L’affaire

« Un scandale d’État »… on croit rêver. Le feuilleton de l’été, plutôt… L’affaire Benalla mettrait donc la République en danger. Le moloch médiatique qui a besoin d’infos pour vendre son papier et qui désormais a son pendant médiatique avec les chaînes « d’infos » en continu a trouvé de quoi se nourrir à bon compte : après la coupe du monde de foot voilà donc l’affaire Benalla estampillée Le Monde c’est-à-dire la Bible, celle qui donne l’imprimatur et qui permet de se déchaîner sans craindre d’être contredit ou surtout d’avoir, à bon compte, son brevet de  politiquement correct –c’est Le Monde qui le dit !

Oubliés les scandales Strauss Khan ou Cahuzac, les donneurs de leçons de leurs amis et se sont faits une virginité nouvelle. Oubliée aussi la longue série de turpitudes de la Vème république : affaires Fontanet, Boulin, Yan Piat autrement plus tragiques. Oubliée aussi la campagne désolante de François Fillon… Ne parlons pas du montreur d’hologrammes qui s’est fait une spécialité dans l’invective c’est le supporter numéro un de régimes qui ont assuré la prospérité de leurs dirigeants sur le dos de leurs peuples, les fameux bolivaristes : Vénézuela, Bolivie, Equateur et désormais le Nicaragua ou Daniel Ortega, ex-icône de la gauche radicale, sévit avec une violence sans pareil…

On a les scandales d’État que l’on se choisit. Benalla est un personnage sinistre, violent et qui n’avait rien à faire dans l’environnement d’un chef d’État. Il faut le sanctionner sans ambiguïté et durement. Cela ne fait aucun doute. Ses actes sont inqualifiables et sa proximité avec le Président est condamnable. Les dernières déclarations de Macron là-dessus sont claires, même si elles ne l’absolvent pas des faits eux-mêmes. Peut-être est-il tombé lui-même dans un piège ou une provocation, sans doute est-ce de la légèreté de sa part…

Ceci dit, tout de même il y a plus sérieux, plus grave, plus matière à contestation : le statut des cheminots par exemple (ils sont toujours en grève), le report du plan pauvreté pour cause de football, le rythme effréné des réformes, l’accueil des migrants, etc. De tout cela les médias et nos hommes politiques s’en moquent-ils pour en faire si peu cas ? Ou n’ont-ils pas le biscuit nécessaire pour s’en prendre au chef de l’État ? Avec l’affaire Benalla, en fait, ils exploitent le filon. Ils ont senti le bon coup. C’est l’info spectacle. Il y a des rebondissements, du romanesque dans cette histoire, avec de nombreux sous-entendus et le président a dû monter au créneau lui-même assurant que non l’individu en question n’était pas son amant. Il y a ainsi un léger relent homophobe avec une pointe de racisme islamophobe. Même si ce n’était pas l’intention on ne peut en ignorer la conséquence. Les fakenews se sont agrégées à l’Affaire assurant par exemple: « que Benalla avait en sa possession le code nucléaire ». La théorie du complot s’est faite ainsi à bon compte une nouvelle pelote.

Du papier aura été vendu c’est sûr et l’audience aura été assurée. A quel prix ? La crédibilité des journaux qui se drapent dans leurs habits vertueux aura-t-elle été renforcée ? Et les hommes politiques qui auront fait monter la mayonnaise seront-ils mieux entendus sur les sujets qui préoccupent les Français : le chômage ou l’immigration par exemple ?  On est en droit d’en douter…

 

Pierre Vidal