L’état d’urgence c’est aussi un état d’esprit

imagesEn raison de son emploi exceptionnel peu d’entre nous savent ce qu’entraîne une mesure telle que l’état d’urgence. Pourtant si l’on se réfère à son contenu et aux dispositions qui en découlent, force est de constater que son application nous concerne tous. Nous avons, pour prévenir un danger potentiel, un certain nombre d’obligations.

La liberté est un état d’esprit. Paul Valéry

A l’évidence décréter l’état d’urgence a pour première conséquence une restriction de nos libertés individuelles. Les libertés fondamentales que sont : la liberté d’aller et venir (assignations à résidence), la liberté de réunion, la liberté d’expression, le respect de la vie privée (perquisitions de jour et de nuit), pour ne citer que les principales ne peuvent dans une telle situation s’exercer pleinement. Les autorités peuvent intervenir sans qu’il soit nécessaire de faire référence à un cadre juridique, les réunions de toutes natures doivent être soumises à autorisation, la contestation de rue est interdite, les frontières sont contrôlées. On peut ajouter que l’autorité administrative qui est dans chaque département représentée par le préfet prend le pas, dans certains domaines, sur l’autorité judiciaire. Ainsi des perquisitions seulement administratives ne sont pas soumises aux obligations du code de procèdure pénale et placées sous l’autorité d’un juge ou du procureur de la République.

Alors la contrepartie est une contrepartie d’exigences, assez nombreuses d’ailleurs, elles sont coexistantes avec un état d’esprit dans lequel doivent agir les forces de l’ordre. Ainsi l’autorité administrative utilise ces forces pour mettre en place des mesures au caractère exceptionnel. Celles-ci doivent constamment avoir à l’esprit que les nouveaux pouvoirs dont elles disposent ne peuvent être utilisés sans autres objectifs qu’une meilleure assurance de la sécurité de leurs concitoyens. Ici tout abus serait particulièrement inadmissible. Pourtant en dehotrs du contrôle de l’autorité judiciaire, qui est garante de l’application des lois, ce risque n’est pas à écarter.

Un autre état d’esprit concerne chacun d’entre nous. Les Français doivent changer et considérer que l’époque où l’on pouvait rejeter l’autorité est révolue. Chacun à son niveau a un devoir d’unité et de solidarité. Ce ne sont que des mots qui cependant correspondent à des comportements nouveaux, différents. Le premier de ces devoirs est sans aucun doute celui d’être attentif à ce que l’on voit à ce que l’on entend. Savoir discerner ce qui est normal de ce qui ne l’est pas, ce qui est inquiétant pour la sécurité de ce qui ne l’est pas et surtout savoir le signaler, le rapporter aux autorités. Le faire ne nous raménera pas à une période du passé mais permettra surtout de donner l’image d’une population soudée. Un signalement ne peut se faire qu’avec le souci de concourir à la sécurité de tous parce que la menace existe

Mais à côté de cela force est de constater que les politiques français, à quelques rares exceptions près, ne se sentent pas concernés par ce même état d’esprit fait d’unité et de solidarité. L’unité politique est absente. Il n’est qu’à entendre leurs propos qui restent contestataires, qui affichent leurs dissensions, leurs critiques. Ils ne se soucient que de manière éloignée des obligations de sécurité ; il ne pensent qu’à s’afficher par leurs différences, leurs petites phrases et autres comportements, toutes ces attitudes qui sont susceptibles de les placer sous les feux de la rampe. Nous avons besoin d’être solidaires, ils se montrent indépendants, nous avons besoin d’être unis ils se montrent individualistes, nous avons besoin de concorde, ils font connaître leur opposition, nous avons besoin de consensus, ils pataugent dans la division.

Il me semble que les politiques des autres pays ont un autre état d’esprit.

Pau, le 18 novembre 2015
par Joël Braud