Soutenir les Bonnets rouges?

bonnets rougesBretons, (et vous surtout, Bretonnes) je vous aime ! Vous formez un peuple courageux et fier, respectueux de ses racines et qui tient à sa spécificité, plus encore que les Basques, les Béarnais et les Bigourdans. Mais vous n’êtes pas les seuls excentrés.
Les Français les plus éloignés du centre vital du pays sont les habitants des Alpes maritimes. Ensuite viennent les Pyrénéens. Mais reconnaissons qu’entre un berger isolé dans la montagne et le propriétaire d’une villa luxueuse de la Côte d’Azur, il y a un monde. Les différences sociales entre un gros exploitant agricole breton et un marin pécheur ne sont pas minces. L’un pollue et l’autre souffre de la pollution. La tentative de regrouper sous une même bannière les salariés et les patrons bretons a fait long feu, malgré la ferveur régionaliste et la rancune des curés après la loi du mariage pour tous.
Pourtant, les références historiques ne manquaient pas. La décision de faire encaisser lécotaxe par un partenaire privé ne peut que rappeler le système des fermiers généraux qui collectaient les impôts sous l’Ancien Régime. La révolte des Bonnets rouges fait explicitement référence au soulèvement de 1675 contre un nouvel impôt. Il y a une différence de taille cependant : le pouvoir central n’a pas mandaté un duc de Chaulnes et 6000 soldats pour mater la rébellion. Heureusement, car la répression fut sanglante et nombre de clochers furent rasés, notamment en Pays bigouden. On dit que pour marquer leur soutien aux pendus et leur résistance, et rappeler leur fiers clochers, les femmes brodèrent de hautes coiffes défiant le vent. La coquetterie féminine a dû aussi jouer un rôle au fil du temps…
Le gouvernement a plié. Comme l’avait fait le Général de Gaulle, qui n’a pourtant pas la réputation d’avoir été un mou (bien que sa fuite auprès du Général Massu en 1968 ne soit pas un épisode bien glorieux). Sa promesse de doter la Bretagne d’un réseau routier moderne et gratuit a été tenue. Bien des régions de France peuvent l’envier. Basques et Béarnais qui paient le prix fort pour leurs autoroutes peuvent être au premier rang dans cette envie. De plus, pendant des décennies, les tarifs aériens et ferroviaires ont accentué leur isolement. Que de fois dans la liste des villes bénéficiant d’un tarif promotionnel de la SNCF avez-vous pu chercher Lourdes, Pau ou Tarbes sans les trouver ! Cette situation quasi-coloniale semble se terminer. C’est heureux car nous étions en quelque sorte condamnés à une double peine. Mais sur ce site, on ne peut qu’appeler à la vigilance.
Reste la question de l’écotaxe. Elle doit d’autant moins devenir un enjeu politique que si c’est la gauche qui s’apprête à la mettre en œuvre, c’est la droite qui l’a mise au point. Il faudrait pouvoir l’envisager du point de vue de Sirius, ou du moins de celui du Siècle des Lumières. Dans la hiérarchie des devoirs Montesquieu ne faisait-il pas passer en avant ceux qui sont dus à l’humanité entière avant ceux qui concernent un cercle plus étroit ? Or la pollution (on parle de 15.000 morts par an en France dus à l’emploi du diesel), l’épuisement des ressources non renouvelables commandent des changements radicaux. Sans compter le fait que les capacités de raffinage en France obligent à importer du diesel non transformé dans le pays. Les collectivités territoriales sont par ailleurs amenées à investir lourdement pour sécuriser des axes que les camions empruntent pour éviter de payer les péages d’autoroute : l’exemple du trajet par Angoulême et Barbezieux pour éviter une portion de l’autoroute A 10 entre Bordeaux et Poitiers en fait foi.

On peut aussi s’étonner de voir circuler sur l’A 64 des poids lourds venus d’Europe centrale. Pour des trajets d’une si grande longueur, la voie ferrée ne s’imposerait-elle pas ? Cela supposerait sans doute des aménagements sociaux et techniques. Par exemple constituer des gabarits de conteneurs pouvant facilement passer du rail à des transporteurs routiers afin de conjuguer les avantages des deux transports et notamment la souplesse du transport routier ? Souvenons-nous du fait que la puissance de l’Empire romain et de l’Empire de Chine tenait au fait que l’écartement des essieux y était unifié et que les voies étaient adaptées à cet écartement.
N’est-il pas temps en Europe de songer à un grand système de transport de fret ferroviaire rapide, efficace et fiable ? Bretons, Gascons, exportons nos poulets et nos jambons parce qu’ils sont bons et qu’ils arrivent sur les étals sans nuire à la planète !

– par Paul Itologue

Écot d’Anne

anneUn regard distancié sur l’écotaxe, sur l’écot d’Anne,
sur l’écho de la mer où Boris, avant que de mourir, souhaitait, si ardemment, une fois encore, voir valser les brins d’algue.

Bonnets rouges.

Bonnet d’ânes.

Ou plutôt bonnet d’ânesse,

celui d’Anne de Bretagne

Sainte Anne dorée.

Celui d’ânes, plus ou moins gaéliques,

plus ou moins faméliques,

qui, stupidement ; refusent de payer l’écot,

pour que les chars et les carrosses paient leurs excès de crottin.

Pour que les mers ne croupissent plus sous les algues verdâtres.

Pourtant une très belle idée

pour empêcher que le monde, encore un peu plus vite,

ne dévore ses enfants.

Et, pourquoi pas, que de l’humanité, les mers, les forêts, et les campagnes

ne soient définitivement exemptées.

Et que, comme disait Boris, de souhaiter ne pas mourir

avant d’avoir vu,

une dernière fois,

le fond vert de la mer

où valsent les brins d’algue.

Il est vrai, qu’en cette année de grâce 2013,

le roi François, et son languissant dauphin armoricain, avaient, déjà, eu la main lourde.

Et que le petit Manuel aux yeux de braise,

capitaine pyrénéen des mousquetaires,

encore que non gascon

était plus aimé de Milady et des sujets que de la cour.

– par PYC / Oloron de Bretagne.