Les toxicomanes ne sont pas toujours ceux à qui on pense!

GV intoxVivianne Forester publiait en 1996 «L’horreur économique».

Les délires de la Finance, depuis, ont largement supplanté ceux de l’économie. Aujourd’hui, c’est la mise en coupe réglée de nos démocraties, peuples et gouvernants confondus, par les folles logiques de la cupidité financière. Périodiquement, l’actualité nous offre de nouveaux exemples de cette déraison. Voilà le dernier en date.

«Mardi 7 mai, la société générale (154000 salariés dans le monde) a rendu publique sa décision de supprimer un millier d’emplois, au prétexte que les profits prévus pour 2013 n’étaient que de 364 millions d’euros. Cette décision est justifiée par le fait qu’il faut atteindre trois objectifs:

  • Réduire les coûts.
  • Renforcer la compétitivité.
  • Simplifier le fonctionnement du groupe et renforcer les synergies.» J-C Guillebaud.

En rédigeant leur communiqué, les dirigeants de la Société Générale n’ont sans doute pas eu conscience qu’ils reprenaient mot pour mot le discours que prête Costa-Gavras aux personnages dans son film «Le Capital» sorti en novembre 2012.

Tandis que les peuples d’Europe sont abandonnés à la tempête et livrés à l’austérité, alors même que la pauvreté gagne sur le vieux continent; quand le chômage et la précarité s’étendent, la finance renoue avec les bonus.

Si on voulait provoquer une explosion de violence, on ne s’y prendrait pas autrement.

Un certain nombre de médicaments, les neuroleptiques par exemple, deviennent dangereux quand ils sont mal dosés ou pris pendant trop longtemps car, d’une part, l’organisme devient dépendant et il faut augmenter la dose régulièrement, et d’autre part, ils ont des effets secondaires qui peuvent être irréversibles.

Pour sortir de cette dépendance, les doses doivent être réduites progressivement.

Un plongeur qui descend dans des profondeurs de plus en plus importantes peut être atteint de «l’ivresse des plongeurs» lui faisant perdre tout son self contrôle. Pour remonter sans danger, les plongeurs doivent faire des paliers réguliers de décompression afin d’éviter les embolies gazeuses.

On pourrait citer le cas des toxicomanes qui utilisent, comme un patient, mais de façon non contrôlée par des thérapeutes, des psychotropes, analgésiques ou autres molécules chimiques; les médicaments sont devenus des drogues.

Dans ces exemples l’organisme par une utilisation continue et accentuée de substances développe une addiction qui peut être redoutable et dont il faut s’extraire progressivement.

Il est tout à fait curieux de constater que notre civilisation a un comportement tout à fait semblable; l’homme est devenu «accro» à l’argent, à l’énergie, à la vitesse! Nous sommes devenus des toxicomanes légaux et notre dépendance est favorisée par les « dealers » de la finance et de l’économie qui, eux, se portent plutôt bien car l’argent est blanchi sans problème!

Depuis le XIXème siècle, avec une accélération croissante du fait des avancées de la technologie, la demande énergétique, sous toutes ses formes, non seulement augmente, mais devient une consommation dont nous ne pouvons plus nous passer. Sans voiture, sans radio ou télé, sans ordinateur, etc., c’est l’exclusion!

Les grands voyages, les grosses voitures, la vitesse… sont autant de plaisirs qui gomment provisoirement le mal-être, les angoisses de ne pas être reconnus, de ne pas avoir un niveau de vie supérieur à son voisin ou son patron.

Et, en prime, c’est agréable!

C’est là qu’il peut y avoir confusion entre plaisir et bonheur. On se croit heureux pour quelques heures mais le plaisir est fugitif et s’estompe au fil des prises. Il faut donc les renouveler: nouveaux voyages, plus loin en général, nouvelle voiture, 4×4 cette fois, nouvel appartement, nouveau congélateur ou télé, pour obtenir le même résultat. Ce passage à des «produits» plus valorisants risque de se couper de la réalité, celle d’être en mesure de payer, d’où la dépendance à l’argent, à la vitesse, à la consommation et donc cette recherche permanente de nouveaux gains pour davantage de reconnaissance.

Le plaisir et le bonheur de contempler la nature: ses couleurs, ses parfums, ses chants; avoir la curiosité de tenter de mettre des noms sur des animaux ou des plantes, de chercher à connaître leur mode de vie, leur utilité, dans le maintien de l’écosystème qui permet à l’homme de vivre; tout cela c’est presque gratuit. Si c’est inutile pour le PIB, c’est le bien être assuré, et il n’a pas de prix!

Face à cette dépendance, dès lors qu’on s’éloigne des paramètres économiques les plus basiques: croissance, productivité et tutti quanti, l’absence de vision et de projet est terrifiante.

En France, ni la gauche ni la droite n’ont plus grand chose à proposer à leurs électeurs respectifs. Comme l’écrit E. Morin, citant Paul Valéry: « Jamais l’humanité n’a réuni tant de puissance à tant de désarroi, tant de connaissances et tant d’incertitudes».

La classe politique dominante est à court d’idées! Comme une armée en campagne qui manque de munitions, elle avance dans ce début de millénaire en état de pénurie intellectuelle. Renvoyée dans l’opposition, la droite ne sait plus quoi dire à ses électeurs. La gauche ne va pas beaucoup mieux, nonobstant sa présence au pouvoir, ce qui n’aide qu’illusoirement. Quant aux formations radicales elles puisent dans la nostalgie révolutionnaire ou «nationale» de quoi faire rêver, ou faire peur.

Les nouvelles logiques qui gouvernent la démocratie d’opinion sont responsables de cette misère collective. Dans notre univers de l’immédiateté, du tweet, de la web-rumeur et de l’amnésie, les idées ne sont plus que de vagues figures de style ou de buzz. Elles durent ce que durent les roses et se détruisent à mesure. «L’appareil médiatico-politique consomme des idées jetables, comme on brûle du combustible.»

Ainsi rejetons-nous sans cesse un trop-plein de dogmes provisoires et de vérités d’autant plus périssables qu’elles n’étaient pas aussi vraies que cela.

«Souvenons-nous: le modèle britannique qu’il fallait suivre, la (fausse) réussite des Pays-Bas en matière de chômage, le rajeunissement de la social-démocratie par la grâce de Tony Blair et de Gerhard Schröder, le miracle immobilier en Espagne sous Luis Zapatero, la sécurité garantie par l’euro, l’efficience des marchés, le pacifisme de Barack Obama, les vertus de la Grèce devenue européenne, etc. Il ne reste plus rien.»

Le début de la désintoxication et du sevrage, c’est pour quand?

En partie, d’après Jean-Claude Guillebaud.

– par Georges Vallet

crédit photo: agoravox.fr