La cruauté envers les animaux…

image-gv« La cruauté envers les animaux est la violation d’un devoir de l’homme envers lui-même. » Emmanuel Kant.

Pendant la période de Noël on assiste à de nombreuses manifestations où les animaux participent, pas toujours à leur avantage !
– Lascaux 4 vient d’être inaugurée avec ses richesses de représentations animales. Une histoire dont on ignore encore le sens.
– Crèches et bestiaires symboliques sont montées dans les églises.
– Des animaux trouvent des adoptants chaleureux dans les centres de la SPA.
– Des abattages massifs, dans les conditions qu’on connaît, se produisent pour alimenter nos repas festifs, d’autres sacrifient des milliers de volailles pour lutter contre le virus H5N8.
– Des euthanasies, dans les centres de la S.P.A, sont la conséquence d’un surpeuplement,  non gérable, résultant de l’abandon des jadis petits chiots ou chatons «trop mignons» dont on ne veut plus.
– Des chiens (ou des chats) apportent une chaleur réconfortante aux personnes âgées, partagent les jeux des enfants, gardent la maison ; d’autres ont ou vont secourir des imprudents dans des avalanches.

Les relations de l’homme avec les animaux sont donc multiples et souvent ambiguës.

Ce sujet est doublement d’actualité ; d’abord parce que cette période de l’année est propice à la rencontre de l’homme avec l’animal, ensuite parce qu’on assiste de plus en plus à une prise de conscience que les aptitudes, les émotions, le stress, la douleur, le langage, la vie sociale, la sexualité… que l’on croyait caractéristiques du genre humain se retrouvent chez des espèces en apparence éloignées. Notre Code civil a même, sous la pression des recherches et de l’opinion publique, reconnu que les animaux devaient passer désormais de «biens meubles» à celui «d’êtres vivants doués de sensibilité».

Que nous dit l’histoire ?

«Dans la plupart des sociétés pré-modernes étudiées par les ethnographes, on confère aux animaux, comme aux plantes cultivées, les mêmes attributs spirituels qu’à l’être humain. Pour penser les relations entre humains et non-humains, il faut dépasser l’opposition entre nature et culture propre à l’Occident moderne» P. Descola.

Les égyptiens vouaient un culte à des divinités animales; des philosophes grecs comme Aristote et Plutarque attribuaient aux animaux une forme d’intelligence.

Dans l’Antiquité, tout ce qui est « animé » possède une âme. Le latin anima est le «souffle, l’âme », d’où vient le terme animal.

Le monothéisme chrétien a alors révolutionné la pensée animiste et polythéiste.

«Comme l’Islam et bien plus que le Judaïsme, le christianisme considère que l’homme est surnaturel, qu’il n’appartient pas à la nature et qu’il n’a donc rien à voir avec les animaux…, sous l’influence du dogme chrétien le non-humain n’avait point d’âme (et encore il a fallu attendre 1550 pour que l’église reconnaisse une âme aux indiens du Nouveau Monde.) ; ou bien encore, à l’ère du capitalisme triomphant, que le non-vivant était une matière première dont on pouvait tirer, sans vergogne, quelques dixième de points de marge quitte à écrabouiller vivant quelques millions de poussins.» Boris Cyrulnik.

Dès la Renaissance, des grands noms ont osé remettre en cause ce dogme établi :

«C’est par vanité que l’homme se sépare des autres créatures» Montaigne, 1588.
«Le chien l’emporte sur l’homme en amitié» Voltaire, 1764.
«Un individu méchant avec les animaux ne saurait être homme de bien» Schopenhauer, 1840.

La limite est longtemps restée floue : on humanise l’animal dans les fables de La Fontaine, on animalise l’homme dans les portraits de Lebrun ; les procès animaux sont fréquents au Moyen-Âge, ils ont droit à un avocat, on excommunie chenilles ou mulots à la pelle !!

Au XVIII ème siècle, en réaction aux pratiques de la chasse traditionnelle, naissent la reconnaissance de la souffrance et de l’intelligence animale et les premiers mouvements protectionnistes. La dérive anthropomorphiste, parfois ridiculement malsaine, prend des formes extrêmes où l’animal devient «humain».

Beaucoup s’élèvent contre cette dérive ; l’ethnologue Jean-Pierre Digard considère que de promener son chien dans une poussette est une forme de maltraitance qui nie la différence et les besoins de l’animal.

Il y a une différence entre prêter des sentiments aux animaux et leur prêter nos sentiments.

Pour Boris Cyrulnik, dans les années 1960, la grande majorité des scientifiques étaient encore, comme la plupart des intellectuels, et l’essentiel de l’opinion, tributaires de l’idée de «l’animal-machine» sans conscience ni pensée, avancé par Descartes au début du XVII ème ; idée reprise et amplifiée par Nicolas Malebranche.

«Les gémissements des animaux ne sont pas l’expression d’une souffrance mais l’effet d’un dysfonctionnement dans leurs «rouages» !

Pour ce spécialiste d’éthologie humaine, l’évolution de notre conception en faveur de l’animal est le résultat de la déchristianisation progressive de la pensée occidentale :

L’homme a besoin de  se procurer les acides aminés qu’il ne sait pas fabriquer ; chasseur cueilleur puis agriculteur et éleveur, il a élaboré ses protéines à partir de celles contenues chez les animaux et les végétaux. D’une manière générale, nous consommons beaucoup trop de viande ; elle n’est pas indispensable, les œufs et les laitages apportent les acides aminés nécessaires. La conséquence en est que beaucoup souffrent de troubles divers dus à un excès de protéines animales : urée, ac.urique, acidification… De plus, des surfaces de terre considérables sont transformées en zones de pacage ou de cultures pour nourrir le bétail, aux détriments des cultures de plantes vivrières. Chaque kilo de bœuf produit nécessite de 7 à 10 kilos de céréales. Selon la FAO, le bétail provoque 18% des émissions totales de gaz à effet de serre !

Une autre voie est à ouvrir dans nos rapports avec les animaux : réduire drastiquement la consommation carnée, traiter avec dignité et sensibilité les animaux d’élevage que l’on doit sacrifier. L’exécution des animaux pour assurer la nourriture équilibrée de l’homme doit être réalisée à minima, en limitant le plus possible le stress, la peur, l’angoisse, la douleur ; c’est une question aussi de recherche de qualité de la viande.

D’un point de vue purement formel, je dénonce les propos qui visent à considérer que l’abattage est à débattre dans le cadre du «bien-être» animal ! C’est une hypocrisie langagière ; parlerait-on, pour la peine de mort de bien-être humain à respecter ?

«Alors que les festins carnés accompagnaient la vie romaine, la situation était bien différente en Grèce. On y trouvait guère de boucheries ou d’abattoirs pas plus qu’on y pratiquait l’élevage intensif.» Jean-Louis Labarrière.

Pythagore, mathématicien bien connu, aurait inventé le végétarisme.

«De l’assassinat d’un animal à celui d’un homme, il n’y a qu’un pas» Léon Tolstoï

Remarque : Le dernier numéro «Hors Série»de l’Obs délivre 30000 ans d’histoire entre l’homme et l’animal. Une occasion d’offrir, de lire et de réfléchir sur un sujet qui débouche sur l’absurdité de notre politique ambiante.

Quelques titres, entre autres, pour susciter l’intérêt.
Le choc des traditions :
Art préhistorique : au delà du naturalisme. Domestication : une interaction entre deux espèces. Inde : aux origines de la non-violence. Grèce ancienne : philosophie et végétarisme. Christianisme : l’homme maître de la création. Descartes : la genèse de l’animal machine.
La morale et le droit :
Elevage et abattage : mettre fin aux souffrances. Tout être sensible est un sujet moral. Pas de droits animaux mais des devoirs humains…
Le nouveau regard de la science :
Les émotions en neuro-imagerie. Le sexe au delà de la reproduction. Les uns parlent, les autres pas : et alors ! Finirons-nous comme le Dodo ?
Conclusion : ressentir, partager, protéger.

Georges Vallet

crédit photos: bonecu.com