Sur le bord de la route

Une partie des gilets jaunes va rester, déterminée. C’est son affaire, dans la mesure où elle n’occasionne pas de gêne pour le pays (mais est-ce possible : rien que le tourisme et l’image de la France vont se trouver marqués pour une longue période). Penchons-nous ici sur des catégories de Français qui ont été abandonnées au bord de la route. Faut-il les oublier ?

Ces Français sont nombreux et ce sont les plus faibles de notre société : les travailleurs qui gagnent moins que le smic parce que leur emploi est précaire ou intermittent, les retraités qui voient leur retraite revalorisée de 0,3% alors que l’inflation est à 2,3%, les fonctionnaires qui subissent aussi une érosion de leur pouvoir d’achat. Les agriculteurs forment aussi une catégorie professionnelle de plus en plus déclassée, au moins pour ceux qui ne se sont pas tournés vers une production industrielle.

Les mesures annoncées par M. Macron ne sont pas vides, mais elles ne peuvent répondre à la colère qui s’est manifestée. Des gestes d’apaisement auraient dû être faits, et bien plus tôt. Le principal aurait dû consister à donner la totalité de la taxe carbone à la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution. Mais il est des gestes de moindre portée qui auraient eu un impact. Par exemple, pour calmer la grogne contre les amendes infligées par les radars. Si la revendication n’est guère mise en avant, la mise hors service de la moitié des radars est éloquente (et 95% dans le Puy de Dôme tandis que le Cantal n’en dispose plus que d’un !). Un geste de mansuétude limité aux excès de vitesse compris entre 80kmh et 90kmh pour la période de juillet à décembre 2018 ne pourrait être interprété comme un abandon de l’objectif de réduction de la mortalité routière. Il serait apprécié comme une mesure de compréhension pour une adaptation difficile. Je précise que je ne préconise pas cette mesure pour des raisons personnelles car je ne crois pas être dans le cas évoqué.

Une autre mesure d’ordre psychologique concerne le sentiment d’injustice face aux grandes disparités de revenus. Il n’a pas été calmé car les tranches de la population les plus aisées sont restées épargnées par la bourrasque. Une taxation des recettes des entreprises qui croîtrait avec la proportion des bénéfices versés en dividendes aurait calmé le jeu et aurait rapporté plus que le rétablissement de l’ISF puisque 51 milliards de dividendes ont été versés l’an passé. A l’inverse, un bonus pourrait être accordé aux entreprises qui embauchent ; les finances publiques s’y retrouveraient, les indemnités pour le chômage se trouvant allégées. A cet égard, la transformation du CICE en baisse de charge pérenne n’est pas cohérente avec la volonté affichée d’évaluer les résultats des réformes entreprises.

Quant à la défiscalisation des heures supplémentaires, elle est non seulement nuisible pour le budget de la nation, mais aussi nuisible pour l’emploi, car le recours massif aux heures supplémentaires peut faire obstacle au recrutement. Seules certaines branches soumises à des aléas devraient bénéficier d’un tel allègement.

Je n’ai pas reçu de contradiction à l’idée que j’ai lancée de jouer sur l’année blanche en 2018. Un report de l’application de la retenue à la source permettrait pourtant une taxation normale des revenus financiers pour 2018 au lieu d’une taxation réduite qui peut être choquante pour les contribuables qui paient leur part entière. Mais, pour être honnête, je dois reconnaître que les revenus financiers seront taxés deux fois en 2019. Pourquoi cela n’a-t-il pas été objecté à ceux qui exigent que l’on fasse payer les riches ? Décidément, la communication de l’exécutif n’est pas au point. Et malheureusement, il n’y a pas que la communication. Il y a aussi l’attention et la direction. Admettons que c’est difficile lorsque l’on n’a pas eu soi-même l’expérience de « manger de la vache enragée » et que l’on doit traiter des problèmes des nations. Mais c’est pour cela qu’il n’aurait pas fallu gouverner seul et repousser les offres de dialogue.

Jean-Paul Penot

PS On pourra lire avec profit l’entretien du sociologue Alexis Spire dans Télérama du 15 au 21 décembre.et le livre de Nicolas Delalande « Les batailles de l’impôt. Consentement et résistance de 1789 à nos jours (éd. Le Seuil).

Après le FRIC, le RIC

    Ainsi donc Macron a largement cédé aux revendications des gilets jaunes, mettant la France dans une situation financière encore plus inextricable. Mais fort logiquement, les plus politisés, les plus irréalistes, les plus excités, restent mobilisés.

Les interview des gilets jaunes sur les giratoires ont montré des revendications tous azimuts, avec souvent la volonté de se montrer apolitiques. Pourtant, le sondage ELABE du 28/11/2018 indique au contraire une politisation majoritaire vers l’extrême droite et l’extrême gauche :

« D’un point de vue politique, les écarts sont très nets. Le taux de personnes se déclarant « gilets jaunes » est très élevé auprès des électeurs de 1er tour de Marine Le Pen (42%). Il atteint 20% auprès des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 18% auprès des abstentionnistes, 16% auprès de ceux de François Fillon et seulement 5% auprès de ceux d’Emmanuel Macron. »

Et après la satisfaction des principales revendications des « modérés » on voit maintenant la revendication évoluer, les gilets deviennent rouge.

Ils ne font pas de politique mais c’est le RIC qui alimente les discussions de ceux qui tournent en rond

Référendum d’Initiative Citoyenne, démarche d’inspiration mélenchoniste qui remet en question notre fonctionnement démocratique actuel (voir le flyer des gilets rouges en PJ)

On a aussi souvent entendu la 6éme république, l’assemblée constituante, les refrains de l’extrême gauche et bien d’autres revendications que l’on peut voir sur les sites facebook des plus politisés.

Au delà de cette volonté encore ratée de convergence des luttes dont rêvent nos extrémistes, il est calamiteux de voir que nos gilets rouges n’ont aucune proposition sérieuse pour traiter les deux problèmes majeurs de notre pays : le chômage et la fin de notre monde, en commençant par le réchauffement climatique.

Pauvre France !

Daniel Sango

RIC, flyer cliquer sur   RIC

Crédit Photo : Sud Ouest, péage Pau

« Il faut savoir arrêter une grève ! »

« Il faut savoir arrêter une grève ! », cette formule a été employée par Maurice Thorez, le secrétaire général du Parti Communiste, en 1936. C’étaient les accords de Matignon, les syndicats avaient obtenu la reconnaissance du droit syndical, l’institution de contrats collectifs de travail, de délégués du personnel ; la semaine de 40 heures, des congés payés de deux semaines, une augmentation de salaires de 7 à 15%. L’arrêt du mouvement n’avait pas été si facile et les dirigeants du PCF et de leur courroie de transmission, la CGT, avaient été contestés violemment sur leur gauche. Pour la petite histoire la formule a été reprise par Nicolas Sarkozy puis par François Hollande.

Elle s’applique désormais aux gilets jaunes. Il ne s’agit pas d’une de ces injonctions brutales de journalistes ou de commentateurs qui ne font que mettre de l’huile sur le feu et dont la légitimité a été bien écornée par le conflit. Il s’agit d’examiner les intérêts des uns et des autres. Le succès des Gilets Jaunes, est considérable, sur le plan quantitatif comme qualitatif. Qui aurait pu croire, au début du mouvement, qu’ils auraient pu obtenir l’annulation de la hausse du gas-oil et plus de 10 milliards d’aides concrètes notamment ces 100 euros qui mettront du beurre dans les épinards des plus démunis dans une période cruciale : noël ? Bien sûr on peut faire et plus et c’est le cas de nos voisins espagnols qui eux ont augmenté le SMIC de 22%. Mais la barre « taboue » des 3% de déficit du PIB sera dépassée et Bruxelles a promis de ne rien dire. Cela n’est pas rien ! Comme l’autocritique présidentielle n’est pas à prendre à la légère non plus.

Ce succès se concrétisera quand les barrages seront levés et que se seront tus les mots d’ordres irresponsables : ces appels à manifester dans un contexte dangereux et dramatique par ailleurs. On sait que ça n’est pas facile de se quitter. De rompre un lien social nouveau. Ces barbecues sympathiques. Ces thermos de café qui circulent. Ces amitiés nouvelles mais éphémères. Ces utopies passionnées. Il y a dans tout mouvement social, une dimension affective forte que l’on ne peut mesurer que si on l’a connue de l’intérieur. C’est dur de se quitter d’autant que certains, les plus actifs souvent, diront qu’il reste beaucoup à faire et que les objectifs n’ont pas été atteints. Dans ce cas, un repli n’est pas déshonorant, au contraire, au regard de ce qui a été acquis. Personne ou presque n’avait souhaité d’insurrections mais la satisfaction d’un certain nombre de revendications et un autre style de gouvernance. Dans le premier cas elles l’ont été, dans le second cas les gilets ont obtenu des promesses.

Seront-elles tenues, ces promesses ? Cela passe par une réponse politique et par un changement de gouvernement. Edouard Philippe incarne un style honni : celui d’une autorité technocratique ; droit dans ses bottes, fermé à la négociation, ressenti comme autiste. Il est entouré d’hommes et de femmes qui ne se sont guère distingués par leur empathie ; les députés la REM se montrant incapables de porter un message convaincant. Peut-être Philippe portait-il la pensée présidentielle… la Vème est ainsi faite que le premier ministre est une sorte de fusible qui parfois grille pour préserver le boss… Mais qui désormais ? C’est une question cruciale : quelqu’un de plus souple, de plus empathique ; avec autour de lui des ministres à l’écoute, modestes. Des noms circulent… pour certains ils ne sont pas très loin de chez nous.

Il y aura beaucoup à retenir de ce mouvement : sa rapide extension et sa diffusion horizontale qui met les organisations traditionnelles au rayon des objets superflus désormais : les syndicats sur lesquels on a durement frappé mais aussi les élus de base découragés, les associations attaquées dans leur financement –comme c’est le cas à Pau. Toutes ces « machines » à réguler les demandes, à refroidir les colères sont à reconstruire et ce ne sera pas rien. Elles sont indispensables.

La crédibilité journalistique en aura pris aussi un rude coup. La position de beaucoup d’entre eux, souvent proche de la gauche, hostiles au mouvement a surpris et dans l’ensemble ils ont été honnis par le mouvement. La surprise aussi est venue des « banlieues » qui, à part une infime minorité de casseurs, ne sont pas mêlées à cette protestation. Elles se sont tues, comme si elles n’étaient pas concernées alors qu’elles le sont objectivement et qu’elles peuvent être violentes ; elles l’ont montré par le passé. Leurs protestations seraient-elles devenues strictement endogènes ? Se situent-elles désormais dans un autre monde ?

Les anthropologues, les sociologues devront étudier le fonctionnement, le « mode opératoire », les conséquences « morales » d’un conflit unique dans l’histoire de France pour l’analyser et en prévenir d’autres de ce type. Car, à l’anathème la compréhension est préférable.

Pierre Vidal

 

Image: Le Cri d’Edvard Munch (photo dr)

Ils nous détestent donc tant que ça !

Ils nous détestent donc tant que ça ! Cette phrase dans la bouche d’un « dirigeant » pour reprendre le terme de Macron, en dit long sur ce fossé à la profondeur abyssale qui sépare le peuple français de ceux qui sont en responsabilité au plan national. Ils savaient bien, les politiques, que leur popularité n’était pas au zénith, mais ils n’imaginaient pas que le rejet se situait à ce niveau. Ils viennent d’en prendre conscience à l’occasion des manifestations de gilets jaunes.

Cette phrase est d’autant plus percutante qu’elle traduit l’incompréhension d’un soulèvement, diront certains, d’une insurrection, diront d’autres. Ce sont des gens ordinaires, des gens du quotidien et pas des militants qui sont descendus dans la rue. Il est passé le temps d’analyser les motifs de ce ras-le-bol. Le fait est là, une grande colère, contenue depuis longtemps, s’exprime avec tant et trop de violence. Il ne faut pas la confondre avec un banal mouvement social. Elle est d’une autre envergure, peut-être un monde qui s’émiette.

Ceux qui sont visés par cette colère sont ceux qui n’ont pas compris cette souffrance qui, maintenant, se transforme en rage. Il y a d’abord les politiques de tous bords de tous niveaux, les syndicats considérés comme acquis au pouvoir en place et faisant partie de la même engeance, il y a les médias qui sont passés du rôle de contre-pouvoir à celui d’auxiliaire du ou des pouvoirs en place. Ils veulent être entendus et n’acceptent plus d’être laissés sur le bord du chemin. En réalité le dégagisme ne s’est pas arrêté à l’élection de Macron.

Les revendications qui foisonnent, paraissent pour certaines complètement utopistes, mais après tout ne faut-il pas mettre une dose d’utopie, d’illusion ? C’est la loi du genre. Il est étonnant de voir certains maires, qui se disent être des élus de proximité, ouvrir dans les mairies des cahiers de doléances pour recueillir les diverses revendications. Ces édiles proches du peuple ou revendiqués comme tels ne savaient donc pas qu’il y avait un tel malaise et que tout cela devait un jour ou l’autre exploser. Seraient-ils eux aussi, devenus autistes parce qu’enfermés dans leur tour d’ivoire. Il faudra leur appendre à pratiquer l’écoute de leurs concitoyens.

Parce que de l’écoute, il y en a de moins en moins. Au delà des comportements dénoncés, il y a sans aucun doute ce que l’on appelle maintenant la dématérialisation des relations humaines. A force de vouloir imposer, sous prétexte de simplification, le recours systématique aux communications par l’informatique, on a fini par déshumaniser le système. Combien de temps maintenant pour obtenir une carte grise, une carte d’identité, un passeport ou tout autre document officiel. Plus longtemps en tout cas qu’à l’époque où on était reçu par un fonctionnaire. Pourquoi, les banques qui vous font payer de plus en plus cher la gestion de vos comptes suppriment-elles des agences et dans celles qui restent, suppriment-elles les guichets d’accueil ? En plus de ces revendications portant sur le pouvoir d’achat, n’y aurait-il pas également cette forme de déshumanisation.

Actuellement, il n’y a pas en face de Macron d’alternatives crédibles. Le président de la République a reconnu, il y a quelque temps ne pas avoir réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants. Il lui appartient, de façon urgente, de faire en sorte que tout soit entrepris pour un réconciliation entre le peuple et ses gouvernants. La démocratie est à ce prix.

Pau, le 10 décembre 2018

par Joël Braud

Image : Le cri de Bernard Buffet

Etat d’urgence, mesures d’urgence ?

L’urgence est palpable. Le pays a peur. Les affrontements ont déjà fait quatre morts et plusieurs centaines de victimes. Le second personnage de l’Etat déclare « Il faut sauver la République ». Loin de moi la volonté de jeter de l’huile sur le feu. Bien au contraire je pense que cet appel est exagéré s’agissant du Sénat et que l’embrasement des lycéens relève de la contagion et non de l’urgence. Mais, même s’il reste à perfectionner le fonctionnement de parcoursup, il n’y a pas de quoi perdre un œil ou une main. Cependant, il y a urgence à apaiser le pays et à restaurer son image.

Comme beaucoup, je pense qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Il vaut mieux filtrer que bastonner et lancer des grenades lacrymogènes. Les gilets jaunes eux-mêmes ne peuvent refuser qu’on les sépare des casseurs venus pour vandaliser, voire blesser ou tuer ; c’est leur intérêt devant l’opinion. Celle-ci ne verra sans doute pas d’inconvénient à ce que pour une journée et une nuit ces opérations de filtrage et de fouille soient menées. Le pays a connu ces dernières années des périodes d’état d’urgence bien plus étendues. Que l’armée monte la garde devant les lieux marquants de nos institutions s’ils sont menacés et que cela permette de libérer la police pour de véritables actions de maintien de l’ordre (qui ne sont pas du rôle de l’armée, c’est entendu) ne serait pas considéré par la majorité des citoyens comme une menace sur nos libertés. Et si cela permet d’éviter l’exaspération des forces de police et des manifestants, tant mieux.

Mais l’apaisement est à trouver ailleurs. Il serait venu bien plus sûrement si l’exécutif n’avait pas distillé au compte-gouttes ses concessions et s’il l’avait fait plus tôt. Maintenant il ne lui reste que peu de munitions.

D’autant que la colère est diffuse et tient à de multiples facteurs, le moindre n’étant pas l’exaspération de n’être pas considéré. Mais il y en a bien d’autres, exprimés ouvertement ou non : la difficulté de boucler les fins de mois pour les plus pauvres, la frustration devant les tentations de la société de consommation, l’impossibilité de se munir d’un véhicule ou de le renouveler, la grogne devant la multiplication des amendes ou les limitations de vitesse, l’indignation contre des revenus « dingues » de grands patrons. Il faudrait des centaines de voitures électriques offertes aux communes isolées pour que M. Carlos Ghosn fasse oublier ses faramineux émoluments. Il y aurait-là cependant matière à développer une solidarité qui se manifeste ici ou là.

La promesse d’une remise à plat de la fiscalité reste le principal élément à mettre en jeu pour que la crise ne s’aggrave pas. Mais elle prendra du temps. Et le refus par M. Macron de revenir sur l’abrogation partielle de l’ISF ne va pas faciliter les choses. Il lui reste cependant une possibilité qui lui permettrait de ne pas trop se déjuger : abandonner, au moins provisoirement, la mise en place du prélèvement de l’impôt à la source. Cette mesure pénalise les entreprises, surtout les petites, et inquiète les personnes qui emploient des aides ménagères ou de santé. Personne n’a encore vu en quoi la charge de fonctionnement du ministère des finances en serait soulagée (ce serait cependant logique). L’abandon pourrait être justifié par le constat que faire de 2018 une année blanche est inéquitable. Cet abandon, à l’inverse de l’abandon partiel de l’ISF, apporterait de l‘équité et donnerait un caractère social qui manque à la politique gouvernementale ou à son appréciation jusqu’ici (mettons à part le dédoublement des classes fréquentées par les enfants des secteurs défavorisés et la baisse de la taxe d’habitation). En effet, dans le dispositif prévu, les revenus financiers de 2018 sont moins taxés que lors des autres années. Cela apparaît comme un cadeau aux riches, même si ce n’en est pas un. A l’inverse, une personne ayant eu une perte d’emploi ou une baisse d’activité ou de revenus peut se sentir lésée par cette année blanche. Il en est de même pour les couples qui se sont mariés en 2018 et qui ne pourront bénéficier de la réduction d’impôt qu’apporte le bénéfice de deux parts. Un dispositif de lissage sur plusieurs années, en particulier pour l’ISF, permettrait un compromis raisonnable. Mais dans le contexte actuel, l’important serait que la mesure pourrait être annoncée pour l’immédiat et aurait un caractère apaisant.

Une autre menace est bien présente : le dérèglement climatique. Il faudra bien prendre le problème à bras le corps et de manière urgente. Ne remplissons pas les abris d’urgence, les hôpitaux et les prisons si nous pouvons éviter des désastres. Il y a mieux à faire.

Jean-Paul Penot

A Pau, les CRS retirent leurs casques

Plusieurs organes de presse, La République des Pyrénées, Sud Ouest, mais également Le Courrier picard et Huffpost, se sont fait l’écho de cette scène où, à Pau, on voit des policiers face à des manifestants, Gilets jaunes, retirer leur casque et être ensuite applaudis. Cette vidéo a fait le buzz. Mais que dire des interprétations qui s’en sont suivies ?

Cela se passait à proximité de la mairie de Pau et les forces de l’ordre avaient pour mission de protéger le bâtiment. Les manifestants avaient tenté de soulever la grille d’entrée et voulaient pénétrer à l’intérieur. A un moment les policiers, appuyés d’ailleurs par des gendarmes, se trouvent placés en barrage, face à un groupe de personnes dont le nombre est difficile à préciser. Cela se situe visiblement rue Saint Louis. Les Gilets Jaunes ne montrent aucun signe d’agressivité, alors d’une façon concertée, les policiers retirent leurs casques et sont immédiatement applaudis par les manifestants. Tout tient à la façon dont on peut interpréter ce geste

De la part des manifestants en premier lieu, qui, voyant dans ce comportement un signe de « connivence », ont laissé apparaître leur satisfaction par des applaudissements. On ne peut le leur reprocher, le signe était en effet évident qu’il ne devait pas avoir de violences entre les deux dispositifs. Cependant de là à considérer qu’il s’agit d’un geste de soutien, il y a un pas.

De la part des policiers ensuite qui, à la différence de ce que les journalistes affirment, ne sont pas des CRS (Compagnie Républicaine de Sécurité) mais des urbains. La nuance est d’importance dans la mesure où ces « urbains » sont ceux qui sont affectés en commissariat et exercent leur mission quotidienne au contact de leurs concitoyens, une police de proximité en quelque sorte. Si l’on regarde bien les images, derrière le premier rang des policiers se trouvent des gendarmes qui, eux, sont tête nue. L’ensemble de ces fonctionnaires sont missionnés pour maintenir l’ordre public et protéger les personnes et les biens. La conception première est que cela doit se passer dans le calme et que les heurts doivent être évités autant que cela est possible. Il ne s’agit pas a priori d’un affrontement, il n’y a pas face à face des ennemis.

Ces principes étant établis, il faut savoir que lors de cette manifestation à Pau, afin de détendre l’atmosphère, le commissaire de police, responsable du dispositif, est allé vers les manifestants et leur a proposé de faire retirer les casques à ses hommes dans la mesure où eux-même, les gilets jaunes, adopteraient un comportement calme et respectueux des règles. Ceux-ci ayant accepté le principe, les policiers ont retiré leurs casques. Jusqu’au moment où un œuf parti du côté des manifestants est venu atterrir sur les policiers. Ces derniers ont donc immédiatement remis leurs couvre-chef. Puis l’ambiance s’étant à nouveau détendue, les casques ont été retirés. Le casque ayant pour objet de se protéger des coups, toute une symbolique s’y rattache.

Il faut donc comprendre que ce geste interprété à tort comme une connivence par certains, comme une adhésion des policiers aux revendications des manifestants par d’autres, résulte davantage des circonstances que des convictions de chacun. Tout doit être entrepris pour éviter les violences et le comportement des policiers est arrivé à cette fin. Là était l’essentiel.

Ceci n’empêche pas les policiers d’avoir leurs convictions et éventuellement de placer un gilet jaune sur le tableau de bord de leurs voitures personnelles. Mais dans l’exercice de leur mission, cela ne doit en aucune manière transparaître. C’est ce qu’on appelle le devoir de réserve.

Pau, le 5 décembre 2018

par Joël Braud

Crédit photo : korens.com

« Le montant du SMIC ? Vous me posez une colle »

La députée La République En Marche de Paris Élise Fagjeles, interviewée sur CNews lundi matin face à deux manifestants qui lui reprochent d’être déconnectée du peuple.

Le premier gilet jaune :

– Avez-vous madame une idée de ce que c’est de vivre avec le Smic ?

Le second gilet jaune :

– Connaissez-vous seulement le montant du Smic* ?

La députée :

– Alors je vais vous dire, vous me posez une colle, en effet je ne connais pas le niveau du Smic.

Et l’élue du peuple venue défendre les hausses, les taxes et les réformes tous azimuts de son parton d’ajouter sans complexe :

– Moi je m’occupe de la réforme de la justice. On ne peut pas tout savoir…

Le gilet jaune quitte le plateau malgré les demandes de l’animateur. Et il a raison pensent beaucoup de gens honnêtes, car que peut-on attendre d’une élue si éloignés des réalités concrètes…? C’est « Martine chez les gilets jaunes ».

En fait ils ne parlent pas la même langue. Ils n’ont pas le même alphabet. Le nécessaire dialogue, dans ces conditions est bien difficile… Comme disent les anthropologues de ces situations de guerre entre deux tribus, il reste le langage des signes : au mieux le gilet jaune à l’Assemblée Nationale ou le péage gratuit au pire les violences que l’on vient de voir et de subir. Il faut que les plus intelligents prennent un dictionnaire et fassent un effort pour apprendre la langue de ceux d’en face. On sait où se trouvent les plus intelligents chez les promus de l’ENA ou de Sciences Po, crânes d’œufs censés avoir réponse à tout et honnis de tous depuis un certain temps déjà.

C’est vrai et c’est à mettre à sa décharge, on le constate avec la bourde d’Élise Fagjeles : Macron n’est pas aidé par son entourage. On a vu ces derniers jours se succéder aux micros une brochette d’élus de LaRem plus inconsistants les uns que les autres avec le sourire bêta de celui qui est invité pour la première fois à la télé comme si c’était une fin en soi. Élise Fagjeles n’est qu’un exemple parmi d’autres. Ne l’accablons pas il y a eu pire. Tant de vanité, de propos lénifiants ça finit par déplaire… Les élus Modem, eux, font profils bas : on ne les entend pas. Dans ces circonstances c’est d’une prudence qu’il faut louer.

Mais oui –je sais que je vais déplaire à certains- la présence de Jean Lassalle sur un autre plateau a permis d’entendre des propos d’un autre tonneau ; en phase avec les revendications populaires. D’abord il est rafraîchissant Jean Lassalle, il manie l’humour, il a l’accent, il ne parle pas la langue de bois, ça ne plaît pas aux élites ça plaît au peuple et il faut choisir son camp. Le maire de Lourdios-Ichère a confirmé ce que nous avancions ici : il a bien été sollicité par Macron pour un poste important. Il a décliné. Le Béarnais est roué. Comme il l’a dit, il faut la stature d’un De Gaulle ou d’un Mitterrand pour diriger un pays comme la France aujourd’hui. Un cerveau bien fait mais froid, un homme énergique mais sans expérience ne peut y parvenir.

Le lendemain le président de la région Nord Picardie, Xavier Bertrand a su trouver lui aussi les mots adjurant le président à renoncer à ces mesures d’une austérité violente incompréhensible pour les plus faibles d’entre nous. Il faut de l’égalité. Il faut de la fraternité. Voilà un homme au contact de la population, non sectaire, simple et maître de lui qui pourrait être l’homme de la situation bien qu’il ne postule à rien –dit-il. Il y a donc dans la « classe » politique des personnalités diverses, sensées, capables, qui savent écouter puis décider. Dans ces temps difficiles c’est un motif d’espérance.

C’est vrai, on en convient, l’entourage d’Emmanuel Macron est un véritable boulet pour un président ambitieux. Passons sur Benjamin Griveaux provocateur patenté, arrêtons-nous sur Castaner au passé trouble. Un ministre de l’Intérieur du Général de Gaule devant cette succession d’émeutes non maîtrisées, cette incapacité à rétablir l’ordre malgré un torrent de déclarations martiales aurait démissionné depuis longtemps. Depuis la première manifestation des Champs Elysées en fait. C’est un proche du président nous dit-on, mais le Président ignore-t-il que la politique exige des sacrifices cruels ? Il en est de même du premier ministre dont on se demande désormais dans quel camp il se trouve. Fait-il la politique du pire comme on le dit ici et là ? Joue-t-il perso ? On voit bien qu’il n’est pas le fusible nécessaire au fonctionnement singulier de la cinquième république. Droit dans ses bottes, il prétend s’inspirer de Juppé l’homme qui n’a pas même été reconnu par son camp…

Il est temps pour Emmanuel Macron de trouver une réponse politique à cette crise. Beaucoup pense que c’est trop tard mais le temps de nos institutions existe. Il faut le respecter sinon ce sera le chaos. Il faut qu’il se donne donc les moyens d’une présidence qui désormais ne pourra-t-être que modeste. Cela passe par une capacité d’écoute qui lui faut acquérir c’est un impératif catégorique mais aussi par un profond renouvellement de ceux dont la mission est de le soutenir plutôt que l’enfoncer.

Pierre Vidal

*Le montant du SMIC est de 1 498,50 € brut et de 1 188 € net

 

Pas de beau cadeau pour les gilets jaunes

    Les revendications des gilets jaunes ressemblent maintenant à une litanie où on retrouve pèle mêle toutes les plaintes possibles, bien loin d’ailleurs d’être toujours justifiées. Mais que peut faire la France, pays parmi les plus généreux au monde, dont tous les voyants sont au rouge ?

Les français sont trop taxés, ce n’est pas une nouveauté, avec plus de 48% du PIB de prélèvements obligatoires nous sommes champions du monde (OCDE) des prélèvements et le ras-le-bol fiscal est là.

En contrepartie, nous sommes aussi champions du monde de la dépense publique, qui continue d’ailleurs à augmenter avec près de 58,4 % du PIB. Au passage il faut arrêter de qualifier les gouvernements français de libéraux, c’est tout le contraire, les vrais libéraux s’étranglent…

Mais le problème est bien plus compliqué car depuis 42 ans, nous avons été incapables de présenter un seul budget de l’Etat en équilibre, si bien que notre dette frôle les 100 % du PIB, et va bientôt les dépasser car toujours pas de budget en équilibre alors que les bons élèves de l’Europe y arrivent.

Comble de problème, la France a un taux de chômage très élevé, bien plus que ses voisins allemands, danois ou suédois et il tarde à baisser significativement. Taux de chômage incroyable dans un pays qui n’arrive pas à pourvoir ses postes dans la restauration, la mécanique ou l’informatique… Un pays qui doit faire appel à la main d’œuvre étrangère pour vendanger ses immenses vignobles ou ramasser les fruits des vergers… Bizarre… C’est la prochaine réforme.

Pour couronner le tout, la balance commerciale française est très gravement déficitaire, 62,3 milliards d’euro en forte hausse par rapport à 2016 (48,3 milliards) et c’est l’Allemagne qui supporte la valeur de l’euro.

On entend sur les giratoires des propositions, hélas toutes plus stupides et inefficaces les unes que les autres.

« Yaka taxer plus les entreprises… » le résultat est immédiat, les grands groupes déplacent leur siège social en Hollande ou encore mieux en Irlande où la pression fiscale est bien moindre. Les Start up font de même : bénéfice ? Non perte.

En complément, les PME a priori moins mobiles ne sont plus compétitives et continuent leur déclin…

« Yaka taxer les riches, rétablir l’ISF… » Ils oublient que l’ISF est un impôt qu’on ne trouve qu’en France, impôt au demeurant très contestable puisqu’il impose tous les ans des biens dont la valeur a déjà été taxée par l’impôt sur le revenu. On connaît le résultat, une grosse fortune qui souhaite changer de lieu de résidence fiscale obtient la nationalité Monégasque, Suisse, voire Russe immédiatement. Les impôts vont ailleurs… là encore il faut admettre que nous sommes dans une économie mondialisée.

L’exemple le plus caricatural se trouve dans mon article « Coupe Davis : la Suisse bat les Suisses » AP du 26/11/2014. J’y écrivais : « Ce dernier week end était l’occasion d’une rencontre de tennis entre Suisses. La totalité des joueurs et même certains non joueurs français sont résidents dans le secteur de Genève : Gilles Simon et Richard Gasquet (Neuchâtel) Jo-Wilfrid Tsonga et Gaël Monfils (près de Nyon) Julien Benneteau et Arnaud Clément (Genève) comme Guy Forget et Arnaud Boetsch (ancien joueur et commentateur sur France Télévision) …etc. »

Plus proche de nous, et seulement pour la Suisse, Challenges dresse cette semaine un bilan très partiel, uniquement pour les très riches : « Ils sont 54 résidents français en Suisse dont la fortune cumulée dépasse les 100 milliards de francs suisses (soit 88 milliards d’euros).

Le magazine note même que, pour cause de durcissement des règles de transmission, ces résidents font aussi venir leurs enfants, pour échapper à des taux de prélèvement qui peuvent atteindre chez nous 45% en ligne directe, alors qu’ils sont cinq à six fois moins élevés en Suisse. »

On peut y rajouter la Belgique : « La Belgique accueille près de 20 des 100 plus grosses fortunes françaises, et les Français détiennent au moins 17 milliards d’euros dans ce pays » (Libération). Et bien d’autres…

Les Suisses les Belges, les Anglais se gavent de notre stupidité fiscale. Alors, on continue, on fait fuir tous les riches ?

Il n’existe pourtant qu’une solution pour avoir une marge de manœuvre, et Macron ne l’a toujours pas mise en œuvre : la diminution de la dépense publique. Mais une vraie diminution, pas comme aujourd’hui la baisse de l’augmentation…

Et des domaines d’économie il y en a plein. Il suffit de relire les rapports de la Cour des Comptes.

A commencer par le nombre pléthorique de fonctionnaires. Un objectif de suppression de 500 000 postes et du statut de fonctionnaire est tout à fait atteignable sans que rien ne change pour le fonctionnement ( « Cinq cent mille postes de fonctionnaires en moins, c’est un minimum ! » AP du 9/4/2017) On ne relira jamais suffisamment le discours de 2009 de Philippe Seguin alors Président de la Cour des Comptes :

 « Cela n’empêche pas de reconnaître que la décentralisation a également généré des coûts qui n’ont pas de réelles contreparties pour les citoyens.

La décentralisation a en effet démultiplié les niveaux de décision, les structures administratives et les doublons. C’est le fameux mille-feuille administratif. On dénombre aujourd’hui plus de 36 000 communes, 100 départements, 26 régions et 16 000 structures intercommunales. Circonstance aggravante : l’État n’a pas su adapter en conséquence ses propres services déconcentrés, comme en témoigne le bilan en matière d’effectifs.

Les mesures de décentralisation engagées depuis les années 1980 auraient dû en effet se traduire par un allègement corrélatif des effectifs de l’État.

En 1980, on dénombrait 2,1 millions de personnes dans la fonction publique d’État et 1,1 million dans la fonction publique territoriale. En 2006, on en dénombrait plus de 2 millions et demi dans la fonction publique d’État (400 000 de plus !) et plus de 1,6 dans la fonction publique territoriale (1/2 million de plus), soit une augmentation en 25 ans d’à peu près un million de personnes dans les deux fonctions publiques.

Ces chiffres en disent plus que de longs discours.

Les collectivités territoriales ont de leur côté procédé à des recrutements supplémentaires, pas forcément rattachables à l’exercice des compétences nouvelles.

On a ainsi constaté une forte progression des effectifs dans les échelons territoriaux qui n’étaient pas concernés au premier chef par les changements induits par la décentralisation, notamment les communes. Entre 1980 et 2006, les effectifs des communes ont augmenté de plus de 47 % ; ceux des intercommunalités de 147 %. »      (Philippe Seguin 29 Oct 2009)

Et cela a continué jusqu’en 2016…

Bien évidemment il faudra supprimer deux niveaux dans notre mille-feuille : les communes et les départements et dimensionner les intercommunalités pour qu’elles représentent le vrai bassin de vie.

Mais pour en revenir aux gilets jaunes, la situation économique de la France n’a pas l’air de les concerner vu les énormités qu’on entend sur les barrages.

Il faudrait aussi mettre en avant que ces manifestants ne payent pas d’impôt sur le revenu, ne payent pas de taxe d’habitation, disposent d’aides innombrables que je ne pourrais toutes citer.

Certes il faut continuer à améliorer les revenus des Français mais cela ne peut passer que par plus de travail, moins de chômage et cela prendra du temps.

Et pour la fin du monde…on y va tout droit.

 Daniel Sango

Complément du 4/12 au matin

Hier le Premier ministre a reçu les responsables politiques. Quand on voit les propositions des uns et des autres c’est pitoyable. Bon pour les extrêmes c’est habituel. Mais comment peut on proposer un référendum pour la droite ?

D’ailleurs je suis frappé par l’incompréhension par les français de la stratégie Macron, pourtant d’une logique parfaite.

Aujourd’hui les finances publiques ne permettent aucune marge de manœuvre l’objectif prioritaire est la lutte contre le chômage qui, en augmentant l’activité et diminuant la charge immense de son indemnisation permettront de diminuer impôts et taxes. Cercle vertueux. Et il n’y a pas d’autre voie !

Ce qui est incroyable c’est que les macronistes sont incapables d’expliquer cela clairement.

Et ce qui est tout aussi incroyable c’est que les gilets jaune ne mettent jamais en avant (et souvent pas du tout comme ce matin sur France Inter) le problème du chômage.

Bien sûr ils ne sont pas très aidés dans l’apprentissage de l’économie quand on entend Ruffin ou Le Pen. Pourtant il leur suffit de regarder ce qui s’est passé dans le monde:

– les fanfaronnades gauchistes de Mitterrand, avec un demi-tour à 180° au bout d’un an

– la honte de la gestion type France Insoumise au Venezuela

– les immenses déboires de l’Argentine

– plus près de nous, la Grèce, ou Tsipras fut élu permettant à Mélenchon d’afficher une joie débordante. Quelques mois après, devant la réalité du monde il baissait (entre autres) les retraites de 10%

Ce qu’il faut faire en France est connu cela se passe à côté de chez nous, en Suisse, en Allemagne, au Danemark, en Suède, …etc

Ces positions disqualifient définitivement ces partis extrémistes (et les autres qui font de la politique politicienne) et les gilets jaunes qui devraient profiter de leurs temps libres sur les ronds points pour étudier l’économie.

Le 18 janvier 2018 j’avais écrit ceci sur le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes.

« Et maintenant quelles conséquences ? Des milliards d’euros avec l’indemnisation de VINCI qui devait exploiter l’aéroport défunt pendant 55 ans, des marchés de travaux abandonnés et une capitulation qui sera mal récompensée car les  » zadistes « , des citoyens sans foi ni loi qui n’apportent rien à la société, ont pour but final de faire plier l’Etat. Ils n’y parviendront sans doute pas, mais à quel prix ? L’Etat a perdu l’honneur, il ne peut pas perdre la guerre.
Et cette faiblesse encourage tous ceux qui s’opposent à un vivre ensemble, ceux qui agressent les forces de l’ordre, les pompiers, les gardiens de prison, les enseignants etc. Nos gouvernants ne voient-ils pas que le tissu social se détricote ou sont-ils incapables d’enrayer l’hémorragie de l’autorité légitime ? »
Je me suis totalement trompé. Le président et le premier ministre ont capitulé. La violence a payé et aujourd’hui les deux-mêmes viennent dire leur indignation au soir des exactions commises à Paris et même dans des villes moyennement peuplées de province.
Nous avons toujours ce que nous méritons et il est bien vain de faire la grosse voix quand depuis des années la violence est le quotidien dans de nombreux territoires où nos forces de l’ordre et nos pompiers sont agressés, où le nombre de leurs blessés est supérieur à celui des voyous, clandestins et trafiquants en tous genres qui les assaillent.
Monsieur Gérard COLLOMB, ancien ministre de l’intérieur qui a vu venir ce qui se passe et a préféré démissionner avant d’en assumer la responsabilité, a dit que le pays était en guerre. Alors, ce ne sont pas les forces de police qu’il faut mettre en œuvre. C’est l’armée ! Sa mission est de défendre le pays non seulement dans une guerre contre une force étrangère mais dans tout ce qui compromet l’intégrité du territoire national. La population qui soutient majoritairement les gilets jaunes est lasse de trop de choses. Des incivilités insuffisamment réprimées, des responsables politiques condamnés mais jamais emprisonnés, une fiscalité accablante, la même qui conduisit à la révolution de 1789, un système électoral qui interdit une représentation équitable des opinions exprimées, le maintien ou la création de privilèges non justifiés par un mérite sinon celui d’un népotisme ou par une arrière-pensée électorale.
Le président et le premier ministre font de la violence qui s’est manifestée le fer de lance de leurs propos. Ne voient-ils pas que cette violence va continuer tout simplement parce qu’ils n’ont pas de bonnes réponses a y apporter.
Le pays est en faillite et tout le monde le sait. Alors deux solutions ? Ou les taxes continueront de croître subrepticement mais sûrement et la violence s’amplifiera, ou il faudra réduire le train de vie de l’État qui par un orgueil déplacé veut encore croire et nous faire croire que nous sommes un grand pays en multipliant les générosités en tous genres. Et là que nous proposera-t-on ? La suppression du conseil économique et social, une assemblée pour petits camarades en échange de services rendus ou de mandats perdus, la réduction drastique du nombre des parlementaires et des élus régionaux et de leurs avantages etc. On nous rebat les oreilles en nous qualifiant de pays des droits de l’homme (ce qui est historiquement inexact) ou de puissance mondiale. Le peuple s’en moque parce qu’aujourd’hui nous ne sommes pas un grand pays, ni démographiquement, ni économiquement. Nous avons été un grand peuple, celui des Voltaire, Montesquieu, Hugo, Camus, Sartre, celui de Pierre et Marie Curie, celui des grands couturiers, de Pasteur, de patriotes courageux et aujourd’hui nous le sommes par des sportifs professionnels aux revenus indécents contre personne ne s’élève d’ailleurs.
On va donc en rester à la condamnation de la violence qui a été le fait de quelques casseurs, propos facile car soutenu par la quasi-totalité des Français. Mais que fera-t-on pour améliorer leur pouvoir d’achat, leur sécurité, imposer une laïcité absolue indispensable au vivre ensemble, pour que la ruralité ne soit pas abandonnée ?
Autre coup gueule : nos revenus sont amputés de la CSG et nous payons des impôts sur une partie de ce prélèvement. Je m’étonne que cette anomalie n’ait pas encore fait l’objet d’un recours judiciaire national et européen.
Le malaise n’est pas notre privilège. Des pays voisins le connaissent aussi. Les instances européennes et leurs multiples interventions dans la vie des citoyens n’y sont pas étrangères. Encore un chantier à ouvrir.
Les gouvernants s’insurgent très justement contre la violation de la tombe du soldat inconnu. Mais l’éducation civique, l’amour du pays, son histoire sont-ils suffisamment enseignés ? En d’autres temps oui, et nous respections et nos maîtres et nos policiers et les juges. Autres temps, autres mœurs !

Pierre ESPOSITO

Crédit phot Paris Match

Si tous les gens du monde

« Alors on pourrait faire une ronde autour du monde, si tous les gens du monde voulaient s‘donner la main » (Paul Fort).

Initialement, je voulais écrire « Si tous les gilets du monde voulaient s’donner la main». Un rêve utopique, absurde. Les gilets jaunes veulent plus de consommation, les verts mettent en garde contre la surconsommation. Pourtant les uns et les autres, ainsi que les gilets rouges (de la CGT) sont sensibles aux difficultés des plus pauvres et à leur ressentis d’oubliés. Verra-t-on une convergence qui pourrait produire une piste de sortie de crise ? Se dégagera-t-il une liste de mesures à prendre qui permettrait de sortir des revendications hétéroclites mises en avant par les bloqueurs de carrefours ? Les violences commises à Paris risquent fort de diviser ces derniers et de tenir le reste de la population à l’écart.

La grande question est évidemment de savoir trouver l’argent qui permettrait de redonner de l’espoir et de faire tomber la colère. Celle-ci est mauvaise conseillère dit l’adage. Réclamer la démission du Président de la République est irréaliste tant que les Français resteront attachés à la démocratie et au suffrage des urnes (espérons que ce sera le cas !). M. Bayrou a pu préconiser un moratoire sur le prix des carburants ; mais il n’a été entendu que de l’exécutif et non du peuple rebelle. Et aller plus loin pourrait donner l’impression de céder à la violence et au rapport de force. Pourtant l’économie du pays souffre de la situation.

Aussi l’idée d’Anne Hessel, de Jean Jouzel et Pierre Larrouturou (« Pour éviter le chaos climatique et financier. Une solution scandaleusement simple », Ed. Odile Jacob) de lancer un pacte finance-climat pour financer des actions conséquentes et immédiates pourrait être bienvenue, surtout si elle est accompagnée du versement de la taxe carbone sur les carburants à cette cause. Un regain d’activité pourrait faire reculer le chômage et faire sortir de la misère ceux qui n’ont pas de travail. Il faut aussi une répartition plus juste de l’impôt. A commencer par les grandes sociétés multinationales, les GAFAM. Les dirigeants français ont désormais des arguments tout chauds !

Mais la colère ne peut faire oublier l’état de la planète : la concentration de CO2 dans l’atmosphère est passée de 300 ppm à 400 ppm en seulement 150 ans, bouleversant la situation des 800.000 années précédentes. Ce ne sont pas seulement nos enfants qui en souffriront, mais nous-mêmes : incendies, inondations, ouragans en témoignent déjà.

Paul Itaulog

https://www.francetvinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/facebook/europe-une-nouvelle-taxe-pour-les-geants-du-numerique_2667714.html

https://secure.avaaz.org/campaign/fr/tax_the_tech_giants/?cBmqmgb

Crédit photo : Sud ouest