De la chenille au papillon, une politique qui s’adapte.

«En pratiquant cette dictature (de la nature) depuis quelques siècles, nous l’avons en quelque sorte réduite en esclavage de sorte qu’aujourd’hui sa révolte risque de nous éliminer de son règne. Nous devons donc obéir à la nature pour connaître mieux notre nouvelle partenaire» Michel Serres.

«L’actualité immédiate conduit à s’interroger sur l’évolution de notre société parce qu’il s’agit bien de cela. Alors les réflexions et interrogations sont ouvertes.» J.Braud

J’en profite puisque l’animateur de ce Petit Débat ne me coupera pas la parole !!

L’évolution de la société, d’un point de vue général, est compréhensible à la lumière de l’histoire ; quant à son avenir, personne n’est capable de le prévoir, son histoire n’est pas écrite et l’homme ne peut pas le construire, trop de facteurs entrent en jeu !

L’évolution biologique a évolué en étroite relation avec celle de l’environnement ; toutes les structures récentes ou anciennes, non adaptées aux nouvelles conditions environnementales, disparaissaient ; on parle de sélection naturelle.

Pour l’évolution culturelle, tant que l’homme (chasseurs, cueilleurs) est resté partie intégrante de l’écosystème, il a suivi la loi de la sélection naturelle.

+Au néolithique, une première prise de distance avec la nature se produit ; l’agriculture, l’élevage, le feu.. permettent une nouvelle façon de vivre.

Un nouveau monde est né, celui de la paysannerie, il a commencé à mettre la nature en esclavage et, par ses inventions, à lui «désobéir», avec des avantages mais de nouveaux risques dramatiques (famines….).

+Le mouvement s’est amplifié durant la période industrielle : un nouvel âge des métaux dont l’apogée se situe au 18ème, 19ème et 20ème siècle. L’homme exploite de plus en plus la nature qui est devenue sa chose, un don gratuit, un eldorado.

+Nous vivons depuis la deuxième moitié du 20ème siècle, non pas un passage, non pas une transition, mais la première phase d’une métamorphose, c’est-à-dire la décomposition, la liquéfaction de toute une structure antérieure non adaptée au nouveau monde qui est en formation :

Le monde du numérique, la mondialisation, la rapidité, la fréquence, des échanges physiques, chimiques, sociologiques, psychologiques.. génèrent un monde de plus en plus complexe, imprévisible, ingouvernable.

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

L’accouchement se fait dans la douleur car la nymphose engendre un monde inconnu, un imago imprévisible et surtout inadapté à l’ancienne gestion temporelle politico-économico-sociologique.

Le monde politique n’a pas suivi, il veut continuer à gérer le nouveau monde comme l’ancien, c’est l’échec total car la chenille ne vit pas comme le papillon !

«Il y a un dérèglement entre une politique désuète et une société extrêmement nouvelle. Aujourd’hui, nous n’avons plus de grille de lecture du rapport qui peut exister entre la politique qui a fait naufrage et la réalité sociale complètement nouvelle. Sur fond d’inégalité sociale et de la détresse paysanne qu’on peut tout à fait comprendre, des mouvements comme celui des Gilets jaunes sont apparus, dont on voit très bien d’où ils viennent, mais dont on ignore en revanche où ils vont.» M.Serres.

Cette crise politique est mondiale. Trump aux Etats-Unis, l’extrême-droite en Europe centrale, le Brexit en Angleterre, une sorte de chaos en Italie, puis des régimes autoritaires comme ceux de Poutine et d’Erdogan, les Gilets jaunes en France en sont les résultats.

La crise n’est pas conjoncturelle mais structurelle.

Les racines sont profondes ; depuis le néolithique la gestion de la société est marquée par des causes connues mais non synthétisées, volontairement, pour ne rien changer :

+ Une accélération qui devient exponentielle, de tous les domaines de la culture, de l’économie, de la finance, des échanges, des transactions, du fait de l’évolution rapide des connaissances, de la technologie ; les échanges dans les réseaux sociaux, les transactions se font à la fraction de seconde dans le monde entier du fait de la généralisation des nouvelles technologies !

+La démographie, l’espérance de vie, la lutte contre la maladie a explosé et continue encore son ascension. Le vieillissement devient de plus en plus lourd à porter.

+La disparition progressive de l’agro-culture – nous étions 50 % de paysans et nous ne sommes plus que 2 % (M.Serres). C’est la concentration urbaine.

l’urbanisation et la prison forment une troublante cohabitation.

+La mondialisation de l’économie et de la finance est génératrice de violences sociales souvent mortelles, bien plus redoutables donc que celles qui en résultent et qui se produisent dans la rue, au moins dans notre pays.

+«Surtout 70 ans de paix, ce qui n’est jamais arrivé dans notre histoire. Nous sommes entrés dans une période en rupture totale avec ce que l’on a connu. Ce n’est plus le même homme, ce n’est plus la même vie, ce n’est plus la même mort, ce n’est plus le même espace, ce ne sont plus les mêmes relations.» Michel Serres.

Pour ceux qui ont connu la guerre, il y a non assistance à humanité en danger que de vouloir refuser l’Europe ou  maintenir l’actuelle, celle de l’argent, de la concurrence, de la spéculation, de la pollution, de la malbouffe, de la dégradation climatique. Par contre, il est fondamental de construire une Europe des citoyens reconnaissant les différences de culture, de passé mais unissant, pour plus de force et d’efficacité,  les points communs : sécurité, santé, puissance économique, niveau social, égalité…

+Les conséquences environnementales de l’exploitation inconsidérée de la nature sont tragiques pour l’ensemble de la société.

Alors, on peut augmenter la CSG, réformer la SNCF, privatiser les aéroports, créer de plus en plus de véhicules polluants, fabriquer de plus en plus d’armes, d’avions, prendre sa retraite plus tard et favoriser le chômage, licencier sans prévenir ni prévoir un recyclage, ruiner le pays avec les centrales nucléaires et leurs déchets, vouloir moins de sénateurs et députés, faire des Grands Débats,…, on continuera à augmenter les inégalités, les salariés sans toit, les resto du cœur, les SDF, les vieux en souffrance, les écarts de rémunération insolents…., cela ne changera rien et on ouvrira la voie au totalitarisme.

Que faire ?

Devant la multiplication infinie des intervenants, la voie n’est plus au raisonnement linéaire, aux petits pas dans tous les sens, au tâtonnement, mais à la gestion d’une complexité dont aucun algorithme ne peut venir à bout.

Connaître les dossiers ne suffit pas, les paroles, c’est du vent ; il est grand temps de promouvoir des actes significatifs ; dans l’immédiat ; les premiers d’entre eux, dont dépend tout le reste, est la lutte contre les bouleversements climatiques ; une taxe sur les carburants, payée seulement par les moins responsables est franchement de la provocation !

En conclusion, je me référerai aux réponses de l’infatigable voyageur de la pensée, auteur prolixe dont une vingtaine d’ouvrages interroge la société sur ses évolutions : Michel Serres

Quelle sortie de crise voyez-vous ?

«Les événements ont toujours été imprévus. Pensez-vous que celui qui a pris la Bastille prévoyait la Révolution française ? La sortie de crise aura lieu dans des circonstances que je ne vois pas et que d’ailleurs, tout le monde ignore.»

Diriez-vous que notre société, en tout cas sous le modèle que nous lui connaissons, est en danger ?

«Je ne dis pas qu’elle est en danger, je dis qu’elle est si nouvelle que nous peinons à la voir telle qu’elle est. Ce que je repère, c’est son extraordinaire nouveauté, et des institutions et de partis qui n’ont pas su évoluer avec elle. Nous n’avons pas inventé un nouveau système, on est en manque de ça.»

À propos de la sortie de crise, les politologues croient distinguer deux voies possibles : un retour à «l’ancien monde», avec la reconstitution du modèle gauche/droite qui serait plus à l’écoute de la société, ou la tentation d’un État totalitaire en France. Partagez-vous cette analyse ?

«La première solution est impossible, et la deuxième n’est pas souhaitable. La première est impossible, parce que si elle était possible, ce serait déjà fait, les partis politiques auraient déjà repris la main. Et la seconde est évidemment la pire. Macron est extrêmement fragile, parce qu’il est cerné par l’extrême gauche et l’extrême droite. Et l’histoire du XXe siècle a montré que les pires régimes se sont toujours construits sur une sorte de liaison secrète et explosive entre les deux extrêmes : le national-socialisme d’Hitler fut l’alliance de la dictature et du prolétariat.»

Alors, méfiance !

signé Georges Vallet

crédits photos:http://citation-celebre.leparisien.fr/citations/64660

Michel Serres : «Une réalité sociale complètement nouvelle» Michel …
https://www.petitbleu.fr › Actu › Société

La forêt, c’est encore un peu du Paradis perdu….. (Marcel Aymé)

Pour atténuer le climat de tension et de violence verbale et physique, présent partout, que ce soit dans le monde du travail, familial, politique, les médias et les réseaux sociaux.

Pour rompre avec le déficit énorme de la sécurité sociale du fait d’une hyperconsommation de drogues chimiques licites, pilules conseillées par prescription médicale pour lutter contre le burn out, la dépression, le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires….qui ruinent nos finances personnelles et collectives, voyons comment il serait possible de s’adapter et d’inverser ce stress ambiant et ses dépenses, sans entraîner de révolution économique, tout au plus, une révolution conceptuelle dans la tête de chacun, du moussaillon au commandant.

Des constats de ressentis positifs, lors des contacts avec la nature, sont innombrables.

+Un animal de compagnie favorise le contact social et assure une meilleure gestion du stress ; rien de tel que promener son chien dans le parc voisin pour rentrer en contact avec autrui ! Les résultats sont spectaculaires chez les personnes âgées, chez elles, ou en maison de retraite, les enfants malades, hospitalisés ou pas, les timides, les psychotiques : les visites médicales sont moins fréquentes. Une étude suédoise, portant sur plus de 3,4 millions de personnes, a démontré que le fait d’être propriétaire d’un chien (ou d’un chat) diminue le taux de mortalité et les risques de maladies cardio-vasculaires.

C’est bien différent si on remplace le chien par une voiture !!!!

Combien la présence d’un aquarium dans une salle d’attente est apaisante !

+ Jadis, les congés payés ont rapproché, avec des bienfaits, les citadins de la mer, la montagne, la nature donc ; le développement des colonies de vacances pour les enfants des villes, les cures thermales ou de moyenne montagne, ont lutté contre la tuberculose, le rachitisme… Pau a eu son heure de gloire dans ce domaine.

+Les villes où le citoyen se sent le plus apaisé sont celles où il y a des rues ou avenues bordées d’arbres, de grands parcs arborés avec fontaines et ruisseaux, petits ponts, saules pleureurs, lacs avec poissons et oiseaux des lieux humides où on peut, presque chaque jour, quand c’est possible, marcher lors de la pause déjeuner, faire le pique-nique ou la sieste., se rendre à vélo.

+ L’engouement de plus en plus grand actuellement pour les activités nature (ski, surf, randonnées…), la campagne, le développement des sociétés de protection de la nature, de botanique, de mycologie….montre la demande de plus en plus pressante d’un retour au contact de notre terre d’origine, celle qui nous a formés, façonnés et dont nous souffrons inconsciemment d’en être exclus.

La nature a construit notre passé, elle construira notre futur.

Considérée comme socio-politique, cette évolution est restée longtemps attachée plus à une notion de conquête sociale qu’à la véritable nécessité vitale.

Puis,

+Michel Serres, en 1985, présentait son essai sur les 5 sens comme «une réintégration du monde dans le langage naturel».

+ Une activité se développe de plus en plus et s’irradie dans le monde.

Un de ses intérêts est de pouvoir s’intercaler dans la vie de tous les jours. Elle a pris naissance au Japon, dans un pays où les contraintes du monde actuel sont bien plus destructrices encore que chez nous. Son étude y est introduite en troisième année de médecine.

Précisons qu’il n’est pas question de résoudre tous les problèmes de santé, c’est une étape pour retrouver équilibre et bien-être, après les assauts destructeurs, sur notre santé, de la technologie et des contraintes de la vie actuelle.

Le mérite du docteur Qing Li, immunologiste au département d’hygiène et de santé publique à l’Université de médecine de Tokyo, directeur de recherche en sylvothérapie, auteur d’un ouvrage enrichissant résumé ici, sur le Shinrin-Yoku «L’art et la science du bain de forêt» First édition, est d’avoir quantifié l’impact de la nature sur l’organisme, permettant de passer du ressenti à une justification chiffrée. (shinrin-yoku : terme inventé en 1982 par le ministre de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche.)

Pour lui, l’utilisation de nos cinq sens dans la nature permet de se déconnecter de notre environnement habituel stressant et toxique et de rentrer en contact avec un autre monde de stimulations apaisantes. Les sons de la forêt, la senteur des arbres, les rayons du soleil jouant sur la couleur à travers les feuilles, la vue des formes fractalisées des houppiers des vieux arbres, la marche sur les sentiers humides, les feuilles, la boue, l’air frais non pollué, contribuent au bien-être. Stress et inquiétude diminuent et nous aident à nous détendre et à avoir les idées plus claires. On retrouve bonne humeur, énergie et vitalité ; cela nous revigore et nous rajeunit.

Ces résultats ont été confirmés par de nombreux tests, sous forme de dosages: glucose, cortisol..de prise de tension, de rythme cardiaque….de réponses à des questionnaires sur les émotions ressenties….avant, peu après et longtemps après (tests sur la durée). Ces études ont été menées dans de nombreuses forêts différentes suivant leur composition floristique, leur situation, l’heure de la journée, la période de l’année…Deux heures de participation des 5 sens dans un bain de forêt permettraient :

Une diminution de la pression artérielle, du stress et de la dépression.

Une amélioration des fonctions cardiovasculaires, du métabolisme, de l’énergie.

Une diminution du taux de glycémie.

Une amélioration de la concentration et de la mémoire.

Un renforcement du système immunitaire.

Un tel résultat ne peut que justifier l’intérêt de ceux qui passent 90% de leur temps dans un espace intérieur où ils regardent des écrans, subissent le technostress des NT : téléphone en permanence, mails et réseaux sociaux qui développent colère, maux de tête, déprime, fatigue mentale oculaire, raideurs dans le cou, insomnies, irritabilité.

Quelques arguments explicatifs de ces actions :

+Le pouvoir des arbres: L’odorat perçoit les phytoncides, ces substances chimiques émises par les plantes pour communiquer et se défendre des bactéries, insectes et champignons. La concentration dépend de la température(max à 30°Celsius) de l’air et des évennements de la journée. Les phytoncides varient d’une espèce à l’autre. Les conifères diffusent par exemple des terpènes psychoactifs.

+Le pouvoir des microbes du sol: «Mycobacterium vaccae est une bactérie non pathogène vivant naturellement dans le sol. Cette bactérie pourrait jouer un rôle dans de nombreux domaines tels que l’immunothérapie pour l’asthme allergique, le cancer, la dépression, la lèpre, le psoriasis, la dermatite, l’eczéma…Les scientifiques pensent que l’exposition à Mycobacterium vaccae peut fonctionner comme un antidépresseur….»Wikipedia.

«A chaque fois que vous binez votre jardin ou mangez un légume arraché du sol, vous ingérez M.vaccae et donnez un coup de fouet au système immunitaire.» Dr Qing Li.

Marcher pieds nus, dans l’herbe humide, plonger les mains dans un tas de feuilles, récupérer un caillou au fond d’un ruisseau, s’appuyer contre un arbre..c’est profiter des vertus variées de ces contacts.

Il n’est pas toujours possible de disposer d’une forêt près de son lieu de travail ou de chez soi mais des aménagements sont possibles.

+Les arbres, déjà matures, en ville, contribuent à oxygéner et à rafraîchir l’air; ils sont d’excellents filtres pour les polluants comme le monoxyde de carbone, l’oxyde d’azote, l’ozone et le l’oxyde de soufre. Ils collectent les particules présentes dans l’air. Elles se déposent sur les feuilles comme la poussière sur un meuble et la pluie les entrainent : les particules sont variées en taille et origine : pollen, suie et fumée, particules et nanoparticules métalliques issues des voitures et des pneus : asthme, maladies pulmonaires, crises cardiaques, cancers, AVC..Un seul arbre peut fixer 4,5 Kg de polluants par an, certains étant plus efficaces ; le bouleau blanc a des feuilles tapissées de minuscules poils qui emprisonnent les particules. L’air ambiant est donc plus sain. Précisons que les communes doivent alors se préoccuper du sort des eaux de ruissellement contaminées et des terreaux de compostage des feuilles !

+ Et même, dans les tours, on peut faire rentrer la forêt chez soi !

Les plantes vertes libèrent le jour, globalement de l’O2, la nuit c’est l’inverse, sauf chez certaines xérophytes appelées plantes CAM (orchidées à feuilles épaisses et succulentes) qui ferment leurs stomates le jour pour limiter la transpiration et les ouvrent la nuit, captant le CO2 des autres végétaux et rejetant O2. De telles plantes sont très dépoluantes dans une habitation, elles agissent comme des éponges en absorbant les substances des peintures, tissus, cigarettes et produits d’entretien. Parmi les plus remarquables: anthurium, areca, plantes grasses, ficus, chlorophytum, dieffenbachia, caoutchouc, spathiphyllum, gerbera, sanseviera, azalée…

+Au travail, à l’école, les bureaux dotés de plantes permettent un meilleur moral, une diminution des arrêts maladie et de l’absentéisme. Elles captent les toxines libérées par les moquettes, imprimantes et tapisseries ; elles maintiennent le taux d’humidité; un air sec est à l’origine de troubles respiratoires et d’irritations cutanées.

Depuis ces travaux, l’épigénétique est venue confortée à la fois les bains de forêt et le bien fondé de la méditation souvent pratiquée au cours de ces séances; Joël de Rosnay(la symphonie du vivant) explique que cette reprise en main périodique du corps génère des radicaux qui modulent l’expression des gènes(stimulation ou inhibition); ce qui expliquerait la persistance dans le temps et surtout la transmission à la descendance, donc les bifurcations possibles des comportements culturels.

Naturellement, en France, motus et bouche cousue pour une prise en charge politique et économique de ces résultats contraires à la croissance du PIB ; on s’efforce de ne pas en parler et même de tourner en ridicule ces farfelus hors du temps. Les lobbies s’y emploient, il y a trop d’intérêts économiques en jeu dans le monde des drogues licites et illicites, des entreprises pharmaceutiques, etc…pour promouvoir une adaptation rentable des emplois du temps, dans les entreprises.

Tous les ennuis que nous vaut la vie moderne sont dus à ce qu’il y a de divorce entre la nature et nous.
Isaac Asimov

 

signé Georges Vallet

crédits photos:pinterest.fr

La Nature: une source inépuisable d’informations et d’actions.

Le très intéressant compte rendu de Larouture sur «Impressions sur les rendez-vous de l’urbanisme» m’incite à déborder, en complément intellectuel, le cadre prévu, en situant ces » impressions sur les rendez-vous de l’urbanisme « au cours de l’évolution de  la vie biologique et culturelle.

«La nature a près de 4 milliards d’années d’expérience. Autant regarder comment elle fait pour résoudre des problèmes auxquels nous sommes confrontés» Jacques Livage, laboratoire de chimie condensée de Paris.

Tous les domaines sont concernés : énergie, santé, matériaux, agriculture, pollution…La photosynthèse est un exemple incomparable d’utilisation non polluante d’énergie renouvelable «dont nous avons intérêt à comprendre le mécanisme pour tenter de le copier ou de s’en inspirer dans le cadre de la transition énergétique»Kalina Raskin directrice du centre européen d’excellence en biomimétisme(Ceebios).

L’idée de s’inspirer de la nature n’est pas nouvelle. Déjà, Léonard de Vinci copiait les oiseaux pour sa machine volante….

Le biomimétisme apporte des solutions dans bien des domaines de la recherche comme la construction, les technologies non polluantes, les matériaux entièrement recyclables, les énergies renouvelables performantes..

Le FBEI Fermanian Business and Economic Institute en Californie estime que cette science représente un potentiel de 300 milliards de dollars de PIB et de 1,6 millions d’emplois pour les Etats-Unis en 2025.

Pour plus d’info on peut lire :«Quand la nature inspire la science» Mat Fournier. Plume de carotte 2016.

«Saviez-vous que le Velcro est le résultat de l’observation d’une plante «accrocheuse», la bardane ? Que la première montre-réveil est due au grillon ? Que la coquille Saint-Jacques est à l’origine de l’invention de la tôle ondulée ? Que les yeux antireflets des mouches ont permis la création de panneaux photovoltaïques ? Que le toit de Waterloo Station, à Londres, a été bâti sur le modèle des écailles du pangolin ? Que la cigogne, la chauve-souris, le canard et même le thon ont inspiré autant de modèles d’avions ? Depuis des centaines d’années, les animaux et les plantes ont soufflé leurs idées simples et naturelles aux ingénieurs, aux architectes et aux scientifiques qui ont su les observer.»

Je me propose de développer, dans deux textes, deux domaines où le biomimétisme, consciemment ou inconsciemment, a ou devrait accompagner l’homme dans son évolution culturelle.

Pour ce premier exemple faisons une comparaison entre l’évolution de l’architecture au niveau biologique, depuis l’apparition de la vie, et celle développée par l’homme au cours de son histoire, ancienne et moderne.

La sélection naturelle a progressivement privilégié, du fait des contraintes agressives de l’environnement, la membrane cellulaire, puis des formes présentant des systèmes de résistance plus efficaces :

  •  Aux chocs, sous forme de squelette externe comme les tests des unicellulaires constituant le plancton marin ou d’eau douce, à l’origine des roches calcaires ou siliceuses.
  • A la pesanteur, pour les animaux ayant peuplé le milieu terrestre. C’est le cas des squelettes des vertébrés.
  • Les premiers pluricellulaires apparus ont développé des squelettes externes massifs formés, comme des parpaings ou des briques juxtaposés, de prismes de calcite ou d’aragonite lamellaire dans la nacre. Épais, lourds, ils devaient vivre sur le fond de l’eau. Ce n’était pas un gros inconvénient car la poussée d’Archimède (qu’ils ignoraient !), compensait et permettait les déplacements, souvent limités d’ailleurs. On peut citer les coquilles des mollusques, des ammonites, des oursins…
  • Les seconds, apparus par la suite, conquérants de la terre ferme, ont pu éviter l’écrasement et se maintenir, d’abord couchés (reptiles), puis, sur 4 pattes courbés (batraciens) puis sur deux pattes, semi-vertical puis vertical (oiseaux, mammifères et l’homme), grâce à l’allègement d’un squelette interne sinueux, armé, souple, léger (creux par endroit), adapté par sa structure évolutive, aux forces qu’il a à subir. Ce n’est plus du calcaire mais un mélange de différents sels minéraux et de matière organique, le tout parcouru par des fibres s’entrecoupant dans de nombreuses directions (un peu comme dans le béton armé). L’exemple le plus spectaculaire est fourni par l’observation d’une coupe longitudinale de fémur humain (1).

Le tube creux est privilégié ; plus léger, il est protecteur de formations fragiles comme le cerveau ou des centres de formation des globules du sang; il est empli d’air chez les oiseaux.

La sélection culturelle a maintenu d’abord, elle aussi, des architectures réalisant des bâtiments massifs, lourds, peu élevés du fait de leur poids, formés par des blocs énormes (pyramides), des pierres taillées (forteresses..), des blocs de synthèse (briques, parpaings…). Les œuvres d’art, comme les églises, ont représenté l’apothéose de : l’art roman.

Puis avec les progrès de la technologie et du savoir faire, telle l’évolution biologique, le bâtiment s’est élevé, allégé, aéré,.., un nouvel art est apparu:

L’art gothique.

La technologie a transformé par la suite, elle aussi, les tubes pleins en tubes creux en changeant, elle aussi la composition de la matière; le béton armé, l’acier, le plastique…

Le corps humain est une merveilleuse cathédrale gothique qui peut se déplacer !

Dans les deux souffle l’esprit.

Un certain nombre de caractères permettent de faire la démonstration(1) et (2) :

  • La forme élancée, verticale, comparable à une nef très élevée avec arcs-boutant. Les deux jambes forment une ogive répartissant le poids du corps sur chaque jambe, le bassin servant de clé de voûte. Les deux membres supérieurs sont autant d’arcs-boutants chez les quadrupèdes assurant l’équilibre, le vol ou la préhension chez les bipèdes.
  •  On retrouve cette même structure en croisée d’ogives dans la structure des os longs intervenant dans la stature (3).                                                                                                                                                                                                  Le fémur est constitué de plusieurs milliers de travées reliées entre elles. C’est dans l’orientation de ces mêmes travées que réside la force de résistance du fémur. En effet, l’orientation des travées dépend des lignes de forces mécaniques auxquelles est soumis l’os car les cellules qui les fabriquent ont la capacité de percevoir ces forces mécaniques et de produire de l’os là où les forces exercées sont les plus intenses. Le fémur présente une série de prolongements agencés le long des lignes de force générées en position debout, le tout lui permettant d’optimiser sa résistance mécanique et d’évoluer suivant l’évolution des contraintes.

Et pour Spinoza et d’autres, Dieu est dans tout cela !

Au XIXe siècle, un mathématicien et ingénieur: Karl Cullman, traduisit ces informations en théorie appliquée au concept de la Tour Eiffel(4).

«L’architecture du futur construira en imitant la nature parce que c’est la plus rationnelle, durable et économique des méthodes» Antoni Gaudi.

Il ne pouvait pas mieux dire.

Un article paru dans la Revue d’histoire naturelle «Espèces», développe une étude sur notre façon de plus en plus recherchée «d’habiter des Architectures animales»

>La structure des animaux, dès la fin du siècle dernier, inspire ingénieurs et architectes pour créer des formes alliant esthétique, fonctionnalité, capture de d’énergie.

Esthétique comme le National Stadium de Pékin (5) édifié pour les jeux olympiques de 2008 sur le modèle du nid d’oiseau.

Fonctionnalité comme la Tour Eiffel(4) inspiré par le fémur(3) du fait des qualités exceptionnelles de cet os le plus résistant et l’un des plus légers du corps humain.

Capture d’énergie dans le bâtiment H.Poincaré à Aix en Provence qui utilise des feuilles artificielles orientables pour capter l’énergie solaire.

>Les radiolaires(6), organismes marins unicellulaires à squelette siliceux ont inspiré, dans les années 30, Robert Le Ricolais; il créa des dômes géodésiques comme le pavillon des USA (7) à l’exposition universelle de 1967 et celui de la Biosphère sur l’île sainte-Hélène à Montréal.

>L’éponge marine Euplectelle(8) a un squelette siliceux composé de spicules formant un réseau rigide, solide, aux propriétés exceptionnelles de transmission de la lumière. Elles ont été la source d’inspiration des fibres optiques à haut rendement; le squelette de cette éponge a servi à Norman Foster pour édifier «Le Cornichon»dans la City de Londres(9) et récemment la structure de la passerelle de la gare de la Roche-sur-Yon.

>La tôle ondulée a été conçue sur le modèle de la coquille Saint-Jacques qui associe rigidité et légèreté, et, d’un point de vue symbolique le pouvoir protecteur, emblème des pèlerins du chemin de St Jacques de Compostelle.

La ville de Royan, après sa destruction lors de la guerre, a vu son marché reconstruit avec un toit en béton armé (11) copié sur une valve de la coquille de bénitier (10).

>On pourrait citer bien d’autres exemples comme l’East-gate Building de Harare au Zimbabwe copiée sur l’architecture et la fonctionnalité de la termitière africaine du genre Macrotermes(12).

Les inventeurs dialoguent, comme dans le passé, sans cesse avec la nature, pour créer des formes et des structures originales plus adaptées aux besoins de la société.

Evolution biologique et évolution culturelle: encore un point commun !

Georges Vallet

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