Réforme territoriale : fusion ou union ?

imagesLe projet lancé de suppression des départements, de fusion des régions et de réorganisation  de communes se heurte à ce qu’on pourrait appeler une sorte d’autisme des politiques. Mais pourquoi tant de morgue ?

 Dans un récent article intitulé « Révolution » Daniel Sango fustige fort à propos, la position des trois actuels présidents de région, Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes,  qui, à l’encontre de ce qui est voulu par le pouvoir et la loi récemment votée, décident que leurs régions ne vont pas fusionner mais vont s’unir.

 A Pau, lors de la réunion des représentants des départements de France, le premier Ministre est venu rassurer nos pauvres élus inquiets surtout pour eux-mêmes, en leur disant que la suppression des départements n’aurait pas un caractère aussi définitif et total qu’on l’avait envisagé dans un premier temps. D’ailleurs fort de cette nouvelle donnée, notre président Georges Labazée s’est empressé de soumettre des amendements au Sénat pour réclamer des financements pour la gestion des missions actuellement départementales.

 Souvenons-nous, qu’il y a maintenant plus de vingt ans, lorsque  les regroupements de communes ont été lancés pour aboutir à des communautés de communes ou d’agglomération, il était bien clair et évident dans l’esprit de ses concepteurs que cette réorganisation devait à terme déboucher sur une fusion des communes afin d’en diminuer le nombre. Rappelons que nos 36 700 communes françaises, représentent 40 % de l’ensemble des communes de pays européens. Rappelons aussi que d’autres pays de l’Europe, (Allemagne et Belgique par exemple) ont diminué de façon draconienne le nombre de ces structures administratives et ce dans des proportions considérables.

 Tout ceci a été dit et redit maintes fois.

 Il faut se souvenir qu’il n’y a pas si longtemps, un sondage faisait ressortir qu’à la question : « Diriez-vous que la décentralisation, c’est-à-dire le transfert de compétences aux collectivités locales, se traduit plutôt par… ? »  71 % répondent : « par des surcoûts engendrant une augmentation des impôts locaux ».

 Alors quel constat faire lorsque l’on considère  que les Français sont ainsi dans leur très grande majorité, favorables à une diminution significative des strates administratives ? Soit que le pouvoir central (l’Etat, le gouvernement) manque cruellement d’autorité, soit que la décentralisation a atteint maintenant un point de non retour, soit enfin que les élus ne sont préoccupés que par un seul avenir, le leur personnel,  et qu’ils méprisent de façon définitive et rédhibitoire l’intérêt général.

 Ignorer ainsi la volonté du peuple qui les a élus, s’appelle ou de l’autisme*, ou de la morgue*, de la part des politiques, à moins que ce ne soit la conjonction des deux. Lorsque le peuple se sent à ce point ignoré, il se tourne vers les extrêmes ou adopte lui-même des positions irréversibles qui deviendront à terme regrettables.

 

                                                                                               Pau, le 11 décembre 2014

                                                                                               Par Joël BRAUD

 

 

  • *Autisme : forte tendance à l’introversion et à l’égocentrisme (Le Petit Robert)
  • ** Morgue : contenance hautaine et méprisante (Le Petit Robert)

Révolution !

alain-rousset-president-de-la-region-aquitaine-a-droite_2266503_800x400Il est des matins où l’on pense que l’on va pouvoir boire son café paisiblement. C’est sans compter sur le comportement honteux de nos élus.

Sud Ouest de ce matin sur la future région unique Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes :

« Ils ont également accepté en commun l’idée que cette nouvelle région ne sera ni « une juxtaposition, ni une fusion-absorption », mais un « mariage » comme l’a souligné Gérard Vandenbrouck. Autrement dit, chacun conservera ses biens (ses hôtels de région), ses bureaux et surtout l’ensemble du personnel, même si l’exécutif se trouvera bien « à Bordeaux ».

Emploi public préservé

Les trois présidents se sont ainsi montrés rassurants. « L’emploi public sera préservé », a répété Alain Rousset, président aquitain. « Il n’y aura pas de mutations sous la contrainte » a renchéri Gérard Vandenbrouck. « Ce mariage ne se fera pas au détriment de l’emploi public », a rajouté Jean-François Macaire, président de Poitou-Charentes. Pas de diminution de personnel, donc pas d’économies à attendre de ce mariage, comme on le savait déjà.

Attention à une hausse des coûts

Alain Rousset a au contraire plutôt mis en garde contre le risque d’une « aggravation des coûts de fonctionnement », ce qui serait tout à fait possible avec une harmonisation des conditions sociales des agents par le haut, et de la nécessité de réussir cette union pour que cette nouvelle région soit efficace dans ces domaines de compétences comme le développement économique, l’enseignement supérieur et la recherche. »

 A la fin de cette lecture je me suis demandé dans quel pays je vivais et qui sont les comiques qui veulent nous diriger. Rousset avait eu quelques instants de lucidité ( « Rousset enfin illuminé » AP du 18/11/2014) Il faut croire que la pression de ses collaborateurs a été trop forte. En fait Rousset n’a pas tout dit, compte tenu de l’organisation qu’il propose il sera indispensable de créer une entité de coordination nécessitant l’embauche de 200 personnes…(humour noir …)

On doit aussi s’interroger sur le rôle de la presse lorsqu’elle se contente de rapporter de telles énormités, sans faire le moindre commentaire.

On voit bien que cette réforme des régions est une vraie révolution. Attention cependant, le risque d’en voir une bien réelle, avec les citoyens contribuables dans la rue approche à grands pas…

par Daniel Sango

Plaidoyer pour une région au Sud de l’Ouest de la France

OssauAprès un premier commentaire sur le forum d’AltPy, il y a quelques semaines, Romains l’Ossalois réagit à l’article d’Emmanuel Pène, « Aberrations politiciennes en Béarn ». Le cri du cœur, d’un homme jeune, 28 ans… l’analyse plus que pertinente de la situation des pays du piémont pyrénéen. Un appel à la mobilisation citoyenne face à la mollesse et au renoncement de nos élus. A lire impérativement, à lire ci-dessous.

Je suis largement d’accord avec M Pène.
Une nouvelle carte des régions sera donc validée mardi. Les deux grands ensembles qui émergent ne font qu’étirer les actuelles régions d’Aquitaine vers le nord (et sacrément!) et Midi-Pyrénées vers l’est. Vu d’ici, l’analyse est simple: amplification de ce que lesdites régions produisent depuis leur création il y a 30 ans. La coupure en deux et la marginalisation géographique, politique et économique de notre pays.

Notre pays? Certains l’appellent géographiquement Pyrénées, Sud-Ouest, d’autres plus locaux Béarn, Pays Basque, Bigorre, Landes, Armagnac, Comminges… « 3B » (pays Basque-Béarn-Bigorre) pour un ancien député, Pays de l’Adour pour une Université, Pyrénées-Gascogne, Adour-Pyrénées… les noms officieux abondent quand on a disparu des cartes officielles.

Notre pays a pour colonne vertébrale un espace qui échappe largement à l’influence directe de Bordeaux et de Toulouse et qui se caractérise par/

– une fraternité de tous les domaines avec le Pays basque, la Navarre et l’Aragon, que de Toulouse et de Bordeaux on n’abordera jamais que comme un froid partenariat,
– une prégnance de langues et de pratiques qui n’ont pas grand chose à voir avec ce qu’ailleurs on ne sait nommer que folklore,
– un réseau polycentrique de villes petites et moyennes qui n’a pas les mêmes besoins ni le même fonctionnement qu’une métropole nombriliste et hypertrophiée par essence,
– une dynamique et des marqueurs culturels, économiques et identitaires suffisants pour être identifiés et appréciés de l’extérieur par des partenaires de premier plan,
– un point de vue différent sur les grands chantiers et besoins en infrastructures et investissements.

Incapables de s’entendre, les deux sœurs rivales de la Garonne ont élargi leur aire d’influence. Les nouvelles régions seront leurs bras tout musclés de compétences élargies et de recettes renouvelées.

En leur sein, les départements auront un dernier choix à faire, avant que de disparaître ou de végéter: exercer ou non un droit d’option vers une région voisine.
Pourrons-nous alors réunir notre cœur de pays ?

Je ne vois pas Toulouse lâcher le Gers, ni Bordeaux les Landes. Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées tenteront-elles un rapprochement? Qu’elles optent pour Toulouse ou Bordeaux, elles seront en bout de ligne hélas.
Nous aurions pu faire cause commune, plus d’un million d’habitants entre l’Adour et les Pyrénées, proposer une collectivité d’avant garde fusionnant les compétences des régions et des départements, former un pack cohérent mais solide pour peser dans les débats, disposer de la taille critique pour parler à nos voisins, tout en gardant une précieuse proximité, une efficacité au contact du terrain que nous allons perdre définitivement. De vraies économies, quoi.

La politique est-elle si bien captée par les partis nationaux et leurs états-majors contrôlent-ils si bien les choses, que les responsables de mon pays… n’ont rien pu faire?
N’est-ce pas grâce à une culture politique différente que la Corse ou les Outre-mers ont échappé à cette histoire de grandes régions?
Ou est-ce qu’à moins d’être sur une île, aucun projet régional n’est viable sans métropole en son centre?

Pourtant, avec les mêmes partis et des métropoles tout aussi excentrées que Toulouse et Bordeaux le sont pour les Basques et les Gascons, les Bretons ont fait entendre leur voix. Ils arracheront peut-être même Nantes aux Pays de Loire.
D’une taille comparable à la nôtre et dans une position frontalière similaire l’Alsace a failli maintenir son autonomie.
Alors que n’avons-nous réagi quand Poitou et Limousin parvenaient à réorienter complètement Bordeaux vers le Nord? Quand Toulouse et Montpellier parlent de rebaptiser leur région Languedoc, faut-il se réjouir que la Gascogne se réduise à un conseil général du Gers privé de la moitié de ses compétences?

Les débats ont eu lieu au Parlement. Qu’ont fait nos parlementaires? C’est-à-dire les députés et sénateurs PS que nous portons de plus en plus majoritairement à chaque élection? Rien ou presque si l’on compare au PS Breton. Des élus Modem-UDI ou Radicaux de gauche vinrent quelques tentatives: amendements, « sauvetage » des conseils généraux…

Si l’atonie de la société civile fut à la hauteur (si j’ose dire), je ne comprends que l’armada d’élus du parti qui gouverne n’ait rien pu faire. Avons-nous les plus mauvais de France? Voulaient-ils en fait aboutir au résultat actuel?

Noun i endeni arré…

– par Romain, Ossalois, 28 ans.

 

Crédit photo : Bernard Boutin

Réforme territoriale : différence culturelle et linguistique.

Carte de l'Aunis, Saintonge, Angoumois, Gavacheries.Le débat fait rage à tous les niveaux pour s’opposer au projet de redécoupage des régions. Les arguments les plus variés et souvent les plus contradictoires sont soutenus par les uns et par les autres. On finit par en oublier l’objectif principal, une simplification administrative par une réduction des étages du millefeuille. Alors quand on nous parle de cohésion culturelle ou d’identité linguistique il faut se poser la question de savoir si ces principes sont incontournables et si, jusqu’à maintenant, ils ont été respectés.

 La région aquitaine est sans doute à ce propos un bon exemple. On y trouve d’une part le pays basque à la culture différente des autres. Géographiquement ou administrativement placé dans le  pays Gascon, il n’a pas non plus la même langue, mais l’Euskara. Et pourtant  personne n’ose le rejeter au prétexte de ces différences qui, après tout, ne font qu’enrichir l’identité aquitaine.

Existe aussi un petit territoire que personne, ou très peu connaissent ; il se situe au nord de l’actuelle région, aux confins du pays gascon, du Languedoc, du Limousin et surtout de la Saintonge. Ce petit territoire n’est pas dans la zone de la langue occitane mais dans celle de la langue d’oïl. Il existe tout simplement et n’a jamais soulevé auprès de quiconque une nécessité identitaire particulière. Il s’agit de la Gabay ou Gabaye. Son parler s’apparente au saintongeais. Un exemple de la nécessaire diversité.

Pour les plus cultivés, il a ses bardes qui se nomment Goulebenèze et Odette Comandon. On l’appelle aussi pays gavache parce qu’il se situe au nord et que l’on considère comme « canailles » ces gens prétendument étrangers, venus de si loin. Pourtant il constitue une sorte de charnière entre deux régions comme pour rappeler qu’après tout elles ne sont pas si éloignées que cela.

Par le découpage administratif, il appartient au département de la Gironde et jamais il n’a songé à prétendre que sa différence devait lui octroyer un traitement particulier ou une considération spécifique. Mais pour quelle raison  a-t-il  été inclus dans le département de la Gironde ? On ne sait pas vraiment si ce n’est dire que là, comme dans le bordelais, on y cultive la vigne. Une considération économique en quelque sorte.

Alors quand on nous serine les oreilles avec des besoins ou des obligations identitaires reposant sur l’unité culturelle et linguistique on nous bassine. Le vrai risque pour le Béarn c’est de se faire oublier au sein d’une très grande région parce qu’il se perd dans un cul-de-sac.

 

                                                                                                          Pau, le 22 juillet 2014

                                                                                                          Par Joël BRAUD

Le débat sur les régions devient une grande comédie

Capture d’écran 2014-07-18 à 15.02.21C’est un piège et on va tomber dedans ! Il est énorme, visible depuis des mois mais rien n’y fait ! Je veux parler du redécoupage des régions. Nous avions dit que ça tournerait à la comédie et ça se confirme.
L’essentiel est ailleurs et il faut le répéter. L’essentiel est le pouvoir que l’on donnera aux régions avec les moyens financiers, budgétaires nécessaires à une vraie régionalisation. Il faut aussi une réforme fiscale approfondie pour donner des ressources fiscales aux régions. (un précédent article explique comment nous voyons les choses, notamment l’organisation institutionnelle qui nous paraît répondre au besoin de représenter les territoires infrarégionaux). Une fois ceci dit et redit comme étant la base on ne peut que commenter le feuilleton du redécoupage. Si l’on voulait dévaloriser la Région on aurait pas pu trouver mieux que ce débat et ces cartes qui se succèdent.

Malades du centralisme

Nous sommes malades du bonapartisme, du centralisme. Il faut y ajouter un refus têtu de prendre en compte l’Europe. Qu’il est pénible d’entendre à longueur de discours qu’il nous faut des régions « fortes » des régions « puissantes ». C’est quoi ce discours ? Que veut dire « régions fortes ? ». Même si vous additionnez nos régions riches vous n’en faites que des régions croupions. Vous pouvez marier les unes avec les autres dans tous les sens ça ne représente rien à l’échelle de l’Europe. Alors oui, le spectacle peut continuer et bientôt le centre, l’État central, avec ses mauvaises habitudes sifflera la fin de la récréation, avec le soutien d’une administration centrale bien rodée à ce genre de sport. Et vous pouvez compter sur les médias parisiens pour folkloriser le débat et pour dire que vraiment ces « provinciaux » sont incorrigibles et qu’il faut les surveiller comme des enfants dans une cour d’école. De toute façon ils n’ont jamais su ce qui était bon pour eux et une fois de plus on va le leur dire !
Bref on en arrive à vouloir marier la carpe et le lapin donc à faire une carte d’Aquitaine qui englobe Poitou-Charentes et Limousin. Chacun dessine sa carte.
Nous ne pouvons que redire une fois de plus que le refus de tenir compte des affinités culturelles et linguistiques est d’une bêtise sans nom. C’est ignorer les territoires et leur culture politique, leur histoire. Et croire que tout cela n’a pas ou plus d’importance est une façon de nier l’histoire. C’est ignorer les comportements politiques, sociaux et culturels qui prennent encore plus d’importance en période de crise.

Tenir compte de l’envie de faire ensemble

Et cela ne signifie pas que l’on ne veut pas de solidarité ou de collaboration avec les autres mais cela signifie que l’on tient compte des affinités qui sont fruit d’un long parcours et qui sont des facteurs de dynamisme, d’envie de faire ensemble. Est-ce condamnable ? Cela ne signifie pas que l’on veut revenir en arrière comme certains le disent mais au contraire que l’on bâtit demain sur des réalités que d’autres veulent nier. Mais qu’ils disent pourquoi ils les nient pour certains et pas pour d’autres ! On ne touche pas à la Corse ? Pourquoi ? On ne veut pas d’une Bretagne avec Nantes dedans ? Pourquoi ? On veut marier l’Auvergne avec Lyon ? On ne veut pas reconnaître des entités qui ont une cohérence culturelle et linguistique ? Pourquoi ?
Parce que l’on a peur que la France éclate ! Mais c’est n’importe quoi !
Nous sommes encore dans le schéma de la méfiance, de l’absence totale de confiance. Et vous croyez que l’on bâtit un vrai contrat républicain avec ça ?
Quant à l’idée qu’il faut marier des riches avec des pauvres pour en faire des riches ça ne tient pas la route. Les régions ne mettront pas en place des frontières avec des barrières douanières et des octrois. Donc la circulation des marchandises, des personnes et des idées sera aussi libre qu’elle l’est aujourd’hui et qu’elle l’est d’ailleurs dans toute l’Europe. Ce ne seront pas des petits États puisque de toute façon nous serons encore bien loin de ce qu’est la réalité des régions d’autres pays européens.
C’est à se demander qui a vraiment envie de cette réforme.
Nous sommes quelques uns à la souhaiter, sincèrement, parce que nous sommes convaincus qu’elle pourrait être libératrice de forces d’innovation. Mais que l’on ne mette pas comme préalable implicite à cette réforme que de toute façon nous sommes incapables de gérer nos affaires sans qu’on nous tienne la main.

Quelle architecture institutionnelle ?

Cela amène à faire des propositions pour une nouvelle architecture institutionnelle. On peut imaginer que la région fonctionne avec deux assemblées afin que tous les territoires soient bien représentés, notamment les territoires ruraux, et afin d’améliorer la démocratie.
Nous souhaitons d’une part une assemblée citoyenne élue dans une circonscription régionale unique, telle que nous la connaissons aujourd’hui, d’autre part une assemblée représentant les territoires (les « pays», les nouvelles intercommunalités) issue, elle aussi, d’un vote de tous les habitants. Le gain démocratique est évident.
Ces deux assemblées, élues à la proportionnelle, seront sur un pied d’égalité et géreront les affaires de la région. Elles éliront un exécutif, distinct du bureau des assemblées, qui constituera gouvernement régional responsable devant les assemblées.
La simplification sera au rendez-vous. L’Aquitaine telle qu’elle est aujourd’hui compte  cinq assemblées départementales et un conseil régional. D’un total de six assemblées, on passerait à deux assemblées seulement, avec un véritable gain démocratique et une compensation intelligente de la perte des conseils départementaux. C’est cette proposition que j’ai exprimée au nom du groupe au Conseil Régional le 12 juin dernier lors d’une plénière consacrée au sujet.

Quelle carte ?

Sur le redécoupage lui-même j’ai déjà eu l’occasion de dire que si l’on étendait la Région Aquitaine jusqu’aux portes de la Vendée c’était inacceptable.
La proposition de se tourner vers Midi-Pyrénées peut s’entendre. On peut aussi imaginer une Aquitaine actuelle avec en plus la Bigorre et le Gers. La collaboration avec Midi-Pyrénées sera de toute façon une évidence. Je pense qu’il faut à ce niveau voir ce qu’en pensent les intéressés.
Quant au reste il semble possible de marier le Limousin avec l’Auvergne. Je fais partie de ceux qui pensent que les régions occitanes ont une cohérence.
Je note aussi que cette réforme est l’occasion de créer une collectivité propre au Pays-Basque et une autre propre à la Catalogne-Nord. La forme est à étudier.
Mais la priorité reste de parler des pouvoirs et des moyens dont disposeront les régions.

– par David Grosclaude
Conseiller régional d’Aquitaine
Président du Partit Occitan
Membre du groupe EELV

le 17 juillet 2014

Réforme territoriale : N’oubliez pas les Pyrénées-Atlantiques !

64De Hendaye, à la frontière avec l’Espagne, jusqu’à Bayonne, « à la frontière » avec le département des Landes, il y a, à vol d’oiseau, 27 kilomètres*. Le département des Pyrénées-Atlantiques baigne dans l’Atlantique sur une bien courte distance ! Toujours depuis Hendaye, mais au pied des Pyrénées cette fois, jusqu’à Pontacq, « à la frontière » avec le département des Hautes-Pyrénées, il y a 136 kilomètres à vol d’oiseau. Le département des Pyrénées-Atlantiques serait cinq fois plus pyrénéen qu’atlantique !

Le Béarn, principale composante du département avec 365.000 habitants, a comme unique toile de fond les Pyrénées pendant que le Pays Basque et la Soule, avec ses 290.000 habitants, ont soit l’Atlantique, soit les Pyrénées pour environnement immédiat. Le département des Pyrénées-Atlantiques apparait donc comme principalement pyrénéen, tant géographiquement que par sa population.

Depuis longtemps déjà, les Béarnais rappellent sans cesse, leur incompréhension d’être séparés de leurs voisins Bigourdans au territoire si proche et si semblable. Il n’y a que 40 kilomètres de distances entre Pau (région Aquitaine) et Tarbes (région Midi-Pyrénées). Les économies – industries aéronautiques, sidérurgie légère, maïs, tourisme de montagne etc. – ont les mêmes caractéristiques. L’Université de Pau et des Pays de l’Adour est présente à Pau et aussi à Tarbes. Et, si les uns ont en toile de fond, le Pic du Midi de Bigorre, les autres ont sous leurs yeux l’emblématique Pic du Midi d’Ossau et tous sont prêts à entamer d’une seule voix le célèbre « Aquéras Montanhas**« .

A l’heure où la région Aquitaine pourrait intégrer le Limousin et le Poitou-Charentes pour devenir une région avec une façade Atlantique de plusieurs centaines de kilomètres, le législateur ne doit pas omettre de se pencher sur le cas particulier du département des Pyrénées-Atlantiques, département avant tout de montagne.

La réforme territoriale doit être l’occasion de regrouper tout le piémont pyrénéen dans la région Midi-Pyrénées. Le premier bénéficiaire en serait toute la chaine pyrénéenne qui, dépendant d’une seule et même région, verrait sa promotion entre les mains d’un acteur unique aux moyens largement augmentés alors qu’ils sont aujourd’hui répartis entre 3 régions (Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon).

Autre intérêt : le crucial problème des axes traversants les Pyrénées, en direction de l’Espagne, serait alors géré par une seule autorité régionale. Cela mettrait un peu d’ordre, mais aussi de dynamique constructive, dans l’appréciation de ce qu’il convient de faire et à quel rythme ?

Les élus locaux sont conscients qu’une fenêtre de tir pourrait s’ouvrir avec la réforme territoriale en discussion. Problème : ils ne se sont pas mis d’accord (comme toujours) sur ce qu’il convient de faire. Pour les uns, soit seul le département, rejoint Midi-Pyrénées. Pour les autres, il convient de créer une région Grand Sud-Ouest, regroupement de l’Aquitaine et de Midi-Pyrénées. En tout cas, personne ne pense que la côte Charentaise a quoi que ce soit en commun avec les vallées pyrénéennes basques ou béarnaises.

Dans l’immédiat, il y a urgence à rajouter les Pyrénées-Atlantiques dans la liste des départements à intégrer dans la réforme en gestation.

– par Bernard Boutin

* http://www.voldoiseau.com/64700-PYRENEES-ATLANTIQUES-HENDAYE/64100-PYRENEES-ATLANTIQUES-BAYONNE/

** https://www.youtube.com/watch?v=Q4FvCN9vleY

Quelle est la meilleure recette du millefeuille ?

sud ouest La décision du Président de la République de simplifier le millefeuille territorial avec suppression des Conseils Généraux et diminution du nombre de Régions a entraîné une vague de contestation parmi les élus concernés. La France s’arrêterait sans doute immédiatement de fonctionner sans cette organisation inextricable où personne ne sait qui fait quoi, surtout pas le citoyen qui ne peut donc juger de l’action des élus, ce qui est quand même un minimum en démocratie.

Puis, sans doute convaincus qu’il valait mieux être acteur du changement plutôt que de le subir, on a vu les politiques concernés se lancer dans diverses propositions, aux quatre coins de France.

C’est un grand progrès.

C’est le Président du Conseil Général qui nous a fait parvenir cette tribune sur ses propositions concernant le rattachement des Pyrénées Atlantiques à la Région Midi Pyrénées.

De son côté, Martine Lignières-Cassou dans une tribune en date du 28 mai et cosignée par David Habib et Nathalie Chabanne, propose une grande Région Sud Ouest mais ne dit mot sur la métropole qui en serait le siège…

Un grand débat en perspective car Bordeaux se verrait plutôt Chef de file d’une Région étendue vers Poitou Charentes…

– par Daniel Sango

Tribune libre

TERRES DU SUD

« Pourquoi je choisis Midi-Pyrénées… »

Qu’il me soit permis en rédigeant cette tribune de m’excuser auprès des responsables du monde coopératif de l’emprunt de ce « titre » ; mais il me paraît tellement adapté en cette période de « Réforme territoriale » que je l’ai fait mien pour tenter de le partager avec le plus grand nombre possible de lectrices et de lecteurs.

L’Exécutif de notre pays s’interroge sur la taille à donner aux régions (fusion simple entre territoires, détachement de certains départements, inclusions d’autres etc.…) Le Parlement aura à se prononcer sur des périmètres que tout le monde cherchera à rendre cohérents…du moins espérons le !

Les Pyrénées-Atlantiques ne resteront pas à l’écart de ce mouvement ; alors pourquoi ne pas anticiper. L’un des éléments clés pour l’adhésion à un projet de développement repose sur un sentiment d’appartenance à une entité. Basques et Béarnais, sommes attachés administrativement à la Région Aquitaine depuis la création des CODER (années 60) et politiquement depuis 1986 avec une collectivité élue au suffrage universel. La situation est-elle immuable ?

Aux Pyrénées, s’adosse une activité agroalimentaire puissante dont le maïs, les vignobles, les palmipèdes, le porc frais du Sud-ouest, etc…constituent l’armature sans oublier la filière ovin/lait porteuse d’une installation croissante de jeunes agriculteurs. Le comité du massif de Toulouse couronnant le tout ; c’est un outil tout comme l’Agence de bassin Adour Garonne (dont le siège est également à Toulouse) dans la mise en œuvre des politiques de l’eau, de l’environnement et de protection contre les catastrophes naturelles. La Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne de Tarbes (CACG) et la Société d’Equipement des Pays de l’Adour (SEPA) sise à Pau autant de SEM au service des collectivités locales tant rurales qu’urbaines. Elles accompagnent bien souvent les politiques de Pays dont le Val d’Adour (64-65-32) constitue la figure de proue.

FEBUS ABAN

De l’Ariège au Béarn nous revisitons régulièrement notre histoire et si l’Occitan « effraie » parfois, il se traduit plus facilement en Béarnais, apaisant ainsi les tensions ! En tous cas, la puissance des langues régionales, basque et béarnais, sans oublier le gascon, milite une fois encore en faveur des terres du Sud.

LES PISTES DU SUCCES

La fréquence des échanges nord/sud sur le corridor Atlantique trouve son pendant le long de l’autoroute A64, véritable poumon de Bayonne à Toulouse en traversant Pau et Tarbes.

Depuis des décennies on ne cesse de plaider pour la complémentarité des deux aéroports de Pau et de Tarbes. Le rattachement de notre département à Midi-Pyrénées lèverait un grand nombre d’obstacles en particulier celui de l’enclavement tarifaire avec Air France, et si l’on veut emprunter de longs courriers, Blagnac est aussi près que Mérignac !

Aviation d’affaire, aviation de tourisme, tourisme de montagne, qui aurait misé il y a 15 ans sur la réussite du concept « N’Py » assurant la promotion et la « vente » de produits liés au ski et aux sports d’hiver ? Point de frontière administrative, mais au contraire une dynamique commerciale favorable aux départements de la Chaîne.

LE TOP 50

Quand d’aucuns cherchent les éléments constitutifs d’une réussite mondiale, tout le monde pense ou rêve à Airbus. Le consortium international impacte très favorablement l’industrie aéronautique des Pyrénées-Atlantiques : dans le 64, ce sont 15 000 emplois et 120 entreprises rattachées à ce secteur majeur. Ajoutons-y 8000 emplois liés à la Chimie et à l’industrie pharmaceutique et vous aurez la recette du Développement. Recherche et Développement vont de pair.

Elle s’illustre en tout premier lieu autour de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Un véritable enjeu pour 12 000 étudiants en quête toujours d’une alternative avec l’Université de Bordeaux, peu encline à tourner son regard vers le Sud.

Des politiques transfrontalières portées par la communauté de travail des Pyrénées (procédures POCTEFA, LEADER, INTEREG…) ou animées par le Département des Pyrénées-Atlantiques et un grand nombre de partenaires. La péninsule ibérique est à nos portes et elle nous offre de grandes opportunités avec l’Euskadi, la Navarre, l’Aragon et la Catalogne.

De nombreux autres secteurs mériteraient d’être explorés pour étayer nos orientations mais mon propos est déjà trop long.

Alors Midi-Pyrénées oui ! C’est le choix du cœur, de la raison et de l’espoir !

Georges Labazée,   Président du Conseil général, Sénateur des Pyrénées-Atlantiques

 

Tribune réforme territoriale: pour une région Sud-Ouest

Les discussions sur la réforme territoriale avancent. L’architecture se dessine autour de régions fortes au périmètre élargi et aux compétences renforcées et des intercommunalités épousant les bassins de vie, taille qui serait pluspertinente pour fonder des politiques publiques de proximité. Les scenarii de rapprochement des régions s’amorcent déjà.

En ce qui nous concerne, le scénario envisagé en 2010 par la mission Balladur prévoyait une fusion des régions Aquitaine et Poitou-Charentes. Des élus, dont nous sommes, examinent un scénario de fusion de l’Aquitaine et de Midi-Pyrénées. Ces différentes hypothèses portent d’énormes enjeux d’aménagement du territoire qui méritent d’être largement débattues. A nos yeux, une fusion entre l’Aquitaine et Poitou Charentes renforcerait le développement de la métropole bordelaise et celui de la côte atlantique et, nous le craignons, au détriment du « reste » de l’Aquitaine : Landes, Dordogne, Lot et Garonne, et Pyrénées-Atlantiques.

En revanche, une fusion Aquitaine Midi-Pyrénées permettrait un développement plus équilibré, polycentrique du Sud-Ouest. Car une fusion entre l’Aquitaine et Midi-Pyrénées ferait exister l’identité « Sud-Ouest », un certain art de vivre, une culture commune. Cette fusion permettrait de traduire les coopérations et les liens déjà existants entre nos deux régions dans différents domaines tels que la culture avec la langue occitane, l’aéronautique avec le pôle de compétitivité aérospace valley, l’agroalimentaire avec la marque « sud-ouest », les transports avec l’enjeu des lignes LGV sud atlantique.

Une telle fusion permettrait d’avoir un développement et un aménagement du territoire plus équilibré entre la côte atlantique, le massif pyrénéen, les deux métropoles (Bordeaux, Toulouse) et les pôles territoriaux d’équilibre comme les pays de l’Adour et favoriserait les réseaux entre des villes moyennes (Agen, Mont de Marsan..), et les coopérations entre le monde urbain et rural.

Une région « Sud-Ouest-Pyrénées » permettrait d’optimiser le développement de plusieurs secteurs stratégiques pour notre territoire tels que :

– Le domaine universitaire, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour pourrait ainsi devenir le point de convergence entre les campus universitaires de Bordeaux, Toulouse et Saragosse et créer une réelle communauté universitaire européenne en mutualisant leurs moyens.

– Le domaine touristique, cette nouvelle région qui proposerait une gamme d’offres touristiques plus complète avec la côté atlantique, les Pyrénées, les villes et villages historiques, la gastronomie, les langues régionales, permettrait aux Pays de l’Adour d’occuper une place centrale dans ce nouveau paysage touristique.

– Les coopérations transfrontalières avec l’Espagne pourraient être optimisées et les Pays de l’Adour pourraient ainsi traduire leur rôle de carrefour économique entre Bordeaux Toulouse et Saragosse.

– La gestion et la mise en valeur du massif pyrénéen seraient renforcées.

La fusion des régions françaises doit se faire dans un esprit de coopération territoriale cohérent, équitable et durable correspondant à des flux et liens socio-économiques déjà existants entre différents bassins de vie.

Martine Lignières-Cassou, Députée de la 1ère circonscription des Pyrénées-Atlantiques,

Nathalie Chabanne, Députée de la 2ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques,

David Habib, Député de la 3ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques.

Plaidoyer pour des régions françaises historiques et culturelles

L’arrivée de Manuel Valls à Matignon a ouvert la perspective d’une réorganisation des régions française, avec un objectif d’en diminuer le nombre d’ici 2017. Depuis, nombre de propositions ont été faites sur des principes géographiques ou démographiques : superficie, population, poids économique, etc.. C’est oublier que les entités administratives tirent leur légitimité d’autres critères qui sont essentiellement l’histoire et la culture, des sujets tabous depuis le découpage des départements de la révolution dont l’objectif était de détruire les anciennes régions historiques, et par là même toute forme de particularisme néfaste à la nouvelle république « une et indivisible ».

Regions francaises  criteres culturels et historiques
Carte de l’auteur

La conséquence est aujourd’hui évidente : si certains départements ont une identité car recoupant des régions culturelles ou historiques – c’est le cas du 64 avec le Béarn et le Pays Basque – d’autres en revanche n’existent que parce qu’ils ont des limites administratives (le « Tarn et Garonne » par exemple), et ceci est encore plus évident pour les régions, qui, en dehors de la Bretagne, de la Corse et de l’Alsace, ne forment que des agrégats improbables de territoires aux histoires et cultures différentes. Le cas de l’Aquitaine, que j’ai développé dans l’article « L’Aquitaine existe-t-elle ?» en est l’exemple par excellence, regroupant des parties incomplètes des anciennes Guyenne, Gascogne, Navarre et Béarn, et pas moins de 5 langues régionales : basque, gascon, languedocien, saintongeais, limousin. Il en découle au mieux un désamour des régions, au pire un désintérêt total, que les conseils régionaux s’efforcent de combler par des publicités commerciales tape-à-l’œil. Ces régions n’ont pas d’identité. Qui en effet se dit « Aquitain », ou « Midi-Pyrénéen » ou « Pacaïen » ?
Afin de résoudre ce problème, il faut donc donner une légitimité historico-culturelle à nos régions, et c’est dans cet esprit que je propose deux cartes, l’une sur une base uniquement historique, et l’autre sur une base historico-linguistique, mais tout en respectant, pour plus de réalisme, deux contraintes : celle de ne pas redécouper les départements, certes imparfaits, mais auxquels peu de monde veut toucher, et celle de réduire de moitié ou quasiment le nombre de régions françaises.

La première carte propose une version « historique », et 13 régions métropolitaines. Quelles en sont les principales caractéristiques ? Au sud, quatre régions en plus de la Corse (qu’il est impossible, tout le monde en conviendra de regrouper au continent). C’est d’abord une région « Gascogne – Guyenne – Euskadi », qui regroupe l’essentiel de ces anciennes provinces (à l’exception de l’Aveyron, autrefois en Guyenne, et qui serait trop excentrée), mais qui a surtout le mérite de regrouper dans la même entité le Béarn, les Landes, le Gers et la Bigorre, et ainsi de reconstituer l’ancienne Novempopulanie des romains. La région « Languedoc – Roussillon », bien plus large qu’aujourd’hui, incorporerait l’ancien Languedoc et une partie de la Guyenne ainsi que le Roussillon. La région Provence – Dauphiné comprendrait l’essentiel de ces deux pays, et enfin « Auvergne – Limousin » reprendrait les deux régions éponymes actuelles. Ailleurs, les faits notables sont une régions Bretagne historique, une grande Normandie, une grande Bourgogne comprenant la Savoie, l’alliance de la Champagne à l’Alsace en passant par la Lorraine, une grande région Anjou-Maine-Poitou qui inclurait aussi la Saintonge et l’Angoumois, ou encore une région « Orléanais-Berry » au centre. Pour finir, l’Ile de France, entité se suffisant à elle-même, resterait telle qu’elle est aujourd’hui.

Régions base historico-culturelle

La deuxième carte essaie d’allier les principes historiques et culturels, ou plus précisément historiques et linguistiques. Si les langues régionales ne sont plus beaucoup parlées, elles n’en constituent pas moins un élément identitaire important (François Bayrou ne chantait-il pas beth ceu de Pau le soir de sa victoire aux dernières élections municipales de Pau ?). Quelles sont les différences par rapport à la précédente carte historique ? D’abord il y aurait 14 régions au lieu de 13, mais on n’est pas à une région près. Au sud : une « Gascogne – Euskadi » plus petite que la version historique, car centrée sur l’aire des langues gasconne et basque. Il aurait été préférable d’y incorporer les régions gasconnes des Comminges et du Couserans, mais cela aurait impliqué d’y rattacher la Haute-Garonne et l’Ariège en entier, alors que ces deux départements sont principalement de culture languedocienne ; une région Languedoc regroupant parlers languedociens et catalans, comprenant le Lot, mais pas le Gard ; une région Provence qui perdrait l’Isère mais qui gagnerait le Gard, et une grande région Auvergne – limousin, qui s’étendrait de la Dordogne à l’ouest, jusqu’à l’Ardèche à l’Est. Pour les autres régions françaises, la principale différence avec la carte historique serait dans le maintien d’une entité « Rhône-Alpes » correspondant aux parlers arpitans équivalents à ceux de Suisse romande, la Bourgogne ne regroupant plus que l’ancien duché et l’ancien comté de Bourgogne.

Régions base historico-linguistique

Cet exercice, tout théorique qu’il a l’air, n’est pas dénué de fondement. En effet, comment ne pas voir que les critères historiques et culturels sont ceux qui ont été retenus depuis longtemps par tous nos voisins : Allemagne, Espagne, Grande-Bretagne et Italie pour ne citer qu’eux. Mais en France, tout ceci n’est-il qu’utopie naïve ? Oui sans doute, car la mentalité actuelle de nos élites issues d’un système bicentenaire républicain centralisateur et jacobin aurait du mal à accepter d’intégrer des critères autres que ceux, insipides et froids, des chiffres démographiques et économiques et des données géographiques brutes et linéaires. Il ne faudra pas s’étonner, dès lors, que les citoyens se désintéressent du destin de leur région, ne vibrent pas à l’évocation de son nom, ne la défendent pas lors de leurs voyages à l’étranger, ou enfin n’aillent pas voter pour des représentants d’une entité virtuelle qui ne leur dit rien. Les budgets indécents engagés par les élus de ces collectivités au frais des contribuables pour faire croire qu’il existerait une région « Midi-Aquitaine » (regroupement possible des actuelles Aquitaine et Midi Pyrénées) n’auront au final pas plus d’efficacité qu’une publicité pour ultra brite : une marque sera créée, mais il n’y aura personne pour crier le nom de sa région, tel l’illustre feu 5ème régiment d’infanterie « En avant, Navarre sans peur !», sur les terrains des batailles de Valmy, de Wagram ou de la Marne…

 

– Par Emmanuel Pène – le 23 avril 2014

Twitter @epene64

Grâce au Giec, le réchauffement climatique nouveau est arrivé! Enfin, une bonne nouvelle pour le P.I.B

Capture d’écran 2013-10-22 à 17.24.39Que de travaux en perspective, que de maladies nouvelles et de blessés à soigner, que de médicaments à fabriquer, que de constructions à démolir et à reconstruire, que d’ouragans, inondations, en vue…! L’économie a de beaux jours devant elle ! Et puis, pour ceux qui ne voient pas plus loin que leur chaudière, il va faire plus chaud, cela diminuera les frais de chauffage ! Enfin, la croissance salutaire va repartir !

Est-ce vraiment aussi rose que cela ?

L’Aquitaine est l’une des régions qui se réchauffent le plus, nous dit un quotidien du dimanche.

«Les scénarios de la vie en Aquitaine en 2100. Un panel de chercheurs a analysé l’impact d’une hausse des températures de 2 à 5 degrés sur la santé, le tourisme, l’agriculture.» Sud Ouest.

Les «P.I.B.-philes» s’en réjouissent. Les candidats aux futures élections à tous les niveaux du mille-feuille territorial s’en moquent, ils ont bien d’autres motivations. Dans les débats, peu de chance que ce sujet soit abordé, d’ailleurs beaucoup de citoyens ne se sentent pas concernés non plus, opposés même à toutes les mesures visant à modifier leurs habitudes de mode de vie.

Des réformes ? Absolument !!!! Mais pour les autres !!

La taxe carbone, par exemple, est un sujet tabou, et pourtant, c’est la première mesure à prendre !

Par contre, tout ce qui amplifie ce réchauffement sera mis en valeur : relance de l’industrialisation de la région, recherche des gaz de schiste, développement des autoroutes, des aéroports ; gloire à Arkéma qui milite en faveur de la diminution du rejet des gaz à effet de serre et de la pollution chimique !!!!

Un tel déni est consternant !

Le bassin d’Arcachon est un territoire particulièrement exposé à la montée de la mer du fait d’une urbanisation côtière dense, il est théoriquement classé à 90%. Des mesures draconiennes devraient donc être prises pour interdire les constructions sur certaines zones et prévoir même, pour les années à venir, un repli de l’urbanisme vers l’intérieur. Que nenni ! La pression n’a jamais été aussi intense : 70000 habitants de plus d’ici à 2030, 130000 actuellement en permanence, 400000 en été.

Un plan de prévention des risques est en cours mais, rien à faire, il se heurte aux oppositions des habitants et des municipalités !

D’Andernos à la dune du Pyla, c’est une poudrière juridique !!

Par exemple, le tribunal a estimé qu’un parcours de golf, même verdoyant, à Andernos, ne pouvait se substituer à la forêt mais le maire fait du harcelement, il revient à la charge périodiquement ! A l’instar d’Andernos, Lège-Cap-Ferret doit revoir son PLU.

Souvent les décisions de justice sont des coups d’épée dans l’eau ; malgré l’interdiction, le centre Leclerc de La Teste-de-Buch de 6000m2 poursuit ses travaux !

Les campings sont devenus de véritables lotissements ; depuis le classement du site du Pyla, le nombre de mobile-homes dans le campings est passé d’une cinquantaine en 1994 à environ 500 ces dernières années ! Sans «autorisations spéciales» !

La prochaine catastrophe naturelle ne servira pas de leçon, comme les précédentes, d’ailleurs !

On s’apitoiera sur le sort des victimes, on dira des messes, on revendiquera des subventions pour les réparations, on délimitera de nouvelles zones non constructibles de toutes les couleurs….; l’actualité passera à autre chose, les dérogations «exceptionnelles» se multiplieront, le brouillard automnal se lèvera…..

Pour l’ensemble de l’Aquitaine, on parle d’une montée des eaux de 1m d’ici 2100. Pour les côtes rocheuses, c’est peu. Pour le bassin d’Arcachon, les côtes sableuses, les embouchures fluviales, c’est différent. Xynthia a généré des hauteurs d’eau de 90cms.

L’augmentation de la fréquence et de la force des vagues (tempêtes) et des houles entraînent une érosion accrue du littoral et une éventuelle destruction des ouvrages de défense. Les dépôts sédimentaires par la remontée de l’eau dans les fleuves, l’érosion marine de la côte, sont autant de facteurs qui perturberont la répartition des dépots et le paysage urbanisé.

Dans la mer, déjà, l’eau est plus chaude, de 2 degrés en 30 ans dans l’estuaire de la Gironde, des espèces marines comme l’anchois commencent à remonter. Le réchauffement favorise les espèces «sudistes» : bars, daurades et moins de maquereaux, plus de dauphins et moins d’épaulards.

Des changements, il y en a toujours eu mais ce qui est préoccupant c’est la rapidité de l’évolution, certaines espèces n’auront pas le temps de s’adapter. On observe aussi l’arrivée de phytoplancton toxique transporté par les activités maritimes humaines. Les physalies (espèce de méduse), sont de plus en plus nombreuses; comme elles se nourrissent de zooplancton elles pèsent sur la nourriture des poissons : 150 cas d’infections ont été déclarés par le CHU de Bordeaux il y a deux ans. Des virus nouveaux sont en chemin ! Des aides seront demandées pour les pêcheurs ! Avec quel argent ?

Les méduses, encore elles, ont paralysé le réacteur d’une centrale nucléaire en Suède ! Quid de la Centrale du Blayais ?

Dans les mouvements d’espèces il se produit des décalages entre prédateurs et proies du fait du réchauffement, donc des déséquilibres importants et préjudiciables aux récoltes sont à attendre.

Avec une exposition aux ulraviolets plus forts, le bronzage deviendra un exercice de plus en plus périlleux ; les cabinets de bronzage se frottent les mains et le porte monnaie !

Les allergies s’intensifient déjà car il y a une redistribution géographique des allergènes ; les plantes invasives en apportent des nouveaux ; les insectes invasifs comme le moustique tigre de l’Asie du SE dont les femelles sont porteuses du virus du chikungunya a fait son apparition aux portes de Bordeaux.

En ce qui concerne les cultures, l’Aquitaine compte 350000 ha de surfaces irrigables dont 200000 pour le maïs en rapport étroit avec les filières animalières de volailles et palmipèdes. L’irrigation est importante pour les cultures fruitières et légumières. Le changement climatique va rendre cruciale les ressources en eau pour tous. Si les variétés plus précoces permettent des économies d’eau, la production n’est pas la même ! Le sorgho pourrait le remplacer car il s’adapte à la sécheresse du fait de racines plus profondes, de nombreux essais sont en cours.

Pour la vigne et le vin, le réchauffement favorise la synthèse du sucre et donc de l’alcool. Il va falloir peut-être favoriser des cépages plus tardifs voire introduire de nouveaux cépages, espagnols ou portugais. Produiront-ils toujours du vin «bordelais» ? Quid du Jurançon ?

Le sud de l’Aquitaine est aussi concerné :

Les sports d’hiver sont compromis : absence de neige ou trop de neige ! Un des aspects de ce réchauffement, comme en politique, est le développement des extrêmes ! Les inondations catastrophiques de l’hiver dernier rentrent de plus en plus dans le domaine de la certitude, du recommencement.

Des interrogations portent aussi sur le pastoralisme : il faut s’attendre à de nouvelles bactéries ou virus qui toucheront le bétail ; la qualité végétale des prairies dont s’enorgueillissent les bergers et fromagers des vallées d’Aspe et d’Ossau se modifiera, le goût de terroir aussi !

Des aides de l’Etat, que l’on trouve déjà trop dispendieux par ailleurs, seront demandées pour soutenir la profession. On se plaindra alors de payer trop d’impôts !…… et on continuera à passer le temps à se demander quels seront les futurs candidats aux élections, avec le même désintéressement pour un programme qui oserait s’attaquer aux vrais problèmes.

Une solution peut-être !!

Dire aux Aquitains que depuis quelques années, du fait du changement climatique, on assiste à des remontées de température trop fortes, qui stoppent la fructification des cèpes ?

Peut-être, alors, se réveilleront-ils ?

par Georges Vallet

Crédit photos: actualite.portail.free.fr

L’Aquitaine existe-t-elle ?

 Aquitaine blasonsL’Aquitaine, comme toutes les régions françaises, est issue du découpage administratif de 1955. Troisième région française en superficie, elle va des contreforts du Limousin aux Pyrénées, et est marquée par la diversité de ses paysages et de ses populations basques, gasconnes, languedociennes, saintongiennes, ou encore issues de l’immigration : portugaises, marocaines ou espagnoles.

Dans la mondialisation, l’identité est importante : elle fédère les énergies et donne un sens à un discours, mais l’Aquitaine est constituée par de multiples identités plus ou moins marquées, comme l’irrédentisme basque. Il est donc légitime de se demander si la région a une chance d’exister au-delà de ses composantes et donc de se poser la question suivante : l’Aquitaine existe-t-elle ?

Le nom ancien de l’Aquitaine, Aquitania, signifie le pays de l’eau. C’était une province romaine importante, dont les frontières mouvantes ont même englobé tous les pays entre Pyrénées et Loire. Lorsque la grande Aquitaine romaine fut divisée, on en fit même deux : l’Aquitaine première, englobant massif central et Berry, et l’Aquitaine seconde, allant de la Loire à la Garonne. Au sud de celle-ci, la région de Novempopulanie (les neuf peuples) allait jusqu’aux Pyrénées. L’Aquitaine fut ensuite un duché, et même parfois un royaume au gré des partages des mérovingiens et carolingiens. Après le mariage d’Aliénor, duchesse d’Aquitaine, à Henri II Plantagenêt, on inaugura la période de domination anglaise, et par là même la guerre de cent ans. Le terme Aquitaine s’abâtardit, pour devenir Guyenne, et lorsque la région revint à la France en 1453, il garda ce nom, pour devenir en 1561 le gouvernement de Guyenne. Après la révolution française, Aquitaine ou Guyenne furent vouées à être oubliées, dénuées d’existence administrative, jusqu’au décret Pfimlin de 1955 qui recréa une région Aquitaine.

Une région Aquitaine aux formes bien étranges à vrai dire, car amputée du cœur de la Gascogne qui la constitua de tout temps, à savoir des départements du Gers, mais aussi des Hautes-Pyrénées, absorbés par le pouvoir d’attraction de Toulouse. Le principe du pouvoir d’attraction des métropoles régionales commanda que la Dordogne et le Lot-et-Garonne, proches de Bordeaux, lui fussent rattachés, tandis qu’on décida finalement de rattacher les Basses-Pyrénées, qui étaient aussi loin de Toulouse que de Bordeaux. Si les départements des Landes, des Pyrénées Atlantiques, de la Gironde et du Lot-et-Garonne sont totalement ou partiellement de culture gasconne, on trouve dans le nord de la Gironde une culture saintongienne, languedocienne en lot-et-Garonne et Dordogne, et dans le nord de ce département, limousine. Enfin, la culture basque vient compléter le tableau dans l’extrême sud-ouest du territoire. A cela, on peut ajouter les nombreux apports de l’immigration, que ce soient les Portugais et les Espagnols dans le sud de l’Aquitaine, les Italiens et Marocains dans la vallée de la Garonne.

Face à une telle complexité historique et culturelle, et à tant de fortes identités déjà établies depuis des siècles, force est de constater que l’Aquitaine peine à exister. Il n’est pas évident de trouver des points communs au Pays basque et au Périgord, si ce n’est peut-être par la culture du foie gras, et les liens tissés du temps de l’Aquitaine anglaise ne semblent pas concerner le Béarn qui eut depuis le XIVème siècle une existence autonome. Certes, il y a une certaine culture, la douceur de vivre du sud-ouest, l’amour du rugby, mais cela n’est pas propre à l’Aquitaine. Le conseil régional, sentant qu’il fallait aller plus loin que la région administrative, a commencé à investir depuis peu dans du « marketing grand public », réalisant des publicités sur des radios de grande écoute, où des speakers à l’accent pointu vantent les mérites du jambon de Bayonne ou du piment d’Espelette, érigés comme étendards non pas de la culture basque, mais de la région Aquitaine. Je ne peux m’empêcher de penser que cela est très superficiel, et m’interroge surtout sur la finalité. Veut-on créer des Aquitains ? Si oui, qu’est-ce qu’un Aquitain ? Car si c’est un habitant du sud de l’Aquitaine qui joue au rugby et cultive du piment d’Espelette, ça s’appelle encore, et sans doute pour longtemps, un Basque..

Que dire aussi des Béarnais, qui ont aujourd’hui plus d’intérêt à se rapprocher d’une Bigorre midi-pyrénéenne proche et complémentaire, que d’un pays basque nord attiré par les sirènes économiques et culturelles de son frère du sud des Pyrénées.

Et puis, il y a aussi cette dichotomie entre Nord Aquitaine (Bordeaux), et Sud Aquitaine, accentuée par le quasi désert des Landes de Gascogne.

On le voit, l’identité Aquitanique, malgré une histoire riche, n’est pas évidente à trouver, et il est encore plus difficile, sinon impossible, de la construire. Les campagnes marketing ne changent rien à cela, et on peut se demander quelle est la finalité de vouloir créer des « Aquitains » qui n’existent pas.. Au lieu de cela, il faudrait mettre en valeur les terroirs et les cultures existantes telles qu’ils existent, et développer les collaborations avec les régions et pays limitrophes, de façon à mettre en valeur les « pays », dimension qui est, avec la nation, la seule capable de réellement rassembler et fédérer les énergies.

– Par Emmanuel Pène