« Le montant du SMIC ? Vous me posez une colle »

La députée La République En Marche de Paris Élise Fagjeles, interviewée sur CNews lundi matin face à deux manifestants qui lui reprochent d’être déconnectée du peuple.

Le premier gilet jaune :

– Avez-vous madame une idée de ce que c’est de vivre avec le Smic ?

Le second gilet jaune :

– Connaissez-vous seulement le montant du Smic* ?

La députée :

– Alors je vais vous dire, vous me posez une colle, en effet je ne connais pas le niveau du Smic.

Et l’élue du peuple venue défendre les hausses, les taxes et les réformes tous azimuts de son parton d’ajouter sans complexe :

– Moi je m’occupe de la réforme de la justice. On ne peut pas tout savoir…

Le gilet jaune quitte le plateau malgré les demandes de l’animateur. Et il a raison pensent beaucoup de gens honnêtes, car que peut-on attendre d’une élue si éloignés des réalités concrètes…? C’est « Martine chez les gilets jaunes ».

En fait ils ne parlent pas la même langue. Ils n’ont pas le même alphabet. Le nécessaire dialogue, dans ces conditions est bien difficile… Comme disent les anthropologues de ces situations de guerre entre deux tribus, il reste le langage des signes : au mieux le gilet jaune à l’Assemblée Nationale ou le péage gratuit au pire les violences que l’on vient de voir et de subir. Il faut que les plus intelligents prennent un dictionnaire et fassent un effort pour apprendre la langue de ceux d’en face. On sait où se trouvent les plus intelligents chez les promus de l’ENA ou de Sciences Po, crânes d’œufs censés avoir réponse à tout et honnis de tous depuis un certain temps déjà.

C’est vrai et c’est à mettre à sa décharge, on le constate avec la bourde d’Élise Fagjeles : Macron n’est pas aidé par son entourage. On a vu ces derniers jours se succéder aux micros une brochette d’élus de LaRem plus inconsistants les uns que les autres avec le sourire bêta de celui qui est invité pour la première fois à la télé comme si c’était une fin en soi. Élise Fagjeles n’est qu’un exemple parmi d’autres. Ne l’accablons pas il y a eu pire. Tant de vanité, de propos lénifiants ça finit par déplaire… Les élus Modem, eux, font profils bas : on ne les entend pas. Dans ces circonstances c’est d’une prudence qu’il faut louer.

Mais oui –je sais que je vais déplaire à certains- la présence de Jean Lassalle sur un autre plateau a permis d’entendre des propos d’un autre tonneau ; en phase avec les revendications populaires. D’abord il est rafraîchissant Jean Lassalle, il manie l’humour, il a l’accent, il ne parle pas la langue de bois, ça ne plaît pas aux élites ça plaît au peuple et il faut choisir son camp. Le maire de Lourdios-Ichère a confirmé ce que nous avancions ici : il a bien été sollicité par Macron pour un poste important. Il a décliné. Le Béarnais est roué. Comme il l’a dit, il faut la stature d’un De Gaulle ou d’un Mitterrand pour diriger un pays comme la France aujourd’hui. Un cerveau bien fait mais froid, un homme énergique mais sans expérience ne peut y parvenir.

Le lendemain le président de la région Nord Picardie, Xavier Bertrand a su trouver lui aussi les mots adjurant le président à renoncer à ces mesures d’une austérité violente incompréhensible pour les plus faibles d’entre nous. Il faut de l’égalité. Il faut de la fraternité. Voilà un homme au contact de la population, non sectaire, simple et maître de lui qui pourrait être l’homme de la situation bien qu’il ne postule à rien –dit-il. Il y a donc dans la « classe » politique des personnalités diverses, sensées, capables, qui savent écouter puis décider. Dans ces temps difficiles c’est un motif d’espérance.

C’est vrai, on en convient, l’entourage d’Emmanuel Macron est un véritable boulet pour un président ambitieux. Passons sur Benjamin Griveaux provocateur patenté, arrêtons-nous sur Castaner au passé trouble. Un ministre de l’Intérieur du Général de Gaule devant cette succession d’émeutes non maîtrisées, cette incapacité à rétablir l’ordre malgré un torrent de déclarations martiales aurait démissionné depuis longtemps. Depuis la première manifestation des Champs Elysées en fait. C’est un proche du président nous dit-on, mais le Président ignore-t-il que la politique exige des sacrifices cruels ? Il en est de même du premier ministre dont on se demande désormais dans quel camp il se trouve. Fait-il la politique du pire comme on le dit ici et là ? Joue-t-il perso ? On voit bien qu’il n’est pas le fusible nécessaire au fonctionnement singulier de la cinquième république. Droit dans ses bottes, il prétend s’inspirer de Juppé l’homme qui n’a pas même été reconnu par son camp…

Il est temps pour Emmanuel Macron de trouver une réponse politique à cette crise. Beaucoup pense que c’est trop tard mais le temps de nos institutions existe. Il faut le respecter sinon ce sera le chaos. Il faut qu’il se donne donc les moyens d’une présidence qui désormais ne pourra-t-être que modeste. Cela passe par une capacité d’écoute qui lui faut acquérir c’est un impératif catégorique mais aussi par un profond renouvellement de ceux dont la mission est de le soutenir plutôt que l’enfoncer.

Pierre Vidal

*Le montant du SMIC est de 1 498,50 € brut et de 1 188 € net