Législatives, un contresens à éviter.

L’autre jour une personne âgée, de ma connaissance, en veine de confidence m’a dit pour quel (le) candidat(e) elle allait voter. Je ne lui demandais rien et c’est sans doute pour cela qu’en forme de justification, elle ajouté : « Au moins celui-là (celle-là), si j’ai un problème, il (elle) m’aidera. » Cette attitude me conduit à une réflexion sur le rôle véritable d’un député.

C’est vrai que lorsqu’on lit certaines professions de foi, on trouve des engagements qui parlent de proximité, de territoire où nous vivons, de projets d’avenir pour les Béarnais, de solutions pour le Béarn, certains allant même jusqu’à citer dans la rubrique « territoire », le quartier Saragosse, le réseau Idélis et l’Université de Pau. Il y a là un côté électoraliste auquel il ne faut pas se laisser prendre.

Nous sommes comme cela, nous les Français, toujours soucieux de savoir comment tirer un avantage personnel d’une situation. La formule est bien connue : « Ne t’inquiète pas, je connais quelqu’un, on va arranger cela ». Sauf que, un député ce n’est pas fait pour ça. Même s’il est élu dans un cadre géographique appelé circonscription, il est avant tout un élu de la Nation toute entière.

Il n’est pas celui qui a vocation à trouver une solution à un problème d’emploi, un équipement quelconque ou bien une aide particulière. Si cependant il s’engage à le faire, il se limitera à une correspondance au ministre concerné selon une formule bien rodée et empreinte à la fois de courtoisie et de déférence. Le ministre qui, évidemment n’aura jamais lu la lettre du député, fera écrire une réponse dans un style ronéotypé où il sera dit que le problème a retenu toute son attention, qu’il est au regret de ne pouvoir actuellement donner une suite favorable et que cette demande sera satisfaite dès que les circonstances le permettront. Et puis, le député, bien complaisant, adressera copie de ces échanges épistolaires au solliciteur. Il conviendra alors de comprendre qu’en termes de tous les jours, ils auront été inutilement emmerdés.

Non, le député a un rôle bien défini par la constitution. Il est un élu de la Nation qui a pour mission de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement. Il appartient à des commissions où sont discutés les projets de loi issus soit de l’exécutif, soit des députés eux-mêmes et d’en préparer la présentation à l’assemblée nationale en vue d’un vote. Cela suppose une bonne connaissance juridique du dossier et une capacité rédactionnelle certaine. Le contrôle du gouvernement se fait surtout à l’occasion de la présentation du budget, mais pas seulement.

Lors de la campagne électorale certains candidats vous parlent de leur programme. Ils s’approprient ce qui est en réalité le programme du parti politique qui leur a accordé l’investiture. Ce qui veut dire que parfois même s’ils n’en saisissent pas tout à fait la portée, ils s’attachent à le défendre après y avoir totalement adhéré. Ce qui signifie également que la discipline de groupe ne leur laisse pas ou très peu d’initiatives lorsqu’il s’agit de voter une loi. Ils font comme leur parti politique le leur dit, un point c’est tout ; l’assemblée nationale ressemble beaucoup à une chambre d’enregistrement.

Rappelons pour mémoire, que les élus, devront conformément à la loi du 3 avril 2014 renoncer à leurs mandats de maire, de maire-adjoint ou de vice-président d’un exécutif local. C’est ainsi et c’est sans doute pour toutes ces raisons que beaucoup, qui ne se représentent pas, avouent préférer les mandats de maire ou de président d’un exécutif local. Ils ont dans ces instances le sentiment de pouvoir prendre des décisions.

L’Assemblée nationale est un élément important de nos institutions surtout parce qu’elle soutient le président de la République et l’exécutif afin d’engager des réformes. On a vu récemment ce qu’il est advenu d’un parti qui s’est partiellement désolidarisé de la majorité présidentielle.

Pau, le 13 juin 2017
Joël Braud