ORGANBIDEXKA – Des rapaces et des hommes : bientôt 40 ans de passion !

L’observatoire, le « spot », à Organbidexka

1979 : quelques irréductibles ornithologues sans gêne s’installent, pour observer les migrations de rapaces, au col d’Organbidexka (« le petit chemin des charrettes » en basque) situé au-dessus de Larrau, juste sous les chalets d’Iraty, au beau milieu d’un territoire dense en palombières. Ils viennent de louer un droit de chasse au « nez et à la barbe » des chasseurs de palombes souletins. Méfiance réciproque. Glace qui prendra des années à fondre.

2017: les chasseurs ont (presque) disparu, pour cause de raréfaction des passages de palombes à cet endroit-là. Les « volatiles » ont migré plus à l’ouest de la chaine pyrénéenne. En 4 décennies, le site est devenu un des principaux d’Europe occidentale pour observer les oiseaux migrateurs. Un chiffre : 43.475 rapaces sont passés entre les pics d’Ohry et des Escaliers en 2016.
Pas franchement enthousiaste au-début, la « Commission Syndicale du Pays de Soule », qui gère le site des « Chalets d’Iraty », a finalement compris l’intérêt de cette activité qui, depuis le début de l’été jusqu’à tard dans l’automne, fait venir sur place ornithologues, scientifiques mais aussi simples bénévoles et touristes par centaines. Les chalets sont en effet à 100 m du point d’observation et la terrasse du restaurant donne une vue plongeante sans pareil sur l’alignement impeccable des observateurs qui scrutent et comptabilisent sans relâche depuis le lever du soleil jusqu’au coucher.
En ce lundi 21 août, vers 14h, plus de trente personnes sont là. Le spectacle est magnifique: les milans noirs et les bondrées apivores inondent le ciel. Ils ne sont pas seuls : des circaètes-Jean-le-Blanc, rapaces qui se nourrissent principalement de serpents et de lézards, quelques balbuzards (mets favori : le poisson), des éperviers, des busards cendrés et busards des roseaux, un aigle botté, un autour des palombes « mâle immature » (quelle précision !) etc. mais aussi des martinets et hirondelles sont observés.
Au milieu de tous ces oiseaux circulent des « autochtones » en quantité : principalement des vautours fauves mais aussi de petits éperviers et des faucons crécerelles.
Les années d’expérience ont permis la mise en place d’un protocole d’observation très précis où les membres de la LPO présents (Ligue de Protection des Oiseaux – plus de 50.000 adhérents) ont chacun leurs tâches : repérer, identifier (sexe et âge, juvénile ou immature), comptabiliser et enregistrer « en temps réel » les individus qui passent.

Ce jour, 2.149 oiseaux sont comptabilisés. Beaucoup pour le néophyte. Pas tant que cela pour les observateurs qui, le 7 août ont vu, en 4 heures, passer 13.268 milans noir ! Un rapace « opportuniste » qui s’adapte plutôt bien à l’univers de l’homme.
Un grand silence règne. Les longues-vues et jumelles suivent de près les oiseaux qui passent soit sur la gauche, sous sur la droite du promontoire d’Oxogorrigagne qui domine Larrau et sa vallée.
Sergio Barande, observateur depuis 37 ans, a traduit en mots simples les formes du terrain : la Pyramide, le Mamelon, le Crocodile, le Chapeau du Gendarme, la Selle etc. Dès qu’il repère au loin des oiseux qui « pompent », Sergio alerte, parfois avec humour, la troupe. C’est plus simple d’annoncer une « espadrille »(escadrille) vers la Selle ou le Crocodile que vers Léhenchégaratia, Mendikotzigue ou encore Saltéburia…
De temps à autre, une exclamation fuse : « le circaète a un serpent dans son bec ! » Toutes les têtes se tournent vers le rapace. Pas facile à distinguer ! Plus tard, ce sera un aigle royal qui s’en prendra à une cigogne.
C’est le jour des bondrées apivores : 632 comptabilisées. Vues de dessous, les couleurs sont variées, bariolées, souvent claires. A ne pas confondre avec des buses variables. Principale différence : l’un à la tête plutôt rentrée dans les épaules (la buse), l’autre l’inverse. Pas simple à différencier !
Les bondrées, stars du jour, sont bien plus belles à observer que le milan noir, autre star du jour, qui est tout de noir vêtu. Un austère séminariste basque ?
Pour les milans, on préférera attendre la migration, plus tardive, des milans royaux, au plumage magnifique et au vol sans pareil. Pour certains ornithologues, c’est le plus beau rapace à observer. Sergio préfère le gypaète barbu. Des gouts et des couleurs.

Une chose est certaine, sur le point d’observation d’Organbidexka, on ne s’ennuie pas. Une magnifique pièce de théâtre, à l’issue improbable, se déroule tout au long de la journée, dans un cadre de toute beauté. C’est à découvrir, ou redécouvrir, avec les passionnés de la LPO Aquitaine et, si vous voulez en savoir plus, malgré le silence et l’attention de tous, les ornithologues n’attendent qu’une chose : transmettre leur (saine) passion. N’hésitez pas à aller au contact.

Beñat Bernard Boutin

– Le programme de suivi de la migration s’inscrit dans le cadre du projet Lindus-2, cofinancé par le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) dans le cadre du programme Interreg V-A Espagne-France-Andorre).


– Le site de la LPO Aquitaine : c’est ICI
– Les synthèses des passages comptabilisés à Organbidexka : c’est
– La formation à l’identification des rapaces en vol prévue à IRATY du 4 au 8 septembre 2017. Plus : c’est ICI
– Crédit photo rapaces : Topo Pyrénées
– Passez le curseur de votre souris sur les photos pour faire apparaitre les commentaires ou cliquez sur la première photo pour dérouler le diaporama.

Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 5, 2007-2017) : Karine et Léon, la « dimension humaine »

Première arrivée de Malou à POMBIE

Avec Karine DEPEYRE et Jean-Marc FERRI dit Léon, s’ouvre le dernier « acte » de la saga des Gardiens de Pombie : un acte inachevé puisque les deux co-gardiens sont toujours bien aux commandes et contents d’y être.

Originaire de Saint-Etienne, Karine fait à Toulouse un mémoire sur « l’architecture en milieu rural » mais c’est « l’architecture de la montagne pyrénéenne » qui l’entraînera vers sa vocation de gardienne. Aide gardienne à la Grange de Holle l’hiver 1996, puis au Marcadau l’été suivant, Karine devient gardienne des Oulettes de Gaube en 1997. Le refuge reste ouvert en hiver ce qui lui donne l’occasion de continuer à grimper en hivernale. Pour la gardienne, il est important de comprendre les réactions des alpinistes : « Pour saisir ce qu’est l’adrénaline, il faut l’avoir vécu ! »

En avril 1998 Karine est bloquée aux Oulettes de Gaube par une fracture du pied lorsque Léon y fait étape. Il traverse les Pyrénées en ski de randonnée et s’y trouve bloqué par le mauvais temps. Karine lui propose alors de faire du portage pour le refuge. C’est le début d’une belle histoire…

Le Club Alpin de Lourdes ayant comme projet de passer le refuge de 70 à 100 places, Karine et Léon se mettent en recherche d’un refuge à « dimension humaine ». Ce sera d’abord celui de la Glère sous le Néouvielle, où ils resteront 4 ans, avant d’arriver à Pombie pour la saison 2007.

A peine arrivés à Pombie, Malou rejoint l’équipe. Née le 28 août, elle se « cale rapidement sur Papa et Maman ». Il lui faut peu de saisons pour se mettre à la vaisselle, à la préparation du pain et des tables. Partageant les repas avec les visiteurs, la « gardienne en herbe » apprend à vivre avec les adultes. « Amenée à se débrouiller par elle-même, elle est obligée à réfléchir ». Désinhibée, elle grandit vite. Pombie : une école unique !

Pour autant, Karine et Léon n’oublient pas d’accompagner leur fille, de partager avec elle ses expériences, notamment avec les « choums », ces éternuements qui arrivent et repartent en suivant (!). Traduction : ces jeunes, de l’âge de Malou, qui arrivent au refuge un soir pour repartir le lendemain. S’il lui en dit, elle les accompagne volontiers, lors de leur départ, jusqu’au col de Pombie, de Suzon ou ailleurs.

Cette dimension humaine en famille a sa continuité avec les visiteurs. Karine a besoin des gens, source d’équilibre et de convivialité. Le refuge de Pombie, plus petit que celui des Oulettes, permet ce contact, cette proximité. Il est partagée entre grimpeurs, itinérants de la HRP, randonneurs de la variante du GR10, marcheurs faisant le tour de l’Ossau et les « petites familles » qui sont montées depuis Anéou. Une diversité incomparable qui permet des « rencontres extraordinaires » que Karine et Léon favorisent. Exemple : au moment de placer les gens pour diner, ils se prennent au jeu de créer des « tables improbables » afin de favoriser des échanges inattendus et riches.

Bien entendu, il y a des moments plus tendus, moins ouverts au contact : les 15 premiers jours d’août quand le refuge affiche complet avec une foule pas toujours initiée : « Vous n’avez pas des glaces ! Puis-je avoir un cornet de frites ? » A ce moment-là, la montagne n’est pas uniquement un défi pour les visiteurs – chacun à son niveau -, elle le devient un aussi pour le gardien : le temps du dépassement. Mieux vaut s’y préparer et savoir se créer une bulle « pour être disponible ensuite… »

Les clients insupportables sont rares. Trois à quatre dans l’année du type :
– Elle : « Vous n’avez plus de place. Vous n’avez qu’à m’en trouver une. Je ne bouge pas ! »
– Karine (embêté) : « Je le répète, le refuge et le marabout sont pleins mais, je peux vous proposer une tente » (que Karine conserve pour des amis de passage)
– Elle (à son mari ) : « Tu vois Thierry, elle me prend de haut, elle me propose une tente… »
Arrive alors Léon à la rescousse !

Le mois de septembre est celui des grimpeurs. Les fins de semaines affichent complets avec des « tous les gens du coin » qui ont voulu éviter la foule du mois d’août. Pourtant, « ils feraient mieux de venir début août, il y a alors moins de monde sur les pentes de l’Ossau ».

Karine et Léon ne sont pas simplement des « hôteliers-restaurateurs ». Chaque fois qu’ils le peuvent, ils participent ou organisent des fêtes et rencontres. En début de saison, il y a bien entendu la traditionnelle « fête de la montagne » qui se tient fin juin. Il y a aussi la « fête de la fissure » du dernier week-end d’août où les jeunes espoirs alpinistes de tout le sud-ouest, encadrés par les Clubs Alpins de la région, viennent se frotter aux nombreuses voies. De la traversée des 4 pointes aux flammes de Pierre, l’Eperon E, l’Embarradère, la Thomas, la SE classique etc.

Karine, formée par ses études à la « conception de projets culturels », anime, en été 2014, des « rencontres croisées » entre montagnards-amateurs-artistes et guides-artistes, photographes, aquarellistes ou encore écrivain. Toujours à la recherche d’échanges, sources d’enrichissement.

Au moment d’imaginer le futur du refuge de Pombie, Karine et Léon sont unanimes : surtout ne pas s’y connecter mais plutôt s’y déconnecter ! Fervents adeptes du « pas de WIFI, pas de connections à tout crin » (il n’y pas d’énergie pour cela à Pombie, même si un vélo est disponible pour recharger les portables), ils recommandent de savoir « perdre son temps et cesser de vouloir s’occuper en permanence ».

Le refuge doit « résister à la pression et ne pas se plier à la marche du monde ». Le manque d’eau, d’énergie et l’éloignement appellent la sobriété et le rôle pédagogue qui en découle. Au final : « la montagne est reine, pas le client ». Une affirmation que Karine contrebalance avec brio quand on sait les bons « petits plats » qu’elle aime à mijoter pour ses clients… malgré « le manque d’eau, d’énergie et l’éloignement ».

Quant à la déconnection, si elle est voulue pour les montagnards, Karine et Léon connaissent plutôt l’astreinte 24h sur 24, 7 jours sur 7 : « on fait les 35 heures en moins de deux jours… » . « Certaines cordées ne rentrent qu’à 3 heures du matin » rajoute Léon. Il faut les attendre, voire surveiller leur retour.

Les techniques d’interventions ont d’ailleurs évolué fortement. Alors qu’il n’y a pas tellement longtemps, le précédent gardien Guy Serandour, pouvait être amené à guider les cordées, en difficulté, en tapant sur une casserole : deux coups signifiant de passer par la droite, un coup par la gauche, les appels « au secours » sont maintenant réalisés depuis les portables des grimpeurs. Un gain de temps indiscutable et une communication bien plus simple. Quant aux secours, du PGHM d’Oloron ou des pompiers des Pyrénées-Atlantiques, ils peuvent intervenir, si nécessaire, de nuit avec des lunettes de visée nocturnes.

Pour la logistique, Léon est aux commandes, organisant héliportages, portages, entretien et, si le refuge tourne bien, Léon tient à ajouter que son succès doit aussi être partagé avec le gestionnaire. « Il y a CAF et CAF ! Celui de Pau, qui gère Pombie, a une gestion sur le bâtiment suivie d’actes. Un travail d’équipe réalisé par des bénévoles réellement impliqués ».

Si Pombie a de nombreux atouts, mentionnées par ses 5 gardiens successifs, la proximité paloise du gestionnaire ne doit pas être oubliée.

Bernard Boutin

Pombie, la saga des gardiens, l’intégrale : Acte 1, Acte 2, Acte 3, Acte 4, Acte 5

Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 4, 1979-2006) : Guy SERANDOUR, le capitaine au long-cours

Vu depuis le « passe-plat » : Guy SERANDOUR

Quand, en juin 1979, Guy SERANDOUR pousse la lourde porte en fer du refuge de Pombie, il n’imagine pas  un instant qu’il va y passer 28 saisons ! Suffisamment de temps pour pouvoir y constater les effets du changement climatique ou l’évolution profonde des pratiques montagnardes, avec l’aide du Parc National des Pyrénées et sous l’impulsion de DECATHLON !

Breton de Bordeaux, membre du CAF depuis 1962, Guy n’avait qu’une hâte : quitter son travail fastidieux pour grimper dans les Pyrénées. Annie, sa femme enseignante, est mutée à Oloron en 1973. S’en suit une installation face aux Pyrénées, à la Croix de Buzy, sur la moraine frontale de l’ancien glacier de l’Ossau. Démarre alors une longue histoire d’amour avec la vallée d’Ossau. Premiers boulots montagnards : Guy « bosse » deux saisons d’hiver à Artouste, et trois saisons d’été comme gardien au refuge d’Arrémoulit. Il s’ancre plus profondément encore dans la vallée d’Ossau.

En arrivant à Pombie, le jeune gardien de 43 ans, ne trouve pas d’eau sur place. Pour éviter une possible inondation du refuge pendant l’hiver, son prédécesseur a débranché, fin septembre, le tuyau quelque part sur les pentes sous le Peyreget. En ce mois de juin, Guy creuse des trous dans la neige, parfois jusqu’à plus de 3 mètres, pour ne jamais trouver le tuyau dévié. Il faudra un mois pour reconnecter l’eau !

Comparé à Arrémoulit, Pombie est un 4 étoiles, même si très vite, il doit changer le frigidaire à pétrole et le chauffe-eau. Il installe une première douche privée à l’extérieur. Les publiques suivront à l’intérieur. Le début d’une longue litanie de travaux, grands ou petits, lien commun à tous les gardiens de refuges, démarre. Pêle-mêle : crépine de pompe à eau bouchée, déchets à évacuer, fosse septique débordante etc.
Pour la fosse justement, il lui faudra un certain temps pour comprendre que, sans un minimum de chaleur, elle ne fonctionne pas et conduit aux débordements. Reste alors à la vider. Un pensum dont Guy se passerait bien ! La solution finit par arriver : il suffisait de surcharger la fosse d’EPARCYL qui, par un apport de minéraux et d’oligo-éléments, stimule l’activité des bactéries.

Héliportage par une « alouette »

Les approvisionnements se font souvent par hélicoptère. Les alouettes d’Héli-Union sont mises à contribution. Il s’agit de faire monter les provisions. Pas toutes. Seules les denrées non périssables arrivent par les airs : conserves, lait, pâtes, riz, boissons, produits d’entretien. Au retour de la « rotation », les déchets sont descendus. Guy se souvient, avec émotion, des pilotes morts dans des accidents. Si la montagne tue régulièrement grimpeurs et alpinistes, en 28 ans, elle aura aussi emporté son lot de pilotes. Cinq en tout. Tous des amis.

Le portage complète les approvisionnements. Il s’agit de monter les produits frais : pain, viande, œufs, légumes essentiellement. Portage à dos d’homme : 25 à 35 kilos, depuis Anéou, une à deux fois par jour, 4 ou 5 fois par semaine en juillet et août. Une tâche, pénible et répétitive, que Guy partage avec son équipe. Mais, il n’y a pas que le portage lui-même. Ces produits frais, encore faut-il les chercher dans la vallée à Laruns, Rébénacq ou même Pau. A Anéou, il n’y a pas de boutique !

Pendant 3 ans, une ânesse, Marguerite, l’épaule. Elle peut porter de 70 à 80 kilos mais voilà, l’animal n’aime pas vivre seul et peut s’échapper pour rejoindre d’autres congénères ! Et comme Guy ne veut pas l’attacher, la solution n’est pas simple.
Une année, à la mi-septembre, il neige fortement sur Pombie. Où mettre Marguerite ? Ce sera finalement sous le porche d’entrée du refuge. Il neige toujours. Décision est prise de la redescendre sur Soques. Guy ne retrouve pas le chemin recouvert d’une épaisse couche de neige. Marguerite passe devant et guide Guy sur le tracé enfoui du sentier. Quel instinct !

1975 : sommet de la Grande Aiguille d’Ansabère. Crédit JM OLLIVIER

Guy est grimpeur avant d’être gardien de refuge. Nostalgique, il aime à se souvenir de ses premières années à Pombie où il échangeait avec les grimpeurs sur les courses. Régulièrement, il jetait des coups d’œil vers les voies où ils évoluaient. Les jumelles n’étaient pas loin, non plus. Il ressentait leur progression et devinait ceux qui seraient contraints de bivouaquer sur les parois de l’Ossau ! De temps à autre, au début du moins, avec des amis, il s’échappe pour réaliser quelques voies. Pas des premières, elles ont déjà toutes été faites.

A cette époque, pour le gardien de refuge, la sécurité est un souci permanent dans cette « montagne dangereuse » : à partir de quel moment faut-il déclencher les secours ? Les grimpeurs et randonneurs n’ont ni téléphone portable, ni de balise de détresse. Seul le téléphone du refuge permet de contacter les gendarmes pour évaluer la situation et voir s’il faut déclencher une opération de secours.

Chaque année apporte son lot de blessés et de morts qu’il a pu découvrir lui-même. Un jour, 30 à 40 membres de la célèbre ENSA (Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme)  de Chamonix débarquent à Pombie pour 5 jours de formation. Le refuge leur est entièrement réservé. Dès le lendemain, première sortie et un guide se tue. Le jour suivant, toute l’équipe plie bagage et rentre à la maison. Depuis, on n’a plus jamais revu l’ENSA à Pombie !

Sécurité des hommes mais aussi sécurité du refuge. Au début, Guy laisse à disposition, dans la salle commune, un réchaud. Il y a aussi des extincteurs. Ceux-ci sont volés. Les fenêtres du refuge sont clouées l’hiver pour éviter les infractions. Et, quand ce ne sont pas les hommes qui violent l’intégrité du refuge, les animaux, en hiver, trouvent des solutions à leur tour. Plusieurs fois, à la reprise de juin, Guy trouve des loirs installés à la cuisine. Ils entrent par la cheminée ou en mangeant les plastiques des aérations des fenêtres.

Pombie est un refuge « facile ». On ne s’y lève pas de bonne heure : 5h30 au plus tôt ! Il faut pourtant être 4 sur place en juillet et août pour le faire « tourner ». Cinq est même plus confortable : « C’est qu’il y a de quoi faire entre les repas, l’entretien, la réservation et la gestion des arrivées. » Au début, la réservation par téléphone n’est pas entrée dans les mœurs, cela provoque des situations désagréables à gérer : installer le soir plus de dormeurs qu’il n’y a de matelas ! Diplomatie et autorité.

Macédoines en entrée

Aimant bien faire son travail, Guy s’entoure, année après année, de fidèles. Famille et employés avec qui il sait créer un bon esprit d’équipe. Pour preuve, certains salariés resteront sur place plus de 10 ans !

1986 :  L’Espagne rejoint la Communauté Européenne. Les Espagnols arrivent de plus en plus nombreux dans les Pyrénées françaises. Bien logiquement, il est décidé, à partir de cette année-là, d’ouvrir l’hiver la route du col du Pourtalet. Dès 1988 démarre la construction des paravalanches.

En mai 1999, le refuge connaît le seul agrandissement significatif de la période 1967-2017. Un bloc sanitaire, de 3 WC et deux douches, est construit sur son côté sud. Cela a l’avantage de permettre d’agrandir la cuisine en supprimant un WC situé dans le refuge lui-même.

Les années passent, le rythme devient immuable : 4 mois de saison à Pombie, 4 mois comme pisteur à Gourette. Le reste du temps en vacances. Aux Antilles souvent, sur l’eau : « Les montagnards s’adaptent très bien à la vie sur les bateaux ». Gérer les équipages, les approvisionnements, le temps. Capitaine de navire et gardien de refuge, mêmes sujets de préoccupation !

Le Parc National des Pyrénées attire de plus en plus de visiteurs, motivés par la beauté du site et la perspective de voir des animaux. Il trace de nouveaux sentiers en dégageant l’herbe sur les pentes. Dix ans plus tard, ils sont transformés en « oueds ». Il faut alors les empierrer. Mais, rien n’arrêtera la vague montante d’une clientèle nouvelle, toujours plus nombreuse, de randonneurs d’abord et ensuite de simples touristes.
De leurs côtés, les Offices du Tourisme distribuent des plaquettes démocratisant la montée au refuge. DECATHLON propose des produits, rendant accessible la pratique de la montagne. Autant d’éléments qui favorisent l’accès à Pombie et ailleurs. Devant la « foule », Guy, le gardien de refuge, se voit contraint de se transformer en hôtelier et restaurateur. Et, dire qu’il n’aime pas cuisiner !

Ethique, il continue à préférer son refuge comme lieu où les grimpeurs se retrouvent et préparent leur course. Ils sont, malheureusement, toujours moins nombreux. Au fur et à mesure du renouvellement de la « clientèle », l’amicale complicité des grimpeurs est souvent remplacée par « la tête des gens et le ni-bonjour, ni-sourire de ceux-ci ». Beaucoup d’exigences aussi.

Décidant de ne pas faire la saison de trop, Guy décide de passer la main, à fin de la saison été 2006, après 28 saisons passées au pied du pic du Midi d’Ossau. Il y a bien droit, il vient d’avoir 70 ans ! Le capitaine au long court descend alors à terre. Il ne va pas loin et s’installe dans sa belle ferme béarnaise, proche des « Bains de Secours ». Depuis ce nouveau port d’attache, il peut continuer à jeter machinalement, de temps à autre, un coup d’oeil vers l’Ossau.

Bernard Boutin

Pombie, la saga des gardiens, l’intégrale : Acte 1, Acte 2, Acte 3, Acte 4, Acte 5

Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 3, 1976-1978) : Guy MAYLIN, gardien malgré lui !

POMBIE par Jean-Marie OLLIVIER

Guy MAYLIN est le plus local des gardiens de Pombie. Plus local, impossible. Il est né en 1948, juste en dessous du refuge, à Artouste « sous le téléphérique ». Son père est contremaitre à la Compagnie des Chemins de fer du Midi, sa mère reste au foyer. Elle a fort à faire avec une fratrie de 8 enfants.

De ses études à l’école de Gabas, on retient que son instituteur, Monsieur GARDIEN, a l’habitude de terminer l’année scolaire en emmenant ses élèves gravir l’Ossau. Guy y grimpe, pour la première fois, à 5 ans ! Démarre alors une vie consacrée à la montagne.

Quelques années plus tard, au cours de l’hiver 75/76, Guy, guide de haute montagne auprès du Bureau des Guides de Laruns, se fracture la clavicule, la tête de l’humérus et se déchire les ligaments de l’épaule lors d’une compétition de ski à Gourette. Pour le chirurgien qui l’opère, le Docteur BOUTIN de la clinique Marzet, un constat s’impose : Guy va devoir se passer de grimper, pendant au moins deux saisons, le temps nécessaire pour que l’épaule se fortifie.

C’est la catastrophe pour Guy qui doit trouver un « boulot alimentaire ». Le guide postule alors aux emplois de gardien des refuges de Pombie et d’Ayous qui sont tous les deux libres pour l’été 76. Le Parc National des Pyrénées approuve sa candidature pour le refuge d’Ayous et, suite à l’intervention de Popo DAUDU auprès du président du Club Alpin de Pau, il est aussi pris pour Pombie. A 28 ans, Guy, le guide qui ne rêve que de grimpe et de randonnée, se retrouve à la tête de deux refuges à gérer !

C’est compter sans le sens de l’organisation de la famille MAYLIN. Depuis déjà 4 ou 5 saisons, deux soeurs de Guy, Michelle et Nicole, tiennent le refuge d’Arrémoulit. Elles sont aidées par leur frère Jean-Louis. Guy propose à ce dernier de tenir Ayous pendant qu’il s’occupera de Pombie. La famille, installée dans 3 refuges proches de la vallée d’Ossau, va pouvoir alors organiser une gestion rigoureuse des équipes et des approvisionnements. Les achats se font en gros volume à Pau. Les héliportages « de mise en place » deviennent plus rentables.

Pour autant, Guy n’aime pas son travail : recevoir, cuisiner, gérer. Il n’a de cesse de redevenir guide. Pour cela, il lui faudra pourtant attendre 1978. En attendant, il fait de « l’alimentaire » qu’il complète l’hiver, quand les refuges sont fermés, par un emploi de responsable du centre de formation des moniteurs de ski à Gourette. Un centre qui dépend du Ministère de la jeunesse et des sports.

A Pombie, en cette première saison 76, ses enfants Philippe (6 ans et demi) et Véronique (5 ans), sa compagne Mado, le rejoignent dès que les vacances le permettent et pour les week-ends. Les premiers salariés apparaissent au refuge. Il faut dire qu’il y a de plus en plus de clientèle.

Franco est mort l’année précédente. Une bouffée d’air pour beaucoup de grimpeurs espagnols qui en profitent pour prendre d’assaut « el Midi » : « Les cordées grimpent en continu sur la sud-est de la Jean Santé  ! »

Il n’y a pas qu’eux. Le clan à POPO, des grimpeurs de haut-niveau comme Dominique JULIEN, Rainier MUNTCH dit Bunny, Christian RAVIER, Bernard PUISEUX, Christian DESBATS ou encore Christophe OLIVIER, passe régulièrement par le refuge. De sacrées soirées entre grimpeurs auxquels aimait se joindre Guy.

Les 45 places du refuge sont prises d’assaut. Il peut y avoir 50 personnes supplémentaires à caser. Elles dorment alors sur les bas-flancs, sur et sous les tables du réfectoire. A cette époque, il n’y a pas de norme de sécurité l’interdisant. Guy est satisfait : « Ça tourne bien ».

Eté 1976 : Le téléphone est enfin installé. Pas trop tôt ! Il faut cependant du temps pour que les montagnards s’habituent à réserver à l’avance. Les « trop-pleins » durent encore longtemps.

Avec un refuge qui tourne bien, il s’agit de l’approvisionner régulièrement. Aux deux héliportages d’Héli-Union par saison, principalement pour les boissons, le lait, les conserves et le gaz, il faut ajouter d’incessantes rotations avec les ânes. Marquise est retraitée. Elle ne porte plus. Un petit âne, « Petitou » la remplace. Il faudrait un âne supplémentaire. En attendant, les porteurs font le reste. Ils vont ensemble récupérer les approvisionnements qui sont stockés dans un local du Club Alpin situé au centre pastoral à Anéou.

Deux saisons de suite, Guy, en tant que guide, amène à l’Ossau, un couple de maraichers de Bayonne, par la voie normale. En remerciement, ils arrivent un jour au refuge avec « Fano », un âne marqué d’une croix sur son dos noir. Ils le lui offrent. Le portage se simplifie d’une façon sympathique et inédite.

Fano et Petitou sont gardés dans un enclos avec une clôture électrique. Un jour sur deux, ils sont de corvée de portage. Malin, celui qui est de corvée trouve toujours le moyen de s’échapper pour aller se cacher dans la raillère !

Fin 78, les ânes s’échappent à nouveau. Ils ne sont pas dans le vallon de Pombie, leur destination de fuite favorite. Il faut 5 jours pour les retrouver du coté du caillou de Soques alors que Guy les cherchait à Anéou !

Les allers et retours de portage se font escortés par « Anéou », le patou de la famille. Une négociation « chaude » a lieu avec le PNP pour obtenir l’autorisation de conserver l’animal à Pombie. Les bergers ont droit à leurs chiens mais pas les gardiens de refuge ! Guy doit faire un courrier au Parc pour obtenir une dérogation. Elle lui est accordée et généralisée à l’ensemble des refuges sur la zone du Parc. Il n’y a pas de petits combats.

Guy devient conseiller du préfet pour le secours en montagne. Il y a tout type d’accidents sur place. Heureusement, ils ne sont pas nombreux. Cela va de la touriste qui donne à manger aux ânes et se retrouve avec la deuxième phalange coupée net à des accidents plus sérieux nécessitant une évacuation par hélicoptère.

Un jour d’été 77, vers 14 ou 15 heures, une « alouette » vient chercher Guy. Une cordée est bloquée sur la face nord. Parmi les secouristes du PGHM d’Oloron, un spécialiste en spéléologie pas trop à l’aise sur les parois. Guy le remplace. Il est déposé à coté d’un alpiniste qui a les mains brulées. Pendant qu’il s’occupe du blessé, l’hélicoptère part chercher le deuxième membre de la cordée. En vol stationnaire, il essaye de le charger. Les pales des rotors viennent à toucher la paroi. Ses palettes (embouts de pales) sont sectionnées et volent dans tous les coins. L’hélicoptère pivote et plonge dans la vallée.  Le pilote LUMPERT arrive à redresser l’engin in-extremis et le pose en catastrophe à côté du refuge.

Il faut attendre les CRS de Lannemezan pour secourir, à pied et de nuit, le grimpeur bloqué. Quand à l’alouette, ce n’est que 4 jours plus tard, une fois les pales changés, qu’elle peut redécoller.

Guy aime bien le portage et le nettoyage mais l’accueil et la cuisine ne sont pas son « truc ». Ses soeurs, Michelle et Nicole, abandonnent Arrémoulit et viennent, à tour de rôle, en renfort pour les saisons 77 et 78. Le clan des ossalois(es) est aux commandes avec comme effets immédiats de bonnes garbures béarnaises et du fromage de brebis en permanence. Les tomes de 5 kilos viennent naturellement du saloir de Gabas. Un fromage d’hiver avec 4 mois d’affinage.

En hiver, les boues de la fosse septique se figent et sèchent. Il s’agit de la vider avec seau et pelle. « Le bagne ». En été, avec l’affluence au refuge, tout se complique. Il n’y a qu’un WC à l’intérieur. La fosse septique est souvent pleine. Guy est contraint de louer une pompe à main aux « Pompes funèbres générales » de Laruns. Un court répit pour le guide, gardien à ses dépens.

Et, s’il n’y avait que cela : sans WC accessible, depuis la « salle hors-sacs » et son dortoir ouverts pendant les 7 à 8 mois d’hivernage, les visiteurs n’ont pas d’autre solution que d’aller aux alentours du refuge. Souvent, ils ne s’éloignent pas des murs du refuge et de la terrasse ! Reste alors pour le gardien, à la reprise de saison, à nettoyer tous les pourtours immédiats du refuge. Une tâche pas particulièrement plaisante pour redémarrer la saison. (Une tâche qui reste malheureusement vraie en 2017 !)

Comme pour les BUTEL, le problème de la gestion des déchets est un souci non réglé. Combien d’années faut-t-il donc pour apprendre aux montagnards à ne pas les jeter ? Guy demande avec fermeté à ceux-ci de les descendre. Dès que le refuge n’est plus en vue, ils s’empressent de les cacher sous une pierre ! De quoi désespérer.

Derrière le refuge, un lavoir est installé à l’extérieur. Une poubelle facile que tout le monde utilise. Un jour, pris de colère, Guy le casse à coups de masse.

A la fin de l’été 1978, il y a de 80 à 100 personnes dans le refuge : « Du monde partout ». Dans la salle « hors-sac », les montagnards bourrent le poêle, mis à leur disposition, de leurs déchets. Un autre jour, croyant bien faire, ils entassent les poubelles dans un coin de la salle. Une véritable pyramide et un message (non dit) :  « Au gardien de les descendre. »  Guy n’encaisse pas toujours bien…

Les incivilités continuent dans d’autres domaines. Le mauvais temps tombe. Des randonneurs se réfugient dans l’abri des ânes. Ils prennent les couvertures de ceux-ci puis se mettent à redescendre vers Anéou. Guy les rattrape.

Eté 78, Guy achète à Pau de nouvelles chaussures : des « super-guides ». Il les destine à des courses de guide. Pour les casser, il fait du portage avec elles et les laisse à l’entrée du refuge dans les étagères à chaussures. Un jour, elles n’y sont plus mais ont été remplacées par les mêmes, plus anciennes et dans la même taille ! Coup d’oeil dehors, sans perte de temps, en direction des trois cols : Peyreget, Suzon et Pombie. Quelqu’un file vers ce dernier. Guy lui court après, le rejoint, regarde ses chaussures. Pas un mot n’est échangé. Le randonneur retire immédiatement les chaussures de Guy pendant que celui-ci, fou de rage, jette au loin les chaussures de l’indélicat.

A la fin septembre, cinq cafistes dorment dans l’ancien refuge. Cette nuit-là, Guy est à Laruns. Au matin, il va leur demander leurs cartes du CAF pour faire la facture. Ceux-ci ne veulent pas payer sous prétexte qu’il n’était pas sur place durant la nuit. Le ton monte. Ils en viennent presque aux mains. Devant la fermeté de Guy, ils finissent par céder. Ce jour-là, pour Guy le guide, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : « Il ne faut pas que je continue ce métier ». Il  démissionne à la fin de la saison 1978.

Bernard Boutin

Pombie, la saga des gardiens, l’intégrale : Acte 1, Acte 2, Acte 3, Acte 4, Acte 5

Ecole de Gabas : Guy MAYLIN (2è en partant de la droite en bas). A la fin de l’année scolaire, le prof emmène la classe faire l’Ossau, depuis Gabas, par la voie normale. Guy a 5 ans !
1951 – Artouste – Le jeune Guy MAYLIN, deuxième en partant de la gauche. Sous le portique : un ours !

Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 2, 1971-1975) : Hervé et Renée BUTEL, un photographe, une dessinatrice à la barre !

Refuge de POMBIE : Hervé BUTEL et son fils Guillaume. Crédit : JM OLLIVIER

Hervé BUTEL est décédé le 23 août 1989 sur les pentes de l’arête est de l’Arriel. Un sinistre rappel pour tous, gardiens, grimpeurs et randonneurs, que les Pyrénées ne sont pas qu’un simple terrain de jeu magique et exaltant. Un rocher se détache. L’irréparable se produit. Merci à Renée, son épouse d’avoir bien voulu témoigner à la place d’Hervé sur leurs « années Pombie ». Un retour en arrière pas simple.

Palois, grimpeur expérimenté*, Hervé BUTEL a déjà une première expérience d’un an comme porteur au Chalet Alpin du Tour, dans le massif du Mont-Blanc, quand Jean SUBERVIE, président du CAF de Pau, lui propose de prendre la suite de Jean-Louis PÉRÈS à la fin de la saison 1971.

Refuge de POMBIE : Renée aux « fourneaux » à Pombie. Crédit : JM OLLIVIER

Hervé et Renée montent à Pombie dès le mois d’octobre. Objectif : être ouvert pour l’hiver. Du moins pour les vacances de Toussaint, Noël, nouvel an et Pâques. Une expérience qui sera reconduite pour Pâques 72 et abandonnée par la suite. Force est de constater que seuls des amis montent sur place à ces dates.

Approvisionner le refuge n’est pas simple. La route qui conduit de Gabas au Pourtalet est fermée au niveau du Pont de Camps pour l’hiver. La clientèle espagnole pour le ski n’existe pas encore. Franco disparait en 1975 et l’Espagne ne rejoint l’Europe que 11 ans plus tard. Le col du Pourtalet mettra longtemps avant d’être ouvert régulièrement. Le portage des provisions se fait donc, dans la neige, par le vallon de Pombie. Pas évident et, il ne faut pas compter sur Marquise, l’ânesse des PÉRÈS reprise par les BUTEL, ni sur les héliportages qui ne sont utilisés à cette époque que pour les travaux. N’ayant pas de voiture, Hervé et Renée doivent aussi compter sur l’aide précieuse de la famille et d’amis. Les approvisionnements : pas simples !

Hervé souhaite monter un atelier de photographie en vallée d’Ossau et profiter des saisons à Pombie pour faire de la photo. De son côté, Renée enseigne, au collège à Nay, le dessin et les arts plastiques. Un travail qu’elle conservera pendant les 4 saisons de gardiennage d’Hervé. Comme pour Jean-Louis et Michèle PÉRÈS, il s’agit de trouver un complément de rémunération. Le refuge ne suffit pas.

Les deux premières saisons, sont plutôt calmes. Des moments de joie pour le jeune couple qui partage son temps entre famille et amis.

Le Parc National achève assez rapidement l’axe Ayous, Peyreget, Pombie, Soques, Arrémoulit qui correspond à celui de la HRP (Haute Route des Pyrénées). Un bouleversement se produit alors. Aux grimpeurs, surtout cafistes et aussi espagnols (des « durs » ceux-là!), s’ajoutent de plus en plus de randonneurs.

Si le jeune Parc National commence à générer du trafic au refuge, il a aussi ses exigences. A cette époque, les montagnards n’ont pas le souci de descendre dans la vallée leurs déchets. Des boîtes de sardines, de pâté, des papiers, du plastique jonchent les sommets alentour et les bords du lac de Pombie. Les bouteilles sont abandonnées à même le sol.

Au refuge, depuis son ouverture, il a été pris l’habitude de mettre les déchets dans des sacs bleus clairs qui sont ensuite entassés dans un coin de la raillère. On les voyait depuis le sommet de l’Ossau !

Le Parc ne veut plus de cela et contraint à nettoyer la raillère. Hervé, entouré d’amis, de membres du CAF et du Parc National, s’attelle à la lourde tâche. Plusieurs rotations d’hélicoptères sont nécessaires pour descendre les déchets collectés à Anéou.

Cette « opération commando » réalisée, Hervé doit continuer à nettoyer tous les coins et recoins autour du refuge et de son lac. Il y passe beaucoup de temps.

Il doit aussi s’assurer que les montagnards descendent leurs déchets. Toute une éducation à faire, pour changer de mauvaises habitudes, qui prend aussi du temps et de l’énergie. Un supplément de travail pour la famille BUTEL qui, de son côté, se met à évacuer les déchets du refuge à dos d’âne.

Gérer Pombie devient contraignant d’autant plus qu’avec l’augmentation du nombre de randonneurs, les demandes se font plus pressantes pour manger à tout instant. Quand elle est là, Renée cuisine de bonnes garbures, « façon Barétous, ma vallée d’origine », et complète les repas par du rôti de porc, jambon, fromage du pays. Le gros des provisions vient des commercants de Laruns : Coudouy pour la viande et la charcuterie, Arros pour l’épicerie générale, Béchat pour le vin et Sanchette pour « ses énormes et délicieuses miches de pain ». Quelques fruits proviennent aussi des « ventas » du Pourtalet.

Hérvé, Marquise et Anéou, le labrit

Un âne rejoint Marquise pour le port des charges. Des animaux pas toujours facile à contrôler et enclins, dès qu’ils ne sont pas surveillés, à descendre rejoindre leurs collègues dans le vallon de Pombie.

Les bergers des trois vallons (Pombie, Magnabaigt, Anéou) prennent l’habitude de se retrouver ensemble, tous les 14 juillet et les 15 août, pour déjeuner au refuge. Un déjeuner qui se prolongeait tard dans l’après-midi. Les chants béarnais « réchauffent alors le refuge ». Une occasion, d’oublier la solitude de l’estive, que les bergers ne voulaient rater à aucun prix.

La réputation du pic du Midi d’Ossau se répand. En juillet 1974, un sherpa népalais, Pertimba, grimpe au sommet de l’Ossau, accompagné par Paulette DAUDU, dite Popo, une grande pyrénéiste paloise. Il avait été son porteur et guide lors d’une expédition dans l’Himalaya.

Crédit Renée BUTEL – versant sud muraille de Pombie

Le 29 et 30 juin 1975 ont lieu les « 9 Rencontre Féminine de Haute-Montagne ». Des alpinistes expérimentées, avec parmi elles quelques himalayistes dont Popo, sont présentes. Elles viennent d’Allemagne, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Italie, Bulgarie, Suisse, Hollande et France. Pas une représentante espagnole ! Certaines alpinistes ont leurs propres guides. Les autres sont encadrées par Jean OSCABY, Gigi BERGES et Bernard PEZ accompagnés de nombreux grimpeurs des vallées proches. Une équipe de télévision de Bordeaux suit les escalades depuis le sommet de l’Ossau. Deux techniciens avaient du y porter 25 kilos chacun au sommet ! Les exploits étaient partout.

Une première descente du pic du Midi d’Ossau, est réalisée en Deltaplane le 19 juillet 1975. Il faudra 6 heures à Jean-Marie BLANC, dit Bil ou encore M. 45000 watts, pour monter au sommet les 16 kilos de l’engin et seulement 14 minutes pour planer jusqu’à Anéou. « De vrais masos, mais quel pied ! » rapporte le carnet que tenait Hervé. Il ajoute que le même delta-plane, un « Hill Plane » fabriqué à Biarritz, avait réalisé la descente du Canigou peu de temps auparavant, piloté cette-fois par Jacques SOLERE.

En septembre de la même année, c’est au tour d’alpinistes russes de venir. L’Ossau est bien sur la carte des grimpeurs du monde et avec lui : le refuge de Pombie !

Avec les grimpeurs et les randonneurs de plus en plus nombreux, il y a quelques fois des accidents. Sans téléphone au refuge, il n’y avait pas d’autre remède que de descendre en courant, à l’hôtel des Casadebaig au Pourtalet, pour alerter les secours. Ce n’est qu’en 1976, après le départ des BUTEL qu’un premier téléphone est installé. Un confort nouveau qui permettra aussi de pouvoir gérer les réservations en « temps réel ». Enfin !

Hervé BUTEL portant Romain

Guillaume, né en avril 72, et Romain, en octobre 1974, viennent agrandir la famille. Ils passent la saison « là-haut ». Se pose alors le problème du lavage du linge des « petits ». Les PÉRÈS avaient laissé la solution avec un tambour métallique tout rond qui n’attendait qu’à être mis action par le mouvement ininterrompu d’une manivelle. Pour une plus grande propreté, il fallait alterner le sens de la rotation. La crampe menaçait au bout d’un moment !

L’emploi du temps se complique, d’autant plus que Renée, avec son travail dans la plaine de Nay, n’est finalement disponible que les fins de semaines et durant les mois de juillet et d’août. Hervé doit donc assurer seul la permanence au refuge, en juin et septembre, tout en préparant l’installation d’un laboratoire photo à Gère-Bélesten à partir de 1973. Terminé en 1975, les premières commandes arrivent. La décision de redescendre définitivement s’installer dans la vallée est prise dès la fin de la saison. En 4 saisons, les BUTEL auront vu l’activité de Pombie profondément se transformer.

De ces années-là, Renée conserve aujourd’hui beaucoup de sensations fortes : « Les mots sont presque vulgaires pour les décrire. Dès Anéou, l’océan de pâturages et les bouffées d’air qui vous assaillent. L’odeur des rhododendrons, de la réglisse et des myrtilles qui monte aux narines. La puissance des murailles de l’Ossau avec ses couleurs chaudes, rouges, jaunes. Ses couleurs changeantes en permanence.» Sensations fortes renforcées par une belle expérience montagnarde, partagée entre famille et amis. Des années bonheur, mot qu’elle répète. Tout comme Jean-Louis PÉRÈS, son prédécesseur à Pombie. Une « énergie positive » flotte-t-elle sur le refuge de Pombie ?

Bernard Boutin

*Hervé BUTEL s’est illustré par la première ascension hivernale en solitaire en mars 1966 du couloir Pombie-Suzon à l’Ossau, et celle, toujours en solitaire de la Grande Lézarde au Balaïtous en mars 1967. Il est aussi l’auteur de plusieurs voies nouvelles à l’Ossau, Ansabère et Gourette.

Crédit photo : Hervé BUTEL et Jean-Marie OLLIVIER

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