La mule et l’intello (12) : Echanges courtois aux étangs de Bassiès !

DSCF2795L’Ariège regorge d’eau. La dernière étape de la traversée des Pyrénées Est va le prouver : 7 laquets et étangs à la clef et de la gadoue partout. Fin août qui plus est !

L’étape du jour démarre à Marc (1010 m), dans la vallée de Vicdessos pour rejoindre celle du Garbet où se trouve la station thermale d’Aulus-les-Bains (775 m). Pour y arriver, il faudra tout d’abord longer les étangs « lacustres » de Bassiès, passer le col du même nom (1933 m et point haut de la journée), puis celui de Salex pour enfin rejoindre Aulus au terme d’une longue descente. Le GPS donnera en fin de journée 23,2 kilomètres de parcourus, 1047 m de dénivelé grimpant, 6h27 de marche effective pour un déplacement total de 8h21. Sans numérique : Que ferait le randonneur ?

Comme si souvent : Légère bruine et brouillard pour cette nouvelle journée. Poncho de sortie. Le GR monte, gentiment, pendant plusieurs kilomètres sur un aqueduc abandonné, le « canal carré », recouvert de dalles en béton. Un parcours bucolique et très fleuri avec une faible pente. Un démarrage « pas prise de tête ». Arrivé au torrent de Bassiès, il s’agit de le remonter. La pente devient plus raide jusqu’à un pont en pierre – une construction assez rare – et atteindre le premier étang de Bassiès.

Les étangs et laquets du « cirque lacustre » sont alors longés par un sentier qui disparait souvent dans la gadoue. Il faut veiller à ne pas glisser en sautant de pierre en pierre. Au fond, le beau refuge de Bassiès où la mule commande une soupe tomate vermicelle bien chaude. Un groupe se restaure sur place. Sinon, personne. Pour un samedi d’août, il n’y a pas foule.

La mule et l’intello s’accordent 45 minutes de repos et partagent le pique-nique. Les étapes longues, qu’ils viennent d’enchaîner, leur ont appris que, pour aller loin, il faut « ménager la monture ». Départ pour la dernière montée du jour, et la dernière de cette « tranche » des Pyrénées : le Port de Bassiès. Une montée mi-bruine, mi-brouillard.

Dans cette ambiance « écossaise », une jeune femme, très chargée, descend dans ma direction. Ses mollets sont couverts de boue. Echange : « Bonjour, la gadoue ne vous a pas épargnée ». Gênée, elle répond, avec un accent slave, par un mot remarquable : « Oui, je sais. Je ne suis pas très élégante… ». Du tac au tac, l’intello lui réplique, en riant : « N’essayez surtout pas. Vous n’arriverez jamais à rivaliser avec les isards » et sur ce, chacun reprend sa route. L’envie d’en finir avec l’étape. La solitude du randonneur.

Dans la vallée, au gîte, les gérants reviendront sur son passage chez eux : Une russe traversant les Pyrénées, seule, d’Ouest en Est ! Ils en étaient encore tout impressionnés. Elle s’était blessée et, après 2 jours de repos, était repartie. L’intello, de son côté, se demanda s’il ne venait pas de croiser, sans le savoir, la déesse Pyrèneska !

Au col de Bassiès, puis celui de Saleix, toujours la poisse mais, il ne pleut pas. Au-loin, dans la vallée, Aulus-les-Bains apparaît noyée dans la verdure. Descente sur Coumebière. A nouveau, une mine abandonnée sur notre passage. La troisième qui coupe notre route : les anciennes mines de plomb argentifère et zinc d’Aulus-les-Bains. Les érudits vont jusqu’aux romains pour expliquer la présence des mines dans cette région. Les Pyrénées, observées depuis les miradors et belvédères des vallées, paraissent bien figées et immobiles. Pourtant, les hommes, au fil du temps, s’y sont affairés. Pour le meilleur et pour le pire.

Le pire saute aux yeux, au fur et à mesure, que la mule et l’intello approchent d’Aulus. Une croix de Lorraine est tracée sur un rocher au beau milieu de la très belle forêt (presque « primaire ») que longe le GR 10. A l’entrée d’Aulus-les-Bains, un monument, en parfait état, rappelle le cauchemar de juifs assignés à résidence par le Maréchal Pétain et, que les Allemands emmèneront finalement à Auschwitz, le 26 août 1942. Dans le village, une autre croix de Lorraine : « Vivre libre ou mourir ». Un slogan de randonneur. L’Ariège : terre courage, terre de résistance.

A Aulus, le gîte du Presbytère, la dernière nuit de notre Trans’Pyr, sera parfaite. Le lieu est tenu avec goût. La chambre – où l’intello réside seul, une nouvelle fois – est parfumée aux « huiles essentielles » et les bas-flancs, où dormaient les moinillons, très confortables. Le dîner, que nous serons 3 à partager, est 100% fait maison : Tarte aux légumes et fleurs de capucine (du jardin de curé), poulet aux champignons et riz agrémenté de fleurs de bourrache (du jardin), tarte à la rhubarbe. Merci Hélène et Christophe pour tenir avec autant de savoir-faire cette halte ; une halte où l’âne et l’intello reviendront, avec enthousiasme, en août 2015 pour entreprendre la traversée des Pyrénées centrales.

– par Bernard Boutin

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La mule et l’intello (11) : Etape au refuge Fourcat, le plus haut des Pyrénées ariégeoises

L'étang Fourcat28 août – En Andorre, au refuge de Sorteny, le petit déjeuner est plus espagnol que français avec du « cafe con lèche » ou du « colacao » , des « magdalenas » et du « pan tostado ».  Dans le pique-nique de la journée qui nous est préparé, la présence de « manchego » (fromage de la Mancha), région bien éloignée des Pyrénées, montre à quel point le pastoralisme a disparu de l’Andorre.

Objectif de la journée : Le cirque de l’étang Fourcat et son refuge, le plus haut des Pyrénées ariégeoises : 2445 m. Départ à 7h30 pour le Port de l’Albeille (2601 m), à la frontière entre l’Andorre et l’Ariège, en passant par la station de ski andorrane d’Arcalis. Une première partie de journée tranquille jusqu’à un « rapaillon » assez raide, situé immédiatement en-dessous de l’Estany Primer.  Des touristes affluent de la station de ski tout proche. Comme toujours, il suffit de faire quelques centaines de mètres, pour qu’il n’y ait plus personne.

Le touriste est comme le mouton que nous allons retrouver plus haut : « agglutiné et suiveur ». Le randonneur, de son côté, est un personnage solitaire qui cherche le moins possible la proximité de ses pairs. La beauté des sites lui suffit.

Une fois passé les lacs Mig et Tristiana, l’intello aborde la montée au Port de l’Albeille, point haut de la journée, avec un peu d’appréhension. Un ami, dans des conditions beaucoup plus enneigées, avait connu là un accident qui lui avait valu d’être évacué. En fait, la neige est réduite à bien peu de chose. Mis à part une pente finale un peu raide et un cailloutis qui décroche, le « port » est atteint sans difficulté.

Premier réflexe : « ça passe ou ça passe pas ? ». Arrivés à une crête frontière, Jérôme et l’intello tentent d’envoyer des textos en pensant que les réseaux de portables français sont accessibles. En vain. Dommage. Cela fait bientôt 48h que nous n’avons plus de connections.

Au port, des moutons, venus de France, sont perchés sur les parois. Il est incroyable ce que ces animaux peuvent se compliquer la vie. C’est pourtant si simple d’être sur des surfaces planes ! Sous le port, à l’étang de l’Albeille, un troupeau plus grand, est installé, non pas dans l’herbe, mais sur un névé. Pas un mouton en dehors de ce périmètre. Peut-être tentent-ils de tuer des parasites introduits dans leurs sabots ? A Batère, une bergère nous avait dit que l’humidité exceptionnelle de l’été favorisait ces parasites.

Passé un étang (encore un ! celui de la Goueille), et, après une ultime petite veine rocheuse franchie avec les mains, nous arrivons en vue du très bel étang de Fourcat (2428 m). Le refuge est là. Nous n’avons, à nouveau, pas croisé une personne depuis notre entrée en Ariège. Ce soir, nous ne serons que trois au refuge. L’étape du jour n’aura fait que 15,7 kms pour 1048 m de dénivelé. Un répit pour la mule.

L’intello et Jérôme lavent leur linge. La tramontane (ou autre balaguère ?) souffle et, il sèche en un rien de temps.

Sympa, Philippe, le gardien, règle les bâtons de la mule qui ont tendance à se raccourcir quand celle-ci s’appuie dessus vers l’aval. Une situation qui pourrait s’avérer dangereuse. Faire un roulé-boulé en montagne, dans le sens de la descente, est un exercice pas recommandable.

Après une excellente daube pour dîner, coucher à 9h30 pour récupérer. L’étape du lendemain, pourrait être compliquée, s’il fait humide. Il s’agit de remonter à la crête de Malcaras (2645 m) et redescendre, après deux passages assez raides équipés de cordes, sur les lacs Picots.

Comme par hasard, petite bruine et brouillard, nous attrapent le lendemain dès la crête de Malcaras. Si la mule n’est pas à l’aise dans les cheminées,  celles-ci sont passées assez facilement, la pierre étant peu humide et donc peu glissante. S’ensuit une très longue et abrutissante descente, jusqu’au village de Marc, situé au fond de la vallée : 1650 m de dénivelé descendant ! De quoi mettre à mal les genoux qui coincent et rechignent de plus en plus.

Arrivé à Mounicou, à quelques encablures de Marc, Jérôme quitte l’intello et sa mule pour continuer sa traversée en solitaire vers le refuge de Pinet, situé au pied des 3000 ariégeois, au cœur du massif du Montcalm. Même la mule aura une larme à l’œil à voir s’éloigner l’éleveur de chevaux andalous.

A Marc, la surprise est totale pour l’équipage. Le gîte, en parfait état, est adossé à un Village Vacances, géré par l’association « Marc et Montmija« . Le diner (excellent) sera servi par du personnel stylé. Ambiance nappes blanches et verres ballons ! Un surprenant retour à la civilisation (un peu trop rapide !). Au gîte, l’intello sera seul. Une bonne nuit en vue pour la dernière étape, totalement GR 10, qui s’annonce particulièrement longue pour atteindre Aulus-les-Bains : 23,2 kms, 1316 m dénivelé montant et 1660 m descendant. Jusqu’au bout la mule n’aura pas eu de repos…

– par Bernard Boutin

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La mule et l’intello (10) : L’Andorre, ça grimpe… énormément !

DSCF273127 août – Depuis le refuge du Rhule en Ariège, nous devons entrer en Andorre et aller « chercher » le refuge de Sorteny pour passer la nuit.  Le topo guide nous a averti : Cette étape est « godillot rouge » avec 1370 m de dénivelé grimpant et 1800 de descendant. La mule, son intello (vous avez remarqué le possessif en cette journée) et Jérôme, compagnon d’ « échappée », feront en fait 1520 m de dénivelé en 11 h 30. Un record de temps qui fera pousser un cri de lassitude à Jérôme : « Je suis vaincu ». L’intello, plus tard, s’exclamera d’un « je ne suis pas une mule ».  Méfiance, randonner doit rester un plaisir. La mule, de son côté, se tait et endure. On ne lui demande pas de réfléchir…

Le départ, à 7h04 pour être exact, se fait dans une ambiance brume-brouillard. Nous devons, tout d’abord, atteindre l’étang de Fontargente. Les ariégeois appellent étang, ce que le reste des pyrénéens appellent lac. Va savoir pourquoi ? La montée se poursuit vers le col de Fontargente, ou col d’Inclès (2262 m) pour les Andorrans. La frontière est atteinte. A nouveau, pas de ventas, ni poste frontière. De l’herbe, des pierres. C’est tout.

Le topo-guide nous a gonflé à bloc en parlant des « bons sentiers andorrans ».  Nous plongeons dans la vallée, vers le village d’Inclès et, allons à une telle vitesse que nous ratons une bifurcation vers l’ouest. Pas de signalisation. Le coup sera rattrapé un peu plus tard, après 100 m de dénivelé descendant en plus et 2 ou 3 kilomètres de « rab » sur, ce qui était autrefois, des pâturages. Pendant les deux jours de traversée en Andorre, pas un troupeau, n’est rencontré.  Il faut de suite dire que les « pôles d’excellence » de la principauté : la finance, le commerce et les stations de ski ont fait disparaître à jamais le pastoralisme.

Inclès atteint. On découvre à nouveau la « puissance de feu » des Catalans espagnols qui ont retapé, avec beaucoup de goût, les vieilles fermes de ce fond de vallée.  Le désastre est plus bas à Andorre-la-Vieille. A Inclès, rien à redire. C’est plutôt réussi. Nous sommes redescendus à 1820 m. Pour récupérer notre erreur d’itinéraire, nous devons remonter à la Cabana Sorda (2300m),  passer près du Pic de la Portaneille (2650 m), atteindre le refuge de la Coms de Jan (2200 m) puis « filer » au fond du cirque chercher la « collada del Meners » à 2724 m.

Cette longue litanie, de lieux et d’altitudes, montre que l’itinéraire du jour ressemble assez à des montagnes russes. Récapitulatif des points hauts et points bas du jour : Départ à 2180 m, descente à 2100, montée à 2266, descente à 1820,  montée à 2650, descente à 2200, montée à 2724 pour terminer à 1980 m au refuge flambant neuf de Sorteny. Rappel du résultat des courses : 1520 m grimpants, 1700 descendants. On pourra toujours dire, qu’alterner montées et descentes est plus varié que de monter sans fin pour descendre d’un coup. A chacun sa vérité.

Si le topo-guide parlait de « bons sentiers andorrans », la mule eu souvent à faire face à de simples sentes qui montaient « tout droit » à même la pente. Même les isards ne veulent pas d’un tel traitement ! Pendant ce temps-là, l’intello, qui n’avait qu’à se pencher en avant pour ne pas tomber de sa Rocinante, pouvait apprécier un superbe paysage particulièrement sauvage et préservé.

Nous croisons deux Basques de Bilbao. Ils font le GRP d’Andorre qui, en 7 étapes, fait le « Tour de tout un pays » sur une centaine de kilomètres. Pressés, ils nous quittent pour arriver au refuge tôt.  Il y avait ce soir-là un « partido importante entre el Atletico y el Napoles ». Même là-haut, la planète foot nous poursuit.

Immédiatement sous la collada del Meners (2724 m), une vieille cabane, enfouies sous le pierrier, jouxte deux anciens gisements de fer. Des mineurs à cette altitude ! Des conditions de vie assurément extrêmement dures. Partout dans la chaine, notre équipage croisera des mines abandonnées, traces d’une époque où les Pyrénées, il y a environ 100 ans, grouillaient de vie entre agriculture, pastoralisme, thermalisme, exploitation minière. Le tout, desservi par des réseaux de chemins de fer ou de tramways pénétrant partout dans les vallées.

La longue descente du col de Meners vers le refuge de Sorteny traverse le parc naturel du même nom. Un parc, où même fin août, le foisonnement de fleurs, la taille de celles-ci, en font un lieu exceptionnel, un « paradis botanique avec plus de 700 espèces de fleurs et plantes, uniques dans les Pyrénées ». La disparition du pastoralisme a, au moins, une contrepartie positive !

L’intello, à quelques encablures du col, observe des fleurs jamais vues et qu’il ne retrouve pas dans les guides spécialisés. Il faudra un contact avec le directeur du parc pour enfin en connaitre son nom : l’orpin rose ou rhodiola rosea (photo dans le diaporama).

A 18h30, le refuge est (enfin) atteint. Il est neuf, crée dans une ambiance, comme on la retrouve souvent en Catalogne espagnole, très épurée, avec utilisation d’acier mat, de matériaux sobres et de bois. Seule une famille y séjourne. Le repos sera total. Il était nécessaire pour Jérôme qui se disait vaincu et l’intello qui commençait à se prendre pour la mule. Quant à elle, elle ne rêve que d’une chose : en finir…

– par Bernard Boutin

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La mule et l’intello (9) : Coucher du soleil « de cinéma » au refuge du Rhule

DSCF2692Au gîte de l’Hospitalité, le petit-déjeuner est servi à 7h30. Une heure tardive pour les randonneurs qui le souhaitent à 6h30 ! Une fausse note après un dîner (hachis-parmentier maison), petit-déj. et pique-nique de bonne tenue. Le calme de la chambre, aux décors pour enfants faits de nounours, m’aide à bien récupérer. En Ariège, les ours ne sont pas seulement présents dans la nature…

Une citation de Raymond Devos, affichée dans le gîte, permet de voir, sous un autre œil, les relations entre « la mule et l’intello » : « Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l’un avance, l’autre veut le dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche ! ».  Le message de l’humoriste est bien passé : L’intello est condamné à suivre la mule…

L’étape du jour est en terrain « montagne » avec des lacs et des cailloutis nombreux à franchir mais, elle ne fait que 14,5 kms avec 1235 m de dénivelé. Une « promenade de santé » comparée aux 28 kms de la veille. Départ avec Jérôme qui vient de débarquer à l’Hospitalet pour 8 jours de traversée en direction de l’Ouest. Comme nous, il veut suivre le tracé du topo-guide Trans’Pyr. Jérôme, ariégeois, écologiste militant, marié à une bavaroise, éleveur de chevaux andalous est un compagnon de route bienvenu après toutes ces étapes en solitaire. La mule craint le pire avec cet intrus éleveur. Il aime bien son « intello » qui n’est somme toute pas trop exigeant.

Le GPS mis en marche, nous sortons du village en passant près d’une importante centrale électrique et de ses lignes à haute-tension. 10 minutes plus tard, le GPS a déjà enregistré plus de 5,3 kilomètres de parcourus ! Nous marcherions à 31,8 kms/h. L’intello le remet à zéro. Ces petites boîtes, pleines de technologies, ne sont pas suffisamment bardées contre les ondes électromagnétiques.

Nous attaquons directement la pente en direction des étangs de Pédourrés, de Couart, de l’Albe et, pour finir la montée, du col frontière d’Albe (2457 m). Passé le col, nous allons entrer, quelques instants, en Andorre, avant de redescendre sur le refuge du Rhule, coté français. Le mot frontière est relatif : au col, il n’y a ni route, ni « ventas », ni douaniers, ni même sentier. Que du rocher !

La trace est peu marquée dans les énormes pierriers. A partir de l’étang de Couart, Jérôme souffre un peu. Il n’a pas mon entrainement, pèse 20 kilos de plus que l’intello (qui a aussi la chance d’avoir une mule pour le porter !). Cerise sur le gâteau, le sac de Jérôme fait 5 kilos de plus que celui de l’intello. Il a prévu des bivouacs avec tente et sac de couchage. Les étapes suivantes seront plus faciles pour lui. Il faut en général 2 ou 3 jours pour s’habituer à un sac-à-dos inhabituellement lourd.

Les lacs se suivent et, il faut l’avouer, finissent par se ressembler. Les Pyrénées ont par ici une concentration de lacs importante. Ils sont, pour la plupart, lovés dans les creux formés par les résidus de moraines frontales de glacier. Des lacs toujours sauvages où l’on ne croise que de rares randonneurs ou pécheurs.

Passé le col d’Albe, descente vers l’étang de Joclar suivi du lac de l’Estagnol. Le refuge de Rhule (2185 m) est au-dessus de nous perché sur un ultime « rapaillon ». Nous y arrivons à 16h, un peu fatigué par les cailloutis qu’il aura fallu traverser avec précaution une bonne partie du parcours.

Chut ! Le gardien fait sa sieste ! Il finit par apparaître, semble assez « détaché » et attendre avec une certaine impatience la fin du mois de septembre et la fermeture du refuge. Heureusement, il n’est pas seul. Le « cuistot » nous servira, trois heures plus tard, un bon dîner : soupe à l’oignon, plats d’agneau sauce olive et sauce ananas. Le tout accompagné de pâtes et du « rab » à disposition. Compote.  Nous ne sommes que 5 ou 6. A l’Hospitalet, la « jauge » était la même. Que les saisons sont courtes pour les professionnels !

Le brouillard n’arrête pas de monter de la vallée et danse, sans fin, avec les nuages qui vont du blanc, couleur neige, jusqu’au noir, couleur orage.  Un paysage loin d’être figé. Au moment du soleil couchant, des éclairages de toute beauté sont visibles à l’ouest en contre-bas. Le refuge de Rhule a vraiment un panorama superbe. Une des photos prise servira de fond d’écran au blog de « La mule et l’intello ».

D’une façon plus générale, les montagnes sont souvent les plus belles quand le temps n’est pas au beau fixe qui peut être monotone. Les mélanges de gris, blanc, noir mais aussi bleu et vert, sont les plus beau par temps « passable ». Il ne faut pas regretter de randonner parfois dans ces conditions qui rebutent à beaucoup. C’est dans ces moments-là que les plus belles photos sont prises.

La mule, ce soir-là, roupillera d’un bon sommeil. Les pierriers lui ont cassé les pattes. L’intello est dans ses rêves. Comme toujours…

– par Bernard Boutin

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La mule et l’intello (8) : L’étape la plus haute… et la plus longue

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7h15 : Cap au Carlit depuis les Bouillouses

25 août – L’intello ce matin est « vicieux ». Il ne prévient pas la mule de ce qui l’attend. La montée du Puig Carlit sera la plus haute des Pyrénées Est et la redescente,  jusqu’à l’Hospitalet-en-Andorre, en fera l’étape la plus longue. La mule sera mise à forte contribution. Le topo guide annonce 1330 m de dénivelé grimpant et 1900 descendant. Une étape libellé « godillot rouge vif ». Le parcours au final fera 28,3 kms. Pour l’intello, c’est plus simple : La mule le porte !

Comme toujours, l’équipage petit-déjeune à la fraiche, seul dans le réfectoire, et entame l’étape dès 7h15. La pénombre s’estompe petit à petit. La montée au dessus du lac des Bouillouses est magnifique avec la découverte des innombrables lacs qui s’étalent jusqu’au pied du Carlit (2921 m).  Il y en a près de 10. Indiscutablement, il s’agit là d’un des plus beaux sites traversé depuis le début de la traversée à Banyuls.

Le Carlit en impose par sa stature mais, au final, il est assez facile à grimper par l’Est, même si les rocailles, sous le sommet, demandent un peu d’attention et de ranger les bâtons sur le sac-à-dos. Un poids de plus sur le dos de la mule !

Au sommet, un beau tour d’horizon à 360 ° avec à l’Est le soleil du matin qui se reflète dans les lacs. Photo souvenir. Une barre céréalière avalée et, déjà il faut entreprendre la descente par le versant Ouest. Il ne s’agit pas de traîner, l’étape est tout juste commencée.

La descente se fait, dans un long couloir raide, sur un sentier qui part dans un zigzag interminable. Les bâtons facilitent grandement la marche. Les cailloux filent sous les pieds. Attention maximum, mais la difficulté reste raisonnable. Quelques grimpeurs apparaissent. Vu la pente, il vaut mieux avoir le statut de descendeur ! Ils ont au moins l’avantage que le soleil ne soit pas encore arrivé.

Au bas du zigzag, une source est signalée près de l’Estany dels Forats. L’intello fait le plein d’une eau bien fraiche. Par précaution, probablement inutile, il ajoute une pastille de micropur dans la gourde. La mule ne s’embarrasse pas de ces détails… Reprise de la marche et là, le GPS nous conduit sur un sentier qui a disparu. C’est la première fois que nous allons hors piste. Inquiétude. Une foulure et les choses pourraient vite se compliquer mais, le barrage de l’étang de Lanoux est à proximité. Il est atteint au bout de 20 minutes « hors-piste ». Promis, on ne recommencera pas.

La faim et la fatigue commencent à se faire ressentir. Pourtant, il faut repartir pour près de 300 m de dénivelé vers la Portella de Lanos. Marquages et cairns sont rares. Cette partie du parcours n’a pas été enregistrée dans le GPS suite à une modification d’itinéraire (nous laissons de côté Porté Puymorens, initialement prévu, ce qui fait gagner une journée de marche).  La carte au 25 millième prend le relais.

La chaleur « casse » l’intello. La mule, elle aussi, fatigue. L’équipage s’arrête au bord d’un torrent. La mule met les pieds dans l’eau, histoire de les dégonfler. Pendant qu’ils font trempette, l’intello avale mon pique-nique. 45 minutes d’arrêt « syndical » pour se retaper. Il était temps.

Redémarrage et un quart d’heure plus tard, la Portella de Lanos est atteinte avant d’enchaîner par une descente dans une très belle et longue vallée. Une biche détale sous nos yeux. Pas le temps de sortir l’appareil photo. Dommage.

Le sentier s’élargit et, au bout d’un (long) moment, vient dominer le col de Puymorens. La civilisation remonte à nous. La Nationale 20 trace sa voie au fond de la vallée. Les semi-remorques montent péniblement les pentes. Le bruit assaille les hauteurs. L’homme a conquis l’espace.

Le coup de grâce revient au motard qui tire à « fond la gomme » en s’éclatant dans les virages sinueux du col. Il fait du bruit, le moteur vrombit sous son ventre. Il est un surhomme. L’intello le déteste. La mule n’a pas d’avis.

Nous rejoignons enfin le GR 10 qui descend jusqu’à l’Hospitalet-près-l’Andorre. Une traversée, dans un forêt sans fin,  pompe le reste de notre énergie. D’ultimes virages et l’Hospitalet, triste village encaissé dans la vallée, apparait entre voie ferré, nationale et lignes électriques.  Enfin ! Il est 17h30, nous étions parti à 7h15. Une étape trop longue.

« Nous ne sommes pas des mules… » crient nos deux compères !

– par Bernard Boutin

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La mule et l’intello (7) : Journée-repos à Cal Paï et traversée de la Cerdagne

Cal Paï : Musica !
Cal Paï : Musica !

22 août au soir – Françoise Massot tient le gîte de Cal Paï depuis de longues années. Elle maîtrise son sujet. Sa marque de fabrique : l’authentique. Atmosphère vieux bois, vieilles pierres, nourriture bio et musique latino. 

Pour l’équipage fatigué, Cal Paï, c’est le paradis. A tel point que décision est prise d’y faire un « break » et d’y passer une journée entière afin de reposer les troupes, laver le linge, sécher les chaussures et enfin pouvoir se raser à l’eau chaude dans un lavabo avec bouchon. La randonnée rend aux choses leur juste prix !

A 19 h, devant le vieille ferme, nous avons droit, autour d’un apéritif, à un récital tenu par un duo inespéré en ces lieux. Il s’agit d’amis de Françoise : lui est guitariste, elle, née à Madagascar, rappelle immédiatement, dès ses premières intonations et son allure, Cesaria Evora, la diva du Fado. S’ensuit une heure de grands classiques latinos mélangeant musique des caraïbes, des pianos-bar de Lisbonne ou des casetas des férias de Malaga et de Séville. Ce soir-là, il y avait de la magie dans l’air à Cal Paï. L’orage du matin était bien loin.

A 20 h (précise car, l’heure, c’est l’heure chez Françoise Massot), nous dînons d’une « soupe au potiron bio », d’un « crumbel d’agneau » et terminons avec une « pastèque aux groseilles et menthe ». Et comme, il fallait une suite à ces bons moments, le petit déjeuner du lendemain, permettra de déguster des confitures faites maison, uniques en leur genre : gelée de sureau, gratte-cul, rhubarbe, pêche-menthe, banane-gingembre. Passons sur les tartes maison ou la crème fraiche du paysan… On l’aura compris, Cal Paï est une adresse incontournable au cœur de la Cerdagne.

Pour occuper le lendemain, journée de repos, l’intello file passer de longues heures avec les ornithologues qui comptent les passages de rapaces au « spot d’Eyne ». C’est le temps des migrations du nord vers le sud. La chaîne pyrénéenne est traversée en deux endroits « bas » à ses deux extrémités : à Eyne et au col d’Organbidexka en Pays Basque.

Ce jour-là, François, le responsable du site est épaulé par 6 « compteurs », tous des bénévoles : un français, deux hollandais et trois catalans espagnols. Pas un rapace ne leur échappe. Entre 10 h et 15 h, 1560 bondrées apivores seront comptées (un record pour le « spot »), quelques circaètes Jean le Blanc, des milans noirs, précurseurs de la grande migration à venir. Les vautours fauves, des autochtones ceux-là, font des allers et retours au-dessus de nous.

Le site dominant la plaine. On voit, circuler au loin le célèbre train jaune, les installations de Font Romeu ou encore, le four solaire d’Odeillo. Un bon moment de détente.

Retour à Cal Paï, récupération du linge sec, préparation du sac. La Mule craint à nouveau le pire. Elle a somnolé toute la journée dans les prés autour du gite. Trop cool. Un ultime dîner, une bonne nuit et le lendemain, 24 août, départ pour traverser dans le sens de la largeur la Cerdagne. Objectif : le lac des Bouillouses et le refuge CAF situé à coté : 17 kilomètres à parcourir. Une étape tranquille.

Il s’agit de commencer par 242 m de dénivelé descendant jusqu’à Bolquère où l’on voit toute la « puissance de feu financière » de la bourgeoisie catalane espagnole qui s’y fait construire des chalets en bois massifs. On se croirait en Suisse !

A Bolquère, 640 m de dénivelé grimpant nous attendent. Un panneau annonce que, par le GR 10, Banyuls est à 155 kms et Hendaye à 715. Une paille !

A partir de Bolquère, je chemine dans de larges voies forestières. La forêt est très belle. Sous mes bâtons, un magnifique cèpe se « fait pièger ». Je charge la mule en espérant qu’au refuge, ils voudront bien le cuire en omelette.

La marche est rapide jusqu’au premier lac, l’Estany de la Pradella, qui préfigure les Bouillouses. A l’Estany, la foule des touristes circule parmi les chevaux qui sont au bord de l’eau. Depuis Banyuls, en dehors du Boulou, je n’avais pas vu de touristes mais seulement des randonneurs. Ceux-là, on les reconnaît de suite. Leur gros sacs les trahissent.

Le refuge du CAF est vite atteint. Le local est bien placé avec une vue magnifique sur les Bouillouses dominées par le Puig Carlit. J’ai une bonne chambre pour moi seul. Après réflexion, les repas étant les même pour tous dans les refuges, je préfère offrir mon cèpe au gérant qui, en retour, m’invite à l’apéro. Sympa…

Par contre, le repas est décevant avec une soupe, provenant très probablement de « bricks », des lasagnes et une tarte aux myrtilles industrielle. Un groupe d’Espagnols présent n’y touche même pas. Je mange ma part. Il me faut des calories pour compenser les heures de marches. J’ai d’ailleurs l’impression que les responsables de refuges et de gîtes ne prennent pas toujours en compte ce besoin de compenser des gros marcheurs. Les portions sont souvent trop réduites.

Comme toujours, je suis au lit, dès 21h30. Une journée de transition facile vient de s’achever. Demain, l’ambiance sera très différente avec, la montée du Puig Carlit, pic qui est le plus haut des Pyrénées-Orientales (2921 m) et, une étape de 28 kilomètres pour atteindre l’Hospitalet-près-l’Andorre. Après 9 jours, je vais quitter les Pyrénées orientales et (enfin) entrer en Ariège.

– par Bernard Boutin

Pour le diaporama de l’étape : C’est ICI

Les cartes des 15 étapes : C’est ICI

La mule et l’intello (6) : Orage sur la crête frontalière, calme dans la vallée d’Eyne

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Orage au Pic de Noufonts

22 août –  Grosse journée en vue. A nouveau. Le GPS annonce plus de 1000 m de dénivelé et 23 kilomètres de marche. Mais plus encore, c’est l’altitude de la « course » qui inquiète. Plus de 2h30 doivent se passer en ligne de crête frontalière entre 2650 et 2850 m avec à la clef le pic Superior de la Vaca (2826 m),  le col de No Ceus (Les 9 croix – 2792 m), le pic de Nou Creus (2799 m), puis le pic de Noufonts (2861 m) avant d’arriver au Col d’Eyne (2683 m) et les 10 kilomètres de descente qui vont suivre pour atteindre le gîte Cal Paï au village d’Eyne. L’ambiance est à la concentration. Par soucis de sécurité, je me joins à 3 randonneurs qui font le même circuit.  Le ciel est « plombé ».

Après 1h30 de marche, la poisse nous tombe dessus : pluie, vent, grésil, brouillard et orage et cela durera, comme un fait exprès, jusqu’au col d’Eyne ! Nous sortons l’attirail : gant, serres-tête, poncho, couvre-sac, rentrons la tête dans les épaules et marchons le nez « dans le guidon ».

Il ne faut pas longtemps pour que l’eau clapote dans les chaussures. Le chemin est très peu balisé. Les alternatives nombreuses. Pour les 3 randonneurs auxquels je me suis joins, il était impossible, afin de s’orienter, de sortir la carte au 25 millième, l’altimètre et la boussole. Trop de vent, trop de pluie.

De suiveur,  je passe, aidé par le GPS, en position « leader » et, sans difficulté trace la voie dans un parcours pas évident. Les « 3 » ont tendance à décrocher. Je suis plutôt à l’aise dans cette ambiance hostile. Un challenge nouveau.

Au moment d’attaquer la dernière difficulté, le pic de Noufonts (en fait un petit promontoire que le brouillard rend impressionnant), l’un des randonneurs est prêt de lâcher prise : « Encore monter ! » s’exclame-t-il. Heureusement, que l’un d’entre eux connaît de mémoire le topo du guide Trans’Pyr. Il acquiesce à tous mes choix et rend l’avancée plus simple.

Un grand regret toutefois, nous n’avons, à aucun moment, pu apprécier les points de vue différents que l’altitude permettait tant du côté français qu’espagnol. Cela fait deux fois que les intempéries contrarient ma traversée.

Nous arrivons enfin au col d’Eyne. L’orage s’éloigne. Nous mangeons debout, le sol étant trop humide. Enfin, un répit. Le soleil y met du sien et apparait.

La trace du GPS, bien programmée, nous aura beaucoup simplifié la marche, évité des questionnements sans fin et amené au col facilement. Combien d’heures de gagnées !

L’intello se félicite du choix qu’il a fait d’apprendre à programmer un GPS pendant que l’âne, lui pense plutôt à manger, se réchauffer et se sécher. Plus tard, l’intello enverra un SMS de remerciements à Mariano, le « roi du topo »  qui l’a initié au GPS.

La descente dans la très belle vallée d’Eyne se fait dans le calme. L’orage est loin. Le soleil reprend sa place. Entre biodiversité florale, marmottes et isards, tout est là pour nous faire oublier l’évènement climatique du début de la journée.

– par Bernard Boutin

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La mule et l’intello (5) : Les isards de la Collada Verde

DSCF259721 août : Au refuge Mariailles, le dortoir se réveille tôt et, dès 6h30, la salle du petit déjeuner se remplie. L’intello et sa mule ont décidé de partir les premiers. Passer devant, tôt le matin, peut permettre de voir des animaux et aussi de prendre de bonnes photos avec la levée du soleil. Pour la mule, trotter à la fraîche est aussi bienvenu…

Une longue montée, par une facile route forestière, mène au Pla Guillem situé à 2300 m d’altitude. Une yourte (tibétaine ou népalaise ?) est installée là. Les indiens dorment à poings fermés. Le plat est magnifique, avec un sentier bordé de pierres blanches posées verticalement. Voilà qui est nouveau. Il mène à la crête frontière. De l’autre côté, la Réserve Naturelle du Prats de Mollo. Le soleil et le brouillard se battent pour conquérir la ligne de crête.

Vers l’ouest, un replat sans fin, entre 2300 et 2400 m, s’ouvre devant nous. 12 à 15 kilomètres à parcourir. La vue est magnifique dans toutes les directions. Ambiance Népal ? Why not ? En tout cas, une ambiance bien à part pour le massif pyrénéen. Le chemin est balisé de deux traits rouge et jaune, couleurs catalanes.

La forêt de sapin, côté français, tente de monter jusqu’à la crête. Plein de jeunes pousses se développent. Une conséquence du développement climatique probablement. Les cèpes de pins peuvent se ramasser à la pelle. Mais, on est trop loin pour qu’il y ait des amateurs et la mule, refuse nettement à l’idée d’être chargée plus.

Sur le replat à contre-jour, quelques isards se dessinent. Le cheminement va vers eux. En s’approchant, ce ne sont plus quelques animaux qui apparaissent mais bien une harde très conséquente. Nous approchons et l’intello se met à faire un décompte. Ils sont environ 70, absolument pas stressés par notre présence. Toujours à contre-jour, le décompte est refait pour arriver au même chiffre. Le compteur personnel de l’intello était monté à 115 isards. C’était en vallée d’Ossau sous les crêtes de Mondeilhs.

Les isards nous regardent passer. Des animaux absolument pas craintifs. La Réserve Naturelle du Prats de Mollo est derrière la crête. Ils se savent chez eux. Un beau moment qui compense le manque global de vie animale des Pyrénées catalanes, qu’elle soit sauvage ou pastorale.

La ligne de crête continue. Les volutes de brouillard essayent de la passer. En vain, mais le spectacle est magnifique. Dire que depuis le début de la journée, nous n’avons croisé que deux personnes !

La faim, mais aussi le vent frais, appellent une réponse. Il est 11h30, une cabane en tôle ondulée, la Porteille de Rotja, fait l’affaire. Etape suivante : la Porteille de Morens (2381 m) avant de descendre sur la station de ski catalane de Vall de Ter, située à 20 minutes de marche par un vilain sentier, sous la porteille (petit port ou col).

Cette arrivée sur la station est un moment de déception tellement la montagne est enlaidie, par de vilains bâtiments souffrant d’un indiscutable manque d’entretien et par les franches balafres que forment les pistes de ski sur les pentes. Ce constat est vrai partout. Dans les Pyrénées françaises comme espagnoles, les pistes de ski : d’énormes saignées qui déséquilibrent l’harmonie des paysages…

Recherche du refuge d’Ull de Ter qui est éloigné de la station elle-même. Situé face à un très beau cirque où la rocaille domine, le refuge est une beau bâtiment en pierre avec une atmosphère « vieux bois, vieux cuirs » à l’intérieur. Propre, bien tenu, le diner sera fait maison et de bonne tenue. Deux déceptions toutefois : la douche à 3 euros dans un local exigu où le réglage eau chaude, eau froide est impossible et l’annonce faite sur le site internet qu’une remise serait accordée aux membres des fédérations de montagne. L’intello sortit sa carte du CAF et… obtient un maigre 50 centimes d’euros de remise !

Preuve que nous sommes bien en Espagne : un chupa-chups, sucette crée en Catalogne, complétera le pique-nique du lendemain…

– par Bernard Boutin

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Pyrénées – La mule et l’intello (4) : Le Canigou se défile

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La Canigou

Refuge de Batère, le 19 août : La mule émet un préalable à reprendre la grimpée vers le Canigou. Elle veut inspecter le pique-nique que l’intello vient de charger dans son barda. Il s’agit de tenir toute la journée avec. Le sac papier (biodégradable) contient un sandwich jambon blanc, une salade de nouilles, une pomme, un fromage blanc et une barre céréalière faite au refuge. Somme toute, un panier repas assez classique. L’intello met le GPS en route. Il prévoit 941 m de dénivelé positif et une distance à parcourir de 16,1 kms. Plutôt cool. L’équipage se met en route.

C’est une très belle « promenade » en forêt qui accompagne nos deux compères même si le brouillard rend l’atmosphère un peu étrange. L’ambiance est bonne. Enfin, la « haute » montagne s’approche. Au passage d’un ruisseau, un magnifique bouvreuil décolle à quelques mètres. Un moment rare !

Le sentier finit par sortir du bois, le brouillard s’épaissit. L’heure de la pose approchant, c’est face à un rocher « tagué » que le pique-nique est dégusté. Le tag, « street art » à l’origine, prend de l’altitude. Un peu plus loin, la carcasse d’un avion anglais, qui s’est « craché » là dans les années soixante, est aussi tagué. Sacrilège ou non ? L’avion Londres-Barcelone aurait eu ses instruments de vol déréglés par la masse ferrugineuse du Canigou. Les 80 passagers périrent sur le coup. C’est un moment à part que de découvrir cette épave le long du sentier mais, déjà, la sortie du bois s’approche et apparaît le bel ensemble de bâtiments en pierres de taille qui compose le refuge des Cortalets. Pour la première fois depuis le départ, la cote des 2000 m est passée. Le refuge est situé à 2150 m d’altitude et offre une très belle vue sur le Canigou. Vraiment un beau coin.

Il y a beaucoup de monde au refuge et autour. Il faut dire que le Canigou se gravit, depuis les Cortalets, en 1h30. Tout le monde (ou presque) peut y accéder. Le lieu est très populaire d’autant plus que la Canigou est emblématique pour tous les Catalans, du nord comme du sud. On le voit depuis la mer, on le voit depuis la plaine. Il est un symbole de la nation catalane, surtout pour les Catalans « espagnols » qui le gravissent en masse équipés de drapeaux rayés jaune et rouge. Photo souvenir oblige.

A la St Jean, fin juin, les « locaux » montent des fagots de bois en grande quantité au sommet du Pic pour y mettre le feu à la nuit tombée. Il est alors vu de très loin. Le flamme est ensuite récupérée et conservée toute l’année dans la vallée avant d’être régénérée à la St Jean suivante. Une belle tradition qui crée un lien fort entre tous.

Le refuge est une « grosse machine ». Près d’une dizaine de personnes sont nécessaires pour le faire tourner. Il reste cependant « cozy » et agréable. Pour dîner, je suis avec des Catalans de Barcelone qui veulent à tout prix me démontrer que l’indépendance de leur territoire est légitime. Madrid pomperait toute leur richesse vive, les Andalous seraient des paresseux etc. Le républicain français que je suis leur rétorque que notre nation est « une et indivisible », que la solidarité entre les territoires est nécessaire et qu’ils vont précipiter la balkanisation de la péninsule ibérique. Ce n’est pas leur problème. L’égoïsme des riches ! Bref, la tension monte d’un cran…

Etant seul dans ma chambre, je dors plutôt bien sans trop savoir si je pourrai gravir ou non le Canigou le lendemain. Depuis, le refuge, la montée se fait par le versant nord, ce qui ne pose pas de problème mais, dans mon cas, pour continuer ma traversée des Pyrénées, je dois redescendre le pic par sa face sud et là, une cheminée aérienne m’attend. Ludique à monter, elle devient compliquée à descendre pour faute de visibilité et le poids du sac peut compliquer la chose. Une descente à ne faire, que si le rocher est sec et accompagné de préférence.

20 août : Il bruine. Il y a du brouillard. Le randonneur itinérant n’a pas le choix. Il doit avancer. Je dois donc contourner le massif du Canigou par l’Est en montant les crêtes du Barbet qui atteignent tout de même 2712 m soit quelques dizaines de mètres de moins que le Canigou lui-même. Une consolation, la vue, si le brouillard le permet, sera belle sur celui-ci. Au fur et à mesure que je monte la crête, le vent augmente, la pluie se transforme en grésil. Serre-tête, poncho et protège-sac deviennent de rigueur.

Je marche malgré tout bien et dépasse trois Béarnais partis devant moi. Les nuages sont au-dessus de moi, en-dessous aussi. Une triste journée alors qu’elle devait célébrer la montée de l’emblématique Canigou. Pas de chance. Je reviendrai. C’est toujours ce que l’on dit dans ce cas-là.

Le col de la Porteille de Valmanya est atteint assez facilement. Descente vers le refuge de Mariailles (1718 m) dans une belle longue vallée. Près du refuge Arago, je vois les deux premiers isards de mon « périple ». Le manque de pastoralisme, en Catalogne, ne favorise pas la chaîne alimentaire. Les rapaces et autres prédateurs sont plutôt rares par rapport à la partie occidentale de la chaîne. Les montagnes, si belles soient-elles, paraissent souvent mortes. Dommage.

Il pleuvote jusqu’au refuge de Mariailles qui est « bondé ». Nous sommes entassés comme des sardines dans les dortoirs. Bon dîner, un peu court sur les portions, avec deux groupes de Béarnais autour de moi, les uns de Pontacq, les autres de Lembeye. De sacrés montagnards que ces Béarnais !

Vivement le lendemain et la montée au Pla Guilhem qui se prolonge, par une ligne de crête d’environ 12 kilomètres, entre 2200m et 2400m. Le guide, Trans’Pyr, annonce que cette crête est unique dans les Pyrénées et qu’elle ressemble à un plateau Népalais. Sa découverte : un moment important attendu, par la mule et l’intello, dans cette traversée des Pyrénées. Terminée la crête, l’équipage descendra vers le sud, à partir de la Porteille de Morens, en direction du refuge d’Ull des Ter en Catalogne espagnole.

Le moral est bon. La mule n’a pas de problème avec son genoux droit arrière. Par contre, devant, ses bâtons ont une fâcheuse tendance à se rapetisser quand ils sont trop sollicités. Il faudra les régler. Cela peut-être dangereux en dévers.

– par Bernard Boutin

Le diaporama de photos : C’est ICI (en bas de la page)

Pyrénées – La mule et l’intello (3) : Direction le Canigou

Lézard vertPassé le « Coll de Lli » et toutes ses considérations historiques, on peut se demander quand la mule prendra le dessus sur l’intello. Il faut dire que les pentes rocailleuses sont bien loin encore, que la marche est « aisée » et que tout porte à la contemplation. Pour du changement, il faut attendre la montée vers l’emblématique Canigou prévue à deux jours de marche.

Au Coll, le sentier se fait route forestière côté espagnol. Une diversion fait saliver, la mule et son intello : L’ermitage de « las Salinas » avec sa magnifique fontaine et le « bar à tapas » accolé à l’ermitage. Curieuse pratique ! Un lieu populaire perdu en pleine forêt. La mule souhaite s’abreuver à la fontaine. L’intello n’arrive pas à conclure entre prendre un « cortado », un « cafecito » ou encore un « café con leche ». Les Catalans vont-ils me répondre quand je m’adresserai à eux en espagnol ? On sait leur aversion au castillan, comme ils l’appellent… La fontaine est enfin en vue. Un bel édifice. Remplissage des deux gourdes. Montée vers l’ermitage tout proche pour constater que… le bar est fermé le mercredi. « No hay suerte ». Il en va comme cela pour le randonneur qui rêve de choses simples, très souvent repoussées. Bref, l’intello boira de l’eau, tout comme sa mule.

Retour vers la France et montée vers le Roc de France ou encore Roc de Frausa qui atteint 1450 m. Sur les cartes, les noms sont donnés soit en français, soit en catalan, soit en espagnol. Trois noms pour un même lieu. Pas simple pour se repérer.

Avec le Roc de France, on est encore loin des 3000 mais les premiers rochers apparaissent et le sentier devient plus caillouteux. L’atmosphère est plus sympa et moins monotone. Les forêts sont dépassées. Je croise (enfin) un « natif » qui m’aide à trouver le « coll Cerdá », le GPS et la carte étant en désaccord. Longue descente vers le gite du jour : le « Móli de la Paleta », situé au-dessus d’Amélie-les-Bains dans le Vallespir. En chemin, un orage me rattrape. Je n’ai que le temps de me mettre à l’abris dans les ruines d’une vieille ferme. L’analyse de la carte fait apparaître un raccourcis qui… conduit directement dans un camps « d’indiens » !!! Yourtes, potagers et abris pour chevaux sont installés là, loin de tout, en pleine montagne et sans accès routier. Le corral est situé sur le chemin lui-même. Je dois escalader sa barrière pour pouvoir passer au travers. Plus tard, on me dira que cette implantation directement sur le sentier n’est pas tout à fait légale. Deux beaux lézards verts m’observent un long moment.

Arrivé au gîte, lavage du linge. Avec dans le sac-à-dos, uniquement deux T-shirts et deux pantalons, dont un porté, la lessive se doit d’être régulière. A peine mis à sécher dehors, la pluie reprend de plus belle. Les choses les plus simples peuvent devenir compliquées…

Les propriétaires du gîte, Laurent originaire de la région parisienne et Catherine de Moutiers dans les Alpes, sont à l’image de toute une population nouvelle, établie le long de la chaîne, venue de loin pour fuir l’agitation des villes et le « consumerism » (Quel horrible nom !). Le bio, le fait chez soi, les approvisionnements exclusivement locaux sont en général incontournables dans ces lieux. Soirée très sympathique, avec nos hôtes qui se joignent à la grande table où ils servent le dîner. Deux Suisses sont parmi nous. Ils terminent le même trajet que moi, Banyuls Aulus-les-Bains, mais en sens inverse. Je rencontrerai par la suite d’autres personnes faisant ce trajet qui, pour beaucoup, semble bien correspondre à un tiers de traversée des Pyrénées.

Avec les Suisses, nous sommes trois « itinérants » de passage au « Móli de la Paleta », la veille à Las Illias, nous étions aussi trois au gîte. L’avant-veille, j’étais seul au « Chalet des Albères ». Pour une fin juin, voilà qui n’est pas prometteur… Comment gagner sa vie dans ces conditions là ? En moyenne, dans les gîtes et les refuges, la demi-pension plus le piquenique du lendemain nous est facturé de 45 à 50 euros.

Jeudi 19 juin – Grand soleil à 6h30. Le randonneur vit comme les poules : couché tôt, levé tôt. Une longue journée m’attend : une descente de plus de 700 mètres pour commencer, la traversée d’Arles-sur-Tech et la remontée vers le refuge de Batère, dernière étape avant d’arriver au pied du Canigou. Le GPS prévoit 1532 m de dénivelé grimpant. Cela se corse.

C’est incroyable ce que la Catalogne, en ce début d’été, est verte. On se croirait au Pays Basque. Dès le départ, le chemin est envahi d’herbes humides. La mule prend les devants et, avec ses deux bâtons dégage autant qu’il est possible le chemin. Malgré le « goretex », les chaussures s’humidifient petit-à-petit. La hantise du randonneur : avoir les pieds mouillés.

Belle descente sur Arles-sur-Tech où, à l’arrivée, le GR 10 longe de vieux bâtiments industriels à l’abandon. Le minerai de fer, extrait des Mines de Batères, situées au-dessus de la ville y était traité. Un transbordeur aérien amenait là le minerai. Tout au long de la traversée des Pyrénées, les mines abandonnées sont présentes. Elles témoignent d’une intense activité minière révolue. L’intello ne peut s’empêcher de penser qu’entre le développement de l’industrie hydraulique, les mines, la sidérurgie, les activités thermales, les trains et tramways qui allaient au fond des vallées, les Pyrénées étaient, il y a un siècle, autre chose que la « frontière sauvage » qu’elles sont actuellement.

A Arles-sur-Tech, je déguste un « coca » (du sucre : vite !) avant d’entamer la montée vers le refuge de Batère, installé dans les immeubles qui abritaient les mineurs.  Il fait chaud. L’équipage ne démarre que vers 11h la montée. Bien tard.

Un des petits moments de plaisir du randonneur est celui de l’arrêt pour déguster son piquenique. Où donc poser son sac et prendre sa pause déjeuner ? Rares sont les endroits qui présentent tous les critères de la « bonne halte » : suffisamment plats, dégagés, avec une pierre plate, de l’ombre, un point d’eau et la vue en plus. Après 2h30 de marche, au passage d’une rivière, la mule et l’intello, d’un commun accord, trouvent le « spot » idéal. Il était temps. Il est 13h30 et le petit-déjeuner remonte à 7h. Il fait si chaud. Trois quarts d’heure de pause, reprise de la montée et arrivée à 15h45 à Batère.

Une heure plus tard, un « bug » imprévu m’attend. La genoux droit double de volume et rend impossible de plier la jambe malgré le cataplasme de glace posé dessus.  A 19 heures, je traine la patte comme un malheureux pour aller dîner. Malgré cela, je déguste de bon appétit, le menu : feuilleté de jambon et champignons, bœuf à la mexicaine et fromage blanc. Très reconstituant.

Un peu plus de monde au refuge, ce soir, avec un groupe de la « Balaguère » d’une douzaine de personnes. Heureusement pour les gérants des gîtes et refuges que la « Balaguère » et quelques autres « tour-operateurs » locaux opèrent sur toute la chaîne. Sans eux, les hébergements auraient beaucoup de mal à vivre. (voir l’interview de Vincent Fontvielle, fondateur de la Balaguère)

Vendredi 20 juin : Le genoux est moins gonflé mais il m’est impossible de marcher normalement. Garlic, le gérant du refuge, qui doit descendre à Arles-sur-Tech, me conduit voir un médecin. Ce dernier diagnostique un « syndrome rotulien par chondrite externe » (Ooups !). Heureusement que le refuge était accessible par la route ! Autrement, c’était la mule (pour de vrai) ou l’hélico.

Je rentre à Pau, la tête basse, en suivant. A quoi bon forcer ? S’ensuivent deux mois de  rééducation, de gym et de vélo pour repartir, une fois que le gros des touristes ont quitté les Pyrénées. Mon médecin palois pense que le poids (lourd) du sac a pu provoquer ce « syndrome ». Je reviens à Batère le 18 août, plein d’humilité et surtout sans avoir réservé les étapes suivantes. On ne sait jamais ! J’appellerai au fur et à mesure de mon avancée.

A Batère, je suis content de retrouver Garlic et sa compagne Laure mais un peu inquiet de ce que pourrait me réserver mon genoux droit dans les jours à venir. Le refuge des Cortalets, au pied du Canigou, est à un jour de marche. La mule, de son côté, piaffe de reprendre sa marche. Elle a réglé les bâtons pendant la « pause » et changé de semelles.

– par Bernard Boutin

« La mule et l’intello » : Pour voir les premières étapes, c’est ICI