Coup de force des minorités

dict facs-rené-le-honzec   Nous vivons dans une belle démocratie et pourtant ce ne serait pas toujours la loi, ni même la majorité qui pourrait décider. Et ce qui est étonnant, c’est que cela n’étonne personne.

Les cheminots bloquent le pays dans un mouvement de grève surréaliste puisqu’ils se battent pour des modifications qui n’ont aucune conséquence pour eux. Mais combien sont-ils ? ( « Cheminots au boulot ! » AP du 3/4/2018). Le dernier chiffre recensait moins de 20% de grévistes à la SNCF en décroissance constante. Evidemment des conséquences majeures car il suffit qu’il manque ou un conducteur ou un contrôleur ou un aiguilleur pour que le train ne puisse rouler. Cette dictature de la minorité est insupportable et Macron a d’ailleurs fait une erreur de stratégie. Quitte à avoir une grève il aurait dû avoir un point de départ plus dur avec la suppression de l’anachronique statut du cheminot pour tous. Cela lui aurait donné une marge de manœuvre pour la négociation…

Situation analogue à Air France où les pilotes disposent d’un pouvoir de nuisance évident. Mais la consultation programmée du personnel risque de montrer que la majorité du personnel ne soutient pas cette grève, d’autant que leurs collègues de KLM les prennent pour des enfants gâtés…

Même situation dans quelques universités. Une infime minorité, politisée pilotée par les syndicats et partis d’extrême gauche, bloque partiellement certaines universités. De quel droit ? Depuis quand une mini minorité peut- elle empêcher les étudiants de suivre leurs cours ? C’est comique car là aussi aucune conséquence pour ces agitateurs qui s’opposent à une loi votée depuis longtemps et qui n’intéresse que les lycéens… qui d’ailleurs suivent leurs cours et c’est bien logique. Enfin Tolbiac a été évacuée et les dégradations faites par les occupants sont scandaleuses. Pourquoi ne sont-ils pas inquiétés par la justice ?

Et que dire de Notre-Dame-des-Landes où une minorité de hors-la-loi renforcée par des casseurs venus de France et d’ailleurs veut guerroyer contre les fondements de nos lois. Non seulement ils occupent illégalement des terrains mais en plus ils voudraient dicter leurs conditions. Et il est des gens pour s’indigner que la république veuille avoir le dernier mot. Finalement la raison va l’emporter.

Situation tout aussi pernicieuse à France Info, mais dans un genre plus sournois. Voilà une radio du Service Public où beaucoup de journalistes ont pris fait et cause pour la gauche. La convergence des luttes y est évoquée dix fois par heure (un peu moins aujourd’hui car visiblement, rien ne prend), les interviewés sont de l’UNEF, la CGT, Sud Rail, donc les minorités. Les majorités n’ont pas droit à la parole ou si peu. Personne pour parler des 80% de cheminots non grévistes, de la majorité des Français qui sont favorables à cette réforme ou des étudiants qui eux veulent travailler. Sur Notre-Dame-des-Landes, pour les journalistes et leurs invités, s’il y a problème c’est parce que le gouvernement est trop rigide ! Sans compter l’occasion fournie par le cinquantième anniversaire de Mai 68, pour en rajouter une couche…

Jeudi 19 Avril, journée de manifestation pour la convergence des luttes organisée par la CGT, 15 300 personnes à Paris (comptage indépendant) si on enlève les permanents et les encartés CGT et autres Insoumis, il n’y aura pas eu grand monde …

Pendant ce temps l’Allemagne ou la Suisse ont fait leurs réformes, l’économie y est florissante et le dialogue social y a une autre allure.

Daniel Sango

Crédit photo : Contreponits

Une saison en enfer en 2016

Ô saisons, ô châteaux !… J’ai lu tous les articles de journaux et de magazines concernant la loi El imagesKhomri, j’ai vu toutes les émissions de télé, dans internet,  j’ai écouté toutes les émissions de radio, j’ai parlé avec tous les journalistes, sociologues, philosophes, politiques de la terre et j’ai trouvé la laideur absolue dans ce monde... Jadis, si je me souviens bien, du temps où j’étais syndicaliste à la CGT ma vie travailleuse était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. Un soir à Nuit Debout, j’ai assis la Laideur sur mes genoux, le projet de loi El Khomri… et je l’ai trouvée vraiment amère, complètement dégueulasse et je l’ai alors injuriée, cette maudite loi… Mes genoux étaient rouge sang soudain, la gangrène vint aussitôt et ils devinrent peu à peu violet puis noir, je vis un drapeau rouge, un étendard, porté par un homme sur une barricade en train de crier « Liberté pour le peuple ! », fusillé par l’ennemi en face armé de canons et mitrailleuses, ma mort peut-être…  Je revis ma vie passée où s’ouvraient tous les cœurs oui, où le Jurançon coulait à flot dans des fêtes sans fin, le Bordeaux coulait aussi, où tous les vins coulaient oui… Mais le temps n’est plus à la fête ma mie, il est à la révolte, les lois sont mal foutues, elles protègent toujours les riches et écrasent les pauvres… je n’ai plus le cœur à la fête ma vierge rouge, l’heure de la révolte a sonné à tous les beffrois, debout les vivants j’ai crié et nous sommes tous allés à Nuit Debout place Clemenceau pour manifester, parler, débattre, de la loi El Khomri… Ô saisons, ô châteaux ! Vous qui avez disparu même de ma mémoire et du paysage, maudits rois… Jadis si je me souviens bien, ma vie était un festin, elle n’est plus que misère, angoisse, doute sur le lendemain ma mie… ma pauvre vie, je la revois assise sur mes genoux sous forme de petit livre, une loi, j’aurais aimé lui sourire mais je l’ai maudite oui, injurié, tu n’es plus ma vie, tu es une parodie de vie, j’ai jeté mon petit livre au feu… la vraie vie est ailleurs maintenant, elle est dans mes rêves, je ne peux plus marcher, on a amputé ma jambe gangrénée, trop malade, on va bientôt me couper les ailes, je ne serai plus un ange sur terre ou plutôt si je serai un ange du ciel volant sur vous pauvres humains qui se chamaillaient stupidement… je quitterai une saison en enfer en 2016 pour le paradis des anges des syndicalistes de la CGT en finissant comme Arthur Rimbaud, voyant au royaume des aveugles…

Nous serons demain dans la rue avec Nuit Debout demain puis le surlendemain et le le lendemain, encore et encore, nous n’arrêterons jamais… Debout le peuple ! Tous les mardis et vendredis, nous serons place Clemenceau à 19  h, dans toutes les manifs aussi…

François Le Goff

Après la pluie, le beau temps

le loup mon poteBon ben après la pluie, la pluie … et toujours la pluie … les infos nous parvenant parlent elles aussi de la pluie, de ses inondations … auxquelles ici nous échappons… c’est triste pour les régions atteintes… cependant que plus triste encore est d’apprendre le décès de cette maman tuée par son compagnon le jour de la Fête des Mères… quelle tristesse pour ces enfants devant affronter cette terrible réalité… le ciel décidément s’assombrit de tous côtés… sauf pour Macron le donneur de leçons… qui nous apprend que pour porter un costard faut travailler… quand nous savons que le travail manque et que la France n’est pas un pays de fainéants… mais où vont-ils chercher tout cela et penser que « si à 50 ans on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a raté sa vie » dixit Sarkozy… et voilà l’autre qui s’y met aussi… faisant suite aux idées mal placées de qui vous savez tandis que du costard bien taillé, coupé sur mesure à la Rolex, il n’y a qu’un pas que nombreux d’entre les « pov’cons » ne sont pas prêts de franchir si le travail manque à l’avenir… Je crois qu’ils sont tous à nous tailler un costard avec leurs bobards… en nous faisant une mauvaise réputation à nous petits Français moyens et ceux-là dont l’avenir est incertain, les travailleurs précaires et leurs petits salaires… en effet, entre ceux qui décident pour nous sans nous consulter… d’autres qui se mettent en marche pour nous apporter leurs lumières… les autres encore nous bassinant avec leurs préjugés et battant le pavé afin de nous montrer le chemin qui mène vers la vague où certains iront se noyer… le patron des patrons outré par la CGT… une chose est sûre, depuis de trop nombreuses années la seule loi qui importe pour les pontes et autres réactionnaires réfractaires à ce peuple que nous sommes, lui qui se bat pour ne plus être considéré comme bête de somme … est cette loi du profit que certains exercent en cumulant du capital parfois gagné en exploitant les salariés ou bien en engrangeant sans investir, ou encore en fraudant…mais je ne m’étale pas sur ce sujet tandis que pour la plupart de Français privés d’emplois, la vie s’est arrêtée ! (Le terme capitalisme provient du mot latin « caput », qui signifie « la tête », à l’origine la tête de bétail (le cheptel) cela ne vous dit rien ?)…

Les bonnes habitudes ont été prises depuis trop longtemps par ceux-là qui nous font subir les licenciements de masse, les délocalisations, se paient en passant en recevant des aides de l’État sans pour autant embaucher, s’empiffrant des deniers de ce dernier quand nous sommes déconsidérés… Et je ne parle pas des femmes traquées par le harcèlement de certains élus ou autres sexistes fuyant leurs responsabilités auprès des dames qu’ils ont traquées !
Je pense qu’il va falloir se secouer le popotin… et réfléchir grandement à ce que sera notre demain… si nous n’y mettons pas du nôtre afin de faire du Respect qu’il devienne ce qui préoccupe chacun d’entre nous dans sa diversité, son genre, sa couleur, sa religion. Un monde de RESPECT, de courtoisies, de civilités, de galanteries, d’hommages, de politesses… de civisme… voilà bien ce qui nous irait !
Bien à vous.

Samie Louve.

La loi travail, quel boulot !

vrai-changement-ou-reformette-commentaireDiscuter d’un projet de loi, surtout lorsqu’il n’est pas bien connu et susceptible de recevoir des modifications importantes n’est pas chose aisée.

Si vous en doutez, regardez les mesures envisagées pour calmer le conflit entre chauffeurs de taxis, de VTC et de LOTI. Le 15 janvier dernier, le Conseil constitutionnel a pris position après une saisine du Conseil d’État sur une question prioritaire de constitutionnalité estimant qu’un chauffeur de taxi peut exercer en parallèle une activité VTC. Vous ne vous sentez guère concerné  et vous trouvez la question trop complexe ? En revanche, la loi travail concerne un grand nombre de citoyens. Mais ils ne sont pas plus armés juridiquement sur cette question que sur l’autre et il faut bien qu’ils écoutent ceux qui semblent plus compétents pour l’analyser.

A lire le communiqué des unions départementales de la CGT, FO et FSU des Pyrénées atlantiques il y a de quoi blêmir devant ce qui paraît être un retour cent ans en arrière. Un peu comme ces images glaçantes de corps efflanqués parvenues de villages encerclés de Syrie qui ne peuvent qu’évoquer la Shoah. Voici ce communiqué :
L’inventaire non exhaustif est terrifiant :
·     Une entreprise peut, par accord, baisser les salaires et modifier le temps de travail.
·     En cas de refus de modification du contrat de travail, conséquence de tels accords, les salariés seront licenciés pour motif personnel, sans possibilité d’en contester la cause réelle.
·     Élargissement des motifs de licenciement économiques : une baisse de commandes sur plusieurs trimestres devient suffisante.
·     Un accord ou une mesure dégradant les droits des salarié-e-s, peuvent être imposés par référendum 
contre l’avis des syndicats représentant 70% des salariés. Quand la représentation des salariés est 
affaiblie ou détournée, c’est au seul bénéfice du 
patronat et du capital.
·     Pour neutraliser le déclenchement des heures supplémentaires le temps de travail pourrait être calculé sur 3 ans.
·      Par simple accord on peut passer de 10h à 12h de travail maximum par jour.
·      Le temps de repos minimum va descendre sous les 11 heures.
·      Les indemnités prud’homales sont plafonnées à un maximum de 15 mois de salaires pour licenciement illicite. Les juges n’auront plus la possibilité d’apprécier la réalité du préjudice subi.
·      Le temps de travail des apprentis augmentera passant de 8h à 10h par jour et de 35 à 40h par semaine.
·      Les temps d’astreinte peuvent être décomptés des temps de repos.
·      Un accord d’entreprise peut prévoir que les heures supplémentaires soient 5 fois moins majorées, c’est la fin programmée des 35h.

A cette lecture on peut se demander comment peuvent se sentir les membres de la commission Badinter qui ont tracé les grandes lignes d’une réforme du droit du travail.

En sens opposé à l’analyse précédente, un collectif de plus de trente professeurs d’économie, dont le prix Nobel Jean Tirole, estime dans une tribune du journal « Le Monde » que la réforme envisagée est une avancée pour les plus fragiles. Leur argument est fondé sur une observation de l’exemple espagnol qui a connu en 2013, 300.000 embauches supplémentaires en CDI après la promulgation d’une loi similaire en 2012. Selon eux, la loi El Khomri pourrait bénéficier aux jeunes, aux personnes peu qualifiées et aux chômeurs en fluidifiant le marché du travail. Elle pourrait aussi bénéficier à celles et ceux qui se sentent mal dans leur emploi mais ne veulent pas le quitter, de crainte de ne pas en retrouver un autre.

Concilier ces deux points de vue ne sera pas chose aisée et deux semaines pourraient ne pas suffire. Une méthode pourrait consister à sortir de la loi les dispositions les plus controversées, comme les plafonds des indemnités prud’homales. Une concertation entre les instances prud’homales (qui émettent souvent des avis divergents) pourrait amener à des grilles de référence selon les différentes situations qui donneraient plus de visibilité et d’homogénéité. Ce qui allégerait le travail de ces instances et raccourcirait le temps de traitement des dossiers, souvent insupportables pour les deux parties.

Il serait souhaitable que des propositions concrètes sur tous les points du projet de loi soient faites et débattues. Notre site peut s’ouvrir sur des témoignages. AP a déjà publié un article par un observateur averti (La réforme du code du travail : un danger pour l’emploi ?, AP du 29 février) sur un point crucial du texte : l’éventualité d’un maquillage de la situation financière d’une entreprise afin d’entrer dans les critères définissant les limites du licenciement économique. Cette éventualité n’est pas à écarter ; mais le danger serait-il moins grand s’il n’y avait pas de critères et de règles ? Par ailleurs toutes les entreprises n’ont pas la capacité de jouer sur des filiales à l’étranger pour fausser leurs comptes. Bien des chefs d’entreprise ne font pas des licenciements de gaieté de cœur. Et s’il est évidemment antinomique qu’une entreprise qui licencie se mette à embaucher, il n’est pas exclu qu’elle le fasse pour des recrutements d’un autre type ou ultérieurs. Toute la question est de savoir si globalement il y aura plus d’embauches parce que le droit du travail est plus « flexible ».

Il n’est pas douteux que chefs d’entreprise et actionnaires sont extrêmement sensibles au manque de souplesse de la situation de l’emploi en France. On peut les créditer de sincérité dans leur réticence à embaucher. Mais la promesse non tenue de créer 1.000.000 d’emplois avec les pactes de compétitivité et de responsabilité jette une ombre. C’est cette ombre qu’il faut dissiper.

On ne peut plus dire « Pour l’emploi, on a tout essayé ». Il faut sortir du marasme. Mais pas les yeux fermés. Des garanties doivent être apportées afin que les efforts consentis par la nation ( pas seulement les 30 milliards des pactes avec le patronat) soient fructueux. Les comptes publics et les exclus du système méritent de l’attention et ces derniers doivent être entendus.

Paul Itaulog