Des efforts, encore et encore !

Comment y croire ? Depuis des années nos divers gouvernants s’escriment à nous faire croire que tout ira mieux au prix de sacrifices évidemment temporaires jusqu’à remise en état des finances de l’État.

Or, que disait M.FILLON, dés son accession à la tête du gouvernement en 2007 :

« Je suis à la tête d’un État qui est en situation de faillite  sur le plan financier, je suis à la tête d’un État qui est depuis 15 ans en déficit chronique, je suis à la tête d’un État qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans. Ça ne peut pas durer» .

«Parfois, il faut utiliser des images. C’est ce que j’ai fait devant des agriculteurs qui demandaient toujours plus, toujours plus à l’État. Je leur ai dit que si la France était une entreprise, un ménage, elle serait en cessation de paiement».

Ou encore la France «s’endette et il faut que tous les Français prennent conscience qu’il est temps de mettre un terme à des solutions de facilité qui ont été employées depuis 25 ans et qui placent notre pays dans une position de faiblesse ».

Et s’engageant à ramener le budget de l’État à l’équilibre avant la fin du quinquennat, il avait mis en garde , « on ne pourra rien bâtir de solide ni pour la Corse ni pour aucune autre partie du territoire national et l’on devrait s’attirer les foudres de la Commission Européenne …» !

C’était en 2007. Dix ans et ni lui, ni les premiers ministres du quinquennat  » HOLLANDE  » ne sont parvenus à réduire la dette abyssale du pays ou seulement à présenter des budgets avec un déficit ne dépassant pas 3 % , limite qu’impose le traité de Maastricht du 7 février 1992.

Et l’avenir n’est pas rose ! Nous allons , en effet , vers un 44 ème budget déficitaire consécutif.

Car, que vient de déclarer M. LEMAIRE, nouvellement nommé à la tête du ministère de l’Economie ?

Tout simplement que l’objectif de passer sous la barre des 3 % de déficit en 2017 ne sera pas tenu «si nous ne faisons rien».

Et quoi faire, donc ?

Le poison est inoculé à petites doses. Pour nous y préparer, le même chirurgien justifie ainsi la nécessité de l’intervention :

«Les comptes publics sont dégradés. Le précédent gouvernement n’a pas budgété des dépenses quasi certaines et laissé filer la dépense depuis le début de l’année ».

« Baissons-nous les bras ? Ou prenons-nous immédiatement des décisions nécessaires pour tenir les engagements du chef de l’État ? L’intérêt national impose de prendre ces décisions difficiles pour repasser sous la barre des 3 % de déficit public».

Comme toujours , c’est à cause des gouvernements précédents, à l’un desquels appartenait M.MACRON au même titre que M. LEMAIRE !

«Il faut que chacun fasse un effort » dit de son côté le premier ministre qui sait fort bien que le rapport de la Cour des comptes, commandé par  lui-même,  ne sera pas bon pour les comptes publics .

Mais des efforts, tous ceux qui contribuent à faire avancer le navire, par leur travail et leurs impôts, en font depuis que les budgets du pays sont déficitaires. Ils rament, ils rament.

S’il s’agissait d’un particulier, tous ses biens feraient l’objet d’une liquidation dont le produit servirait à désintéresser totalement ou non ses créanciers.

Le même processus serait bien difficile à mettre en œuvre concernant la dette énorme du pays qui se chiffre en milliards d’euros.

Pour le citoyen lambda, tout cela est difficile et à admettre et à comprendre. Il pense qu’il doit bien y avoir des solutions premières avant une  augmentation des impôts ou de la CSG.

Quelques pistes ?

1. La suppression du Conseil Économique Social et Environnemental. 233 membres avec une indemnité mensuelle brute de 3982€ pour faire quoi ? Donner un avis consultatif, optionnel ou obligatoire dans le cadre d’un processus législatif .

En fait, assemblée qui consiste à caser des amis ou des candidats malheureux à une récente élection.

Et le plus beau est qu’on retrouve un même Conseil au niveau régional ! On ne prête qu’aux riches même quand ils ne le sont plus.

2. La réduction du nombre de parlementaires et d’élus de toute nature chaque fois qu’ils sont susceptibles de recevoir une indemnité de fonction.

3. La limitation de celle-ci à la justification de la présence du bénéficiaire.

4. La suppression des multiples avantages consentis aux élus (retraites, voyages , etc.).

5. Des sanctions accrues et effectives contre les fraudeurs de toutes natures (20 à 40 milliards d’euros de fraudes aux prestations sociales , par exemple).

6. Faire payer les dégradations de biens publics par les casseurs ou leurs parents.

7. Limiter la générosité de l’État à ce qui est strictement et humainement nécessaire.

La liste ne se prétend pas exhaustive. D’autres mieux informés sauront la compléter.

Mais les citoyens seraient certainement prêts à entendre les propos des ministres si, au lieu, ou même en plus, de leur demander des efforts, on leur disait quelles économies seront mises en œuvre. Et là, nous sommes tous dans l’attente.

Pierre Esposito

Pulsion et réflexion

Il est plus facile de disserter sur le passé récent que d’envisager l’avenir. Pourtant toutes les leçons ont-elles été tirées de ce premier tour des présidentielles ?

Clairement, les deux partis principaux qui se partageaient le pouvoir depuis des décennies ont subi de lourdes défaites et se trouvent fracturés. Pour les Républicains, qui avaient une voie royale devant eux, c’est la faible estime pour l’attente de probité qui leur a été fatale. La responsabilité n’incombe pas seulement à M. Fillon. Elle est partagée par tous ces barons du parti LR qui se sont laissé impressionner par quelques drapeaux agités sur l’esplanade du Trocadéro et n’ont pas su trouver une solution alternative. Au delà d’eux, c’est la surdité de leurs partisans qui n’ont pas su mesurer l’écœurement de ceux qui travaillent dur pour gagner leur vie face à l’accumulation d’avidité, de mesquineries, de mensonges. Etait-il pensable de porter à la responsabilité de signer des traités internationaux un homme suspecté d’avoir commis des faux ?

A gauche, c’est le refus du compromis, le raidissement dans le sectarisme qui a conduit à la perte. Un ralliement au mieux placé comme celui qu’a effectué François Bayrou eût sans doute permis à la gauche d’être présente au second tour. Certes, les programmes étaient différents, et même opposés sur un certain nombre de points. Mais en rabattre sur les objectifs ne valait-il pas mieux que cette
déconfiture ?

Pour autant, ces deux partis ne sont pas morts, même s’ils sont aujourd’hui profondément déchirés. Si une lourde incertitude plane sur leur avenir, une interrogation plus urgente mobilise les esprits. Les sondages peuvent se trouver démentis par les urnes. Et il reste une gène perceptible chez les personnes interrogées à reconnaître un vote en faveur d’une « patriote » qui nie la responsabilité des collabos dans la rafle du Vel’ d’Hiv et dans la déportation des juifs et à soutenir un parti qui a porté à sa tête (pour trois jours!) un négationniste.

Mais dans les esprits des thèses simplistes restent imprimées ou même se développent. Expulser les étrangers, par une sorte de seconde manche, de revanche de la décolonisation. Au moins expulser les fichés S. Expulsés vers où ? Les plus futés répondront dans les camps où Vladimir Poutine enferme ses terroristes. Il y fait froid et cela  serait une dissuasion efficace pour les illuminés assoiffés de sang qui se voient déjà récompensés par 80 vierges dans un paradis. Et si l’on fait voir qu’un tel accord n’est pas réalisable dans le contexte actuel, ils répondent « N’importe où, au Spitzberg ou aux Kerguelen plutôt qu’à Artix ou Pau » pour un tel enfermement. Imaginent-ils le durcissement du communautarisme qu’une telle mesure entraînerait ? Quant à la sortie de l’euro, ont-ils considéré les effets sur l’épargne, l’investissement, l’emploi qu’une telle mesurer ne manquerait pas de créer ?

Il faut reconnaître qu’à l’inverse Emmanuel Macron a un sens aigu des revers de médailles. Peut-être trop aigu. Sa locution favorite n’est-elle pas « En même temps… » ? Bien des couches de la population sont réfractaires à une telle perception. Bien de nos compatriotes qui se disent hostiles à la mondialisation ne sont pas prêts à se détacher de leur usage de Google, Microsoft, Amazon ou Booking. Pourtant, c’est au travers de ces firmes que notre indépendance est menacée, un peu à la manière dont tant de riverains de la Méditerranée étaient asservis aux besoins de Rome dans le monde antique. Aujourd’hui, c’est à travers plus d’harmonisation fiscale en Europe, plus de justice sociale et de stabilité que l’on jugulera le déséquilibre budgétaire de la France, le chômage de masse et par une meilleure répartition des dépenses militaires en Europe que l’on assurera une meilleure sécurité du continent. Ce n’est pas par un alignement sur V. Orban et quelques autres nationalistes que l’on assurera l’avenir de notre pays.

Paul Itaulog

Tous pourris et ensuite ?

J’écoutais ce matin le énième micro trottoir à propos des présidentielles, cette fois du point de vue de la rémunération des politiques. « Trop payés » disait Monsieur Poncif , « et en plus ils ne foutent rien, ils sont invités à des tas de repas pour couper des rubans et ils ne payent ni le train ni les impôts etc… ».

Je me mettais à la place de l’élu consciencieux qui écoutait ça. Et qui lui devait penser à la cohorte des Poncif et des Lambda qui font la queue à sa permanence pour une histoire de points sur leur permis ou pour bénéficier d’un petit coup de piston pour l’attribution d’un logement social ou pour les études de la petite ou pour un boulot pour le cousin. Les mêmes Poncif et Lambda qui payent leur plombier au schwartz ou carottent la TVA dès que l’occasion se présente, rabotent leurs impôts et grugent l’Etat et leurs concitoyens en s’en vantant qui plus est. Un sport national. Cet élu qui court entre trains et avions pour assurer du mieux qu’il le peut sa présence dans l’hémicycle où l’attendent les commissions auxquelles il se doit de contribuer après avoir absorbé une masse de documents souvent très indigestes, et sa circonscription, parce que ses électeurs le voient encore comme un faiseur de miracles. Avant de le poignarder dès qu’il a le dos tourné. Qu’attendons-nous de nos élus ? Pourquoi leur reprocher d’être à l’image de notre société ou à la nôtre ? Comment expliquer à Monsieur Lambda ou à Monsieur Poncif que tout ne peut pas être mesuré à l’échelle de ses propres revenus, à la vision de ses propres lunettes, à la lumière de sa propre ampoule. Qu’on peut vivre mal avec un Smic, certes, mais aussi avec 10000 € par mois si on en dépense 11000. Cette propension à tout ramener à sa propre dimension, souvent toute petite, sans rien essayer de comprendre, sans rien mesurer d’autre que ce qu’on connait, c’est à dire souvent pas grand chose, est le résultat d’un égalitarisme borné amplifié par le tout-pour-ma-gueule usuel et associé à une transparence érigée en dogme par des médias autoproclamés justiciers et eux-mêmes instrumentalisés par une justice politisée.

Voilà ce que nous laisse le Président normal et sa cohorte de donneurs de leçons. Voilà le résultat d’années de crasse démagogie et de pratiques dévoyées mal cachées derrière les petites blagues d’un Robespierre souriant. Hollande n’a pas cessé au nom de sa prétendue vertu de rogner les libertés individuelles, de créer des juridictions d’exception et d’user d’un état d’urgence qui fait de nos soldats les cibles vivantes de pauvres fous pour mieux maintenir le peuple aux mains d’une minorité de gauche. Minorité toute puissante dans l’administration, les syndicats, la presse, l’enseignement, la justice, bref dans tout ce qui permet à notre Etat socialiste de contrôler plus de 55% de notre PIB au nom de l’égalité sociale. L’affaire Fillon en est la plus parfaite représentation. Qui voudra demain faire de la politique dans ces conditions en se risquant à défendre une pensée libérale ? Des Messieurs Propre, garantis pure laine vierge ? Des milliardaires à la Trump qui auront les moyens de se payer des campagnes électorales sur leur cassette personnelle au lieu d’essayer d’en couvrir les frais avec des sociétés de conseil ou des emplois familiaux ? Des poupées téléguidées par des milliardaires « roses » façon Macron ? Des naïfs imbéciles et démagogues ?

Ou des politiciens populistes et retords à la Chavez ou à la Trump qui sauront endormir le peuple en lui racontant ce qu’il veut entendre pour mieux se servir une fois au pouvoir d’un Etat devenu, sans que nous nous en apercevions, totalitaire et liberticide.

La démocratie a un prix et il est élevé aujourd’hui. Si François Fillon était un politicien corrompu ou asservi à toutes sortes de pouvoirs, il n’aurait certainement pas eu besoin de recourir à des petits bricolages en famille pour financer sa campagne. Ces accusations sont misérables et j’en suis certain, une majorité d’entre nous saura s’en souvenir le 23 avril.

FreeWheels

Politique et morale.

Le désamour dont est victime François FILLON depuis les révélations relatives à la rémunération de son épouse en tant qu’attachée parlementaire exprime l’attachement populaire à la moralisation de la vie politique. Il est évident que les dénonciations dont il a fait l’objet ont été orchestrées par ceux qui avaient intérêt à lui ôter le bénéfice des sondages qui lui accordaient la victoire à l’élection présidentielle.

Mais il n’aura échappé à aucun esprit averti qu’il n’a fait l’objet d’aucune attaque de la part de parlementaires de gauche. C’est que dans ce marigot les crocodiles n’entendent pas s’en faire éjecter.

Le linge sale ne se lavant plus en famille, notre ministre de l’intérieur se voit contraint de démissionner tout simplement parce que désormais l’omerta s’effondre.

Parviendra-t-on à une réconciliation absolue entre morale et politique ? Rien n’est moins sûr ! Quel pays aurait accepté qu’un président de la république entretienne une maîtresse et une fille adultérine aux frais du contribuable, qu’un autre président soit poursuivi et condamné pour des emplois fictifs, tout comme son premier ministre ou d’autres élus pour établissements de fausses factures. Notre silence se fait complice de cette turpitude dont on n’entrevoit pas les limites.

Et ce n’est pas le spectacle que nous offrent nos élus qui va réconcilier les Français avec la politique. En effet que voyons nous, entre autres ?

D’abord la faillite des primaires. D’un côté, François FILLON invité par certains amis à se retirer de la compétition. De l’autre, Benoît HAMON abandonné par Manuel VALLS et de nombreux parlementaires de gauche ou écologistes au profit d’Emmanuel MACRON, le poisson pilote du président HOLLANDE, auquel se raccroche le maire de PAU qui ne craint pas de se retrouver avec ces derniers dans l’espoir évident de décrocher un portefeuille ministériel.

Et puis des aveux, oh certes discrets, pour ne pas mettre l’électorat en ébullition, tels ceux de Patrick STEFANINI, ancien directeur de campagne de François FILLON qui, en l’abandonnant en cours de route, confesse que ce dernier est victime d’un système consistant à accorder aux parlementaires des compléments de rémunération à travers l’indemnité pour l’embauche d’attachés parlementaires. Sans doute voulait-il évoquer surtout l’indemnité représentative des frais de mandat (IRFM) dont le dernier chiffre connu est de 5770 € mensuels. Allocation non imposable et utilisable sans justification. Mieux même, jusqu’en 2015, certains ont cru possible de s’en servir aux fins d’achat d’un bien immobilier censé abriter leur permanence. Et personne encore n’a dit ni que l’opération constitue un usage abusif de fonds publics, ni que ce bien doit être immédiatement remis à l’État.

Et la réserve parlementaire ? 130.000€ par an à la disposition de l’élu pour subventionner toute personne de son choix, procédé habile de clientélisme.

Et combien d’autres avantages ? Retraites, prêts à des taux préférentiels, carnet d’adresses…

Le pire est le système électoral porteur de toutes les combines. Avec un scrutin à deux tours et les désistements qui en découlent, l’élection est faussée. Ce n’est pas le gagnant du premier tour qui en sera vainqueur, mais celui qui aura su, au prix de contorsions multiples, à obtenir des soutiens compensés par ailleurs.

Reste l’hypocrisie de l’élection présidentielle. Comment, au pays de DESCARTES, a-t-on pu imaginer que le président élu aurait systématiquement une majorité parlementaire pour soutenir son projet ?

Quel raisonnement logique doit conduire à cette fatalité ? Sans compter qu’une majorité systématiquement pour et une opposition systématiquement contre rend illusoire le débat démocratique ! L’alternance, voilà le grand mot de ceux qui veulent accéder aux responsabilités. Et l’on revient de fait au bipartisme dans lequel la majorité n’a rien à concéder à l’opposition dont le rôle devient dérisoire. Ne nous étonnons pas de l’écœurement des électeurs qui ne s’exprime, hélas, que par leur silence : l’abstention. Gare, toutefois, à leur réveil. Des dirigeants roumains capitulant, une présidente sud-coréenne destituée et un gouvernement islandais contraint à la démission sont des signes encourageants pour l’avenir démocraties.

Pierre ESPOSITO
Ancien bâtonnier du barreau de PAU

Crédit photo : la croix.com

Ces élus qui n’appartiennent pas au même monde que nous

Souvent cette phrase revient comme un leitmotiv pour dénoncer le comportement de nos élus. L’actualité qu’elle soit nationale ou locale nous offre les exemples de ce qu’ils peuvent se permettre. Ne serait-ce pas la principale raison de la désaffection des Français pour ce monde des politiques ?

Sur le plan national d’abord, la campagne électorale pour la présidentielle est entièrement axée sur les avantages que certains s’octroient ou se sont octroyés. Qui savait qu’un député ou un sénateur pouvait disposer de sommes aussi importantes pour rémunérer son épouse et ses enfants ? En réalité peu de monde parmi les électeurs. Qui savait que l’on pouvait trouver des costumes au prix de 6500 euros et se les faire offrir sans compensation ? Vous peut-être mais pas moi. Qui savait qu’avec des subventions européennes détournées, on pouvait financer un parti politique ? Qui savait que l’on pouvait accuser la justice d’être instrumentalisée par les politiques ? Qui savait que lorsqu’on est un (e) élu(e) on est autorisé à ne pas répondre aux convocations de la justice ?

Plus près de nous, certains élus du département ne dépareillent pas le tableau. Dans le genre « c’est moi que je suis » et qui possède des prérogatives, voire des privilèges, que vous autres n’avez pas, on trouve notre célèbre Jean Lassalle. Celui-ci est toujours en retard. Lorsqu’il perçoit qu’il va rater son avion, il téléphone à l’aéroport de Pau et demande qu’on lui prenne un billet et qu’on veuille bien l’attendre. Alors on attend Monsieur le député, presque candidat à la présidentielle. Une sénatrice bien connue et très engagée, refuse, elle, de montrer une pièce d’identité avant l’embarquement. Elle doit sans doute considérer que sa position la rend célèbre et que tout le monde doit la connaître et la reconnaître. Ce genre de comportement, même sans grandes conséquences, est significatif d’un état d’esprit de moins en moins toléré. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui, parce qu’il se disent près du peuple, s’opposent avec une détermination suspecte, à la fusion des communes.

Par la suite l’un comme l’autre présentent leurs excuses. Mais que valent celles-ci ? Tout semble un peu trop facile. Parfois, il leur arrive de dire en guise de défense : « Et alors ? » Sans doute parce que cela ne regarde personne. René Dosière (Sud Ouest dimanche 12 mars 2017), pourtant considéré comme le « Monsieur propre » de l’assemblée nationale, n’hésite pas à dire, qu’en ce qui concerne la déontologie, l’Assemblée nationale est souveraine. Une façon de reconnaître, là encore, que ce qui s’y passe ne regarde que cette caste des élus : on lave son linge sale en famille. Pour être déclarés au déontologue, il doit être établi que les cadeaux ont un lien avec le mandat de ceux qui les reçoivent. Voilà une vaste hypocrisie car bien malin celui qui pourra démontrer que ce lien existe ? Un échappatoire bien trop large dans lequel beaucoup s’engouffrent.

L’électeur est ainsi fait que, pour éclairer son choix, il tient de moins en moins compte des programmes proposés et de plus en plus de la personnalité des candidats. Son raisonnement repose sur le fait que les promesses ne sont pas tenues et qu’il faut bien choisir d’autres critères. Mesdames et messieurs les politiques êtes-vous réellement conscients de cet écart qui se creuse entre vous et les citoyens ? Savez-vous en déterminer les causes ?

Pau, le 15 mars 2017
Joël Braud

Crédit photo : saptco.org.sg

Fillon, Formule 1… pas si sûr !

Finalement, en y réfléchissant bien, monsieur Fillon … est comme beaucoup … quelqu’un à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession ! Sous ses allures d’homme réservé ayant de la retenue, ce monsieur, depuis ses affaires dévoilées via le Canard Enchaîné, montre son vrai visage … celui d’un être passionné, pas du genre brut de décoffrage non mais plutôt ayant subi un réel polissage.

En fait que savons-nous de lui … qu’il est un féru de sport automobile, un passionné de la vie mais plus que tout un homme de goût, du goût du luxe surtout… et bien qu’il n’en fasse pas étalage, un fervent admirateur de l’argent et des nombreux présents qui lui sont faits… il aurait tort de s’en priver n’est-il pas ?

Bref, Fillon est un zélé de l’abondance, un gourmand de la somptuosité, un amoureux de la vitesse grand V ! Un chouia vieille France si vous voyez ce que je veux dire et qui a de l’allure … un de ces personnages sortis d’un autre âge, apparaissant simple dans sa tenue, élégante du reste celle-ci, un monsieur posé je dirais … mais pas quelconque !

Discret, courtois et qui apparemment est un nostalgique, protégeant sa vie privée quand celle-ci est publique et qui sans nul doute a également le goût du risque car comment faire autrement après les semaines de tourments qu’il vient de traverser sinon appuyer sur le champignon afin de fuir les complications et autres casseroles qui à la peau lui collent. Le moins que l’on peut en dire, c’est que c’est un dur à cuir ayant les nerfs solides, ne s’accommodant pas de vains subsides, enfin, vous l’aurez compris, Fillon est un homme qui sait s’adapter aux situations où se trouve le danger et de ce fait, compte bien franchir la ligne d’arrivée qui mène au sommet, lui le premier !

Seulement voilà, faut pas trop qu’il garde le pied au plancher et torpille le moteur de la France qu’il dit garder dans son cœur … celui de la France profonde où déjà gronde la fronde … celle des petits travailleurs, des travailleurs pauvres, payés à la petite semaine, obligés de faire des embardées sur leurs maigres budgets ou prenant des virages aux fins de mois mal négociés … eux, nous à qui il sera demandé d’obtempérer et de nous démener afin de rattraper les déficits d’une dette publique dont le trou fut creusé par quelques loustics dont la politique consiste à favoriser les cigales au détriment des fourmis, les copains friqués au détriment des pauvres benêts !

Pour cela nous avons déjà donné … alors pour le changement radical, c’est pas d’une Formule 1 dont nous avons besoin, ni d’une vielle guimbarde qui nous secoue les reins, ni même de poids lourds de la politique pour nous guider demain … encore moins des promesses peau de chagrin de certains candidats … mais bien d’un honnête citoyen à la tête de notre pays, souriant à nos destins, un être rigoureux pourquoi pas mais tout aussi respectueux … lui qui pensera à la seule famille devenue la sienne tandis qu’il sera maître en son pays … permettant à la seule famille qui sera désormais la sienne, de vivre correctement en honnissant les détournements et autres fuites de capitaux vers les paradis fiscaux ! Le Président de tous les Français comme cela n’est jamais arrivé … celui qui pansera les plaies et les maux de chacun d’entre nous, les jeunes, les vieux, les déshérités, les personnes handicapées, les mis au rebut … un Président de tous les Français plus préoccupé par ses devoirs et ne pensant qu’à nos droits, ceux qui font de notre Liberté, Egalité, Fraternité qu’elles ne soient pas bafouées du fait de son exemplarité à nous gouverner et à nous représenter !

Nous avons le droit de rêver n’est-il pas ?

Bien à vous.

Samie Louve

Propositions, résolution, révolution, malversations, déploration…

Bien des observateurs avaient remarqué l’abondance de candidats à la présidentielle dont le nom se termine par « on ».  Mais cette campagne est marquée par bien d’autres rimes ou allitérations.

J’avais résolu de ne pas m’exprimer sur les propositions des candidats afin de laisser à chacun le soin de les étudier et de les évaluer. Tout au plus, j’envisageais de donner quelques pistes de lecture. Mais les rebonds de la campagne ont présenté tant de péripéties qu’il est inévitable de les évoquer, surtout lorsqu’ils concernent des personnages politiques locaux comme François Bayrou.

Même si l’on n’est pas de son camp, on ne peut être que frappé par la virulence des commentaires suscités par l’article « Bayrou circus ». Ce site qui se voulait représenter une diversité d’opinions se serait-il rangé sous la bannière d’un Éric Ciotti, qui, sur BFMTV, deux heures à peine après la déclaration de François Bayrou éructait son venin ? Ce faisant, il offrait une belle démonstration de la portée de la démarche du président du MODEM et de la panique des soutiens de François Fillon. De fait, la démarche de François Bayrou a été suivie de nombreux ralliements à Emmanuel Macron et surtout d’une remontée spectaculaire dans les sondages qui l’ont (provisoirement) placé en tête devant Marine Le Pen.

Le renoncement de François Bayrou était marqué d’un réalisme, tout comme celui d’Alain Juppé. Mais alors que ce dernier s’oriente vers un certain retrait de la vie politique, le renoncement de François Bayrou  se veut promouvoir un rebond du centre, et l’on ne peut pas dire que la défense du centre n’a pas été le fil conducteur de sa carrière. La situation est favorable pour une telle entreprise (alors que le système favorise sa lamination), car beaucoup d’électeurs doutent de la faisabilité des propositions de la gauche ou s’opposent au populisme et à la xénophobie de la droite dure.

Il est vrai que la trajectoire d’Emmanuel Macron pouvait susciter des interrogations et que son programme n’était pas clair (les autocars Macron et l’ouverture de magasins le dimanche pouvant difficilement être considérés comme relevant d’une « révolution », le titre de son livre). D’où l’habileté d’avoir posé des conditions fortes pour cette « alliance ». Le choix de ce dernier mot n’est d’ailleurs pas indifférent, et il aurait pu susciter plus de commentaires.

Le titre du livre « Résolution française » de François Bayrou pouvait laisser penser à une direction inverse de celle qui a été prise par François Bayrou. Que de sarcasmes eussions-nous entendus s’il avait poursuivi sa chasse à la Présidence !

Les conditions édictées par François Bayrou ne ressortent pas de petits arrangements tactiques. Elles sont cruciales pour l’avenir de la démocratie dans ce pays. Surtout la question de la moralisation de la vie politique et le respect que l’on doit au travail. D’autres exigences ne sont pas indifférentes, comme une meilleure représentation de la variété des opinions, par exemple par l’introduction d’une dose de proportionnelle mesurée au niveau national (ou au niveau régional afin d’apporter un peu de cohésion et d’intérêt à ces territoires régionaux). Plus encore, aux yeux de bien des citoyens conscients des dangers que court notre monde, une prise en compte de notre environnement s’impose. L’appui de femmes et d’hommes venus d’horizons variés devrait enrichir les propositions. Définir des directions claires, honnêtes et progressistes est plus important que de chiffrer des mesures. C’est du moins ce que pensaient Antoine Condorcet, Charles de Montesquieu et Charles de Gaulle.  Ce n’est pas l’un d’eux qui a écrit les lignes qui suivent. Les Paloises et les Palois peuvent être fiers qu’elles l’aient été par leur maire et qu’il ait conformé ses actes à ses paroles.

Paul Itaulogue

« Ni les honneurs fugaces, ni les victoires frelatées, n’ont à mes yeux rien qui vaille la peine. On ne donne pas sa vie pour de la gloriole, pour des chapeaux à plume et des galons. On donne sa vie pour les siens, pour la vérité, pour qu’un peuple y voie clair. » François Bayrou

F. Bayrou, Résolution française, Les Éditions de l’Observatoire, 16,90 euros

E. Macron, Révolution, XO Éditions, 17,90 euros

J.-L. Mélanchon, L’avenir en commun, Seuil, 3 euros

J. Attali et France 2022, Cent jours pour que la France réussisse,
Fayard, 20 euros

A. Verdier-Molinié, Ce que doit faire le (prochain) président, Albin
Michel 20 euros

Une sale campagne

imgresNous sommes nombreux à ne pas vraiment savoir où nous en sommes dans cette campagne électorale pour l’élection présidentielle. Nous les Béarnais sommes peut-être un peu plus concernés en ce sens que François Bayrou a décidé d’y jouer un rôle, en demi-teinte certes, mais il se veut présent. Alors les sondages sont là pour dire que les intentions de vote sont volatiles. Pourrait-il en être autrement ?

Ça y est François Bayrou a décidé de ne pas présenter sa candidature. On pourra à l’envi mettre cette décision sur le compte d’une déception ou d’un accord qui n’a pu se faire ou enfin d’un idéal qui s’exprime de cette façon là pour l’intérêt général des Français. Ce que l’on retiendra cependant c’est que son discours pour annoncer son retrait était d’un bon niveau et se plaçait sans conteste sur la base d’une moralisation de la vie politique et sur la recherche des mesures à prendre pour servir l’intérêt général et se détacher des magouilles et arrangement d’une classe politique bien éloignée des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens. Il est vrai qu’il bénéficie pour cela d’une image favorable : les français considèrent à 70% que la principale qualité d’un politique est l’honnêteté et placent François Bayrou en tête pour lui reconnaître cette qualité (50%). Mais pour paraphraser Napoléon, il n’est pas inutile de rappeler que (comme la guerre) la politique est un art tout d’exécution. En effet les hommes politiques qui ont des idées nobles et généreuses on en trouve d’ailleurs sans doute un peu trop. Mais trouver des hommes politiques qui savent tenir leurs engagements et oublier leur avenir propre, on en cherche. Nous sommes encore à la veille qu’on nous explique de façon claire et définitive comment moraliser le monde politique. Des mesures ont été prises mais visiblement elles ne suffisent pas.

Sur ce retrait, beaucoup se perdent en conjectures plus ou moins avérées. D’aucuns affirment qu’une fois que son mentor, Alain Juppé, a été écarté, il a fondé des espoirs sur François Fillon. D’autres qu’après son entrevue dont le contenu est gardé secret avec l’actuel candidat du parti « Les Républicains », il n’a pas obtenu ce qu’il désirait. Et comme toujours lorsqu’on garde un secret sur quelque chose on ouvre la porte à toutes les supputations même les plus regrettables. Désirait-il qu’on lui réservât un ministère ? Souhait-il que dés maintenant soit négociée une distribution des circonscriptions électorales afin de regonfler son parti, le MoDem ? Espérait-il qu’une réforme de la constitution allait transformer le mode d’élection des députés de scrutin majoritaire à scrutin proportionnel (ce qui selon beaucoup, serait la fin de la conception de la cinquième République) ? On ne sait ! Ce qui est le plus vraisemblable, et n’en déplaise à ses inconditionnels, c’est que le maire de Pau a pris la mesure d’un très probable échec (à moins de 5% des électeurs, pas de remboursement des frais de campagne) et qu’il s’est résigné. Cela résulte plus d’un certain réalisme, d’un dépit diront d’autres, que d’un véritable courage. Cependant en politique il faut tout faire pour continuer à exister.

Mais pourquoi diable, François Bayrou a-t-il choisi d’offrir ses services à Emmanuel Macron et pas à un autre ? Là encore, on se perd en hypothèses. C’est celui qui, selon les sondages actuels, arrive en tête de cette élection présidentielle. C’est donc celui sur qui les projecteurs sont braqués. Cela ne durera peut-être pas. Ainsi proposer une alliance ne signifie pas se soumettre mais plutôt se réserver la possibilité de faire valoir son point de vue. Macron a su dire qu’il n’était ni de droite ni de gauche en spécifiant par la suite qu’il était à la fois de droite et de gauche. Ce positionnement a dû convenir à l’édile palois qui est centriste. Pour autant rien ne permet de dire qu’il se reconnaît dans les propositions de l’ancien ministre de l’économie, il l’avait d’ailleurs clairement dit lors d’interviews antérieures en laissant entendre que celui-ci appartenait aux puissances financières. On ne sait ; et pour beaucoup, sauf pour ceux qui disent avoir trouvé là une logique, il y a là encore une incertitude, une imprécision.

Mais cette campagne, outre ce qui vient d’être écrit, revêt un caractère bien particulier. On peut facilement parler d’une sale campagne où tout semble pollué. Les candidats qui sont dans le collimateur de la justice, comme Fillon et Le Pen, n’hésitent pas à parler de quasi guerre civile ou à menacer de représailles les fonctionnaires actuellement aux ordres. C’est bien connu, la justice de la même façon que les fonctionnaires sont des suppôts du pouvoir en place et lorsqu’on est sous la menace de son autorité il est tentant de la critiquer et de dénier son rôle et sa fonction. Tout cela ne sent pas bon et permet de douter des capacités de ces contempteurs à devenir le gardien des institutions. Ce n’est en effet pas en vouant celles-ci aux gémonies qu’on valorise leur fonction. Pour toutes ces attitudes les électeurs sont hésitants et jamais à l’occasion d’une élection présidentielle, qui reste l’élection fétiche des Français, les sondeurs n’avaient enregistré une si forte probabilité d’abstentions. Cela ne veut pas dire qu’ils se désintéressent de la politique mais qu’à force de ne pas comprendre, ils sont déphasés et ne parviennent plus à faire un choix. Alors sont édités des livres comme celui que je suis en train de lire actuellement avec beaucoup d’intérêt : « Plus rien à faire, plus rien à foutre. La vraie crise de la Démocratie *» de Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos. Il se livre avec le regard neutre du sondeur à une analyse des motifs qui éloignent un nombre grandissant de Français de la classe politique actuelle et ébranle notre démocratie. Il y parle de la possible moralisation du monde politique au sens kantien du terme : le désintéressement. Nous n’y sommes pas encore.

Oui, nous les Béarnais – Palois, sommes un peu plus concernés en ce sens où François Bayrou bien qu’ayant abandonné l’idée d’être candidat, veut jouer un rôle dans la vie politique nationale. Les lecteurs d’Alternatives Pyrénées ont répondu de façon indiscutable au sondage de la semaine en disant que ce retrait sera sans conséquence pour Pau et le Béarn. Significatif non ?

Pau, le 1 mars 2017
par Joël Braud

*« Plus rien à faire, plus rien à foutre. La vraie crise de la démocratie » par Brice Teinturier aux éditions Robert Lafon – 198 pages – 18 €

J’ai mal

imagesJ’ai mal à mon pays. Pour plusieurs raisons.

Il en est une qui est hélas constante : la dégradation de nos paysages (voir par exemple les plaies causées par l’autoroute A 63 à proximité de notre côte).  Mais la première raison en ce moment tient à l’image désastreuse que la conduite et l’obstination de M. Fillon donnent de la France, un pays que bien des observateurs étrangers considèrent à peine plus honnête et sérieux qu’une république bananière. Faut-il s’étonner que les taux auxquels nous empruntons soient sensiblement plus élevés que ceux supportés par l’Allemagne ? Comment donner confiance dans les contrats que nous signons, dans les produits que nous exportons si les gens d’ici soutiennent un candidat aux plus hautes fonctions de la nation qui n’est pas plus fiable ? Il y a longtemps que les pays du nord de l’Europe auraient exigé d’un tel candidat qu’il se retire.

La perte de confiance de son électorat n’est pas due à un complot ou à un acharnement, mais à une accumulation de faits troublants qu’il a lui-même créés. Il présente des excuses tout en affirmant qu’il n’a rien fait de répréhensible ! Hélas, son plus probant témoin à charge est sa femme elle-même. Il veut donner l’image d’un mari aimant, mais tout laisse à penser qu’il n’avait pas mis clairement au courant son épouse de son engagement comme attaché parlementaire, la plaçant ainsi en une position fâcheuse. Il se pourrait aussi qu’il n’ait pas rendu service à la carrière de ses enfants en les embauchant dans de telles conditions et en trempant avec son cabinet d’affaires dans des accointances douteuses pour un responsable politique.

Même si les Français manquaient totalement de sens moral, ce que je ne veux pas me résoudre à croire, ils ne pourraient que constater les faiblesses des roueries de M. Fillon. Pour ne prendre qu’un exemple,  ils ne peuvent que mesurer la contradiction entre les premières déclarations de M. Fillon, demandant à être rapidement jugé et les dernières récusations du Pôle national financier  par ses avocats. Certes deux semaines se sont écoulées dans l’intervalle ; mais peut-on penser que M. Poutine ou M. Trump ne profiteraient pas d’un tel délai dans la défense des positions de la France si par malheur elle devait être la responsabilité d’un tel maladroit ?

Hélas, cette situation n’est pas la seule à me faire souffrir. Constater que le pays ne résorbe pas le chômage comme il le faudrait, observer que le redressement des finances publiques est aussi timide et incertain ne peut que m’inquiéter (et inquiète la Cour des Comptes). Et que penser des sommes perdues avec l’écotaxe en raison de la pusillanimité du gouvernement ? J’ose espérer que ce n’est pas irrémédiable, pas plus que la privatisation des autoroutes (vous étiez bien seul M. Bayrou à ne pas vouloir y consentir !). Et que l’abandon de pans entiers de notre économie en des mains étrangères ne se poursuivra pas. Mais comme il est difficile de nourrir de tels espoirs !

Paul Itaulog

Crédit image : paty-50. skyrock.com

Appel d’air

imgresCette campagne électorale fait apparaître bien des courants … d’air. Examinons-les en prenant nos distances pour ne pas attraper de mauvais germes.

Il est un des aspects de la campagne des primaires de la gauche socialiste qui ne semble pas avoir été particulièrement souligné. C’est le retentissement possible de l’annonce d’un revenu universel dans des pays où ce revenu mensuel correspond au revenu annuel d’une grande part de la population. On peut imaginer l’attrait qu’il peut représenter ! Il n’est que de voir le succès de cette proposition aux Comores et en Corse…Or, si la circulation des personnes n’est pas chose facile, surtout quand il faut traverser la Méditerranée sur un bateau de fortune, la circulation des informations est aisée et massive. La proposition risque donc de représenter un appel d’air en pleine crise migratoire. Et donc de diluer la part des migrants qui sont des réfugiés et qu’il faut accueillir par rapport à la part des migrants économiques.

Que la gauche se dote d’objectifs généreux n’a rien que de très normal. Mais elle aurait pu choisir la proposition de Martin Hirsh d’une couverture maladie universelle. Celle-ci est aussi attachée à la personne. Mais elle n’a pas de rapport direct avec le travail, alors que le travail reste pour beaucoup de Français une valeur qu’il ne faut pas dévaluer. De plus cette proposition de donner une complémentaire à tous serait d’après ses auteurs une source d’économies en évitant un double traitement administratif des actes médicaux, par la Sécurité sociale et les mutuelles. Ce dernier point reste à vérifier, mais on peut espérer que le directeur des hôpitaux de Paris parle en connaissance de cause.

Trouver des objectifs qui feraient consensus pour les femmes et les hommes de progrès serait bien utile pour éviter des vents glaciaux qui risquent de souffler sur les frondeurs qui ont eu la lourde responsabilité de dénigrer l’action gouvernementale. Abroger les « cadeaux offerts au patronat », comme ils semblent vouloir le faire risque fort de cristalliser des oppositions et d’alourdir le chômage, car ce sont les entrepreneurs qui créent les emplois. La gauche trouvera-t-elle des mesures propres à développer l’emploi, quitte à contrôler l’usage fait des sommes versées ?

A droite, c’est une tornade qui déferle. Elle laissera des traces, car parler de complot, qualifier d’officines le Haut Comité pour la transparence de la vie politique ainsi que le Parquet Financier National n’est pas un moyen de rehausser l’exigence de probité de nos concitoyens. S’appuyer sur des larmes et la sensiblerie est nier la force de la vérité. Et c’est faire injure à notre intelligence que de dire que les médias s’en prennent à Madame Fillon. Le responsable est Monsieur Fillon. C’est lui qui a fourni ces emplois. Il l’a d’ailleurs reconnu pour ce qui concerne ses enfants. Il serait temps qu’il reconnaisse qu’il nuit à son parti et au pays en s’accrochant à sa candidature.

Cet affaiblissement représente un appel d’air pour le centre (et aussi l’extrême droite, même si elle est aussi engluée dans des affaires semblables). François Bayrou le sent bien, et son livre tombe à point nommé. Qu’il saisisse l’occasion pour donner de la résonance à ses convictions et à ses idées est légitime. Il faudra revenir sur les concepts qu’il a présentés (l’incorporation plutôt que l’assimilation ou le communautarisme, par exemple). Mais il faudra aussi rappeler qu’il reste encore beaucoup à faire pour la ville et la région. C’est notre rôle.

Paul Itaulog

P.S. Pour réfléchir et s’informer sur le revenu universel on pourra consulter :

O. Le Naire et C. Lebon, Le revenu de base : une idée qui pourrait changer nos vies, Actes Sud
S. Ackerman, M. Allaluf, J.-M. Harribey et D. Zamora, Contre l’allocation universelle, Ed Lux
J. Dourgnon, Le revenu universel. Pourquoi, Comment ? Les Petits Matins
M. De Basquiat, G. Koenig, Liber, un revenu de liberté pour tous : une proposition d’impôt négatif, Editions de l’onde/ Génération libre.
J.-M. Ferry, L’allocation universelle : pour un revenu de citoyenneté, ed. Lexio