Ouverture de l’Entre Pau

Ne vous attendez pas à y trouver des produits à vil prix et venus de loin. Il s’agit d’un incubateur hébergé à Hélioparc à Pau, inauguré le vendredi 14 avril. Il abritera dès la semaine suivante une dizaine de jeunes pousses (je traduis pour celles et ceux qui n’entendraient que le franglais : de start-ups).

Sa particularité est d’être destiné aux étudiants ou jeunes diplômés entrepreneurs. Ces derniers ont d’ailleurs joué un rôle moteur dans cette création.

Une autre particularité est que cette structure est parrainée par des établissements que l’on pourrait voir comme des concurrents : l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (via l’Institut d’Administration des Entreprises), l’EISTI (qui est liée à l’Université de Cergy-Pontoise), la Chambre de Commerce et d’Industrie de Pau par l’entremise de l’Ecole de Commerce de Pau et la ComUE d’Aquitaine(la Communauté des Universités et Etablissements d’Aquitaine). Il est remarquable que tous ces établissements aient décidé de coopérer pour favoriser la création de jeunes entreprises et dynamiser l’insertion de leurs étudiants. Une telle entente est peut-être unique encore en France. En tous cas, comme l’a observé le Président de la ComUE, Pau a une nouvelle fois devancé Bordeaux (c’est un Bordelais qui le dit). Le maire de Pau, par l’entremise de son représentant Marc Cabanne, s’en réjouit.

J’ai retenu deux créations faites par ces étudiants-entrepreneurs. L’une est une application appelée smartfac qui vise à fournir aux étudiants une information complète et variée des ressources qu’ils pourront trouver à Pau et dans sa région. L’autre a pour but une revitalisation du centre-ville et la recréation de liens sociaux dans la population ; elle pourrait essaimer dans bien des villes menacées par un dépérissement de leur centre au profit de leur périphérie ou de leurs alentours.

Souhaitons à ces jeunes un franc succès et souhaitons qu’ils soient rejoints par d’autres aussi motivés et par des soutiens résolus.

Jean-Paul Penot

Béarn-Bigorre : Un partenariat plein de promesses

Capture d’écran 2013-07-04 à 09.36.14Grand messe, le 3 juillet, à la CCI de Tarbes avec près de 300 décideurs économiques et politiques du Béarn et de la Bigorre. Objectif : renforcer les liens entre le Béarn et la Bigorre. Acte un : la signature d’une convention entre les CCI de Pau et de Tarbes créant les conditions d’un dialogue approfondi entre les deux organismes consulaires autour des thématiques communes aux deux territoires.

Les Béarnais et les Bigourdans peuvent remercier les Basques. Sans le vouloir, ces derniers, à force de chercher à obtenir une collectivité territoriale à statut particulier, ont contraint les Béarnais, administrativement liés aux Basques dans le cadre du département des Pyrénées-Atlantiques, à tourner leurs yeux vers les « partenaires » les plus naturels qui soient : les Bigourdans. Même géographie, mêmes racines culturelles, même tradition industrielle, grande proximité et une toile de fond identitaire incomparable : les Pyrénées.

Il y avait urgence à organiser ces « retrouvailles » car « les forces centripètes » rejettent Béarn et Bigorre en-dehors des zones d’influence des métropoles régionales, Bordeaux et Toulouse, dont on sait que les pouvoirs vont s’accroître à l’occasion de la mise en place de l’acte 3 de la décentralisation.

Alors, faire avec les 600.000 habitants, des zones d’emplois de Pau et de Tarbes-Lourdes, une « métropole » qui puisse jouer dans la cour des grands était dans le tête de tous les participants présents au colloque. Regrouper Béarnais et Bigourdans, pour atteindre une masse critique minimum, devenait une obligation, face aux deux métropoles régionales mais aussi face à celle qui monte, la métropole basque française avec ses ramifications vers la puissante Euskadi « espagnole ».

Pour autant dans la tête de nombreux participants, les contours de la zone qui se dessine n’étaient pas figés : le sud du Gers, le sud des Landes et même le Pays Basque subissent aussi cet éloignement des capitales régionales. Béarn-Bigorre doit pouvoir devenir l’élément moteur d’une entité en gestation. Retour aux Pays de l’Adour ?

Au-delà des grands concepts, les intervenants du monde économique ne manquaient pas d’en appeler à du pratique, du concret : regrouper les actions de promotion pour les 6 stations thermales bigourdanes et les 3 béarnaises, travailler ensemble sur la formation des métiers de la métallurgie, défendre groupés l’accès direct par LGV du Béarn et de la Bigorre, l’amélioration de la RN 134, la TCP, la N21 ou encore la réouverture du « Canfranc », lutter contre le futur « désert ferroviaire au pied des Pyrénées » entre Bayonne et Toulouse etc.

Et pour montrer que Béarn-Bigorre n’est pas un vain concept mais déjà bien une réalité concrète au quotidien ; une réalité qui ne demande qu’à se développer, les exemples ne manquent pas : le Parc National des Pyrénées, N’Py, l’UPPA, le Crédit Agricole Pyrénées-Gascogne, le Parvis ou encore la Biscuiterie Védère, installée à Montgaillard (Bigorre), Monein (Béarn) et… Espelette (Pays Basque). Tous n’ont pas attendu après une hypothétique métropole pour faire vivre, chacun dans son domaine, le partenariat Béarn-Bigorre.

Les CCI de Pau et de Tarbes veulent accélérer le mouvement. Des commissions thématiques vont se réunir. Une cartographie de l’excellence des deux territoires va être mise en place. Des points vont être réalisés régulièrement. Une démarche qui tombe à pic, alors que les métropoles régionales vont être dotées de pouvoirs supplémentaires qui amplifieront notre « éloignement ».

Au citoyen maintenant de soutenir l’initiative. Alors, les politiques suivront…

– par Bernard Boutin

Tribune Libre à François-Xavier Brunet

IMG_0280François-Xavier Brunet, Président de la CCI de Tarbes et des Hautes-Pyrénées, a du caractère et me mâche pas ses mots. Pour lui, les forces centrifuges et centripètes jouent à fond pour les Pays de l’Adour. Comme la Maire de Pau, il prend bien soin de ne pas oublier le Pays Basque. Trop éloignés des capitales régionales de Toulouse et Bordeaux, la Bigorre, le Béarn et le Pays Basque sont rejetés à l’extérieur et condamnés à travailler ensemble. Le Bigourdan concède que la « capitale » de ce territoire pourrait bien être Pau située entre Bayonne et Tarbes. Reste à faire travailler tous les acteurs ensemble. Dans l’immédiat, il nous annonce une initiative, à venir prochainement, entre les CCI de Pau et de Tarbes qui vont travailler de concert sur les infrastructures de transports et il lance un vibrant appel pour la Traversée Centrale des Pyrénées : « Dans les temps de crise et d’incertitude, il faut savoir avoir la hardiesse de ressortir quelques vieilles utopies qui sont des utopies structurantes et on pourrait bien dans 30 ans, nous reprocher d’avoir lâché sur ces ambitions-là. »

Alternatives Pyrénées – Les Pays de l’Adour : Une nécessité ou une vieille idée dépassée ?
François-Xavier Brunet – Nous allons avoir à faire face à un transfert d’un jacobinisme national à un jacobinisme régional et, la nature étant ce qu’elle est, les territoires qui seront à moins de 100 kms des métropoles régionales seront aspirés par un mouvement centrifuges. Les territoires qui seront à plus de 100 kms des pôles régionaux seront éjectés par un mouvement centripète. Il en sera de même comme pour la Bigorre, comme pour le Béarn, comme pour le Pays Basque.
Le Pays Basque pourra toujours se raccrocher dans une diagonale nord-sud le ramenant vers Bilbao. Pour autant, ils auront un problème parce que ni le Pays Basque français, ni le Pays Basque espagnol deviendront indépendants de la France et de l’Espagne. Il faudra bien qu’ils se raccrochent à leur intérêt national respectif. C’est la raison pour laquelle je crois que nous avons des intérêts extrêmement convergents et il serait probablement temps de ressortir cette vieille idée de Michel Inchauspé d’une région « Pays de l’Adour ». Ce que je dis est d’autant plus méritoire de la part d’un Bigourdan, que tout ceci aboutirait probablement à confier à Pau un destin de capitale régionale.

Le Nord des Landes a intérêt à être rapproché de la Gironde et du Lot-et-Garonne pour que l’arrondissement de Dax soit raccroché à notre région « Pays de l’Adour » avec 3 entités globalement : le Pays Dacquois, le Pays Basque et le Béarn et la Bigorre. On aurait un territoire cohérent. Si l’on ne touche pas aux frontières administratives, bien que nous ayons un destin commun, nous ne pourrons pas mener une politique commune.

A@P – Quels sont les enjeux communs actuels auxquels doit faire face ce territoire ?
François-Xavier Brunet – Le développement économique et industriel en se battant sur ses savoir-faire, son attractivité pour faire venir d’autres activités. C’est du « marketing territorial ». Tous les territoires sont en compétition les uns avec les autres. Quand l’Aquitaine et Midi-Pyrénées sont en concurrence, nous sommes encore plus les oubliés dans ce combat.
Des industriels de grands groupes me disent qu’ils ont l’impression que nous n’avons pas faim alors que des régions comme la Franche-Comté et les Pays de Loire ont les dents longues qui rayent le parquet. Donnez-nous les moyens d’exister en tant que Pays de l’Adour et vous verrez comme nous sommes (seront) combatifs. Pour l’instant, nous sommes obligés de demander à Toulouse l’autorisation d’exister et Pau doit faire de même à Bordeaux.

A@P – On fait quoi pour exister en tant que Pays de l’Adour ?
François-Xavier Brunet – Il faudrait que tous les acteurs politiques, économiques et institutionnels se mobilisent pour obtenir ce cadre territorial. C’est probablement une utopie ou une gageure. Mais, si on ne s’engage pas… autant rester chez soi.

A@P – Depuis les tentatives, il y a environ 30 ans, de Mr Inchauspé, les décideurs ont peu progressé…
François-Xavier Brunet – Je reprend la balle au bond, humblement et, je suis prêt à prendre mon bâton de pèlerin pour essayer de faire avancer cette idée. Je vais d’ailleurs prendre avec mon collègue et ami, Patrick de Stampa, Président de la CCI de Pau-Béarn, une initiative dans les semaines qui viennent notamment sur le sujet des infrastructures de transport. Le barreau Béarn-Bigorre LGV est primordial. Comment obtenir un amendement à un projet dont on est même pas sur que la puissance publique puisse le financer alors que nous n’avons pas la masse critique, la puissance politique et institutionnelle pour faire valoir ce point de vue ? Il faut trouver le moyen de peser dans le débat politique.
Les Chambres de Commerce et d’Industrie de Tarbes Hautes-Pyrénées et de Pau-Béarn vont s’allier pour faire valoir des points de vue communs au nom des acteurs économiques de nos territoires.

A@P – Les CCI représentent leurs ressortissants mais pas la population…
François-Xavier Brunet – Si vous rassemblez aussi les Chambres des Métiers et tous les acteurs de l’industrie, du commerce, du tourisme, du service, de l’artisanat et leurs familles et leurs salariés, il ne vous manque plus grand monde. Il vous manque la fonction publique.

A@P – Gérard Trémège, président du Grand Tarbes propose de mettre en place une structure, légère et pratique, une « Agence de développement économique » où siègeraient les grands élus : les Présidents des conseils généraux, des communautés d’agglomération et des CCI de Pau et de Tarbes.
François-Xavier Brunet – Je reprend la balle de Gérard Trémège au bond et je lui dis « banco ». Nous collaborons déjà au sein du BDE (à traduire en toutes lettres) qu’il préside et proposerons, avec Patrick de Stampa de poser la première pierre à cet édifice sous forme d’une espèce de conférence permanente entre les deux chambres. On verra comment nous l’appellerons. L’important n’est pas le titre mais ce que l’on veut en faire.

A@P – Au-delà du sujet de la LGV qui est à long-terme, il y a celui de la concurrence entre les deux aéroports et ces appels à une gestion commune…
François-Xavier Brunet – Ce serait idéal. Ces équipements sont tous neufs et de grande qualité. L’aéroport de Tarbes a été confié à un gestionnaire : Lavalin après plus de 60 années de gestion par la CCI de Tarbes. La CCI de Pau gère l’aéroport d’Uzein. Les gestionnaires doivent commencer d’abord par équilibrer l’exploitation.
Si on commence à dire que le trafic régulier va à Pau et le trafic saisonnier va à Tarbes, on place ce dernier en déficit chronique permanent et cela va coûter très cher au contribuable. Ce serait bien de trouver des convergences.
En son temps, pour le renouvellement de la concession d’exploitation de l’aéroport de Tarbes, mon prédécesseur avait compris qu’il fallait intégrer un grand groupe privé, Véolia Transport, et il avait fait la démarche auprès de la CCI de Pau de l’intégrer dans l’exploitation de l’aéroport de Tarbes avec réciprocité en 2015 (NDLR : année de fin de concession d’exploitation de Pau-Pyrénées par la CCI de Pau). Cela n’avait pas pu se faire parce que le Président Forgues (NDLR : ancien Président du CG65) voyait cela d’un très mauvais œil car cela ne correspondait pas à la candidature qu’il avait choisi dès le départ…
Pour ce qui est de Tarbes-Pyrénées, le trafic régulier sur Paris fonctionne bien mais le trafic charter baisse inexorablement depuis des années et les low-cost mises en place coutent chers. Ce sont des tentatives de diversification rendues nécessaires parce que les vols charters de pèlerins sur Lourdes, souffrent. Ils représentent encore 75 à 80% du trafic.
La convergence entre les deux aéroports ne marchera que si c’est du gagnant-gagnant. Si, c’est pour faire du perdant-perdant pour que ce soit encore le contribuable qui équilibre, on ne s’en sortira pas. D’abord parce qu’à force de se faire ponctionner, les poches se sont vidés et notre pays est au bord de la jacquerie fiscale.

A@P – La Bigorre appelle-t-elle de ses vœux, un autre projet majeur  ?
François-Xavier Brunet – Oui. La TCP (Traversée Centrale des Pyrénées). La question n’est pas de se bagarrer pour savoir si il faut la faire en Béarn ou en Bigorre. Ceci dit, à priori, pour des raisons qui sont propres aux Espagnols et à leur versant sud des Pyrénées, ils préféreraient voir creuser le tunnel ferroviaire de basse altitude en direction de la Bigorre.
Dans les temps de crise et d’incertitude, il faut savoir avoir la hardiesse de ressortir quelques vieilles utopies qui sont des utopies structurantes et on pourrait bien dans 30 ans, nous reprocher d’avoir lâché sur ces ambitions-là. La crise ne continuera pas à frapper éternellement les deux pays. Les couloirs est et ouest de la chaine sont à la veille de la thrombose. Le renchérissement inexorable du pétrole rendra plus pertinent le recours au ferroviaire et surtout il n’y a pas de développement économique, culturel et social loin des grands axes de communication.

Nous avons besoin de cet axe entre France et Espagne. 60% des Bigourdans sont d’origine espagnoles, moi-même je suis de la troisième génération, mes grands-parents étaient bergers aragonais. Je suis intimement convaincu de notre communauté de destin.

On a aussi tord d’opposer le Pau-Canfranc et la Traversée Centrale des Pyrénées. Ce sont des problématiques distinctes de réponses à des besoins différents. Les convois lourds ferroviaires ne passeront pas le Pau-Canfranc. Il n’aura qu’un trafic passager touristique et régional, ce qui ne sera pas le cas de la TCP.

A@P – Comment va la Bigorre aujourd’hui ?
François-Xavier Brunet – L’ensemble du pays ne va pas formidablement bien. Pour autant la Bigorre n’est pas confrontée à une souffrance excessive dans la mesure où d’une part, les fondamentaux du tissus industriels du département sont structurés autour de deux activités principales : l’activité aéronautique, Socata-Daher en tête, et ses périphériques, avec une conjoncture favorable, d’une part, et l’industrie mécanique et électromécanique de puissance, d’autre part. Il vient de se tenir à Tarbes la convention d’affaires des systèmes embarqués DéciElec dans le sillage d’Alstom.
L’industrie peut s’enorgueillir d’avoir, au cours des dernières années, vu la construction de deux nouvelles usines d’Alstom à Tarbes et de Knauf Insulation à Lannemazan. Le secteur touristique reste un marqueur très fort des Hautes-Pyrénées et un secteur d’attractivité considérable. Nous sommes la première destination touristique de Midi-Pyrénées.
Nous n’avons pas été forcément impactés par les premiers assauts des crises successives. Aujourd’hui, nous commençons à être atteint par la crise de consommation des ménages avec des tensions sur le commerce, les services, le bâtiment et les travaux publics qui font que le bilan raisonnable fait pourrait être plus alarmiste dans quelques mois.

– propos recueillis par Hélène Lafon et Bernard Boutin.