Non, Pau n’est pas vouée à une mort certaine mais à une autre vie !

capture Gv 4 avrBeaucoup de réflexions, sur notre site, illustrent les préoccupations sur l’avenir de notre ville. En fait, l’inquiétude porte surtout sur la partie historique qui se vide de ses habitants et de ses activités.

Si la recherche des causes peut être approchée, non exhaustivement d’ailleurs, le but ne doit pas être un retour en arrière car tout change ; la solution, pour le futur, est encore plus complexe car imprévisible. L’évolution de la société telle qu’on peut l’imaginer, en écoutant ou en lisant, entre autres, les conférences et ouvrages de Joël de Rosnay : «Comment vivrons-nous en 2050», «L’Entreprise du futur», «Surfer la vie»…, montre une telle révolution qui évolue exponentiellement, que les projets, surtout à moyenne échéance, doivent être menés avec la plus grande modération et précaution, avec un socle multipolaire pour être capable de changer de cap à tout instant, l’ubérisation est en marche dans tous les domaines, d’où l’opinion de prévoir une formation de base des décideurs très complète, très diversifiée, très créative.

Les constats actuels des futurs prétendants à cette ambition, pour la France, sont, pour l’instant, vraiment angoissants ; la lecture du rapport du concours d’entrée 2015 à l’ENA met en relief : pauvreté des idées, pensées stéréotypées, incapacité à prendre de la hauteur, absence de sens critique, conformisme…Et il n’y a pas que là !

 I°) En ce qui concerne les causes, Joël Braud en retenait 4 qui viennent aussitôt à l’esprit : centres commerciaux de la périphérie, impôts locaux trop élevés, les transports, la diversité très insuffisante des commerces dans le centre. En fait, la ville est vivante, c’est un écosystème évolutif où un grand nombre de causes interagissent. Certaines, jugées «mineures», peuvent avoir, associées à d’autres, des retombées inattendues.
La ville est-elle seulement le lieu d’un commerce florissant où l’on peut circuler sans problème ? Ce n’est vraiment pas certain !
Faisons quelques réflexions :
> Les grandes surfaces, à la périphérie, ont-elles été vraiment déterminantes pour faire fuir de façon centrifuge la population du centre ? En partie seulement, car, quand elles s’y sont positionnées, la migration centrifuge avait déjà largement commencé et était potentiellement amplifiable ; ces consommateurs déjà présents, associés à ceux des communes voisines, un terrain disponible et moins cher, ont été déterminants dans ce choix.

Finalement, les grandes surfaces ont-elles été la cause ou la conséquence ? Les deux mon général !

>Les impôts ? Les gens ne se logeraient pas en ville car les impôts sont trop élevés.
L’évolution du niveau de vie, la pollution croissante, la recherche de calme, de nature, le développement d’un modèle social individualiste,… ont entraîné une classe moyenne à choisir un lieu permettant d’avoir une ou plusieurs voitures, une piscine, un jardin, un pavillon individuel, une vue reposante sur les Pyrénées,…. Une ségrégation sociale s’est alors constituée avec une classe moyenne aisée à l’extérieur, plus modeste dans les immeubles de la proche périphérie, ceux en difficulté financière restant au centre-ville.
Ceci devrait transformer complètement l’illogisme qui consiste à imposer davantage des populations peu fortunées au centre et moins des plus aisées à la périphérie, d’autant plus que l’avantage ancien d’être en ville, est devenu inconvénients multiples maintenant : c’est la double peine !
Bien sûr, la généralité a ses exceptions ; des personnes en difficulté vivent en périphérie, le centre-ville a toujours ses immeubles occupés par des propriétaires fortunés ; des quartiers, jadis prisés des anglais, ont des villas bourgeoises. La population, «à l’aise», peut payer des impôts plus élevés du fait de son niveau de vie ; elle reste, et ne souhaite pas cette animation commerciale souhaitée car ceci s’accompagne de l’intensification du bruit, de la circulation….

>En ce qui concerne le transport et la difficulté de circuler, je trouve que le problème n’est pas dissociable de trois phénomènes :

  • Le mythe du temps perdu et de la nécessaire immédiateté. On ne peut pas supporter de ne pas être arrivé avant d’être parti  ! Cyria Emelianoff appelle cela :
    « le temps de l’impatience économique ».
  • L’individualisme est tel qu’on ne peut plus concevoir que quelqu’un d’autre ait besoin d’utiliser une voiture et fasse obstacle à «sa» circulation où à «sa» possibilité de garer.
    D’où l’insatisfaction et la critique permanentes des usagers.
  • Plus grave ! Le fait de marcher est devenu inconcevable ; il faut une place de parking ou un arrêt de bus à côté de ses préoccupations du moment !

Avec ses très nombreux parkings souterrains, ses nombreuses lignes de bus, l’utilisateur allochtone et autochtone, non atteint par cette «néo-pathologie» du temps, doit pouvoir faire face à ses contraintes de déplacement, à ses besoins d’exercices et d’oxygénation, bons pour le mental (souvent en péril !): 2.000 pas supplémentaires par jour réduisent les risques cardiovasculaires, c’est à peu près 20 minutes de marche à un rythme modéré, le temps qui serait donc souhaitable à tous pour atteindre son bus préféré !
Pour moi, l’erreur commise a été d’engager des dépenses considérables avec la BHNS (apprécions l’humour du jeu de mot, conscient ou inconscient, sur le terme «site propre»!) avant de mettre en place des parkings relais à l’arrivée des grands axes de pénétration, des navettes gratuites à circuits longs diversifiés, des pistes cyclables, de faire un parking souterrain locatif pour les résidents du quartier Verdun.
Débarrasser des voitures, la honte esthétique de Pau, on reconstituerait une partie de la Haute- Plante avec ses châtaigniers, arbres fruitiers, vignes et fleurs qui la couvraient au XVIème siècle ; un tout autre bonus pour l’attraction du quartier !

>Il faut aussi ajouter, car plus important qu’on ne le pense, l’évolution de la «Mode».
Alors qu’il y a une cinquantaine d’années, c’était la course des antiquaires et des sociétés immobilières, pour l’ancien, que les fermes étaient pillées de leurs trésors : vaisselier, lits anciens…, que les vieilles bâtisses étaient recherchées pour être rénovées, maintenant c’est l’effondrement des cours ! C’est la culture de l’éphémère et du transitoire ; les meubles Ikéa font fureur ! Tout cela ne laisse pas la ville intacte.
Cette culture imprègne jusqu’au bâti. Une autre ville émerge dont«l’architecture et les projets d’urbanisme se font jetables», les délais de péremption et l’obsolescence sont courts. Les exemples, à Pau sont nombreux dans l’architecture des grandes surfaces, magasins périphériques, médiathèque, zones commerciales, artisanales et industrielles, les banques, les panneaux publicitaires, Zénith, SDIS 18, etc. F.Bayrou, dans le vent de la modernité, avait initié en 2000, le nouvel hôtel de département en contrebas du château : la pyramide du Louvre paloise !
«La ville d’aujourd’hui n’appelle que son renouvellement perpétuel»
Cyria Emelianoff.
Rénover un immeuble d’habitation dans le centre historique ou construire une villa moderne sur les coteaux du Sud de Pau, avec vue sur les Pyrénées, il n’y a plus d’hésitation pour celui qui a de l’argent !

>A tout cela s’ajoute le raccourcissement des cycles électoraux. Le temps politique se réduit, tout comme le temps des individus. Cette course contre la montre conduit à différer l’indispensable car «trop long» à réaliser, non rentable électoralement, ou à prendre des décisions sans réflexions ni enquêtes sérieuses préalables.

On ne parle plus de projet, on évoque des échéances.

2°)En ce qui concerne les solutions, je n’aurai pas la prétention, n’étant pas Mme Soleil, de les donner ; tout juste quelques pistes :

  • Rénover le patrimoine historique de la ville, par le privé ou le public (Région, Etat, Europe), suivant les directives et les exigences des architectes des monuments historiques (tourisme, centre culturel à développer…).
  • Favoriser l’association symbiotique entre le patrimoine universitaire et les nouvelles technologies. Les start-up de quelques personnes, les artisans du numérique, les entreprises unipersonnelles connectées à l’écosystème numérique…, vont être les artisans de l’avenir ; ils n’ont pas besoin de beaucoup de place pour habiter, travailler, s’instruire, correspondre ; une politique de réhabilitation et d’aménagement du centre-ville, innovante et attractive (imposition très allégée), pourrait favoriser une dynamique de repeuplement familial et professionnel associant la marge du centre historique et la fonctionnalité adaptée au modernisme.
    • Pour le commerce, construire dans un espace proche du centre-ville : parc des expositions, dans un écoquartier près de la gare…, une tour maraîchère comme à Romainville en Seine Saint Denis. En collaboration avec les nombreux maraîchers et éleveurs bios béarnais, les AMAPS, les coopératives circuits courts comme, entre autres, car en pleine extension, Otsokop qui se monte en Pays Basque avec des producteurs du Pays Basque, du Sud des Landes et de la Navarre, les Palois et les autres, l’hôpital, cliniques, resto U, resto d’entreprises, écoles… trouveraient le marché «super» où se ravitailler à proximité grâce à un stand sur place, au marché des halles, et des ventes itinérantes, une fois par semaine par exemple, place Verdun, place Clemenceau et «ailleurs si affinité».
    Ce modèle d’autogestion permet de définir des marges basses tout en payant un prix juste aux producteurs, ce qui garantit à ses membres des produits frais, sains et savoureux, à des prix bien moins chers qu’en grande distribution.

L’adaptation de la ville à l’évolution de la société est un problème tellement complexe qu’il ne peut plus rester entre les mains des «Y a qu’à», des seules bonnes volontés, des intérêts particuliers et des politiques langagières. Elle doit être pensée en fonction des nouvelles contraintes et adaptée aux nouvelles exigences.

A quand une «Mairie intelligente 4.0.», hyper-connectée ?

  – par Georges Vallet

 crédits photos : lineoz.net

Réflexions à partir de réflexions

imgresUn des derniers articles parus dans Alternatives Pyrénées porte le titre de « Démocratie à la française » il est signé de Daniel Sango. Il y est question de la gestion par les élus de certaines collectivités territoriales et principalement des Régions. L’auteur y fustige avec son style direct, le comportement de ceux qui n’ont d’autre ambition que d’être ré-élus. Le forum consacré à cette publication est particulièrement dense et comporte des réflexions d’un haut niveau. En premier lieu celle de M. Georges Vallet qui, me semble-t-il pose les questions fondamentales.

 Permettez donc M. Vallet, que conformément à un usage je cite vos phrases. Vous écrivez :

     – Les constats, répétés régulièrement, sont connus et partagés par la plupart des citoyens.

Il est exact de dire que ces constats sont répétés régulièrement, mais à mon avis, ils ne sont pas connus et partagés par la plupart des citoyens comme vous l’affirmez. Récemment je me trouvais en compagnie de différentes personnes que l’opinion situe généralement dans les classes moyennes, voire aisées et plutôt au fait de l’actualité. Il y avait là pour être plus précis, des médecins, des dentistes, des notaires, des fonctionnaires de la catégorie A.  Peu d’entre eux savaient ce qu’est la loi NOTRe. Peu d’entre eux savaient ce qu’est la compétence générale. Aucun ne savait à quelle date sont programmées les élections régionales et leur mode de scrutin. Une très faible minorité savait que le nombre des régions devait passer de 22 à 13. Je pourrais ainsi citer d’autres exemples de ces manques de connaissances. Ces gens réputés être informés le sont sans doute davantage que d’autres électeurs n’ayant pas un accès aussi facile  à l’actualité politique. Et pourtant tous votent ce qui est la règle démocratique et il faut s’en réjouir.

       – Pour avancer il faut aller au-delà. J’entends par proposition, non pas ce qu’il faudrait faire mais comment le faire !

Tout à fait d’accord avec vous. Mais la première démarche n’est-elle pas d’informer, de dire et de redire que le comportement des politiques qui promettent, s’engagent et ne tiennent ni leurs promesses ni leurs engagements doit être dénoncé. On peut, et sans doute doit-on, être des utopistes et imaginer que ces écrits polémiques, certes, ont une utilité dans la mesure où ils décilleront (dessilleront) les yeux des électeurs et éclaireront leurs choix. Le premier principe est certainement de se faire entendre par des écrits mais également par des participations à des réunions ou colloques. Le pire serait de se taire, de ne rien écrire et de se fondre dans la masse des indifférents qui ne se soucient que de leur confort personnel. Ces citoyens à courte vue sont ceux qui ont décidé que s’abstenir de voter était une réponse. C’est certainement l’attitude qu’il ne faut pas adopter car elle résulte d’un découragement.

     – Les propositions évoquées visent-elles à promouvoir une révolution ? En France, on sait faire, mais cela ne me semble pas un investissement à conseiller !

Alors que faire ? Nous avons maintenant une certitude c’est que les politiques sont conscients du sentiment de rejet que leur comportement est en train d’entraîner dans l’opinion publique. Pour autant il n’est pas raisonnable de fustiger tous les élus de la même manière, certains ont le sens de l’Etat, il serait souhaitable qu’ils soient plus nombreux. Pour ma part, je considère, vous le dites également, que la décentralisation doit être repensée et que l’autorité de l’Etat est actuellement insuffisante pour permettre une réforme de nos institutions. Sommes-nous des révolutionnaires ?

Que nous reste-t-il ? Sinon dénoncer, répéter pour convaincre et cela sans se décourager.

En tout cas Merci M. Vallet pour vos réflexions qui enrichissent notre publication.

Débattre c’est prendre le risque de changer d’avis. (Raymond Aron)

 

Pau, le 21 août 2015

Par Joël Braud