Bernard Boutin

– Le programme de suivi de la migration s’inscrit dans le cadre du projet Lindus-2, cofinancé par le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) dans le cadre du programme Interreg V-A Espagne-France-Andorre).


– Le site de la LPO Aquitaine : c’est ICI
– Les synthèses des passages comptabilisés à Organbidexka : c’est
– La formation à l’identification des rapaces en vol prévue à IRATY du 4 au 8 septembre 2017. Plus : c’est ICI
– Crédit photo rapaces : Topo Pyrénées
– Passez le curseur de votre souris sur les photos pour faire apparaitre les commentaires ou cliquez sur la première photo pour dérouler le diaporama.

POMBIE 1967 – 2017 : Un cinquantenaire particulièrement réussi !

Le refuge, la raillère, l’Ossau – crédit : R. Contrucci

Samedi, 8h45, cirque d’Anéou – Les mules descendent à la rencontre des premiers « festayres » qui arrivent pour célébrer les 50 ans du refuge de Pombie. Le programme est chargé. La République des Pyrénées, l’Eclair et France-Bleu Béarn ont largement annoncé l’évènement.

Là-haut, à côté du refuge, les bénévoles du « Club Alpin de Pau et de la vallée d’Ossau » ont monté 5 tentes marabout pour y loger une exposition et offrir un couchage aux participants.

Montée vers le col de Soum de Pombie. Juste un petit rapaillon, comme on dit dans le coin, sauf qu’il fait face au soleil levant. Coup de chaud pour le randonneur chargé de sa tente, son sac de couchage, son tapis de sol etc. Pas étonnant qu’il y ait tant de gens qui aiment dormir dans les refuges ! Une question de poids.
Cela dit, les gardiens, rencontrés pour préparer la saga, ont décidé de dormir dehors ! Ils connaissent que trop les nuitées en refuge : Chaud, froid, ronflements, flatulences, portes qui grincent pour la « pause pipi » !

Le cairn du col de Soum de Pombie – crédit : Hervé BUTEL

Au col de Pombie, le cairn immortalisé par Hervé BUTEL n’est plus qu’un piètre amas de pierres. Qui pour le remonter ?
Le refuge est droit devant. Un peu en contre-bas. Il s’est fait beau d’un coup de peinture. C’est pas tous les jours qu’on a 50 ans !

L’exposition « Pombie d’hier et d’aujourd’hui » est ouverte. Une bonne chose que ces panneaux qui expliquent, ou tentent d’expliquer, l’origine du mot Pombie, son premier refuge, la construction du second en 1967, les cinq gardiens qui s’y sont succédés etc. Séance photo touchante pour eux et leur famille.

Des grimpeurs, des randonneurs, des guides de montagne, des bergers, des gardes du parc national, des touristes de passage, souvent espagnols, arrivent en nombre.

Midi approche. Le quart d’heure béarnais est bien passé. Tant pis pour les retardataires. Début des discours officiels. Tous se félicitent du travail réalisé, par les différents acteurs, durant les 50 années passées et posent les jalons pour le futur. Les challenges sont nombreux, avec en premier d’entre eux l’approvisionnement en eau qui devient de plus en plus rare.

La faim commence à tenailler. L’apéritif déjeunatoire – et oui, on peut le dire ainsi – est préparé sur la terrasse du refuge. Les tables du « réfectoire » sont sorties pour l’occasion. Elles regorgent de produits à déguster. Nourrir plus de cent personnes, alors qu’il n’y a ni route pour s’approvisionner, ni électricité est un « challenge » qui demande beaucoup de logistique. Karine et Léon, avec leurs cuisiniers, ont fait fort : chapeau ! Dessert, café et tout le monde s’égaille au gré des activités proposées.

Deux gardes du parc national doivent nous introduire aux zones humides du secteur. Justement, elles sont moins humides que jamais. L’eau a disparu « au cours des dernières semaines ». Peu est à observer. Réchauffement climatique, manque de pluie, pollution des eaux partout. Une raison parmi mille : même les bouchons des pécheurs qui remontent de lac en lac s’y mettent ! Qualité des matières ? Qualité des peintures ? Réintroduction d’espèces de truites, non autochtones, qui menacent les éco-systèmes locaux. Disparition des batraciens, explosions de la population de rongeurs. Un environnement en pleine mutation. Inquiétudes.
Mais aussi des notes d’espoir comme la découverte, il y a quelques années en Aragon, d’une espèce de grenouilles, jamais observée auparavant : « la grenouille des Pyrénées » et que l’on a aussi retrouvée dans deux vallons de la vallée d’Aspe. Deux gardes du parc très « pro » et intéressants.

Au même moment, des randonnées partent à la recherche de la mine d’Ossau, à la découverte de la flore ou encore au col de Peyrejet.

La « tarde » avance, Monique BEAUDEAN et Pierre VIDAL content, à une assemblée très attentive, leurs histoires de fées et sorcières de ces contrées d’Ossau, perpétuant la magnifique tradition des troubadours en pays d’Oc. Plus, ils avancent, plus les cimes à l’est, allant du Lurien au Palas, de l’Arriel au Peyrelue, se parent d’une belle couleur orangée. Un très beau moment de calme et de quiétude.

Soleil couchant à l’est. Mer de nuage sous nous.

Apéritif et dîner sur la terrasse pendant que le groupe ESTA de Laruns se prépare à nous entraîner dans de nouvelles « ballades ossaloises ». Douceur du moment alors que les derniers rayons du soleil achèvent de caresser les cimes. Mélodies après une journée bien remplie en rencontres et riches échanges… et avant de rejoindre la tente et sa pierre mal placée sous le tapis de sol. Il y en a toujours une « diou biban » !

Quelques gouttes de pluies sur la toile de tente et magnifique soleil dès 6 h. Petit déjeuner au refuge, pliage des tentes marabout avant que les « festayres » ne s’égaillent dans toutes les directions à la recherche du bouquetin au col de Suzon, à la découverte des araignées ou de la flore pendant que d’autres s’attaquent au Peyreget ou à l’Ossau.

Retour au cirque d’Anéou, en passant par les cols de Peyreget et d’Iou. A défaut de faire le tour de l’Ossau, celui du Peyreget aura été réalisé ! La montée à l’estive n’a pas encore eu lieu. Les pâturages sont gras, épais et bien fleuris. Super à fouler. Un beau final après une fête particulièrement réussie. Rendez-vous pour les 100 ans… dans 50 ans !

Bernard BOUTIN

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Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 5, 2007-2017) : Karine et Léon, la « dimension humaine »

Première arrivée de Malou à POMBIE

Avec Karine DEPEYRE et Jean-Marc FERRI dit Léon, s’ouvre le dernier « acte » de la saga des Gardiens de Pombie : un acte inachevé puisque les deux co-gardiens sont toujours bien aux commandes et contents d’y être.

Originaire de Saint-Etienne, Karine fait à Toulouse un mémoire sur « l’architecture en milieu rural » mais c’est « l’architecture de la montagne pyrénéenne » qui l’entraînera vers sa vocation de gardienne. Aide gardienne à la Grange de Holle l’hiver 1996, puis au Marcadau l’été suivant, Karine devient gardienne des Oulettes de Gaube en 1997. Le refuge reste ouvert en hiver ce qui lui donne l’occasion de continuer à grimper en hivernale. Pour la gardienne, il est important de comprendre les réactions des alpinistes : « Pour saisir ce qu’est l’adrénaline, il faut l’avoir vécu ! »

En avril 1998 Karine est bloquée aux Oulettes de Gaube par une fracture du pied lorsque Léon y fait étape. Il traverse les Pyrénées en ski de randonnée et s’y trouve bloqué par le mauvais temps. Karine lui propose alors de faire du portage pour le refuge. C’est le début d’une belle histoire…

Le Club Alpin de Lourdes ayant comme projet de passer le refuge de 70 à 100 places, Karine et Léon se mettent en recherche d’un refuge à « dimension humaine ». Ce sera d’abord celui de la Glère sous le Néouvielle, où ils resteront 4 ans, avant d’arriver à Pombie pour la saison 2007.

A peine arrivés à Pombie, Malou rejoint l’équipe. Née le 28 août, elle se « cale rapidement sur Papa et Maman ». Il lui faut peu de saisons pour se mettre à la vaisselle, à la préparation du pain et des tables. Partageant les repas avec les visiteurs, la « gardienne en herbe » apprend à vivre avec les adultes. « Amenée à se débrouiller par elle-même, elle est obligée à réfléchir ». Désinhibée, elle grandit vite. Pombie : une école unique !

Pour autant, Karine et Léon n’oublient pas d’accompagner leur fille, de partager avec elle ses expériences, notamment avec les « choums », ces éternuements qui arrivent et repartent en suivant (!). Traduction : ces jeunes, de l’âge de Malou, qui arrivent au refuge un soir pour repartir le lendemain. S’il lui en dit, elle les accompagne volontiers, lors de leur départ, jusqu’au col de Pombie, de Suzon ou ailleurs.

Cette dimension humaine en famille a sa continuité avec les visiteurs. Karine a besoin des gens, source d’équilibre et de convivialité. Le refuge de Pombie, plus petit que celui des Oulettes, permet ce contact, cette proximité. Il est partagée entre grimpeurs, itinérants de la HRP, randonneurs de la variante du GR10, marcheurs faisant le tour de l’Ossau et les « petites familles » qui sont montées depuis Anéou. Une diversité incomparable qui permet des « rencontres extraordinaires » que Karine et Léon favorisent. Exemple : au moment de placer les gens pour diner, ils se prennent au jeu de créer des « tables improbables » afin de favoriser des échanges inattendus et riches.

Bien entendu, il y a des moments plus tendus, moins ouverts au contact : les 15 premiers jours d’août quand le refuge affiche complet avec une foule pas toujours initiée : « Vous n’avez pas des glaces ! Puis-je avoir un cornet de frites ? » A ce moment-là, la montagne n’est pas uniquement un défi pour les visiteurs – chacun à son niveau -, elle le devient un aussi pour le gardien : le temps du dépassement. Mieux vaut s’y préparer et savoir se créer une bulle « pour être disponible ensuite… »

Les clients insupportables sont rares. Trois à quatre dans l’année du type :
– Elle : « Vous n’avez plus de place. Vous n’avez qu’à m’en trouver une. Je ne bouge pas ! »
– Karine (embêté) : « Je le répète, le refuge et le marabout sont pleins mais, je peux vous proposer une tente » (que Karine conserve pour des amis de passage)
– Elle (à son mari ) : « Tu vois Thierry, elle me prend de haut, elle me propose une tente… »
Arrive alors Léon à la rescousse !

Le mois de septembre est celui des grimpeurs. Les fins de semaines affichent complets avec des « tous les gens du coin » qui ont voulu éviter la foule du mois d’août. Pourtant, « ils feraient mieux de venir début août, il y a alors moins de monde sur les pentes de l’Ossau ».

Karine et Léon ne sont pas simplement des « hôteliers-restaurateurs ». Chaque fois qu’ils le peuvent, ils participent ou organisent des fêtes et rencontres. En début de saison, il y a bien entendu la traditionnelle « fête de la montagne » qui se tient fin juin. Il y a aussi la « fête de la fissure » du dernier week-end d’août où les jeunes espoirs alpinistes de tout le sud-ouest, encadrés par les Clubs Alpins de la région, viennent se frotter aux nombreuses voies. De la traversée des 4 pointes aux flammes de Pierre, l’Eperon E, l’Embarradère, la Thomas, la SE classique etc.

Karine, formée par ses études à la « conception de projets culturels », anime, en été 2014, des « rencontres croisées » entre montagnards-amateurs-artistes et guides-artistes, photographes, aquarellistes ou encore écrivain. Toujours à la recherche d’échanges, sources d’enrichissement.

Au moment d’imaginer le futur du refuge de Pombie, Karine et Léon sont unanimes : surtout ne pas s’y connecter mais plutôt s’y déconnecter ! Fervents adeptes du « pas de WIFI, pas de connections à tout crin » (il n’y pas d’énergie pour cela à Pombie, même si un vélo est disponible pour recharger les portables), ils recommandent de savoir « perdre son temps et cesser de vouloir s’occuper en permanence ».

Le refuge doit « résister à la pression et ne pas se plier à la marche du monde ». Le manque d’eau, d’énergie et l’éloignement appellent la sobriété et le rôle pédagogue qui en découle. Au final : « la montagne est reine, pas le client ». Une affirmation que Karine contrebalance avec brio quand on sait les bons « petits plats » qu’elle aime à mijoter pour ses clients… malgré « le manque d’eau, d’énergie et l’éloignement ».

Quant à la déconnection, si elle est voulue pour les montagnards, Karine et Léon connaissent plutôt l’astreinte 24h sur 24, 7 jours sur 7 : « on fait les 35 heures en moins de deux jours… » . « Certaines cordées ne rentrent qu’à 3 heures du matin » rajoute Léon. Il faut les attendre, voire surveiller leur retour.

Les techniques d’interventions ont d’ailleurs évolué fortement. Alors qu’il n’y a pas tellement longtemps, le précédent gardien Guy Serandour, pouvait être amené à guider les cordées, en difficulté, en tapant sur une casserole : deux coups signifiant de passer par la droite, un coup par la gauche, les appels « au secours » sont maintenant réalisés depuis les portables des grimpeurs. Un gain de temps indiscutable et une communication bien plus simple. Quant aux secours, du PGHM d’Oloron ou des pompiers des Pyrénées-Atlantiques, ils peuvent intervenir, si nécessaire, de nuit avec des lunettes de visée nocturnes.

Pour la logistique, Léon est aux commandes, organisant héliportages, portages, entretien et, si le refuge tourne bien, Léon tient à ajouter que son succès doit aussi être partagé avec le gestionnaire. « Il y a CAF et CAF ! Celui de Pau, qui gère Pombie, a une gestion sur le bâtiment suivie d’actes. Un travail d’équipe réalisé par des bénévoles réellement impliqués ».

Si Pombie a de nombreux atouts, mentionnées par ses 5 gardiens successifs, la proximité paloise du gestionnaire ne doit pas être oubliée.

Bernard Boutin

Pombie, la saga des gardiens, l’intégrale : Acte 1, Acte 2, Acte 3, Acte 4, Acte 5

Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 4, 1979-2006) : Guy SERANDOUR, le capitaine au long-cours

Vu depuis le « passe-plat » : Guy SERANDOUR

Quand, en juin 1979, Guy SERANDOUR pousse la lourde porte en fer du refuge de Pombie, il n’imagine pas  un instant qu’il va y passer 28 saisons ! Suffisamment de temps pour pouvoir y constater les effets du changement climatique ou l’évolution profonde des pratiques montagnardes, avec l’aide du Parc National des Pyrénées et sous l’impulsion de DECATHLON !

Breton de Bordeaux, membre du CAF depuis 1962, Guy n’avait qu’une hâte : quitter son travail fastidieux pour grimper dans les Pyrénées. Annie, sa femme enseignante, est mutée à Oloron en 1973. S’en suit une installation face aux Pyrénées, à la Croix de Buzy, sur la moraine frontale de l’ancien glacier de l’Ossau. Démarre alors une longue histoire d’amour avec la vallée d’Ossau. Premiers boulots montagnards : Guy « bosse » deux saisons d’hiver à Artouste, et trois saisons d’été comme gardien au refuge d’Arrémoulit. Il s’ancre plus profondément encore dans la vallée d’Ossau.

En arrivant à Pombie, le jeune gardien de 43 ans, ne trouve pas d’eau sur place. Pour éviter une possible inondation du refuge pendant l’hiver, son prédécesseur a débranché, fin septembre, le tuyau quelque part sur les pentes sous le Peyreget. En ce mois de juin, Guy creuse des trous dans la neige, parfois jusqu’à plus de 3 mètres, pour ne jamais trouver le tuyau dévié. Il faudra un mois pour reconnecter l’eau !

Comparé à Arrémoulit, Pombie est un 4 étoiles, même si très vite, il doit changer le frigidaire à pétrole et le chauffe-eau. Il installe une première douche privée à l’extérieur. Les publiques suivront à l’intérieur. Le début d’une longue litanie de travaux, grands ou petits, lien commun à tous les gardiens de refuges, démarre. Pêle-mêle : crépine de pompe à eau bouchée, déchets à évacuer, fosse septique débordante etc.
Pour la fosse justement, il lui faudra un certain temps pour comprendre que, sans un minimum de chaleur, elle ne fonctionne pas et conduit aux débordements. Reste alors à la vider. Un pensum dont Guy se passerait bien ! La solution finit par arriver : il suffisait de surcharger la fosse d’EPARCYL qui, par un apport de minéraux et d’oligo-éléments, stimule l’activité des bactéries.

Héliportage par une « alouette »

Les approvisionnements se font souvent par hélicoptère. Les alouettes d’Héli-Union sont mises à contribution. Il s’agit de faire monter les provisions. Pas toutes. Seules les denrées non périssables arrivent par les airs : conserves, lait, pâtes, riz, boissons, produits d’entretien. Au retour de la « rotation », les déchets sont descendus. Guy se souvient, avec émotion, des pilotes morts dans des accidents. Si la montagne tue régulièrement grimpeurs et alpinistes, en 28 ans, elle aura aussi emporté son lot de pilotes. Cinq en tout. Tous des amis.

Le portage complète les approvisionnements. Il s’agit de monter les produits frais : pain, viande, œufs, légumes essentiellement. Portage à dos d’homme : 25 à 35 kilos, depuis Anéou, une à deux fois par jour, 4 ou 5 fois par semaine en juillet et août. Une tâche, pénible et répétitive, que Guy partage avec son équipe. Mais, il n’y a pas que le portage lui-même. Ces produits frais, encore faut-il les chercher dans la vallée à Laruns, Rébénacq ou même Pau. A Anéou, il n’y a pas de boutique !

Pendant 3 ans, une ânesse, Marguerite, l’épaule. Elle peut porter de 70 à 80 kilos mais voilà, l’animal n’aime pas vivre seul et peut s’échapper pour rejoindre d’autres congénères ! Et comme Guy ne veut pas l’attacher, la solution n’est pas simple.
Une année, à la mi-septembre, il neige fortement sur Pombie. Où mettre Marguerite ? Ce sera finalement sous le porche d’entrée du refuge. Il neige toujours. Décision est prise de la redescendre sur Soques. Guy ne retrouve pas le chemin recouvert d’une épaisse couche de neige. Marguerite passe devant et guide Guy sur le tracé enfoui du sentier. Quel instinct !

1975 : sommet de la Grande Aiguille d’Ansabère. Crédit JM OLLIVIER

Guy est grimpeur avant d’être gardien de refuge. Nostalgique, il aime à se souvenir de ses premières années à Pombie où il échangeait avec les grimpeurs sur les courses. Régulièrement, il jetait des coups d’œil vers les voies où ils évoluaient. Les jumelles n’étaient pas loin, non plus. Il ressentait leur progression et devinait ceux qui seraient contraints de bivouaquer sur les parois de l’Ossau ! De temps à autre, au début du moins, avec des amis, il s’échappe pour réaliser quelques voies. Pas des premières, elles ont déjà toutes été faites.

A cette époque, pour le gardien de refuge, la sécurité est un souci permanent dans cette « montagne dangereuse » : à partir de quel moment faut-il déclencher les secours ? Les grimpeurs et randonneurs n’ont ni téléphone portable, ni de balise de détresse. Seul le téléphone du refuge permet de contacter les gendarmes pour évaluer la situation et voir s’il faut déclencher une opération de secours.

Chaque année apporte son lot de blessés et de morts qu’il a pu découvrir lui-même. Un jour, 30 à 40 membres de la célèbre ENSA (Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme)  de Chamonix débarquent à Pombie pour 5 jours de formation. Le refuge leur est entièrement réservé. Dès le lendemain, première sortie et un guide se tue. Le jour suivant, toute l’équipe plie bagage et rentre à la maison. Depuis, on n’a plus jamais revu l’ENSA à Pombie !

Sécurité des hommes mais aussi sécurité du refuge. Au début, Guy laisse à disposition, dans la salle commune, un réchaud. Il y a aussi des extincteurs. Ceux-ci sont volés. Les fenêtres du refuge sont clouées l’hiver pour éviter les infractions. Et, quand ce ne sont pas les hommes qui violent l’intégrité du refuge, les animaux, en hiver, trouvent des solutions à leur tour. Plusieurs fois, à la reprise de juin, Guy trouve des loirs installés à la cuisine. Ils entrent par la cheminée ou en mangeant les plastiques des aérations des fenêtres.

Pombie est un refuge « facile ». On ne s’y lève pas de bonne heure : 5h30 au plus tôt ! Il faut pourtant être 4 sur place en juillet et août pour le faire « tourner ». Cinq est même plus confortable : « C’est qu’il y a de quoi faire entre les repas, l’entretien, la réservation et la gestion des arrivées. » Au début, la réservation par téléphone n’est pas entrée dans les mœurs, cela provoque des situations désagréables à gérer : installer le soir plus de dormeurs qu’il n’y a de matelas ! Diplomatie et autorité.

Macédoines en entrée

Aimant bien faire son travail, Guy s’entoure, année après année, de fidèles. Famille et employés avec qui il sait créer un bon esprit d’équipe. Pour preuve, certains salariés resteront sur place plus de 10 ans !

1986 :  L’Espagne rejoint la Communauté Européenne. Les Espagnols arrivent de plus en plus nombreux dans les Pyrénées françaises. Bien logiquement, il est décidé, à partir de cette année-là, d’ouvrir l’hiver la route du col du Pourtalet. Dès 1988 démarre la construction des paravalanches.

En mai 1999, le refuge connaît le seul agrandissement significatif de la période 1967-2017. Un bloc sanitaire, de 3 WC et deux douches, est construit sur son côté sud. Cela a l’avantage de permettre d’agrandir la cuisine en supprimant un WC situé dans le refuge lui-même.

Les années passent, le rythme devient immuable : 4 mois de saison à Pombie, 4 mois comme pisteur à Gourette. Le reste du temps en vacances. Aux Antilles souvent, sur l’eau : « Les montagnards s’adaptent très bien à la vie sur les bateaux ». Gérer les équipages, les approvisionnements, le temps. Capitaine de navire et gardien de refuge, mêmes sujets de préoccupation !

Le Parc National des Pyrénées attire de plus en plus de visiteurs, motivés par la beauté du site et la perspective de voir des animaux. Il trace de nouveaux sentiers en dégageant l’herbe sur les pentes. Dix ans plus tard, ils sont transformés en « oueds ». Il faut alors les empierrer. Mais, rien n’arrêtera la vague montante d’une clientèle nouvelle, toujours plus nombreuse, de randonneurs d’abord et ensuite de simples touristes.
De leurs côtés, les Offices du Tourisme distribuent des plaquettes démocratisant la montée au refuge. DECATHLON propose des produits, rendant accessible la pratique de la montagne. Autant d’éléments qui favorisent l’accès à Pombie et ailleurs. Devant la « foule », Guy, le gardien de refuge, se voit contraint de se transformer en hôtelier et restaurateur. Et, dire qu’il n’aime pas cuisiner !

Ethique, il continue à préférer son refuge comme lieu où les grimpeurs se retrouvent et préparent leur course. Ils sont, malheureusement, toujours moins nombreux. Au fur et à mesure du renouvellement de la « clientèle », l’amicale complicité des grimpeurs est souvent remplacée par « la tête des gens et le ni-bonjour, ni-sourire de ceux-ci ». Beaucoup d’exigences aussi.

Décidant de ne pas faire la saison de trop, Guy décide de passer la main, à fin de la saison été 2006, après 28 saisons passées au pied du pic du Midi d’Ossau. Il y a bien droit, il vient d’avoir 70 ans ! Le capitaine au long court descend alors à terre. Il ne va pas loin et s’installe dans sa belle ferme béarnaise, proche des « Bains de Secours ». Depuis ce nouveau port d’attache, il peut continuer à jeter machinalement, de temps à autre, un coup d’oeil vers l’Ossau.

Bernard Boutin

Pombie, la saga des gardiens, l’intégrale : Acte 1, Acte 2, Acte 3, Acte 4, Acte 5