Contribution au débat sur la démocratie.

volonte-du-peupleDernièrement, sur notre site, Bernard Boutin diffusait une réflexion intitulée :
«Démocratie verticale ou démocratie horizontale : Que voulons-nous ?».

Un pays est un ensemble d’êtres vivants au sein d’un environnement non vivant, les deux, toujours en évolution ; c’est un système complexe dont l’avenir peut être orienté sur le court terme, mais reste imprévisible à moyen ou long terme.
La démocratie semble être la gestion la meilleure pour tenir compte du maximum de facteurs entrant en relation et interaction car elle assure la mise en responsabilité possible de tous les constituants appelés «le peuple».

La démocratie est multiple, chaque pays «démocratique» a la sienne!

«Oui, la France est «en démocratie». Nous élisons nos représentants», B.Boutin.
Institutionnellement, c’est vrai, mais, quand on creuse, le doute apparaît.
«La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu’il y ait de distinctions dues à la naissance, la richesse, la compétence… (principe d’égalité).» La Toupie.

En théorie, le définition est belle et séduisante mais en pratique ce n’est pas respecté.

• Pour des pays comprenant des millions de citoyens, la chose devient impossible d’où la substitution de «représentants» (démocratie indirecte).

> Les intermédiaires déforment la volonté initiale.
> L’électeur n’a jamais l’intégralité de ses volontés parmi l’éventail des sollicitants.
> Le représentant est un être humain, pas une machine, il a sa force et ses faiblesses ; il ne peut jamais répondre intégralement et positivement, aux souhaits de tous les supporters car ils n’ont pas tous le même avis, et lui non plus, sur tout : économie, social, culturel, environnemental, défense, santé, enseignement….
> Inclus dans un parti et soumis aux contraintes d’une situation évolutive, le maintien indéfectible des demandes est non seulement impossible (il n’est pas le seul à décider), mais souvent non souhaitable du fait même de l’évolution de la situation.

Pour toutes ces raisons, non exhaustives, tirer à boulets rouges sur nos élus n’est pas forcément très juste !

  • Les sénateurs, les ministres, le pouvoir judiciaire, bien des fonctionnaires ministériels influents, les conseillers, ne sont pas des élus !
  • En admettant que le système soit «démocratique», même partiellement, au niveau de sa gestion étatique, il ne l’est pas au niveau économique, environnemental, social, éducatif…Toute la société «fonctionnelle», publique comme privée, est gérée par la dominance et la hiérarchie.
  • Cette démocratie n’est pas continue mais alternative car «la vengeance démocratique électorale» !!! ne peut se manifester que tous les 5 ans, entre temps, c’est le dirigisme. A propos d’élections, quand on obtient des scores d’abstention dépassant parfois les 50%, la consommation de la démocratie est vraiment un désastre.
  • «Cette démocratie verticale, ne fait pas le pari du citoyen» B.Boutin.

Vrai, mais la vie en société implique des contraintes, la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres ; on ne peut pas à la fois prôner l’unité de la nation et le laisser faire de chacun. La codification de règles donnant des droits et des devoirs s’impose pour le vivre ensemble. La liberté d’entreprendre doit être forcément limitée. Bernard l’admet d’ailleurs: «il nous faut un pays centralisé pour que l’ordre soit la règle et ainsi «éviter la chienlit».

La démocratie verticale a ses inconvénients et ils sont nombreux ; elle a aussi des avantages.

L’un d’entre eux vient d’être cité ; la gestion pyramidale est de plus ancrée dans nos gènes ; la sélection naturelle l’a retenue comme seul moyen pour assurer la survie des sociétés animales chez les oiseaux et les mammifères. La hiérarchie et la dominance, sans recherche de perversité, librement consenties, est un système vertical de gestion privilégié : horde de loups, société des éléphants, des primates…l’ordre du picage chez les poules a été très étudié. Le «cumul des mandats» dans le temps est assuré par celles ou ceux qui, souvent, ont l’expérience de l’âge.
La bonne marche d’un pays, d’une société, d’une entreprise, d’une association….semble nécessiter une structure pyramidale, mais, pour faire la transition avec la suite, en considérant que chaque élément de la pyramide a la même responsabilité et la même importance dans le fonctionnement de l’ensemble, ce qui n’est pas le cas dans notre démocratie : le nouveau directeur général du groupe pharmaceutique Sanofi recevrait un «bonus de bienvenue» de 2M d’euros à sa prise de fonction et 2M d’euros en janvier 2016, 469 fois le SMIC !

«N’est-ce pas plutôt de donner aux citoyens les moyens pour que, compte tenu de leurs capacités individuelles, chacun contribue, dans son domaine de savoir, voire d’excellence, à l’évolution de notre société dans toute sa diversité économique, sociale, scientifique, culturelle, sportive… » nous dit B.Boutin.
L’école républicaine, du haut en bas, y a contribué, en permettant l’ascenseur social.

La démocratie horizontale évoquée par B.Boutin est une forme de démocratie directe qui a vu le jour en Argentine en 2001 et qui a été reprise par d’autres comme les Indignados espagnols.
La démocratie directe est un régime politique dans lequel les citoyens exercent directement le pouvoir, sans l’intermédiaire de représentants. La démocratie athénienne en est l’exemple fondateur. Le courant socialisme libertaire anarchiste en dérive ; le référendum d’initiative populaire en est un instrument, l’autogestion une application dans le domaine économique.
Lorsqu’il est nécessaire de désigner des délégués ou de nommer des magistrats, le tirage au sort constitue le principe primordial qui permet l’égalité des citoyens. Montesquieu affirmait ainsi dans De l’esprit des lois «Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l’aristocratie. Le sort est une façon d’élire qui n’afflige personne ; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie.»
Elle aussi, comporte des avantages, ceux de pouvoir librement (est-on toujours libres !) extérioriser ses compétences, son énergie pour réussir,…., mais c’est aussi, par dérive, l’individualisme pur et dur qui privilégie l’intérêt privé et refuse toute participation à une cause commune. C’est chacun pour soi, que le «meilleur gagne» !
Si la démocratie horizontale peut apporter la gloire de «la créativité citoyenne», elle a aussi sa face cachée. La créativité citoyenne a fait ses preuves, elle a conduit à la pollution, le réchauffement climatique, les désastres arrivés et ceux à venir, la maladie de la vache folle, le «lasagne gate», la tromperie de la société Spanghero, l’affaire Servier, l’affaire Findus viande,…… «Faut-il s’étonner qu’on découvre des résidus de médicaments vétérinaires dans les petits pots destinés aux bébés (Food Chemistry, 15 juin 2012 pages 2171-2180)»!

«Rendons le pouvoir aux Français eux-mêmes»B.Boutin.

Très séduisant, mais à consommer avec modération. Tous les Français sont-ils capables d’assumer cette ambition ? Quand je lis, écoute, vois, les connaissances, le comportement, les raisonnements, les actions de beaucoup, j’en doute vraiment.
Un tel raisonnement serait valable si :

  • Tout le monde il était beau, gentil, raisonnable…
  • Tout le monde souffrait de narapoïa c’est-à-dire de ce délire de croire que tout le monde lui veut du bien !

Ce n’est pas le cas.

Alors, si c’est ni l’un ni l’autre, quoi faire ?
La bipolarité n’est jamais la solution. A l’opposition, substituons la complémentarité, au tiers exclu, le tiers inclus. Prenons ce qu’il y a de bien dans chaque démocratie et refusons ce qu’il y a de négatif.

Pas facile c’est vrai, mais avons-nous le choix ?

Une force irrésistible est entrain de prendre une place énorme dans ce débat. Avec l’arrivée des nouvelles technologies de l’information, une révolution se met en place.
«Sur Facebook, sur Twitter, par e-mail,….., les informations transitent de manière horizontale… d’individu à individu sans passer par un modèle hiérarchique.
Internet n’est dirigé par personne si ce n’est quelques passionnés qui soumettent des idées, peu importe qui ils sont et d’où ils viennent. Si une idée est bonne et qu’elle marche, elle a de grandes chances d’être reprise.» Mediapart.

Je ne peux que revisiter, à ce sujet, Michel Serres : «Petite Poucette» : «Tout le monde veut parler, tout le monde communique avec tout le monde en réseaux innombrables. A la nouvelle démocratie du savoir correspond, pour la politique générale, une démocratie en formation, qui demain s’imposera. Concentrée dans les médias, l’offre politique meurt, elle n’offre plus aucune réponse, elle est fermée pour cause d’inventaire.»

Est-ce cela que nous voulons ?

«La voix notait (périodiquement) son vote sur un bulletin écrit, local et discret ; elle occupe aujourd’hui la totalité de l’espace. La voix vote en permanence.» (sondages) L’avenir de la planète, de l’environnement, etc., tout est bousculé, menacé.«Il n’y a plus de spectateurs mais des acteurs, plus de puissants dans l’arène politique, rien que des décidés. Celui qu’une ancienne publicité dessinait comme un chien n’entend plus la voix de son maître, il n’y a plus de maître.»  M.Serres.
«Le jour où le peuple s’éveillera !», disaient certains ; nous y sommes peut-être.

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-elle envie ou bien pitié
Je n’ai pas le cœur à le dire
On ne voit pas le temps passer.
Jean Ferrat.

– par Georges Vallet

crédit photo: nonfiction.fr

Brouillard sur Pau et son Agglomération : lettre à F Bayrou

BayrouDepuis de nombreuses années un certain nombre de rédacteurs d’Alternatives Paloises puis Pyrénées se battent, entre autres, pour que les citoyens puissent accéder à toutes les informations générées dans nos échelons territoriaux permettant ainsi un vrai fonctionnement démocratique.
C’est ainsi qu’a été élaboré une charte des « Nouvelles Pratiques Municipales » soumise depuis deux mandatures aux candidats aux élections municipales, dont François Bayrou : « Pau municipales 2014 : Francois Bayrou et les non-dits » (AP du 6 mars 2014).

Durant la mandature précédente des avancées avaient été obtenues dans ce domaine : « Les Nouvelles Pratiques Municipales : verre à moitié vide, verre à moitié plein »  (Alternatives Paloises du 5 octobre 2009 Bernard Boutin / Daniel Sango) faisait le point avec A Lavignotte. On y constatait un certain nombre d’avancées. Les choses ont bien changé, et le verre est maintenant plutôt vide.

Dans mon article « Brouillard sur Pau et son agglomération » (AP du 1/12/2014) je dénonçais le recul qui s’est produit puisque un certain nombre d’informations budgétaires qui avaient été mises sur le site de la ville et de l’Agglomération avaient été enlevées…

Il s’agit pourtant d’informations tout à fait indispensables si on veut essayer de comprendre quelle est l’action réelle d’une municipalité (orientations budgétaires, budgets primitifs, comptes administratifs, …etc) Il s’agit d’informations dont la loi garantit l’accès pour le citoyen et que l’on trouve dans de très nombreux sites de villes qui sont donc plus transparentes que Pau et son Agglomération.

Devant ce recul démocratique le Conseil d’Administration de notre association Alternatives Paloises à décidé de demander à François Bayrou de fournir ces informations (et c’est vraiment un minimum) sur les sites de la ville et de la CDAPP. Bien évidement ceci est d’une grande simplicité.

Vous trouverez ci après le courrier envoyé le 11 décembre 2014, sans réponse à ce jour.

Il faut rajouter que par le biais du contact du site de l’Agglomération paloise j’ai fait la même demande, personnelle, le 2 décembre 2014, sans aucune réponse à ce jour.

Monsieur Bayrou, nous vous avons envoyé ce courrier le 11 décembre, nous ne l’oublierons pas.


                                                                                                                         –  par Daniel Sango

 

 

ALTERNATIVES PYRÉNÉES
Association d’intérêt général
13, rue de Tursan
64000 Pau

Pau, le 11 décembre 2014
                                                                                                                                                                                                                                                                       

Monsieur François BAYROU
Maire de Pau,
Président de la CDAPP
Mairie de Pau,
Place Royale  – 64 000 Pau

 

 

Objet : Demande de publication des documents budgétaires

Monsieur le Maire,

Alternatives Pyrénées est, depuis de nombreuses années, impliqué dans un combat pour la transparence.

Vous connaissez nos actions menées lors des deux dernières élections municipales avec la proposition à tous les candidats de notre charte des « Nouvelles Pratiques Municipales » qui visent à promouvoir une réelle transparence. Nos actions avec la précédente municipalité avaient permis quelques avancées significatives.

A ce jour, nous n’avons pas le sentiment que cette démarche soit réellement prise en compte par votre équipe et vous même. Nous voudrions aujourd’hui commencer par un point précis. Il s’agit de la transparence pour une information basique pour le citoyen : la connaissance des budgets et des réalisations. Un certain nombre de documents sont, légalement, à la disposition des citoyens et ne sont pas aujourd’hui disponibles sur les sites Internet de la ville et de l’Agglomération.

Nous souhaitons que, dans un premier temps, on puisse trouver sur ces deux sites (en effet les budgets sont complémentaires et ne peuvent être compris que simultanément) :

Les orientations Budgétaires

Les budgets primitifs et leurs révisions

Les comptes administratifs

Ceci pour l’année en cours et les années précédentes.

Vous conviendrez que sans ces éléments il est impossible de porter un jugement objectif sur une action. Nous ne comprenons pas d’ailleurs pourquoi ces informations qui avaient été mises en ligne par la municipalité précédente n’y sont plus.

Nous sommes persuadés que votre volonté de fonctionnement démocratique exemplaire et de transparence que vous défendez nous permettra d’obtenir satisfaction dans les meilleurs délais.

Vous remerciant de l’intérêt que vous ne manquerez pas de porter à notre sollicitation, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de notre considération distinguée.

Le Conseil d’Administration de l’Association Alternatives Pyrénées
Le président,
Joël BRAUD

NB Ce courrier sera publié sur notre site Internet

 

 

Les conseils de quartier

imgres Au moment où des contacts sont pris en vue de la constitution des conseils de quartier, il n’est pas inutile de se poser un certain nombre de questions. Qui va choisir leurs membres ? Quels seront les critères de sélection ? A quoi vont-ils vraiment servir ? Quels seront les écueils rencontrés en regard de l’expérience passée ? Les élus peuvent-ils être court-circuités par ces structures ?

 La démocratie directe possède cette particularité : c’est une très bonne idée sauf qu’il est pratiquement impossible de la mettre en musique. L’expérience l’a prouvé.  Alors on a inventé un nouveau concept, la démocratie participative. Mais là encore, on peine à savoir où se situe précisément l’organe décisionnel. Ses échecs tiennent au fait qu’il s’agit d’une hypocrisie tendant à laisser croire que le pouvoir décisionnel est partagé. Or il n’en est rien même (et peut-être surtout) chez ceux qui en ont prôné la pratique. Reste la démocratie représentative qui elle n’est pas remise en cause et continue son exercice.

 Les conseils de quartier qui revêtent un caractère obligatoire en fonction de l’importance de la ville peinent à s’inscrire dans notre culture. À Pau, ils ont en train de se mettre en place, au nombre de 26. Les élus reçoivent lors de réunions informelles, les habitants des quartiers pour en exposer les formes et le fonctionnement.

 À la fin de cette première étape, il faudra bien que ces conseils se constituent. Mais qui va désigner les membres ? Seront-ils élus ? Seront-ils comme par le passé désignés par tirage au sort ? Seront-ils enfin choisis par les élus eux-mêmes ? Et si oui, selon quels critères ? Pour qu’elle soit pleinement efficace, la tromperie sur ce système devrait résulter d’un choix des élus qui, même si cela n’est pas officiel, permettrait de désigner des gens à soi, qui épousent plutôt vos convictions et surtout qui sont suffisamment dociles pour ne pas créer de difficultés.

 Ensuite le domaine de compétence de ces organisations devrait par principe être illimité. Pour ne citer que les principaux, ils seraient aptes à aborder des sujets tels que les transports urbains, la voirie, la circulation urbaine, les innovations architecturales, la sécurité, les espaces verts et le projet de quartier. Devraient leur être strictement interdits l’engagement de dépenses.

Cependant l’expérience passée, vécue par certains, a démontré que très vite, lorsque le temps des doléances à caractère personnel est dépassé (le trottoir devant chez soi, le bruit du chien du voisin, le stationnement gênant dans sa rue, l’éclairage qui empêche de dormir ou qui rassure, etc.) on s’aperçoit que l’on se trouve à court d’idées. Alors ces conseils deviennent des endroits où l’information est dispensée en priorité. C’est-à-dire que les décisions déjà prises et entérinées par les élus seront communiquées à leurs membres avant d’être diffusés publiquement. C’est la limite du dispositif, une belle prérogative !

 Il reste certain que les élus prendront toutes leurs précautions pour ne pas être débordés, voire court-circuités par ces conseils de quartier. Leur reconnaître une mission de suggestion, mais leur rendre impossible toute capacité d’orientation restera leur principale préoccupation. Pour être plus clair, tout l’art sera de leur laisser penser qu’ils sont d’une quelconque utilité alors qu’il n’en est rien.

 Une utopie démocratique en quelque sorte ; cause toujours …

 

                                                                                               Pau, le 21 octobre 2014

                                                                                               Par Joël BRAUD

Religion d’Etat et démocratie

14273277La Tunisie vient d’adopter une constitution qui contient manifestement de grands principes démocratiques. C’est une république avec une séparation des pouvoirs, une cour constitutionnelle pour contrôler la constitutionnalité de tous les projets de lois et même celle des lois en vigueur à la demande d’un particulier lors d’un litige, l’affirmation de l’égalité des citoyens, celle  de l’indépendance des magistrats et bien d’autres dispositions semblables à celles des principes contenus dans la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, le Pacte International relatifs aux droits civils et politiques ou la Charte des droits fondamentaux.
Mais cette constitution est  en réalité un compromis entre les défenseurs de ces valeurs et les frères musulmans d’Ennhada qui voulaient un état islamique. Il a donc fallu que ses rédacteurs  acceptent de leur consentir une place primordiale à l’Islam (qu’une grande partie de la population ne souhaitait pas) pour la faire accepter par l’Assemblée Constituante. Et c’est là que tout bascule.

En effet, avant même le préambule, le ton est donné par ces mots : « Au Nom de Dieu Clément et Miséricordieux « … S’ensuit le rappel de l’attachement du peuple aux enseignements de l’Islam, combinés assez curieusement avec les  » hauts principes des droits de l’Homme universels » parmi lesquels la liberté de pensée, de conscience et de religion qui implique le droit de n’avoir aucune croyance et de ne pas être discriminé en raison du refus d’adhérer à une religion. Mais il est aussi affirmé que la Tunisie appartient à la Nation arabe et musulmane. Une telle affirmation n’est pas innocente. Elle signifie que tous les pays arabes et musulmans sont une seule entité face à d’autres communautés internationales dont les liens sont exclusifs de toute religion et, plus grave, que tous les musulmans appartiennent à la même Nation.

Dès l’article 1er la constitution tunisienne  dispose que l’Islam est la religion du pays. Le ton est donné, même si cette constitution garantit la liberté de conscience et de croyance, car la référence à l’Islam se retrouve tout au long de celle-ci.

Ainsi, est-il spécifié, que l’Etat veille à la consolidation de l’identité arabo-musulmane auprès des jeunes générations. Donc endoctrinement, contraire à la liberté de pensée.

Et les preuves que cette constitution contient des dispositions antinomiques sont nombreuses.
En effet, le Président de la République doit être de confession musulmane et prêter un serment religieux commençant par :  » Je jure par Dieu Tout Puissant… ».et il en va de même pour les membres du gouvernement et les représentants du peuple.

Il est indiscutable que les fondamentalistes d’Ennhada ont marqué cette constitution de leur empreinte, car elle leur permettra de revenir au pouvoir en soutenant que les lois qui seront mises en œuvre ne sont pas conformes à l’Islam. Mais,  au fond, de quel Islam s’agit-il ?  Du sunnisme ? Du chiisme ? A quel Islam devront se conformer les lois sur la famille ? Sur l’éducation ? A quoi devront se conformer les créations artistique ou littéraire ? La porte reste grandement ouverte à de futurs soubresauts.

Dans « Jeune Afrique » un journaliste a écrit à ce propos: « L’Arabie Saoudite  n’a pas jugé utile de rédiger une constitution. Le Coran en tient lieu. N’est-elle pas, cependant, l’un des pays où l’on respecte le moins les droits de l’homme et où l’on bafoue allègrement ceux de la femme » ?

La religion d’Etat, quelle qu’elle soit, est incompatible avec la démocratie parce qu’elle opère une discrimination entre les citoyens selon qu’ils adhèrent ou non à cette religion. Dans une décision du 13 février 2013, la Grande Chambre de la Cour européenne des Droits de l’Homme, rappelant que la liberté de religion est l’une des assises d’une société démocratique, en a conclu que cette liberté implique celle de ne pas adhérer à une religion et que la Charia est incompatible avec les principes fondamentaux d’une démocratie. La question mettait en cause la Turquie, mais une condamnation identique a été prononcée contre la Grèce où prédomine l’Eglise catholique orthodoxe.

En résumé, seule la laïcité est compatible avec la démocratie et on a du mal à comprendre pourquoi le Président Hollande a cru bon d’affirmer devant les représentants de la Tunisie, que l’Islam est compatible avec la démocratie. Pouvait-il ignorer qu’une religion  d’Etat est incompatible avec la démocratie où voulait-il faire passer un message aux français ? Imagine-t-on insérer demain  dans notre constitution : « La France est un pays catholique »? Heureusement, non.

– par Pierre ESPOSITO
Docteur en droit
Ancien bâtonnier du barreau de PAU.

« le populo a du bon sens »

2477366Jean Lassalle continue son tour de France. Après avoir parcouru à pied 3.600 kilomètres, il est maintenant à Aurillac. Si quelques uns ont pu sourire au début de son initiative, le député, « représentant du peuple souverain qui aujourd’hui, ne se sent plus souverain de rien », mesure chaque jour plus le désarroi des Français. L’homme mûrit. L’homme entre peu à peu « en résistance dont on sait quand cela démarre, mais pas comment cela se termine… ».
Un entretien, long et passionnant, avec un politique qui prend le temps de l’écoute auprès du peuple comme de ses élites locales.  Qu’en sortira-t-il ? Nul ne le sait. En attendant, le site du député reçoit, jour après jour, toujours plus de « cahiers de l’espoir », version moderne des « cahiers de doléances » des années pré-révolutionnaires. Principaux griefs de nos concitoyens : la « financiarisation » du monde et la dette, l’Europe, la déliquescence de l’Etat et l’éducation.
Jean Lassalle n’est pas pressé d’achever son périple tant l’entreprise d’écoute le passionne. Le jour où il reviendra dans sa vallée, il ne sera assurément plus le même et n’aura probablement de cesse que de repartir…

Alternatives Pyrénées – Dans le Progrès de Lyon, vous dites qu’en Béarn votre démarche est incomprise. N’est-ce-pas parce que les Béarnais n’en voient pas la finalité ?
Jean Lassalle – Ma démarche n’est pas incomprise par tous. Quand Pyrénées Presse a fait son sondage, au début de mon périple, j’ai terminé avec 70% d’intentions favorables. Si je n’ai pas fait de campagne d’explications, c’est qu’à aucun moment, je n’ai  voulu donner le sentiment qu’il s’agissait d’une opération électoraliste. Je suis l’élu des Béarnais et des Basques. Ils m’ont toujours renouvelé leur confiance. Sans elle, jamais je n’aurai pu faire ce que je fais. J’en suis honoré. Si l’initiative avait été prise par un député du Nord, tout le monde aurait considéré que c’était bien. Nul n’est prophète dans son pays.

Les temps sont extrêmement durs en France même si, chez nous, comme vient de le répéter Axel Kahn, « c’est une oasis ». Le contexte national est dangereux à court et moyen terme parce que, hélas, beaucoup de conditions sont réunies pour que des évènements graves se produisent dans notre pays comme cela a pu être le cas dans le passé.

Les gens se rendent compte de la profondeur de mon engagement. Je ne ménagerai pas ma peine lorsque cela sera fini pour leur rendre compte de ce que j’ai fait, pourquoi je l’ai fait et quelle en est la signification profonde.

Comment seul seriez-vous capable de faire bouger les lignes ? N’avez-vous envie de créer un mouvement pour fédérer tous les « réformateurs » potentiels que vous avez croisés ?
Je suis un député de la Nation. Une notion que je fais réapparaître et qu’aucune des constitutions des cinq Républiques n’a changé d’un iota. Le député est le représentant de la Nation et c’est pour cela, entre autres, qu’il bénéficie de l’immunité parlementaire. A tout moment, si nous le souhaitons, nous pouvons aller visiter une prison, un commissariat au nom des citoyens. Une chose que ne peut pas faire le simple citoyen.

Cela permet au député de rentrer directement en contact avec l’ensemble de ses concitoyens. Une phrase résume tout : « Le peuple souverain, dans sa diversité, élit ses représentants députés au suffrage universel. Lorsque les députés se réunissent, ils fondent l’Assemblée Nationale » . Les axes majeurs de l’Assemblée nationale sont l’élaboration et le vote de la loi, l’élaboration du budget, le contrôle du gouvernement.

Vous parlez de la désaffection des Français pour la politique et la technostructure. Quelles mesures simples pourraient commencer à effacer cette désaffection ?
La France est « soulée » de partis, de groupes de réflexions, de ceci et de cela. La France a besoin de retrouver son calme et ses citoyens forment un peuple capable du pire mais aussi du meilleur. La Révolution français est la seule qui se soit faite au monde mais elle parle au monde entier. Ce n’est pas la peine d’en faire une seconde. La France est un des rares pays que l’on qualifie d’universaliste. Le pays parle toujours au monde.

Si moi, après avoir fait 3600 kilomètres, j’avais déjà compris ce qu’il manque en France, ce qui n’est pas bon pour la France, je serais alors « super Einstein ». Il faut, en fait, que je poursuive mon action pour bien prendre la mesure de ce que ressent profondément ce peuple qui a fondé les droits de l’homme, qui a osé, le premier, écrire qu’il était « le peuple souverain » et qui, aujourd’hui, ne se sent souverain de rien.

J’ai besoin d’écouter et de faire remonter par lui même, par l’intermédiaire des « cahiers de l’espoir » inspirés des « cahiers de doléances », ses propres griefs. Les « cahiers de l’espoir » sont une démarche que j’ai entreprise sur mon site internet où je propose à tous les Français de dire leur sentiment. Celui qui domine actuellement, et c’est très grave, c’est un sentiment de résignation. Dans une très grande majorité, les Français ne croient plus en rien et surtout plus en les politiques qu’ils détestent. Ils n’ont plus confiance en eux. Ils ne croient plus dans l’ensemble des élites.

Les Français sont en manque d’identité. Une Alsacienne me disait : « J’ai 70 ans. J’ai vu cette maison changer 5 fois de nationalité. Aujourd’hui à 70 ans, alors que j’ai enseigné passionnément mon pays, je ne sais plus si je suis Alsacienne, Française, Européenne ou Mondiale… ». « Pour en arriver à quoi ? Pourquoi tant de sacrifices, tant de sang, tant de malheur ? » Je trouve qu’elle résumait très bien la situation.

N’est-ce pas au gouvernement de faire bouger la France…
Les gouvernements se succèdent pour le résultat que l’on sait. Ils sont aussi rapidement désavoués les uns que les autres. Pour preuve, les indices de popularité des présidents et premiers ministres. Effrayant !
Les décideurs n’ont plus de marge de manœuvre. La financiarisation a confisqué l’argent des Etats. D’immenses empires financiers ne font plus que de la spéculation et mettent à mal les pays les uns après les autres et en particulier le nôtre. Quant au peuple, il est tellement bloqué en lui-même, brisé dans son lien social jusqu’à l’intime et sa famille…

Votre constat est très négatif…
Ce constat, ce n’est pas le mien mais celui de 9 Français sur 10. Tous les jours, je suis accompagné par 3 ou 4 accompagnateurs et des journalistes. Ils sont abasourdis par ce qu’ils entendent.

Si c’était moi qui le disais, on ne me croirait pas et ce n’est pas uniquement le « Français moyen » qui dit cela. Si vous saviez le nombre de juges, de procureurs de la République, de préfets même, de généraux de gendarmerie qui me rencontrent incognito pour me dire : » on ne sait pas ce que donnera votre initiative. En tout cas, elle est salutaire parce que notre pays est en grand danger ». 9 français sur 10 que je croise sont très inquiets.

L’originalité de ma démarche, c’est d’aller à la rencontre des Français d’une manière très simple : en marchant. Autre démarche aussi simple : celle d’écouter. J’écoute des heures et des heures. Les Français ont un énorme besoin de dire leur désarroi.

Lorsque, en tant que député, je suis normalement aux affaires sur mon immense territoire, je suis tenu par la montre, je suis tenu par d’autres rendez-vous, et je ne peux pas passer des heures à écouter des citoyens. Pendant la marche, si on ne peut pas finir notre échange, la personne revient me voir le lendemain ou vient à mon hôtel ou encore vient même marcher avec moi…

Je trouve très peu de gens qui ne sont pas d’accord avec moi. L’un d’entre eux, après m’avoir signifié son désaccord, a fini par me rejoindre pour marcher 3 jours avec moi.

Une fois nos entretiens terminés, je leur dis qu’il faut se prendre en main, qu’on ne peut pas laisser les événements nous emporter. Je les appelle à compléter leur « cahier de l’espoir ». Ils y disent leur sentiment de peur, de résignation, de très grande déception mais aussi de grande colère qui les animent comme celui qui, à 45 ans, vient de perdre son emploi ou celui qui, à 28 ans, avec son Bac +6, est obligé de partir au Canada. Je leur demande aussi de donner dans leur « cahier de l’espoir », quelques pistes de réflexion et de mentionner les dossiers qu’il faudrait remettre sur la table.

Vous-même, vous ne voyez pas des pistes urgentes à apporter dès maintenant à nos décideurs ?
Si je rentre dans ce jeu-là, je vais apparaître comme le 3250ème à faire des propositions pour la France, comme quelqu’un qui veut créer son propre parti et me retrouver pris à nouveau dans une mêlée qui ne mène à rien.

Il faut que je reste dans cette dynamique où le peuple continue à faire ses propositions. Néanmoins, je sais les points les plus importants qui reviennent partout et qui chagrinent les Français. Le monde a changé au cours de ces 25 dernières années, le mur de Berlin est tombé. On a cru que notre système était le meilleur, il est devenu fou furieux.

Les Français disent en premier lieu: « nous aimerions savoir ce qu’il en est de la dette ». « Comment, alors que nous n’avons rien fait de spécial au cours de ces 10 dernières années, pouvons-nous nous retrouver aussi endettés ? Et avec des intérêts d’emprunt pas très chers au départ qui ensuite deviennent exorbitants ? ».

Ils veulent comprendre car, au nom de la dette, on leur demande des sacrifices qui font que nous ne pouvons plus rien mettre en place. Les petits chefs d’entreprise, les patrons de PME me disent : « Je voudrais faire quelque chose. Mais, je suis incapable de trouver un bout d’emprunt, de ramasser trois sous car on me retire tout ». La mère de famille dit la même chose : « J’ai du mal à boucler la fin du mois parce qu’on me prélève sans arrêt pour cette dette. Qu’en est-il exactement de cette dette ? N’a-t-on pas le droit de savoir la vérité ? »

Deuxièmement, et c’est ma plus grande surprise, je ne l’avais pas senti, contrairement au reste. L’Europe est très gravement remise en cause. Je suis étonné, estomaqué. Je suis passé par Lille, tout le Nord où j’ai fait tant de mariages, de meeting politiques dans ces terres profondément européennes. J’ai passé toutes ces zones frontalières qui ont eu tant à souffrir de la guerre. Partout, le sentiment de méfiance vis-à-vis de l’Europe est devenu « radical ». Une fois sur deux, le rejet de l’Europe est même violent.

Je leur dis : « Ce n’est pas possible que vous teniez des propos pareils, vous avez un cimetière militaire tous les 300 mètres, vous ne pouvez pas dire cela ». Ils répondent : « Mais enfin, M. le Député, que nous apporte l’Europe aujourd’hui ? Nous sommes dans les plombs, les uns après les autres, parce que nous ne sommes pas à égalité avec les charges que nous payons. Nous subissons des concurrences extrêmement déloyales, organisées par nos propres frères des autres pays européens ».

Personne ne semble être maître du jeu. On a l’impression que cela avance au petit bonheur la chance. Les Français vont mettre fermement ce sujet sur la table à l’occasion des européennes en mai 2014. Nous allons voir à quel point ils vont voter extrême pour ces élections. Ils le disent : « on ne va pas faire de mal directement à la France et on va poser le problème pour savoir une fois pour toutes où nous en sommes… »

Troisièmement, les Français sont très désappointés qu’on ait détruit leur Etat. La France a besoin d’un Etat rationnel, or il a été « dézingué » pour diverses raisons. Tantôt pour mettre la poste directement en compétition avec la poste allemande. Comme si cela à un sens… Tantôt pour mettre les télécoms français en compétition avec les télécoms allemands etc.

On a enlevé un peu partout des fonctionnaires qui étaient des fonctionnaires utiles et qui faisaient dire que l’Etat aux yeux des Français était le symbole de l’égalité des chances pour tous les territoires. Aujourd’hui, on a laissé des croupions d’administration partout. Des croupions qui sont devenus pratiquement autonomes, car trop peu nombreux, et presque revanchards. Une espèce de technocratie qui ne fait pas la part des choses.

Ensuite, ils sont trop nombreux là où il ne faudrait pas. Par exemple à Bercy ou au « commissariat au plan » alors que nous n’avons même plus de plan depuis 20 ans. Nous y avons des fonctionnaires de très haut niveau qui préparent la politique de la France en la peignant tantôt en bleu, tantôt en rose.

Les Français voudraient retrouver un Etat moderne, plus léger mais plus efficace qui puisse remettre de l’égalité sur tous le territoires parce qu’il n’y en a plus aucune. Le Français ne sait plus du tout qui s’occupe de quoi et dans quelles conditions ? Comment les lois votées sont mises en application ? Qui s’en occupe ? Qui contrôle ? Rien n’est prévu.

Les Français pensent aussi qu’on a beaucoup trop alourdi ces régions pléthoriques où vous avez 2.000, 3.000, 4.000 voire 5.000 fonctionnaires. Mais pour quoi faire ? Où sont les résultats si probants pour que l’on ait à payer de telles additions ? Partout les Français disent cela.

Maintenant, cela va être la mode des immenses communautés de communes, communautés d’agglomérations et les métropoles. Les Français réagissent alors : « On nous dit que le cumul des mandats est fini, mais les 3 ou 4 hommes ou femmes dominants de chaque département vont présider une des 3 ou 4 grandes communautés de communes du département… ». Dans les Pyrénées-Atlantiques, il y a environ 600 communes. Chacun aura pratiquement 200 communes à soi. Mais ce seront, dans les faits, les directeurs choisis qui auront les réelles responsabilités. On va à nouveau recréer des administrations pléthoriques mais qui régleront quoi ?

L’histoire de la France n’est pas dans ces administrations là. Elle est dans la subsidiarité : démarrer au plus bas. Là est la démocratie. Au contraire, on va laisser tomber 25.000 communes de moins de 1.000 habitants. En 2014, elles vont voter pour la dernière fois car, en 2020, elle n’auront même plus besoin de voter puisque les habitants se seront rendus compte que cela ne sert à rien. Entre temps, la communauté de communes aura tout pris, toute la DGE et toute la DGS. Ce n’est pas cela qu’aime la France. Ce qu’aime la France, c’est sa complicité historique entre l’homme et son territoire.

Il faut retrouver ce mouvement qui était très bénéfique pour la France entre, d’une part un Etat, organisé et moderne, et d’autre part les Provinces de France. C’est cela qui a fait l’originalité de la Nation : ce sont ses Provinces. Là où cela se passe encore mieux, c’est dans les territoires où l’identité est restée la plus forte. En Alsace, j’ai trouvé une forte identité tout comme en Bourgogne, composante historique de la France. Dans ces régions, on y retrouve un sens commun, tout comme en Béarn et au Pays Basque.

Le quatrième point soulevé par les Français est que l’on ait un véritable projet d’instruction publique pour la France. Après Sedan, où nous venions d’être fracassés, il s’est trouvé des hommes pour dire : « on va instruire, apprendre à lire et à compter à ce peuple ». On a eu, ce jour là, un des plus beau projet qui ait jamais été réalisé en France. S’il n’y avait pas eu la République pour m’apprendre à lire et à compter, je ne serais jamais devenu ce que je suis devenu. Les Français sont très attachés aux valeurs républicaines et à celles de l’instruction. Ces 4 exemples, je les entends tous les jours.

C’est une entreprise énorme que vous abordez. Qui pour la conduire ?
Ce n’est pas si énorme que cela. La France a déjà montré qu’elle était capable de se refaire en 10 ou 12 ans. Regardez, pendant la dernière guerre, l’Etat avait collaboré avec l’ennemi tant qu’il avait pu et plus rien ne fonctionnait. 15 ans plus tard, les « 30 glorieuses » démarraient.

Notre pays a tout ce qu’il faut. Les Anglais nous attribuent le « French flair ». La France peut être en mauvaise position, menée face à l’Uruguay au dernier match qualificatif, alors qu’on a perdu les deux premiers matches, et par 3 pirouettes elle va les battre pour finir championne du monde.

Aujourd’hui, la France et son peuple souffrent d’un manque de considération. Les Français sentent très bien que nous sommes dans un monde mondialisé. Ils ne sont pas idiots mais personne ne leur a expliqué pourquoi ? Personne ne leur a expliqué ce que devenait ces flux financiers ? Personne ne leur a dit quelle Europe on avait choisie? D’ailleurs, on en a choisi aucune puisque entre l’Europe des Nations de de Gaulle ou l’Europe fédérale d’Etats fondateurs, on a toujours pas choisi. On a laissé glisser la misère. On a laissé filer les très grands cerveaux qui sont devenus des technocrates.

Les Français disent aussi : « Mais si nous, nous trouvons une réponse, cela permettra aussi de trouver des solutions au monde. Un monde aujourd’hui sans le moindre élément de régulation, en dehors de deux connus et au cœur de pierre : le Front Monétaire International, dont chacun connait la profondeur de sentiment et l’Organisation Mondiale du Commerce. » En quoi les citoyens français sont-ils instruits des décisions prises dans ces lieux mystérieux et dont les chefs d’Etats ne paraissent même pas en avoir fait le tour ?

Le Français n’est pas bête. De Gaulle disait « le populo a du bon sens ». Il suffit de les écouter et pour cela, il faut du temps.

– propos recueillis par Bernard Boutin

Les cahiers de l’Espoir : http://www.ledeputequimarche.fr/blog/cahiers-de-lespoir/

crédit photo : l’Express

Délit de légèreté

ssimon-portraitJe crains de vous avoir choqué(e) par ma précédente chronique. Au lieu d’évoquer un livre sulfureux, j’aurais pu comparer la grisaille de notre vie publique à la couleur du ciel.

Mais cela n’aurait pas été très original. Qui ne parle de ces deux sujets en ces temps de récession et de trombes ? J’aurais pu aussi noircir le tableau. Rien de plus facile. Mon modèle se serait fait un plaisir de croquer les protagonistes des différents scandales (je vous laisse deviner son nom, mais je vous donnerai quelques indications). Il aurait eu l’embarras du choix ! Tous plus effrontés les uns que les autres. Tous clamant leur innocence jusqu’à l’évidence du contraire. Il est réconfortant que M. Cahuzac n’ait pas reçu l’accueil qu’il espérait de ses électeurs, ce qui l’a conduit à remiser ses ambitions. Mais un autre ancien ministre du budget continue à parader à la télévision, alors que sa femme (qu’il avait fait engager) travaillait pour ce qu’on appelle pudiquement «  l’optimisation fiscale » de contribuables. Lui-même, comme M. Sarkozy, traîne plusieurs casseroles et rencontrait Mme Bettencourt sans doute pour parler de la propreté des caniveaux de Neuilly-sur-Seine…

Prend-on les Français pour des sots ou des inconséquents ? Sont-ils à ce point bornés qu’ils ne puissent comprendre la différence entre un enrichissement délictueux et une opération visant à fausser la démocratie ? Peuvent-ils avoir oublié la morgue de M. Khadafi plantant sa tente sur les pelouses de l’Hôtel Marigny, comme un créancier se comporterait chez un débiteur qu’il veut humilier? Le cas du trésorier de campagne de M. Hollande est peut-être différent ; mais il serait bon que la lumière soit faite. Et que l’on n’assiste pas à de petits arrangements entre amis, comme un précédent pour des emplois fictifs à la mairie de Paris l’a montré et comme de récents avis du parquet le fait craindre. N’oublions pas que la justice de ce pays n’est pas totalement indépendante : le parquet dépend directement du pouvoir exécutif. Et lorsque cette justice est une justice privée qui offre sur un plateau la coquette somme de 400 millions d’euros à un Tapie qui se plaint d’avoir fait une mauvaise affaire, lui le dépeceur d’entreprises, le champion de la prise de risques, n’y a-t-il pas de quoi faire enrager le contribuable  (qui a déjà bien donné pour le sauvetage du Crédit Lyonnais)? Et ne parlons pas du scandale de Dexia, qui impacte tant de collectivités locales et le budget de l’Etat de manière vertigineuse.

Quant à la société civile, elle est bien peu civilisée, en particulier du côté des fauteurs de troubles présents dans les manifestations et du côté des footeux fouteurs de désordres et de violences. Ils ne peuvent évoquer que les horribles jeux du cirque des romains du temps de Néron, de Commode ou de Domitien. Pas eux, bien sûr. Ce n’est pas Commode (qui ne l’était pas) qui incommode leur cavité crânienne.

Je ne comptais pas sur eux pour évoquer l’empereur Nerva. Mais j’espérais que quelque lecteur aurait eu l’idée de comparer le choix de ce sénateur lors de l’élimination de Domitien le tyran au choix des Français pour leur président. Nerva était fort âgé pour l’époque (à peu près l’âge de M. Hollande) et paraissait bien démuni de toute autorité. Mais sa simplicité, sa ténacité, son sens de la justice  et son intérêt pour le sort des humbles lui conférèrent l’estime du peuple et du sénat. Sa réforme économique, celle des Alimenta (une sorte de Banque publique d’investissement visant à stimuler l’économie et à fournir une subsistance pour les indigents) fut d’ailleurs poursuivie et renforcée par son successeur Trajan.

Vous le voyez, j’essaie de me racheter pour ce qui est de ma légèreté. Pas aux yeux d’Oscar, bien sûr, qui verra dans le paragraphe précédent la marque de mon inféodation au socialisme. Je lui décerne la palme de l’imagination. Certes, j’avais émis l’idée que l’Europe se soucie concrètement et collectivement de son industrie (comme elle l’avait fait pour EADS) et de sa politique énergétique ? Des frémissements récents (i.e. depuis ma dernière chronique) permettent d’espérer qu’à l’avenir il pourrait en être ainsi, au moins pour l’énergie et l’industrie des panneaux solaires. Et par ailleurs, les fondateurs de l’Europe, il y a 60 ans, ne pensaient-ils pas en priorité au charbon et à l’acier ? Etaient-ce de dangereux gauchistes qui ne comprennent rien à rien, comme les gens de Bruxelles et l’auteur de ces lignes ?

Oui, j’ai commis le péché d’ironiser sur Frigide Barjeot en la comparant à Hypathie d’Alexandrie. C’est qu’il était tentant de rapprocher sa distinction [sic] et la bien-pensance des familles traditionnelles défilant sous sa bannière (il est vrai qu’elles n’avaient sans doute pas visionné son clip-vidéo « Fais-moi l’amour avec deux doigts » qui pourrait être pris par les lesbiennes comme un hymne à l’amour saphique). Mais depuis qu’elle a été menacée, j’ai envie de rappeler à chacun une version approximative des propos de Voltaire (même si j’aggrave mon cas) :
« Je ne partage pas vos opinions. Mais je me battrais jusqu’à mon dernier souffle pour que vous ayez la liberté de les exprimer ».

– par Paul Itologue

PS pour ceux qui voudraient s’amuser à deviner le personnage choisi comme figure tutélaire. Leur dire qu’il était tellement admiré de mon beau-père qu’il ensoleillait les repas de famille par les anecdotes issues de ses écrits (volumineux) ne les aidera pas beaucoup. Une autre indication : Mme Du Deffand disait de lui « Quoique son style soit abominable, les portraits mal faits, l’auteur n’étant pas un homme d’esprit…[la lecture de ses écrits vous procurerait] des plaisirs indicibles ». Balzac, Stendhal et Proust ont opté pour la fin de cette phrase ; je garde pour moi la première partie mais j’espère vous titiller un peu. Dernière indication : ne le confondez pas avec un membre éloigné de sa famille, effectivement considéré comme un socialiste et un utopiste.

PPS Cet article a été écrit avant l’odieuse agression de Clément Méric qui ne peut que renforcer une vision sombre de notre pays.

Notre démocratie est en « alerte rouge »

GV 23«De partout et dans toutes les directions, ça canonne tous azimuts. Plus de retenue, plus de respect. Un seul but : démolir.» (Courrier des lecteurs de Sud Ouest).

Alors que la situation n’a rarement été aussi grave pour beaucoup de Français, et pour la France en général, que l’urgence serait de se rassembler, de se serrer les coudes, de partager, partout, dans la presse, les médias, les réseaux sociaux, le monde politique, on ne fait que critiquer, abaisser, ridiculiser, soupçonner; ce ne sont que paroles arrogantes, méprisantes, querelles intestines et actes destinés à désolidariser, à diviser, à affronter, avec l’espoir, non pas de réussir la grande métamorphose, mais de mettre la pagaille et, pour certains, de prendre le pouvoir.

Il y a vraiment «non assistance à démocratie en danger»!
Pendant ce temps, notre «François» béarnais distribue les bons et les mauvais points! Le chaud et le froid, c’est aux resto du cœur, dans les foyers d’accueil et les pôles emplois, qu’il faut prendre la température!
En mettant bout à bout la rémanence des paradis fiscaux, la pratique du shadow banking (banque occulte), la fraude fiscale, la manipulation des cours via la spéculation haute fréquence, le boursicotage sur les produits alimentaires et mille autres «optimisations fiscales», on mesure l’intensité de la folie ambiante. Pour rajouter du malsain au malsain, on favorise l’éclatement de la société en remplaçant la fraude fiscale par le délire meurtrier contre les riches: ceux qui ont plus que soi, ou en stigmatisant des convictions complètement dépassées.
«De semaine en semaine, l’atmosphère devient de plus en plus irrespirable. Avec la régularité d’un ressac, l’actualité ramène de nouvelles occasions d’injures, de soupçons, de dénonciations moralisatrices et de détestations rivales.»J-C Guillebaud

La complainte de la dette est le leitmotiv répété par les politiques ou les «savants» commentateurs: Depuis trente ans, les peuples d’Europe ont vécu à crédit. Ceux du sud ont été les cigales de la fable. «Ils doivent emprunter toujours plus à ces fonds de pension, ces gentils garçons des salles de marché qui ne font que défendre les intérêts de leurs épargnants de Milwaukee ou de Salt Lake City.»J-C Guillebeau.
Pour les satisfaire, pour les rembourser, pas d’autres solutions: faire «les réformes de structure», la flexibilisation et les privatisations, c’est-à-dire dé-tricoter le droit social!
«Cette récitation moralisatrice est un scandale car elle ment gravement par omission. Elle se garde bien d’évoquer le pillage planétaire de nos sociétés par les corsaires en col blanc ci-dessus évoqués, un pillage plus coûteux que la prétendue prodigalité des peuples.»J-C Guillebeau.
«Le sang du pauvre sert à calmer, au jour le jour, les fringales de l’ogre.» (L. Bloy)
Le réel, celui des peuples, des salariés, des citoyens ordinaires, se voit ainsi rançonné par cette chose proliférante et fantasmatique, sans rapport avec le réel, qu’on appelle les marchés financiers.
Fantasmatique? «Un exemple: chaque jour, les diverses transactions sur le pétrole portent sur 4 milliards de barils. Or la production mondiale quotidienne, elle, ne dépasse pas 90 millions de barils. Les spéculations sur le pétrole représentent donc 44 fois la quantité effectivement produite! En moyenne, chaque baril est acheté et vendu 44 fois! Des fortunes se gagnent ainsi en changeant de place, virtuellement, des milliards de dollars.» J-C Guillebeau
Si ce n’était pas dramatique, il serait risible de penser que pour limiter la hausse des carburants on a demandé, comme le rappelle un texte paru dans «La République des Pyrénées», aux pompistes, de réduire leur marge!!
«Nos démocraties héritées de Montesquieu, sont ainsi arraisonnées par une «machinerie» dont le quotient intellectuel, en terme de civilisation, est proche de celui d’un bigorneau!» Jean-Claude Guillebeau.

Le chômage submerge le paysage. C’est le ressassement des ritournelles et slogans qui bourdonnent comme des mouches dans l’air du temps, prétendant tout ramener à un facteur unique ou à «un coupable».
D’abord la «flexibilité»(du marché du travail) qu’il faudrait renforcer pour améliorer l’emploi. Or, c’est un leurre, dans certains pays plus «flexibles» que nous, et souvent montrés en exemple: Pays-Bas, Royaume-Uni, Danemark, le taux d’emploi des 25-59 ans s’est nettement dégradé.
Quant à la question du coup du travail et des effets miracles attendus du pacte de stabilité, des économistes, parmi les moins «gauchistes», affirment qu’une simple dévaluation de deux points de l’euro aurait des effets aussi bénéfiques, mais sans souffrance sociale supplémentaire. C’est ce que répète, par exemple, Jean-Luc Gréau, ancien économiste du…. Medef.

Au final, ce ne sont que des petites recettes plus ou moins testées que l’on oppose à la tragédie du chômage; il faut aborder enfin, sans tricher et sans pugilats politiciens, les grandes orientations macroéconomiques qui tirent l’Europe vers le fond. Pensons à l’austérité mortifère qui achève les malades en voulant les guérir trop vite; pensons au libre-échange dogmatisé qui démolit les économies nationales; songeons à la pression des lobbies bancaires qui, eux, se soucient du chômage comme de leurs dernières chaussettes, pensons à cette énergie fossile que nous importons de plus en plus et qui creuse notre dette. Si on considère que le néolibéralisme est incontournable et qu’il nous veut du bien, alors, acceptons un nouveau «sacrifice des innocents»!

L’Europe? Grand dessein collectif, espoir pour les anciens, sujet dynamisant pour la jeunesse.

  • Plus jamais de guerre en Europe! La guerre économique fait rage. La compétition affaiblit; il faut faire du plus en additionnant du moins!
  • L’Europe devait permettre de défendre notre propre interprétation de l’économie de marché: redistributrice, sociale, démocrate, protectrice. Hélas, la construction européenne devint le cheval de Troie du néolibéralisme anglo-saxon, étranger à la culture historique de notre continent.

La désynchronisation entre «les horloges» de la vie biologique, de l’économie, de la politique et de la finance, de l’informatique, de la vie sociale, fait que la hiérarchie des valeurs s’affole et nous échappe de plus en plus; la subjectivité immédiate prend le pas sur l’objectivité des nécessités à aborder par priorité, pour le futur, même proche! L’économie veut s’ériger en science exacte, à l’instar des mathématiques dont elle s’est abusivement parée. D’où l’abondance des équations intimidantes sur les taux de croissance, les moyennes, les modélisations, les anticipations rationnelles, le formalisme, etc. Ces chimères aident à envelopper l’idéologie néolibérale d’une fausse respectabilité scientifique. Le prochain taux de croissance serait de + 0,5 ou de – 0,5, alors même que la marge d’erreur statistique est bien supérieure à ces différences! Le gouvernement ne se projeterait pas dans l’avenir, mais qui peut affirmer connaître l’avenir, même proche? Bien sûr que des économies sont largement souhaitables, comme la réduction des niveaux de notre organisation territoriale; une balance est à faire entre coûts et économies, avantages et inconvénients, à service public égal.
Le déferlement du numérique amplifie la pagaille :Twitter, Face Book, etc., bouleversent notre rapport au monde, aux autres, à nous-mêmes; «nous risquons, à tout moment, d’entrer dans une guerre de tous contre tous.» Dans les tweets, les soupçons vénéneux, les désignations vindicatives finissent par primer sur tout le reste.
«Finirons-nous par entrer dans une séquence préfaciste ou préinsurrectionnelle? Hier chuchotée, la question est maintenant posée à voix haute. C’est un signe. Chacun flaire dans l’air du temps quelque chose d’empoisonné. La technologie accélère ainsi la montée aux extrêmes. Qui donc en appellera au calme? Celui-ci, s’il est entendu, sera notre héros.» J-Guillebaud

– par  Georges Vallet

crédit photos: lesmoutonsenrages.fr