Le Bonheur de Samie Louve

panneau signalétique rue MarettesBeaucoup de monde, des idées plein la tête et des envies aussi autour de ce Festival dont le thème du Bonheur en a séduit plus d’un. Les amoureux des livres, à la découverte de nouveaux ou anciens écrits, de la poésie aussi. Des curieux pour rencontrer au Palais Beaumont des auteurs locaux, régionaux, et autres conférenciers et écrivains venus de Paris sur l’invitation de la Mairie de Pau … Du monde oui, beaucoup de monde s’est déplacé durant ces trois jours pour prendre du bonheur ce qu’il avait à offrir dans les allées où les stands d’éditeurs, des libraires étaient bien achalandés … chargés de précieuses destinées et de tant de mots qu’ils illuminaient les salles surchauffées … des espaces vivants, vibrants, si rayonnants, des bras chargés d’ouvrages et leurs illustrations et des auteurs ravis de mettre leurs plumes à contribution pour une dédicace, aimable et vivifiante, sourire aux lèvres, sachant que leurs écrits iraient orner les bibliothèques ou autres tables de nuit des passionnés des mots et de la poésie.

A ce Bonheur auquel j’ai participé et duquel je suis partie enchantée, j’ai offert avec d’autres amis de la Poésie un poème lors d’une lecture au Café Littéraire… dont le titre n’aura pas surpris puisque c’est de lui qu’il s’agit, du Bonheur. Permettez que je le partage avec vous tandis que sur moi il demeure le goût, l’humeur et la douce sensation réunis durant ces longues heures où toutes et tous nous faisions tout pour le trouver … ou le retrouver ce Bonheur qui nous sied !

  Le Bonheur,

 A la naissance de l’amour j’ai vu le jour, ouvert mes yeux tout troubles et brumeux … j’ai regardé autour, puis face à moi en braillant mon désarroi vers ce paysage merveilleux me regardant de ses grands yeux, frissonnante et ce sourire précieux accompagnant les gens heureux …

A la naissance de l’amour, de ma poitrine à mes oreilles, j’ai senti comme un bruit sourd, puis de ma voix, allez savoir pourquoi, jaillir des cris de peur, des cris de joie … je ne sais pas … je me suis mise à pleurer, hurlant de tout mon corps afin que de ses bras elle l’entoure, revigorant mon être de ses beaux atours que mes mains potelées et maladroites serraient tandis qu’elle fredonnait l’apaisante ritournelle d’une maman à son enfant.

A la naissance de l’amour, de ses doigts délicats caressant mon visage comme s’il fut le dernier, elle murmurait de doux présages … je fus séduite mon regard posé sur elle souriant à mon silence puis me suis mise à babiller à mon tour, allez savoir pourquoi, quelques mots d’amour , ceux que j’avais entendus lorsqu’elle les murmurait en caressant son ventre avant que je sois née … c’était comme dans un livre d’images, dans cet océan de tendresse où je me trouvais, me parvenaient tous les souhaits merveilleux qu’elle me destinait.

Je me suis endormie sous la caresse de ses doigts délicats … et ce refrain que je garde en moi en me disant …  quel bonheur de me trouver là !

 

©Samie Louve.

La main heureuse

jpp1Le candidat à la mairie l’avait promis ; le maire l’a fait. Ne boudons pas notre plaisir, car ce n’est pas toujours le cas que des promesses électorales soient tenues. Comme dit le proverbe béarnais « Il faut être bien pauvre pour ne pas promettre ».

En l’occurrence, il n’était pas improbable que cette promesse fût tenue, car il est évident qu’un homme politique de stature nationale a des réseaux, des amitiés qui lui permettent de solliciter la présence de beaucoup de personnalités.

Les Palois ont bien compris qu’il s’agit-là d’un grand événement dans le domaine de la culture à Pau, et ils ont répondu en masse à cette invitation. Si je vous donnais mon estimation elle risquerait d’avoir le même rapport avec la réalité que l’estimation policière pour une manifestation par rapport à l’estimation syndicale… Pour ce qui est des livres, une libraire m’a dit que plusieurs dizaines de milliers de livres avaient été exposés et pour certains vendus. De plus, fait remarquable, les libraires de Pau avaient non seulement leur stand particulier, mais aussi, au centre de la grande salle, un pôle commun qui permettait aux visiteurs d’acheter des livres et de les faire dédicacer (s’ils avaient la patience d’attendre, car les files étaient longues).

Comme quelques éditions antérieures du salon du livre ces journées ont eu aussi le mérite de permettre à nos concitoyens de retrouver l’ensemble du Palais Beaumont, qui est un bel héritage laissé par André Labarrère. Il est encore plus beau quand les horizons palois se parent de toutes leurs beautés automnales.

Il est cependant indéniable que l’ampleur de ce festival du livre et de la pensée dépasse de très loin ce qui s’était fait jusqu’ici. Aussi, il est impossible de citer tous les invités marquants de cette première édition de la manifestation « Les idées mènent le monde ». D’autant qu’une personnalité marquante pour l’ un ne l’est pas nécessairement pour un autre. Ainsi, si l’arrivée spectaculaire de Frédéric Beigbeder a pu satisfaire les amateurs de ce qui est dans le vent, la participation d’auteurs plus discrets a pu réjouir d’autres spectateurs. Réjouir ou étonner. Pour ma part, je ne m’attendais pas à trouver chez Jean-Christophe Rufin tant d’humour et de verve. Ni tant de subtilité et de profondeur chez de nombreux intervenants comme Marc Dugain, Frédéric Lenoir, Pascal Perrineau, pour me limiter à trois noms. Comme de nombreux visiteurs je suis sorti de ce festin gavé de réflexion et de nourriture spirituelle. Cette joie de se trouver plus riche, plus humain, en sortant devait être partagée par bien des visiteurs. Cela se voyait sur les visages et s’entendait dans les conversations.

On peut aussi ajouter que le côté vivant de cette manifestation tient aussi aux stands des libraires et éditeurs qui ont fait des invitations complémentaires et des sélections remarquables et aussi à l’activité des cafés littéraires, proches des associations et des amateurs de plumes. Mais pourquoi diable avoir installé ces cafés littéraires en face de la billetterie et dans le brouhaha des entrées ? Et puisque j’en suis au chapitre des critiques (que j’espère constructives), j’ajoute que pour une prochaine édition il serait bon de clarifier à l’avance la question des inscriptions pour assister à tel ou tel débat ou causerie. Comme il était impossible d’accueillir tous ceux qui l’auraient souhaité dans le grand auditorium, pourquoi ne pas mieux mobiliser les autres salles du rez-de-jardin pour les retransmissions? Les quelques places de la salle Henri Faisans étaient bien insuffisantes, et le bruit ambiant peu propice à une écoute attentive.

Pour en revenir aux louanges, reconnaissons que le thème retenu était bien choisi. Je ne parle pas du titre générique, sur lequel je reviendrai, mais du thème de cette année. Le bonheur est un thème inépuisable, sur lequel il est possible de disserter ou de réfléchir à longueur de temps. Pour Paule Constant, c’est une notion récente, apparue au 18eme siècle. A l’appui de sa thèse, elle cite l’essai de Mme du Châtelet, la compagne de Voltaire et le fait que dans les siècles précédents on portait son attention à sa gloire et à son salut éternel plutôt qu’à son bonheur personnel. Cependant, dès le 16eme siècle Montaigne avait emprunté à Épicure le terme d’ataraxie qui signifie absence de trouble, paix intérieure (bref être cool ou zen si vous préférez ces termes). Ce terme était cher aussi à Spinoza (*). Distinguer le bonheur du plaisir, c’est ce à quoi bien des intervenants se sont attachés.

Que dans ce pays de râleurs tant de gens se soient nourris de cette réflexion sur le bonheur, de cette aspiration à laisser le malheur et la noire souffrance derrière eux est réjouissant. On ne peut que souhaiter qu’il soit pour eux et pour vous durable.

– par Jean-Paul Penot

(*) Voir par exemple « Le problème Spinoza » d’Irving Yalom