Participation au débat sur «Comment la France a tué ses villes ?

cid_b20c56fc-918c-4802-82a9-52268bcbbd16homeDernièrement, M. J.Braud nous signalait la parution prochaine d’un livre écrit par Olivier Razemon et intitulé : «Comment la France a tué ses villes».

Cette évocation me suggère quelques remarques.

Le constat et les propositions, évoqués dans le texte de présentation du livre, me semblent tout à fait pertinents. Le livre sera intéressant à consulter mais le sujet a été de nombreuses fois débattu soit dans la presse, dans les livres d’auteurs et sur les réseaux sociaux. La politique s’en mêle, et c’est normal, mais elle y réussit avec plus ou moins de succès ; cela dépend de beaucoup de paramètres : le choix et la volonté politique, mais aussi l’histoire et les particularités régionales.

Je me permettrai toute fois de compléter en étendant le problème à de très nombreux villages ; l’État, par sa politique, de droite comme de gauche, a favorisé le désertification rurale ; la France profonde se vide encore plus que le centre des villes ou même souvent est déjà vidée des commerces de proximité, des écoles, des lieux de santé, des gendarmeries,…; les maisons se dégradent sans possibilité pour les propriétaires de faire des réparations ; celles qui sont vides n’ont pas de locataires, on comprend pourquoi ; elles sont sans valeur; comme les feuilles mortes, elles se ramassent à la pelle ( du démolisseur !) ! C’est la désertification à laquelle doivent faire face les quelques irrésistibles gaulois et gauloises, pas tous celtiques et d’origine germanique d’ailleurs ; âgés, ils n’ont pas les moyens de se loger dans la villes ; il reste, pour combien de temps encore, des agriculteurs ou éleveurs, en voie, eux aussi, de disparition.

La situation est autrement plus dramatique, humainement parlant, que pour les villes moyennes évoquées ; peu de gens de la ville s’en émeuvent !

Les magasins  Intermarché, après des calculs savants, se sont implantés dans des endroits permettant le regroupement d’acheteurs périphériques potentiels ayant des voitures ; ce sont eux qui, depuis longtemps, ont contribué, comme en ville, à vider la partie viscérale du village, à multiplier et allonger les déplacements en voitures, causes d’accidents sur des routes devenues inadaptées et dangereuses. Il reste, suivant la volonté et le dynamisme des maires, la création d’activités ludiques, théâtrales, sportives, associatives…pour entretenir épisodiquement un peu de vie.

Je reste persuadé que, comme ailleurs, on raisonne encore une fois linéairement et non globalement.
La ville est assimilable a un écosystème vivant où sont juxtaposées des structures physiques, biologiques, organiques (déchets), ayant des interrelations et interactions de plus en plus nombreuses du fait de l’étalement dans l’espace lié, entre autres, à l’évolution individualiste du modèle social, la décentralisation et la précarisation du travail, la démographie ; bien des habitants recensés ne font que passer pour aller au travail ou en revenir. Pau est concerné.
Plus la ville est grande, plus le système est complexe et plus on doit utiliser des logiciels capables de gérer le plus grand nombre de ces facteurs dynamisants.

La ville ne doit pas être réduite à un ensemble où seulement le commerce doit être florissant et où on circule sans problème !

Une ville est un système complexe de nature : environnementale, culturelle, éducative, sportive, économique, sociale, etc. Plus il y a de facteurs actifs plus l’équilibre est fragile ; l’évolution ultrarapide, ce que Cyria Emelianoff appelle «l’impatience économique», le développement du jetable, bouleverse les relations et génère le déséquilibre ; ce «provisoire»gagne à la fois la vie individuelle, les commerces, les habitats, le travail, l’architecture,… Les exemples, à Pau sont nombreux : grandes surfaces, magasins périphériques, zones artisanales ou industrielles vouées à une vie limitée, les médiathèques, constructions très légères de certaines banques, etc.

Le déficit d’avenir s’inscrit dans l’urbanisme moderne !

De plus, la concurrence politique, au sens péjoratif du terme, fait en sorte que ce que fait une équipe est critiqué systématiquement par l’autre ; elle s’empresse de le défaire quand elle arrive à la direction des affaires, bloquant toute continuité.

Vouloir, par un bricolage local, re-dynamiser le commerce des centres-villes et des villages, sans rien changer au reste, est complètement illusoire ; parkings gratuits, parkings payants, voitures, pas de voitures… cela ne changera pas grand chose ; c’est le fond qu’il faudrait reconsidérer ; ces grandes surfaces commerciales décentralisées ont déséquilibré le système fragile de l’équilibre urbain ; tant que l’on continuera à les favoriser ainsi que le commerce électronique, on ne pourra plus que voter pour des candidats avides de pouvoir qui ne pourront jamais tenir leurs promesses.

Impossible de faire des projets pour le moyen ou long terme car personne ne peut prévoir ce que la technologie, l’économie et la politique nous réservent; pour le très court terme, l’évolution semble irrésistible, il faut s’attendre, de plus en plus, à la disparition des petits commerces de proximité, des emplois salariés : secrétaires, vendeurs, salariés des administrations, des transports, des banques, des assurances…., l’école pour tous ne sera plus en classe mais sur le Web !
La dynamique économique n’est plus basée sur ceux qui fréquentent les commerces mais sur les machines et les robots qui consomment de l’énergie fossile ou nucléaire !

Une politique volontariste, innovante et attractive, pourrait peut-être favoriser une dynamique de repeuplement du centre ville en associant le patrimoine historique et la fonctionnalité adaptée au modernisme : les start-up de quelques personnes, les artisans du numérique, les entreprises unipersonnelles connectées à l’écosystème numérique…, vont être les artisans de l’avenir ; ils n’ont pas besoin de beaucoup de place ni de nombreux déplacements, pour habiter, travailler, s’instruire, correspondre ; une réhabilitation des logements vides, un rééquilibrage des impôts locaux au profit des habitants de la ville ; ajoutons-y une dynamique pour favoriser les activités éducatives et intellectuelles, ludiques…; un nouvel équilibre démographique où le commerce aura sa place reviendrait alors.
Donc, dans l’immédiat, en attendant une révolution de fond qui ne pourra se faire qu’avec une volonté de continuité, il m’apparaît urgent en effet de :
«Stopper la prolifération des zones commerciales ;
taxer les parkings des hypermarchés ;
rendre le centre-ville aux piétons ;
valoriser davantage les transports publics ;
privilégier les commerces de proximité.»

signé: Georges Vallet
crédit photo:o2d-environnement.com