Pourrissement

imageMa famille réside dans une zone pavillonnaire et populaire de Pau, dans la partie nord de la ville, à proximité de la cité de l’Ousse-des-bois. Il y a quelques jours, lors d’une promenade avec ma petite chienne, je m’aventurai le long de l’Ousse justement, sur la promenade joliment aménagée par la municipalité, qui va de l’avenue des Lilas à l’avenue de Buros.
A proximité du terrain de tennis, lui aussi payé et entretenu par la municipalité, je dus faire un écart pour éviter un quad électrique piloté par des enfants. Quelques secondes plus tard, je faillis me faire renverser par un scooter piloté par un très jeune adolescent.
J’osai alors faire la remarque, à haute voix, que cette allée était réservée aux piétons. A proximité se tenaient deux jeunes hommes – peut-être les grands frères des enfants qui pilotaient le quad et le scooter – assis sur une table de pique-nique, près des barbecues mis à la disposition des habitants du quartier par la municipalité.
L’un deux me lança : « Il y a un problème ? ». Ce à quoi, téméraire, je répondis : « Oui il y a un problème. L’allée est réservée aux piétons et les engins à moteur peuvent créer un accident ». Alors, Un des deux jeunes hommes se leva : « On est chez nous ici, on fait ce qu’on veut ». De plus en plus téméraire, j’osai répliquer : « ah bon, je crois que moi aussi je suis chez moi, ici à Pau ». Après un « non, tu n’es pas chez toi », la conversation commença à déraper. Je subis la flopée d’injures habituelles (vieux con, pédé, etc.) avant un définitif : « Casse toi avant que je vienne te terminer ». Je jugeai que c’était effectivement la voie de la sagesse et rebroussai chemin vers l’avenue des Lilas.
Quelques mètres plus loin, je sortis mon téléphone de la poche de ma veste, composai le 17 et expliquai la situation à la fonctionnaire de police de service. Celle-ci me répondit que c’était habituel, hélas, et m’assura qu’elle demanderait à un véhicule de la police municipale de passer..
Il y a quelque temps, j’avais eu droit à un caillassage en règle de ma voiture alors que j’avais osé circuler rue Mgr Campo, au cœur de l’Ousse-des-bois, une rue totalement réaménagée par la municipalité (tandis que les immeubles qui la bordent ont eux aussi bénéficié d’un programme de rénovation complet). J’avais bien entendu déposé plainte et avais entendu la même réponse « C’est habituel vous savez »…
Je n’emprunte donc plus cette voie et fais un détour pour rentrer chez moi. Maintenant, après ma dernière mésaventure, je n’emprunterai plus non plus la promenade le long du ruisseau au grand dam de ma petite chienne. Mon fils, (élève au lycée Barthou) ne prend plus le bus T1 à l’arrêt Mgr Campo (maintenant dénommé Parc-en-Ciel) après s’être fait menacer quand il était plus jeune, bien que cela soit l’arrêt le plus pratique pour lui. Avant-hier, un bus s’est fait caillasser au même endroit. Un peu plus loin les beaux terrains du Pau FC sont aujourd’hui à l’abandon, le club ayant décidé de les quitter après plusieurs cambriolages de son Club-House..
Ainsi, peu à peu, insidieusement mais sûrement, les zones de non-droit progressent à Pau. Les citoyens ordinaires des quartiers populaires, ceux qui payent leurs impôts et sont respectueux des lois voient leur vie devenir de plus en plus difficile, leurs libertés bafouées, leur sécurité mise en danger, pendant que dans le même temps des bandes de jeunes et de moins jeunes font la loi, chantent et dansent dans leurs quartiers, où tout leur semble dû sans qu’eux même ne contribuent à quoi que ce soit.
Que l’on ne me dise pas que ce sont des quartiers déshérités ; Bien au contraire, ces cités bénéficient de toute la sollicitude des autorités, qu’il s’agisse de l’Ousse-des-bois ou de Saragosse. Des millions y sont injectés pour améliorer le confort des habitants, tandis que d’autres quartiers, où les habitants se comportent normalement, sont délaissés. Je dois faire des centaines de mètres pour trouver un arrêt de bus. Les habitants de l’Ousse des bois ont deux arrêts à leur disposition, où les chauffeurs craignent tous les jours de se faire agresser. Tous les appartements de la cité bénéficient de la fibre optique alors que je me contente de l’ADSL. Le macadam de ma rue reste plein de trous pendant que l’on dote l’Ousse-des-bois de jardins paysagers…
Le jour arrivera t-il ou les policiers ne me répondront plus « Monsieur, c’est habituel » ? Un jour où ils me diront : « Ce qui vous est arrivé est anormal, nous allons y mettre bon ordre ? » Je n’y crois plus.

MarK