Elus hurluberlus

Don quichotteLa classe politique française n’a pas la cote auprès des citoyens. Cumul des mandats, manque de courage, immobilisme bloquant toute réforme structurelle, etc… nos élus à vie sont au plus bas dans tous les sondages. On se demande bien pourquoi.

Pourtant, en Béarn, nous avons la chance d’avoir des élus qui travaillent au futur bien être de leurs concitoyens.

Le Député Jean Lassalle n’a eu de cesse de travailler à l’Assemblée. Ses interventions font souvent la une des media : chant béarnais en séance, grève de la faim, tour de France à pied, un échantillon de son travail législatif assidu.

Le voilà maintenant qui part pour un tour d’Europe en train. Vu son programme, il sera loin de l’Assemblée et du Conseil Général pour un long moment, mais il est quand même plus important pour sa fonction de comprendre le monde qui l’entoure… Il serait temps…

Le Conseiller Général du Canton de Navarrenx est aussi Maire de Laàs. Et voilà que Jacques Pédehontaa veut transformer sa métropole de 118 habitants en une principauté !

Y aura-t-il la guerre avec Navarrenx sa voisine? Sans doute avec destrier et armure.
Mais le pire n’est-il pas que la presse locale fait la une de ces comportements excentriques avec la plus grande bienveillance ?

Nos journalistes n’auraient-ils donc pas le moindre esprit critique ?

Quand les citoyens s’éveilleront…

– par Daniel Sango

Du libéralisme et du bien commun

20130509518b184b91621-0-772770Tout comme Jean Lassalle, Axel Kahn est parti à la rencontre des Français. Un parcours débuté à Givet dans les Ardennes pour s’achever au Pays Basque. Une grande diagonale. Croiser ces deux parcours, les comparer permet d’approfondir l’analyse de notre « gamberge nationale ». Axel Kahn a découvert notamment une « France en sécession ». Une France bien peu préparée à la mondialisation.
Que restera-t-il de ces entretiens sur le terrain réalisés par les deux marcheurs ? Pour Axel Kahn, une chose est certaine un livre à paraître dans quelques jours : « L’homme, le libéralisme et le bien commun ». Un titre où tout s’oppose : le libéralisme et le bien commun.

Alternatives Pyrénées – Vous avez parcouru 2200 kilomètres en 72 étapes. Quelles principales conclusions tirez-vous de vos contacts avec les Français ?
Axel Kahn – Ce parcours avait certes pour but de rencontrer des gens mais il avait aussi pour but de m’insérer dans le paysage. C’est la raison pour laquelle, je suis peu passé par les villes.  Par contre, j’ai pris totalement contact avec le monde de la ruralité et des petites cités.
Les leçons que je retire de cette grande diagonale depuis les Ardennes jusqu’à St Jean de Luz, c’est que j’ai vu, en réalité, trois France. Mes contacts avec les Français dépendent de ces trois France.

Premièrement, j’ai vu une France à l’extraordinaire beauté, avec ses paysages à la très grande diversité, son patrimoine et ses chefs-d’œuvre laissés par la main de l’homme. Nous avons un pays splendide et dont nous avons toutes les raisons d’être fiers.

Une autre France que j’ai vue, et là j’ai un petit désaccord avec Jean Lassalle, constaté lors d’une interview croisée, est une France agricole qui était dans l’ensemble extraordinairement prospère. Cela ne nie pas du tout le phénomène de désertification des campagnes, celui des déserts médicaux, de la disparition des magasins ou des petites exploitations etc. Il n’empêche que lorsque vous passez dans ces pays depuis le sud des Ardennes jusqu’au Pays Basque, vous avez l’impression que les agricultures, d’une manière très différente de ce qui se faisait il y a 30 ou 40 ans, tirent le meilleur de la terre française. Il peut s’agir des très grandes cultures à haut rendement ou à l’opposé de la typicité comme au Pays Basque qui n’est pas très fertile. En Béarn, on y trouve les deux aspects.
La désertification des campagnes et la difficulté de la ruralité sont liées au fait qu’il faut 20 fois moins de personnes pour cultiver les terres aujourd’hui qu’il n’en fallait il y a 30 ans. Tout le reste s’ensuit bien évidemment.

La troisième France est celle de l’industrie qui a été touchée de plein fouet par des crises successives, celles de l’avant-guerre et de l’après-guerre. Elle m’a amené, depuis la fin du Rouergue, du Lot jusqu’à Figeac en passant par le Haut-Forez au-dessus de la vallée de la Loire, à traverser une France profondément sinistrée, voire effroyablement sinistrée dans laquelle il ne reste pratiquement rien de ce qui a fait sa richesse.

Quand je suis arrivé dans le Sud-Ouest, les choses ont changé. Je suis arrivé dans des terres où il y a eu un autre croisement, une conjonction d’activités économiques qui se sont portées les unes les autres. Les terres sont souvent assez fertiles. C’est vrai naturellement dans le Gers, la Gascogne avec la « maïsculture », les fruits et légumes ou encore certaines terres céréalières. Mais aussi, on y trouve le maintien d’une très grande fierté, liée à la typicité; au final : Etre Béarnais, être Gascon, être Basque, l’amour de vivre. Tout cela entraîne un ressort, une activité qui se ressent dans l’industrie.

Quand j’ai surplombé les bassins miniers, par exemple dans les vallées de la Loire, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, ce ressort était épuisé. Rien n’avait été prévu pour la suite. Par contre, dans le Bassin de Lacq, j’ai été rempli d’enthousiasme en voyant qu’il y avait aujourd’hui autant d’emplois industriels qu’aux meilleurs moments de l’exploitation du gisement de gaz. C’était extraordinaire ! J’ai été follement heureux.

Jean Lassalle dit que les politiques sont détestés des Français. Etes-vous d’accord avec lui ? Quelles mesures simples pourraient les réconcilier  les uns avec les autres ?
Les politiques ne sont pas détestés. Les Français considèrent qu’ils sont complètement déconnectés. C’est extrêmement vrai pour toute cette frange de la population, allant du Sud-Est au Nord-Est, qui vote entre 30 et 40% pour le Front National. C’est moins vrai dans le Sud-Ouest même si le Lot-et-Garonne pour remplacer Jérôme Cahuzac, en a été un témoignage.

J’ai rencontré un phénomène que j’ai appelé celui de la « sécession ». Il s’agit de gens qui peuvent être très riches comme les producteurs de Champagne, comme des communautés très pauvres, laminées par la crise, les plus pauvres du pays pour lesquels il est évident que le présent est bien pire que ne fut le passé. Ils sont persuadés que le futur que préparent les autres : les Politiques, dans les régions ou à Paris, mais surtout à Bruxelles et la mondialisation, leur veulent du mal. Pour eux, l’avenir n’est que mauvais et rien ne peut conduire à l’optimisme.

En plus, ils sont complément ulcérés que toutes les règles pour conduire et bâtir cet avenir leurs aient été ôtées. Ils sont également ulcérés que les valeurs de la ruralité à laquelle ils étaient très attachés, la chasse, la pêche, l’élevage soient tellement maltraitées aujourd’hui dans la société. Cela fait qu’une partie de la population, selon les régions, est pratiquement fermée à tout échange discursif rationnel. C’est la « France en sécession ».

Leur parler de la réalité, de la situation moderne, des contraintes etc. est inutile. Persuadés qu’on ne les entend pas, ils ne veulent pas nous entendre. Or, naturellement les politiques en général, Madame Marine le Pen exceptée, sont amenés à utiliser ce langage rationnel et cela entraîne une totale surdité de cette partie de la population.

Faut-il plus d’Etat ou faut-il plus de décentralisation ?
Il faut des moyens qui, au niveau territorial ou au niveau central, puissent faire valoir le bien commun. Cela me semble totalement essentiel.
Un exemple : les gouvernements qu’ils soient de gauche ou de droite, pensent avec les dogmes de l’économie libérale, aujourd’hui toute puissante. Un de ces dogmes important est celui de la destruction créative : à savoir qu’il ne faut pas artificiellement tenir la tête hors de l’eau d’une industrie ou d’une activité qui est « obsolète », sans avenir ce qui retarde les changements qui vont permettre d’envisager avec optimisme un futur à bâtir. C’est une théorie qui n’est pas fausse que l’on doit à Schumpeter en 1937 aux Etats-Unis.

A l’heure de la mondialisation justement, il faut reconnaître que la destruction, au niveau local ou régional et même au niveau national mais dans une moindre mesure, est exceptionnellement créative. Elle l’est éventuellement au niveau mondial. Lacq est une exception bienheureuse.

Lorsqu’une activité est en effet « obsolète », lorsque la ressource naturelle va s’épuiser, on ne peut pas, d’une certaine manière, se résoudre à l’inéluctable. Il ne faut pas soutenir tel canard boiteux etc. etc.

Le rôle de la politique est alors de s’occuper des gens, des gens réels qui continueront à vivre dans les territoires. La destruction ne sera pas seulement une destruction d’activité mais une destruction du lien social. Pour accompagner ces moments difficiles où les ressources s’épuisent, où la concurrence amène à rendre « obsolète » les productions; il faut une volonté territoriale ou nationale pour préserver autant qu’il est possible le bien commun.

Jean Lassale dit « Nous, les élus, n’étions pas préparés à la mondialisation »…
Je pense que cela est vrai. L’analyse économique et politique des phénomènes qui se sont déroulés, dans les 20 ou 30 dernières années, n’a pas été faite par l’immense majorité des politiques comme par exemple, cette notion de destruction qui est au mieux créatrice au niveau mondial, rarement au niveau local. Je ne connais personne avant moi qui l’ait énoncée de manière aussi évidente. Pourtant, elle concerne au premier chef, les politiques. Je vais publier, dans quelques jours un livre qui s’appelle « L’homme, le libéralisme et le bien commun » dont c’est justement le thème.

L’éducation nationale prépare-t-elle bien les Français à la mondialisation ?
La formation de base en France est en règle générale de bonne qualité. Je suis ancien président d’université et me suis beaucoup impliqué dans la formation des Maîtres. J’ai bien vu ce qui était insuffisant et qui devait être amélioré. Ce qui n’a pas totalement été appréhendé, une des conséquences de la mondialisation, c’est que beaucoup plus qu’apprendre à faire, à exécuter, il faut aujourd’hui enseigner au citoyen à apprendre à réagir, apprendre à se repositionner parce que dans le monde, tel qu’il est aujourd’hui, il est exceptionnel que quiconque qui s’engage dans une activité, pourra la continuer toute sa vie. Il lui faudra presque toujours se réorienter. Parfois d’une manière radicale. Par conséquent, la formation doit mettre le paquet sur l’agilité comportementale et intellectuelle.

– propos recueillis par téléphone par Bernard Boutin

Le blog d’Axel Khan : http://axelkahn.fr/blog/
La page Wikipédia d’Axel Kahn : http://fr.wikipedia.org/wiki/Axel_Kahn
crédit photo : http://www.lunion.presse.fr/region/parti-mercredi-de-givet-axel-kahn-poursuit-sa-route-ia3b25n37904

« le populo a du bon sens »

2477366Jean Lassalle continue son tour de France. Après avoir parcouru à pied 3.600 kilomètres, il est maintenant à Aurillac. Si quelques uns ont pu sourire au début de son initiative, le député, « représentant du peuple souverain qui aujourd’hui, ne se sent plus souverain de rien », mesure chaque jour plus le désarroi des Français. L’homme mûrit. L’homme entre peu à peu « en résistance dont on sait quand cela démarre, mais pas comment cela se termine… ».
Un entretien, long et passionnant, avec un politique qui prend le temps de l’écoute auprès du peuple comme de ses élites locales.  Qu’en sortira-t-il ? Nul ne le sait. En attendant, le site du député reçoit, jour après jour, toujours plus de « cahiers de l’espoir », version moderne des « cahiers de doléances » des années pré-révolutionnaires. Principaux griefs de nos concitoyens : la « financiarisation » du monde et la dette, l’Europe, la déliquescence de l’Etat et l’éducation.
Jean Lassalle n’est pas pressé d’achever son périple tant l’entreprise d’écoute le passionne. Le jour où il reviendra dans sa vallée, il ne sera assurément plus le même et n’aura probablement de cesse que de repartir…

Alternatives Pyrénées – Dans le Progrès de Lyon, vous dites qu’en Béarn votre démarche est incomprise. N’est-ce-pas parce que les Béarnais n’en voient pas la finalité ?
Jean Lassalle – Ma démarche n’est pas incomprise par tous. Quand Pyrénées Presse a fait son sondage, au début de mon périple, j’ai terminé avec 70% d’intentions favorables. Si je n’ai pas fait de campagne d’explications, c’est qu’à aucun moment, je n’ai  voulu donner le sentiment qu’il s’agissait d’une opération électoraliste. Je suis l’élu des Béarnais et des Basques. Ils m’ont toujours renouvelé leur confiance. Sans elle, jamais je n’aurai pu faire ce que je fais. J’en suis honoré. Si l’initiative avait été prise par un député du Nord, tout le monde aurait considéré que c’était bien. Nul n’est prophète dans son pays.

Les temps sont extrêmement durs en France même si, chez nous, comme vient de le répéter Axel Kahn, « c’est une oasis ». Le contexte national est dangereux à court et moyen terme parce que, hélas, beaucoup de conditions sont réunies pour que des évènements graves se produisent dans notre pays comme cela a pu être le cas dans le passé.

Les gens se rendent compte de la profondeur de mon engagement. Je ne ménagerai pas ma peine lorsque cela sera fini pour leur rendre compte de ce que j’ai fait, pourquoi je l’ai fait et quelle en est la signification profonde.

Comment seul seriez-vous capable de faire bouger les lignes ? N’avez-vous envie de créer un mouvement pour fédérer tous les « réformateurs » potentiels que vous avez croisés ?
Je suis un député de la Nation. Une notion que je fais réapparaître et qu’aucune des constitutions des cinq Républiques n’a changé d’un iota. Le député est le représentant de la Nation et c’est pour cela, entre autres, qu’il bénéficie de l’immunité parlementaire. A tout moment, si nous le souhaitons, nous pouvons aller visiter une prison, un commissariat au nom des citoyens. Une chose que ne peut pas faire le simple citoyen.

Cela permet au député de rentrer directement en contact avec l’ensemble de ses concitoyens. Une phrase résume tout : « Le peuple souverain, dans sa diversité, élit ses représentants députés au suffrage universel. Lorsque les députés se réunissent, ils fondent l’Assemblée Nationale » . Les axes majeurs de l’Assemblée nationale sont l’élaboration et le vote de la loi, l’élaboration du budget, le contrôle du gouvernement.

Vous parlez de la désaffection des Français pour la politique et la technostructure. Quelles mesures simples pourraient commencer à effacer cette désaffection ?
La France est « soulée » de partis, de groupes de réflexions, de ceci et de cela. La France a besoin de retrouver son calme et ses citoyens forment un peuple capable du pire mais aussi du meilleur. La Révolution français est la seule qui se soit faite au monde mais elle parle au monde entier. Ce n’est pas la peine d’en faire une seconde. La France est un des rares pays que l’on qualifie d’universaliste. Le pays parle toujours au monde.

Si moi, après avoir fait 3600 kilomètres, j’avais déjà compris ce qu’il manque en France, ce qui n’est pas bon pour la France, je serais alors « super Einstein ». Il faut, en fait, que je poursuive mon action pour bien prendre la mesure de ce que ressent profondément ce peuple qui a fondé les droits de l’homme, qui a osé, le premier, écrire qu’il était « le peuple souverain » et qui, aujourd’hui, ne se sent souverain de rien.

J’ai besoin d’écouter et de faire remonter par lui même, par l’intermédiaire des « cahiers de l’espoir » inspirés des « cahiers de doléances », ses propres griefs. Les « cahiers de l’espoir » sont une démarche que j’ai entreprise sur mon site internet où je propose à tous les Français de dire leur sentiment. Celui qui domine actuellement, et c’est très grave, c’est un sentiment de résignation. Dans une très grande majorité, les Français ne croient plus en rien et surtout plus en les politiques qu’ils détestent. Ils n’ont plus confiance en eux. Ils ne croient plus dans l’ensemble des élites.

Les Français sont en manque d’identité. Une Alsacienne me disait : « J’ai 70 ans. J’ai vu cette maison changer 5 fois de nationalité. Aujourd’hui à 70 ans, alors que j’ai enseigné passionnément mon pays, je ne sais plus si je suis Alsacienne, Française, Européenne ou Mondiale… ». « Pour en arriver à quoi ? Pourquoi tant de sacrifices, tant de sang, tant de malheur ? » Je trouve qu’elle résumait très bien la situation.

N’est-ce pas au gouvernement de faire bouger la France…
Les gouvernements se succèdent pour le résultat que l’on sait. Ils sont aussi rapidement désavoués les uns que les autres. Pour preuve, les indices de popularité des présidents et premiers ministres. Effrayant !
Les décideurs n’ont plus de marge de manœuvre. La financiarisation a confisqué l’argent des Etats. D’immenses empires financiers ne font plus que de la spéculation et mettent à mal les pays les uns après les autres et en particulier le nôtre. Quant au peuple, il est tellement bloqué en lui-même, brisé dans son lien social jusqu’à l’intime et sa famille…

Votre constat est très négatif…
Ce constat, ce n’est pas le mien mais celui de 9 Français sur 10. Tous les jours, je suis accompagné par 3 ou 4 accompagnateurs et des journalistes. Ils sont abasourdis par ce qu’ils entendent.

Si c’était moi qui le disais, on ne me croirait pas et ce n’est pas uniquement le « Français moyen » qui dit cela. Si vous saviez le nombre de juges, de procureurs de la République, de préfets même, de généraux de gendarmerie qui me rencontrent incognito pour me dire : » on ne sait pas ce que donnera votre initiative. En tout cas, elle est salutaire parce que notre pays est en grand danger ». 9 français sur 10 que je croise sont très inquiets.

L’originalité de ma démarche, c’est d’aller à la rencontre des Français d’une manière très simple : en marchant. Autre démarche aussi simple : celle d’écouter. J’écoute des heures et des heures. Les Français ont un énorme besoin de dire leur désarroi.

Lorsque, en tant que député, je suis normalement aux affaires sur mon immense territoire, je suis tenu par la montre, je suis tenu par d’autres rendez-vous, et je ne peux pas passer des heures à écouter des citoyens. Pendant la marche, si on ne peut pas finir notre échange, la personne revient me voir le lendemain ou vient à mon hôtel ou encore vient même marcher avec moi…

Je trouve très peu de gens qui ne sont pas d’accord avec moi. L’un d’entre eux, après m’avoir signifié son désaccord, a fini par me rejoindre pour marcher 3 jours avec moi.

Une fois nos entretiens terminés, je leur dis qu’il faut se prendre en main, qu’on ne peut pas laisser les événements nous emporter. Je les appelle à compléter leur « cahier de l’espoir ». Ils y disent leur sentiment de peur, de résignation, de très grande déception mais aussi de grande colère qui les animent comme celui qui, à 45 ans, vient de perdre son emploi ou celui qui, à 28 ans, avec son Bac +6, est obligé de partir au Canada. Je leur demande aussi de donner dans leur « cahier de l’espoir », quelques pistes de réflexion et de mentionner les dossiers qu’il faudrait remettre sur la table.

Vous-même, vous ne voyez pas des pistes urgentes à apporter dès maintenant à nos décideurs ?
Si je rentre dans ce jeu-là, je vais apparaître comme le 3250ème à faire des propositions pour la France, comme quelqu’un qui veut créer son propre parti et me retrouver pris à nouveau dans une mêlée qui ne mène à rien.

Il faut que je reste dans cette dynamique où le peuple continue à faire ses propositions. Néanmoins, je sais les points les plus importants qui reviennent partout et qui chagrinent les Français. Le monde a changé au cours de ces 25 dernières années, le mur de Berlin est tombé. On a cru que notre système était le meilleur, il est devenu fou furieux.

Les Français disent en premier lieu: « nous aimerions savoir ce qu’il en est de la dette ». « Comment, alors que nous n’avons rien fait de spécial au cours de ces 10 dernières années, pouvons-nous nous retrouver aussi endettés ? Et avec des intérêts d’emprunt pas très chers au départ qui ensuite deviennent exorbitants ? ».

Ils veulent comprendre car, au nom de la dette, on leur demande des sacrifices qui font que nous ne pouvons plus rien mettre en place. Les petits chefs d’entreprise, les patrons de PME me disent : « Je voudrais faire quelque chose. Mais, je suis incapable de trouver un bout d’emprunt, de ramasser trois sous car on me retire tout ». La mère de famille dit la même chose : « J’ai du mal à boucler la fin du mois parce qu’on me prélève sans arrêt pour cette dette. Qu’en est-il exactement de cette dette ? N’a-t-on pas le droit de savoir la vérité ? »

Deuxièmement, et c’est ma plus grande surprise, je ne l’avais pas senti, contrairement au reste. L’Europe est très gravement remise en cause. Je suis étonné, estomaqué. Je suis passé par Lille, tout le Nord où j’ai fait tant de mariages, de meeting politiques dans ces terres profondément européennes. J’ai passé toutes ces zones frontalières qui ont eu tant à souffrir de la guerre. Partout, le sentiment de méfiance vis-à-vis de l’Europe est devenu « radical ». Une fois sur deux, le rejet de l’Europe est même violent.

Je leur dis : « Ce n’est pas possible que vous teniez des propos pareils, vous avez un cimetière militaire tous les 300 mètres, vous ne pouvez pas dire cela ». Ils répondent : « Mais enfin, M. le Député, que nous apporte l’Europe aujourd’hui ? Nous sommes dans les plombs, les uns après les autres, parce que nous ne sommes pas à égalité avec les charges que nous payons. Nous subissons des concurrences extrêmement déloyales, organisées par nos propres frères des autres pays européens ».

Personne ne semble être maître du jeu. On a l’impression que cela avance au petit bonheur la chance. Les Français vont mettre fermement ce sujet sur la table à l’occasion des européennes en mai 2014. Nous allons voir à quel point ils vont voter extrême pour ces élections. Ils le disent : « on ne va pas faire de mal directement à la France et on va poser le problème pour savoir une fois pour toutes où nous en sommes… »

Troisièmement, les Français sont très désappointés qu’on ait détruit leur Etat. La France a besoin d’un Etat rationnel, or il a été « dézingué » pour diverses raisons. Tantôt pour mettre la poste directement en compétition avec la poste allemande. Comme si cela à un sens… Tantôt pour mettre les télécoms français en compétition avec les télécoms allemands etc.

On a enlevé un peu partout des fonctionnaires qui étaient des fonctionnaires utiles et qui faisaient dire que l’Etat aux yeux des Français était le symbole de l’égalité des chances pour tous les territoires. Aujourd’hui, on a laissé des croupions d’administration partout. Des croupions qui sont devenus pratiquement autonomes, car trop peu nombreux, et presque revanchards. Une espèce de technocratie qui ne fait pas la part des choses.

Ensuite, ils sont trop nombreux là où il ne faudrait pas. Par exemple à Bercy ou au « commissariat au plan » alors que nous n’avons même plus de plan depuis 20 ans. Nous y avons des fonctionnaires de très haut niveau qui préparent la politique de la France en la peignant tantôt en bleu, tantôt en rose.

Les Français voudraient retrouver un Etat moderne, plus léger mais plus efficace qui puisse remettre de l’égalité sur tous le territoires parce qu’il n’y en a plus aucune. Le Français ne sait plus du tout qui s’occupe de quoi et dans quelles conditions ? Comment les lois votées sont mises en application ? Qui s’en occupe ? Qui contrôle ? Rien n’est prévu.

Les Français pensent aussi qu’on a beaucoup trop alourdi ces régions pléthoriques où vous avez 2.000, 3.000, 4.000 voire 5.000 fonctionnaires. Mais pour quoi faire ? Où sont les résultats si probants pour que l’on ait à payer de telles additions ? Partout les Français disent cela.

Maintenant, cela va être la mode des immenses communautés de communes, communautés d’agglomérations et les métropoles. Les Français réagissent alors : « On nous dit que le cumul des mandats est fini, mais les 3 ou 4 hommes ou femmes dominants de chaque département vont présider une des 3 ou 4 grandes communautés de communes du département… ». Dans les Pyrénées-Atlantiques, il y a environ 600 communes. Chacun aura pratiquement 200 communes à soi. Mais ce seront, dans les faits, les directeurs choisis qui auront les réelles responsabilités. On va à nouveau recréer des administrations pléthoriques mais qui régleront quoi ?

L’histoire de la France n’est pas dans ces administrations là. Elle est dans la subsidiarité : démarrer au plus bas. Là est la démocratie. Au contraire, on va laisser tomber 25.000 communes de moins de 1.000 habitants. En 2014, elles vont voter pour la dernière fois car, en 2020, elle n’auront même plus besoin de voter puisque les habitants se seront rendus compte que cela ne sert à rien. Entre temps, la communauté de communes aura tout pris, toute la DGE et toute la DGS. Ce n’est pas cela qu’aime la France. Ce qu’aime la France, c’est sa complicité historique entre l’homme et son territoire.

Il faut retrouver ce mouvement qui était très bénéfique pour la France entre, d’une part un Etat, organisé et moderne, et d’autre part les Provinces de France. C’est cela qui a fait l’originalité de la Nation : ce sont ses Provinces. Là où cela se passe encore mieux, c’est dans les territoires où l’identité est restée la plus forte. En Alsace, j’ai trouvé une forte identité tout comme en Bourgogne, composante historique de la France. Dans ces régions, on y retrouve un sens commun, tout comme en Béarn et au Pays Basque.

Le quatrième point soulevé par les Français est que l’on ait un véritable projet d’instruction publique pour la France. Après Sedan, où nous venions d’être fracassés, il s’est trouvé des hommes pour dire : « on va instruire, apprendre à lire et à compter à ce peuple ». On a eu, ce jour là, un des plus beau projet qui ait jamais été réalisé en France. S’il n’y avait pas eu la République pour m’apprendre à lire et à compter, je ne serais jamais devenu ce que je suis devenu. Les Français sont très attachés aux valeurs républicaines et à celles de l’instruction. Ces 4 exemples, je les entends tous les jours.

C’est une entreprise énorme que vous abordez. Qui pour la conduire ?
Ce n’est pas si énorme que cela. La France a déjà montré qu’elle était capable de se refaire en 10 ou 12 ans. Regardez, pendant la dernière guerre, l’Etat avait collaboré avec l’ennemi tant qu’il avait pu et plus rien ne fonctionnait. 15 ans plus tard, les « 30 glorieuses » démarraient.

Notre pays a tout ce qu’il faut. Les Anglais nous attribuent le « French flair ». La France peut être en mauvaise position, menée face à l’Uruguay au dernier match qualificatif, alors qu’on a perdu les deux premiers matches, et par 3 pirouettes elle va les battre pour finir championne du monde.

Aujourd’hui, la France et son peuple souffrent d’un manque de considération. Les Français sentent très bien que nous sommes dans un monde mondialisé. Ils ne sont pas idiots mais personne ne leur a expliqué pourquoi ? Personne ne leur a expliqué ce que devenait ces flux financiers ? Personne ne leur a dit quelle Europe on avait choisie? D’ailleurs, on en a choisi aucune puisque entre l’Europe des Nations de de Gaulle ou l’Europe fédérale d’Etats fondateurs, on a toujours pas choisi. On a laissé glisser la misère. On a laissé filer les très grands cerveaux qui sont devenus des technocrates.

Les Français disent aussi : « Mais si nous, nous trouvons une réponse, cela permettra aussi de trouver des solutions au monde. Un monde aujourd’hui sans le moindre élément de régulation, en dehors de deux connus et au cœur de pierre : le Front Monétaire International, dont chacun connait la profondeur de sentiment et l’Organisation Mondiale du Commerce. » En quoi les citoyens français sont-ils instruits des décisions prises dans ces lieux mystérieux et dont les chefs d’Etats ne paraissent même pas en avoir fait le tour ?

Le Français n’est pas bête. De Gaulle disait « le populo a du bon sens ». Il suffit de les écouter et pour cela, il faut du temps.

– propos recueillis par Bernard Boutin

Les cahiers de l’Espoir : http://www.ledeputequimarche.fr/blog/cahiers-de-lespoir/

crédit photo : l’Express

Jean le pathétique

Capture d’écran 2013-05-06 à 18.52.19La longue marche du député béarnais Jean Lassalle, entre Picardie et terres Ch’tis, a quelque chose de pathétique.

Le député des vallées pyrénéennes est donc parti, « pataugas » au pied, à la rencontre des peuples francs du plat pays. Une décision probablement précipitée puisqu’il aura oublié sa makila favorite qui lui aurait permis de soulager ses ampoules et, de se défendre, non pas contre les habituels patous, mais contre de méchants bouviers des Flandres. L’enfer du Nord…

Par sa taille élancée, l’homme ressemble à la réincarnation d’un Don Quijote pyrénéen. A quels moulins à vent peut-il bien prétendre s’attaquer ?

Ceux représentant les maux de la France ? Chômage et absence de compétitivité.

Ceux de son engagement politique ? Avec un MoDem, ombre de lui-même, au patron en quête infinie du graal.

Ceux de sa circonscription ? Désindustrialisation et baisse démographique sans discontinuer de sa belle vallée d’Aspe.

Probablement, un peu de tous ces moulins-là.

Il est pathétique de voir, l’élu aspois, au demeurant sympathique, en arriver à cet extrême-là. La rançon de sa solitude…

Que n’a-t-il pas entamé son périple pour faire une boucle qui l’aurait conduit à la rencontre des « autochtones » d’Oloron à la côte Basque. Il aurait pu ensuite remonter sur Dax et Mont-de-Marsan, serait revenu un peu en arrière, pour prendre la 117 en direction de l’est et passer par Orthez, Mourenx, Pau et Tarbes. Arrivé à Tarbes, une dernière étape, bienfaisante, l’attendait : Lourdes où il aurait pu soulager ses maux du corps et de l’esprit.

Sa petite boucle terminée, il aurait probablement pu animer le débat politique régional en attente de tant et tant de réponses aux interrogations des populations de notre coin de France.

Et d’ailleurs, qui sait si d’autres conseillers généraux du 64, 40 et 65 ne lui auraient pas emboîté le pas ? Au moins, ils auraient pu pousser, d’un cœur vaillant, la chansonnette.

– par Bernard Boutin

Le Billet de Panturle

Capture d’écran 2013-04-25 à 19.17.32J’ai vibré avec Jean Lassalle lorsqu’il eut l’incongruité réjouissante de lancer notre chant pyrénéen devant les malfaisants de l’Assemblée Nationale. J’ai craint pour lui quand, mettant sa peau au bout de ses idées devant la même Assemblée de repus, il mena jusqu’à la victoire sa grève de la faim.. Je suis par contre déçu qu’il n’ait trouvé pour prolonger ses exploits, que de mener une balade pour tâter l’opinion de nos concitoyens. Cela signifie qu’il n’est pas sûr de la sienne. Mais il est vrai que les Centristes sont des libéraux, et il faut rappeler l’opinion qu’avait Veuillot de ceux-ci : « Un libéral, c’est celui qui croit que son adversaire a raison ! »

La grande Simone Weil voyait dans l’opinion le domaine du diable, et Jean Lassalle n’a certes pas besoin d’ajouter des cornes à sa taille. Car qu’est-ce que l’opinion. C’est ,suivant une définition du grand Larousse, (et de Platon !) « une manière de penser qui ne repose pas sur un fondement certain ! » C’est exactement sur cela qu’est fondé le socialisme : Un sentiment qui, dans le cas présent s’est révélé déraisonnable ! Que va donc tirer Lassalle de sa quête « d’opinion » ?

Si, comme le laissent penser les sondages, l’opinion lui révèle qu’il faudrait au plus tôt se débarrasser de notre président désastreux, va-t-il se précipiter à l’Elysée avec en mains le couteau de Charlotte Corday ? Si au contraire, l’opinion lui révèle qu’en devenant les « enfoirés » préconisés par Coluche, nous supporteront mieux le socialisme, va-t-il payer d’exemple en se pacsant avec Delanöé ? Voyez à quoi sont exposés ceux qui, n’ayant pas de solides certitudes, cherchent à se conduire d’après l’ opinion des autres !

Aux dernières élections, Jean Lassalle avait bénéficié de la bonne opinion des Basques, contre la mauvaise opinion des Béarnais. Mais on peut penser que c’est son parti sans programme, et non lui-même que les Béarnais ont sanctionné. Quoi qu’il en soit, à sa place, j’essayerais de redevenir moi-même, et je n’irais pas sonder l’opinion des gens du Nord, pour tenter de retrouver le mien.

– par Alexis Arette

crédit photo : BFM TV