Le Primaire en premier !

dessin de Deligne pour sujet de Véronique Mars Le blues des instits (dessin de Deligne)
dessin de Deligne

  L’école fait débat, et ce n’est pas nouveau. Aujourd’hui la réforme du collège unique, qui ne sera pas la dernière, rassemble des protestations de tous bords. Cacophonie.

Le constat fondamental a pourtant l’air d’être partagé par tous : trop d’élèves sont laissés sur le bord du chemin sans aucune formation. On rajoutera que les résultats vont en se dégradant au fil des années malgré un investissement financier élevé.

Il est aussi un constat qui fait l’unanimité : à la sortie du primaire 20% des élèves environ ont un niveau insuffisant dans les matières de base, français et mathématiques. A partir de là il est totalement illusoire de croire qu’une réforme du collège apportera une quelconque solution. C’est un peu comme si dans un 10 000 mètres, à mi-course, alors que les coureurs sont étalés sur un tour de piste, on décrétait qu’il fallait que tous franchissent la ligne en même temps, et si possible dans un bon temps… Non, la seule possibilité sera de ralentir les premiers, et encore, ce serait plus facile pour une course que pour l’éducation.

Il est une évidence : toute amélioration des performances doit passer d’abord par une réforme efficace du primaire.

Il existe un second problème de fond dont on parle insuffisamment et qui doit être traité car il influence la performance de l’Education nationale tout au long des études : le goût de l’effort tend à s’amenuiser (en fait il s’agit plutôt de l’acceptation d’une contrainte, pas toujours agréable il faut le reconnaître). Avec pour postulat complémentaire que les capacités scolaires des enfants sont toutes différentes, et seul cet effort permet de les atténuer.

La période de l’enfant roi, une éducation où longtemps on a privilégié l’éveil par rapport à l’apprentissage a vu débarquer au collège des jeunes éveillés, debout sur les tables et tutoyant le prof, pensant qu’il suffit de venir écouter d’une oreille distraite des cours écourtés par l’indiscipline, pour savoir parler anglais ou écrire français. Les parents sont les principaux coupables, mais aussi l’administration des établissements et certains enseignants. Et cela vaut quelle que soit la situation sociale. Je me souviens d’une émission qui traitait de l’échec scolaire ou l’on voyait une mère, au chômage, élevant seule ses trois enfants (en échec) mais heureuse d’avoir pu offrir a chacun de ses enfants une télé dans chacune de leurs chambres…

Quelle est donc cette société où on fait croire aux enfants que tout peut s’obtenir sans effort, que s’ils sont des cancres au collège c’est la faute des profs, mais que de toute façon ils passeront dans la classe supérieure, jusqu’au bac, et que plus de 90% l’auront ? Puis bizarrement tout change. On rentre dans la vraie vie, dans la compétition pour des études supérieures, pour un travail avec des règles du jeu totalement différentes qui ne sont plus celles de leur jeunesse, de leur éducation.

Bon, sans doute des reflexions d’un vieux nostalgique ringard…

 

                                                                                                                           par Daniel Sango