Le débat sur les régions devient une grande comédie

Capture d’écran 2014-07-18 à 15.02.21C’est un piège et on va tomber dedans ! Il est énorme, visible depuis des mois mais rien n’y fait ! Je veux parler du redécoupage des régions. Nous avions dit que ça tournerait à la comédie et ça se confirme.
L’essentiel est ailleurs et il faut le répéter. L’essentiel est le pouvoir que l’on donnera aux régions avec les moyens financiers, budgétaires nécessaires à une vraie régionalisation. Il faut aussi une réforme fiscale approfondie pour donner des ressources fiscales aux régions. (un précédent article explique comment nous voyons les choses, notamment l’organisation institutionnelle qui nous paraît répondre au besoin de représenter les territoires infrarégionaux). Une fois ceci dit et redit comme étant la base on ne peut que commenter le feuilleton du redécoupage. Si l’on voulait dévaloriser la Région on aurait pas pu trouver mieux que ce débat et ces cartes qui se succèdent.

Malades du centralisme

Nous sommes malades du bonapartisme, du centralisme. Il faut y ajouter un refus têtu de prendre en compte l’Europe. Qu’il est pénible d’entendre à longueur de discours qu’il nous faut des régions « fortes » des régions « puissantes ». C’est quoi ce discours ? Que veut dire « régions fortes ? ». Même si vous additionnez nos régions riches vous n’en faites que des régions croupions. Vous pouvez marier les unes avec les autres dans tous les sens ça ne représente rien à l’échelle de l’Europe. Alors oui, le spectacle peut continuer et bientôt le centre, l’État central, avec ses mauvaises habitudes sifflera la fin de la récréation, avec le soutien d’une administration centrale bien rodée à ce genre de sport. Et vous pouvez compter sur les médias parisiens pour folkloriser le débat et pour dire que vraiment ces « provinciaux » sont incorrigibles et qu’il faut les surveiller comme des enfants dans une cour d’école. De toute façon ils n’ont jamais su ce qui était bon pour eux et une fois de plus on va le leur dire !
Bref on en arrive à vouloir marier la carpe et le lapin donc à faire une carte d’Aquitaine qui englobe Poitou-Charentes et Limousin. Chacun dessine sa carte.
Nous ne pouvons que redire une fois de plus que le refus de tenir compte des affinités culturelles et linguistiques est d’une bêtise sans nom. C’est ignorer les territoires et leur culture politique, leur histoire. Et croire que tout cela n’a pas ou plus d’importance est une façon de nier l’histoire. C’est ignorer les comportements politiques, sociaux et culturels qui prennent encore plus d’importance en période de crise.

Tenir compte de l’envie de faire ensemble

Et cela ne signifie pas que l’on ne veut pas de solidarité ou de collaboration avec les autres mais cela signifie que l’on tient compte des affinités qui sont fruit d’un long parcours et qui sont des facteurs de dynamisme, d’envie de faire ensemble. Est-ce condamnable ? Cela ne signifie pas que l’on veut revenir en arrière comme certains le disent mais au contraire que l’on bâtit demain sur des réalités que d’autres veulent nier. Mais qu’ils disent pourquoi ils les nient pour certains et pas pour d’autres ! On ne touche pas à la Corse ? Pourquoi ? On ne veut pas d’une Bretagne avec Nantes dedans ? Pourquoi ? On veut marier l’Auvergne avec Lyon ? On ne veut pas reconnaître des entités qui ont une cohérence culturelle et linguistique ? Pourquoi ?
Parce que l’on a peur que la France éclate ! Mais c’est n’importe quoi !
Nous sommes encore dans le schéma de la méfiance, de l’absence totale de confiance. Et vous croyez que l’on bâtit un vrai contrat républicain avec ça ?
Quant à l’idée qu’il faut marier des riches avec des pauvres pour en faire des riches ça ne tient pas la route. Les régions ne mettront pas en place des frontières avec des barrières douanières et des octrois. Donc la circulation des marchandises, des personnes et des idées sera aussi libre qu’elle l’est aujourd’hui et qu’elle l’est d’ailleurs dans toute l’Europe. Ce ne seront pas des petits États puisque de toute façon nous serons encore bien loin de ce qu’est la réalité des régions d’autres pays européens.
C’est à se demander qui a vraiment envie de cette réforme.
Nous sommes quelques uns à la souhaiter, sincèrement, parce que nous sommes convaincus qu’elle pourrait être libératrice de forces d’innovation. Mais que l’on ne mette pas comme préalable implicite à cette réforme que de toute façon nous sommes incapables de gérer nos affaires sans qu’on nous tienne la main.

Quelle architecture institutionnelle ?

Cela amène à faire des propositions pour une nouvelle architecture institutionnelle. On peut imaginer que la région fonctionne avec deux assemblées afin que tous les territoires soient bien représentés, notamment les territoires ruraux, et afin d’améliorer la démocratie.
Nous souhaitons d’une part une assemblée citoyenne élue dans une circonscription régionale unique, telle que nous la connaissons aujourd’hui, d’autre part une assemblée représentant les territoires (les « pays», les nouvelles intercommunalités) issue, elle aussi, d’un vote de tous les habitants. Le gain démocratique est évident.
Ces deux assemblées, élues à la proportionnelle, seront sur un pied d’égalité et géreront les affaires de la région. Elles éliront un exécutif, distinct du bureau des assemblées, qui constituera gouvernement régional responsable devant les assemblées.
La simplification sera au rendez-vous. L’Aquitaine telle qu’elle est aujourd’hui compte  cinq assemblées départementales et un conseil régional. D’un total de six assemblées, on passerait à deux assemblées seulement, avec un véritable gain démocratique et une compensation intelligente de la perte des conseils départementaux. C’est cette proposition que j’ai exprimée au nom du groupe au Conseil Régional le 12 juin dernier lors d’une plénière consacrée au sujet.

Quelle carte ?

Sur le redécoupage lui-même j’ai déjà eu l’occasion de dire que si l’on étendait la Région Aquitaine jusqu’aux portes de la Vendée c’était inacceptable.
La proposition de se tourner vers Midi-Pyrénées peut s’entendre. On peut aussi imaginer une Aquitaine actuelle avec en plus la Bigorre et le Gers. La collaboration avec Midi-Pyrénées sera de toute façon une évidence. Je pense qu’il faut à ce niveau voir ce qu’en pensent les intéressés.
Quant au reste il semble possible de marier le Limousin avec l’Auvergne. Je fais partie de ceux qui pensent que les régions occitanes ont une cohérence.
Je note aussi que cette réforme est l’occasion de créer une collectivité propre au Pays-Basque et une autre propre à la Catalogne-Nord. La forme est à étudier.
Mais la priorité reste de parler des pouvoirs et des moyens dont disposeront les régions.

– par David Grosclaude
Conseiller régional d’Aquitaine
Président du Partit Occitan
Membre du groupe EELV

le 17 juillet 2014

Pyrénées : Définition à l’usage des politiques et des poètes (chapitre 2)

pyrénéescartesDans sa modeste chronique oloronaise PYC nous présentait Pyrène comme : Un espace périphérique / Une réserve de biodiversité. Aujourd’hui, il ajoute…

1) Un espace qui n’a pas forcément conscience de lui-même.

L’état pyrénéen n’a jamais existé sauf à servir de frontière.

D’une part, il a largement servi à séparer et à générer définitivement les mondes français et hispaniques pourtant tous deux inclus dans le monde latin. Il en va de même pour la Navarre, dont Henri IV fut le souverain, petite principauté que la chaîne a scindé entre sa partie centrée sur Pampelune et ses quelques vallées basco-françaises (qui forment la bien nommée basse Navarre ).

C’est moins vrai pour l’Euskadi assez indifférent aux mondes englobant : français ou espagnols avec sa langue mystérieuse (l’euskara) et non indo-européenne.

Sans doute la vraie matrice humaine de la chaîne dont la toponymie nous dit qu’elle était parlée sur tout le massif, d’une part, et jusqu’à la frontière de la Garonne d’autre part. L’actuel pays basque n’étant que le dernier réduit coincé entre la haute montagne et l’océan. D’autre part de basque à vascon ou à gascon voire à biscaïen,  il n’y a que des différences infinitésimales qui ne sauraient relever que du pur hasard.

Mais nous parlons là de la nuit des temps.

C’est un peu moins vrai, aussi, pour la Catalogne qui, hier comme aujourd’hui, a toujours regardé vers le grand large l’Europe et les seigneurs venus du Nord au détriment du monde proprement castillan ou de la couronne d’Aragon.

Par ailleurs, au plan administratif, les Pyrénées, prises dans leur ensemble, ou sur chacun des versants, sud et nord, n’ont jamais constitué un Etat ni même une province. Toujours une marqueterie de principautés, de micro-régions, de départements ou de régions autonomes. Mettons à part les possessions Foix-Béarn de Gaston Fébus, qui constituent plus un accident dynastique qu’un réel projet politique, ou les volontés d’indépendance de la maison d’Armagnac, voire du comte de Toulouse contre l’ogre capétien.

A ce propos la décentralisation des années 83/84 s’est bien gardée de créer une région Pyrénées que la géographie rendait pourtant évidente et qui aurait été centrée sur Toulouse. Ceci pour ne pas indisposer Bordeaux et Montpellier.

Il s’agit là non d’une péripétie mais d’une constance sur les grands massifs du monde sur lesquels s’agrègent sans jamais s’unifier les cultures, les civilisations, et les religions. C’est vrai pour nos Pyrénées, pour les Alpes, plus spécialement pour les Balkans ou pour le Caucase compliqué comme pour les Andes ou pour les Himalaya…

Ce sont des espaces où le temps dure plus longtemps. Ils agissent comme des conservatoires à tous les points de vue qui, en conséquence, ne peuvent ni ne doivent se transformer ni se diluer en états unifiés. Des conservatoires naturels de biodiversité, mais aussi des conservatoires culturels notamment pour les langues, les religions, et les coutumes qui peuvent se juxtaposer sans se détruire comme cela se fait en plaine ou sur les rivages des océans. La haute montagne sert ici de protection et de cantonnement. A cette aune les Balkans et le Caucase sont particulièrement édifiants.

2) Mais Alors quel destin pour nos montagnes du sud ?

Quel destin pour ce prisme asymétrique de 500 km de long qui joint l’océan à la méditerranée. Un prisme avec une ligne de crête qui atteint et dépasse les 3 000 mètres d’un bout à l’autre de la chaîne sur une largeur d’environ 200 kilomètres.

Rappelons, qu’en fonction de l’inégalité triangulaire apprise autrefois en classe de mathématiques, que ce volume, pour une même surface au sol, déploie par rapport à la Beauce ou aux Landes des surfaces incommensurables infiniment diversifiées par le gradient des températures ( environ 1 degré tous les 300 mètres).

Quelque chose dont on peut très bien se rendre compte en escaladant le Canigou (plutôt sur deux jours si l’on veut épargner ses mollets) depuis Vernet-les-Bains ou Baillestavy, voire Fillols ( environ 700 mètres) jusqu’aux quelques 2790 mètres du sommet; depuis également les plantations de pêchers ou d’abricotiers puis celles de pommiers voire d’amandiers ou de cognassiers puis de châtaigniers jusqu’à la forêt méditerranéenne ensemencée de pins, de chênes verts et enfin des forêts de montagne. Forêts de montagne trouées de clairières laissées par les troupeaux ont des excès d’exploitation où s’étagent les fleurs, les papillons et les coléoptères selon un ordre rigoureux des biotopes surdéterminés par l’altitude et l’orientation. Pour atteindre enfin les pierriers secs et déserts de la haute montagne inhospitalière.

Alors que faire de nos belles montagnes du sud enchantées par la présence (très discrète et contingentée ) de l’ours où coulent effectivement le lait et le miel. Certainement les respecter et les protéger. Mais, pour cela, une certaine logique économique s’y emploie, jusqu’à l’absurde, où les villes s’agrandissent indéfiniment sans rime ni raison.

Mais ces montagnes ont leur ombre portée. Une ombre portée au moins jusqu’à Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Saragosse voire Marseille et Barcelone et même Bruxelles, Madrid, Rome ou Lisbonne.

Certainement les percer d’un grand tunnel à vocation ferroviaire sous les Pyrénées centrales, pour dégager les axes routiers avant que le prix de l’essence ait, très prochainement, fait le travail sans qu’on y ait pris garde. Sur le modèle de nos amis Suisses qui sont certainement les meilleurs experts et les meilleurs praticiens en matière d’aménagement de la montagne.

Cela avec des financements et des volontés européennes qui trouveraient là leur pleine légitimité. Sans doute finaliser la réouverture du Somport par les mêmes méthodes. Incidemment cela permettrait à Madrid d’être relié directement à Oloron quand le Réal viendrait jouer à Saint-Pée.

Pourquoi, également, ne pas imaginer des modes originaux de transport des biens et des individus via des téléphériques voire des dirigeables et des drones.

Utiliser, plus encore, les deux mers qui baignent la chaîne pour les mêmes finalités .

Certainement en s’appuyant sur les villes de Perpignan, Pau, Tarbes ou Bayonne. Réactiver les villes secondaires en fonction de leur spécificités comme Mauléon, Oloron Lanemezan, Sain-Girons, Saint-Gaudens, Quillan Limoux, Foix ou Prades. Cela notamment grâce à ce qui a commencé à se faire par des TER efficients pour succéder au tout voiture. Après s’il reste quelques services publics à réinventer, à moderniser et à mutualiser dans leur fonctionnement ( hôpitaux services postaux municipalités ), faire confiance au dynamisme des populations de ces villes secondaires qui restent très attractives pour leurs jeunes. Des jeunes qui ne rêvent plus, comme jadis, de Paris ou même de Toulouse ou de Bordeaux. Dans un second temps reproduire le schéma entre les villes de second niveau et leurs zones d’influence pour conforter leur qualité de capitale de micro-régions.

Éventuellement souffrir des espaces vides comme ultimes réserves de biodiversités où pourraient néanmoins se retirer, pour toujours ou momentanément, ceux qui souffrent de l’excès d’activité d’un monde dont on peut parfois douter du sens. Des zones (très marginales) pourquoi pas libérées des ondes téléphoniques des fesses-boucs et des touitosses et autre espèces nuisibles.

Toute cette seconde décentralisation ne se faisant pas seulement au bénéfice des retraités revenus au pays ou venus du Nord de la France ou du sud ou du nord de l’Europe.

Réinventer un tourisme d’hiver :

Aujourd’hui basé sur le ski alpin et tenu, désespérément, à bout de bras, par les collectivités au delà du raisonnable ( cf Gourette). Un modèle qui s’éteint de lui-même par l’absence accélérée de la matière première, la neige. Passer aux pratiques largement entamées autour des raquettes ou du ski de fond voire du ski de randonnée .

Conforter un tourisme des 4 saisons :

S’appuyer sur la thermalisme conforme à l’ADN du pays et présent depuis l’époque romaine dont les Pyrénées représentent le réseau le plus serré.

Surfer sur le retour à la nature en utilisant les nouvelles infrastructures de transport sus-évoquées.

Ne pas oublier de valoriser une agriculture d’excellence, notamment maraîchère et vivrière, que les villes réclament en valorisant les circuits courts et en cassant l’emprise, souvent mortifère, du tout supermarché en utilisant les réseaux de transport à faible coût énergétique. Le cas échéant en remettant en cause le monopole de la SNCF, particulièrement déficiente en matière de fret, ou en réactivant la navigation, éventuellement sur l’Adour ou sur la Garonne, voire en utilisant ou en creusant d’anciens ou de nouveaux canaux comme celui du Midi.

Dans tous les cas, les Pyrénées, bien après que nous ne sommes plus là, persisteront à dominer la plaine. Espérons que nos descendants pourront continuer à les parcourir et se nourrir de leurs espaces sacrés et courir danser, par des moyens appropriés, aux fêtes de Fillols ou à celles d’Esquiule .

– par Pierre Yves Couderc / Oloron

PS : comme promis la fois prochaine PYC sortira d’Oloron, du Béarn et même des Pyrénées pour, comme promis , s’intéresser à d’autres habitants rigolos des montagnes du sud : nos amis les corses ….