La bourse ou la vie ?

cid_7c902811-d940-444f-975d-06a50cbb2ccchomeLes situations scandaleuses, révoltantes, et douloureuses aussi, qui se déroulent, dans tous les domaines, sont des facettes d’un malaise sociétal profond qui opposent deux priorités qui se révèlent, hélas, incompatibles.

La première est la nécessité de livrer, coûte que coûte, un combat économique, financier, technologique, commercial, politique (à l’ordre du jour !) : extraction, production, vente, consommation, concurrence, compétitivité, délocalisation, cours des céréales.., placements, spéculations.., profits, pouvoir..

Money first.

La seconde considérée comme secondaire, inutile ou néfaste même, car contraire aux objectifs de la première, peut se résumer par un combat contre les atteintes à notre «territoire» intime, notre corps et notre esprit : santé physique, physiologique, psychologique, relationnelle, désorganisation sociale,…

Life first.

Cette deuxième priorité devient de plus en plus évidente et sensibilise largement la population; comme la rumeur,

elle s’élance et tourbillonne, étend son vol éclate et tonne…

mais pas encore assez pour rivaliser avec les soi-disant détenteurs de la «Vérité».

Cette opposition étonne profondément le Dalaï Lama.

« Ce qui me surprend le plus chez l’homme occidental c’est qu’il perd la santé pour gagner de l’argent, et il perd de l’argent pour récupérer la santé»

Le 28/01, le journal Sud Ouest titrait un long article sur deux pages :

«Pollution, faut-il s’y habituer !»

Quelques constatations se voulaient réconfortantes :

   – Non, ce n’était pas mieux avant. Comme la France a rabaissé, en 2010 son seuil d’alerte de 125 à 80 microgrammes par m3, les alertes sont plus fréquentes.

   – Les deux dernières décennies confirment que la qualité de l’air s’est globalement améliorée en France. A l’exception de l’agriculture, les secteurs incriminés ont réduit leurs émissions de particules totales en suspension : 1254 milliers de tonnes en 1990 contre 851 en 2015.

   – Entre 2000 et 2015 les émissions de particules fines(PM10)ont diminué de 39% en France.

   – Les Landes sont un paradoxe. Plus qu’ailleurs, le froid entraîne, dans ce département très forestier, le recours à la cuisinière et le chauffage au bois, bien plus qu’en ville; l’absence de vent et de pluie maintient la stagnation des particules.

+ Le fait d’avoir abaissé le seuil montre que l’on a pris conscience du danger.

+ La qualité de l’air s’est améliorée car les nombreuses recherches technologiques ont permis de diminuer les rejets comptabilisés dans de nombreux domaines. Cet avantage est considérable mais limité par une augmentation parallèle de la production et de l’utilisation.

+ Les émissions de particules fines sont plus faibles, cela ne signifie pas que l’action néfaste sur la santé soit moindre. Passer de deux paquets de cigarettes par jour à un paquet est un effort important mais négligeable sur les résultats car c’est surtout l’action de petites doses, en continu, comme c’est le cas, qui est redoutable.

+ Les Landes sont un paradoxe. Peut-être, mais n’oublions pas que l’on a vanté, il n’y a pas si longtemps, après les tempêtes où la valeur du bois s’effondrait, l’intérêt du bois comme énergie renouvelable! Sur Internet on trouve :

Le guide pratique «se chauffer au bois»-Ademe possibilités d’aides financières.

On veut vendre des chaudières soi-disant «vertes», (pas pour le CO2 !), à un prix que bien des habitants des communes rurales ne peuvent pas se payer. Maintenant on dit de ne pas utiliser le bois ! (money first)

Mais, le plus grave, est ce qu’on ne nous dit pas !

1°) On est très discret sur l’importance des faibles doses, du mixage, et de la chronicité de la pollution, seuls les pics sont médiatisés. «L’air pollué est un peu comme la première cigarette  :elle ne tue pas, mais ce sont les suivantes, fumées quotidiennement pendant des années, qui finissent par le faire.» LoÏc Chauveau, Sciences et Avenir, février 2017, propos de Sylvia Medina, épidémiologiste choisie pour coordonner le programme européen Aphecom dont les travaux ont permis de chiffrer à 42000 puis réactualiser à 48000 en 2016, le nombre de morts en France grâce à son étude sur : «évaluations quantitatives d’impact sanitaire de la pollution urbaine». Les résultats sont l’aboutissement d’un travail collectif : toxicologues, pneumologues, chimistes, physiciens de l’atmosphère.

2°) Lorsque le pic est effacé par le vent et la pluie on s’en réjouit car on peut à nouveau circuler ; par contre, la pollution n’a pas baissé, elle s’est répartie et c’est la périphérie qui en «profite», tout en restant au dessous du seuil officiel (donc, pas de problème !!). De plus, les particules déposées en périodes de calme sont remises en suspension par le vent !

3°) En ce qui concerne les «particules dîtes fines», que mesure-t-on ?

C’est là que le scandale est le plus évident.

Rappelons les différentes particules.(résultats consultables sur de nombreux sites; ici, d’après wikipedia)

   – PM 10 d’un diamètre inférieur à 10 micromètres.

   – PM 2.5 d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, appelées «particules fines»

   – PM 1,0 d’un diamètre inférieur à 1,0 micromètre, appelées «particules très fines»

   – PM 0,1 d’un diamètre inférieur à 0,1 micromètre, appelées «particules ultrafines» ou «nanoparticules»

Il est important de noter que :

   – les PM 10 pénètrent dans les bronches.

   – les PM 2,5 pénètrent dans les alvéoles pulmonaires.

   – les PM 1,0 passent la barrière alvéolo-capillaire.

   – les PM 0,1, de la taille des molécules, traversent la membrane cellulaire.

L’indice de pollution utilisé souvent diffère selon la taille de l’agglomération.

   – ATMO: pour les agglomérations dont la population dépasse 100.000 habitants;

   – IQA: pour les agglomérations de taille inférieure à 100.000 habitants; c’est un indice simplifié, qui peut reposer sur la mesure d’un nombre plus réduit de polluants.

La ruralité est-elle vraiment sous-estimable ?

La surveillance ATMO porte sur 4 polluants clés: les particules fines PM10 (PM 2,5 aussi d’après Sciences et Avenir), le dioxyde de soufre, le dioxyde d’azote et l’ozone. L’indice retient la valeur la plus élevée de ces 4 critères. (Sciences et Avenir février 2017, Sarah Sermondadaz: qui mesure les particules fines ?)

Il résulte que les particules 1,0 et 0,1, les plus fines, celles qui pénètrent profondément dans l’organisme, ne sont pas évaluées (les techniques disponibles ne sont pas polyvalentes, sont très coûteuses et demandent un fort niveau de compétence aux utilisateurs.) ; or, si les nanoparticules révolutionnent «bénéfiquement» la production et le commerce(money first), ce sont aussi les plus redoutables car elles perturbent directement le fonctionnement organique intracellulaire (atteinte aux gènes, immense surface spécifique les rendant bien plus actives que leurs homologues naturels en tant que catalyseur.) La liste est longue, origine naturelle et de synthèse; et

Leur emploi est loin d’être fictif !

D’une manière générale, l’approche est difficile car l’utilisation n’a rien de transparente, secret de fabrication, concurrence…obligent.

«L’être humain et d’autres espèces vivantes sont notamment exposés à des nanoparticules ayant comme source des phénomènes d’usure mécanique, systèmes de freinage et usure des pneus par exemple, et de combustion domestiques, incinération, pots d’échappement, y compris pots catalytiques, carburants: essence, fioul même le gaz, centrales thermiques et certaines productions industrielles.» nous affirme wikipedia.

Donc, toujours en ce qui concerne l’air respiré, si ce n’était pas mieux avant, est-ce vraiment mieux maintenant ? C’était différent, moins de circulation et bien des polluants n’existaient pas !

En 2009, selon le NanoTech Project plus de 16000 produits de consommation courante contenaient déjà des nanoparticules, contre 54 en 2005 (+ 1000% en 4 ans), avec une production mondiale de plusieurs millions de tonnes de nanoparticules.

Quand on prend conscience qu’à l’échelle nanométrique la matière change radicalement de visage, que c’est un autre univers aux lois bien différentes de celles que l’on connaît, il y a de quoi être inquiet.

Il est facile de dire que c’est mieux maintenant si on ne mesure pas toutes les nouvelles retombées !

A quelles quantités sommes-nous exposés chaque jour?, tente de répondre le Hors série Science et vie : Nanotechnologies.

Une fois encore, on avance sans véritablement maîtriser l’outil que l’on utilise; de nombreux tests sont à inventer, aussi bien au niveau quantitatif qu’au niveau toxicologique, pour pouvoir répondre précisément à la question.

«Des chiffres circulent, certes», ils ont qu’une valeur indicative, c’est vrai, mais ne sont pas dû à n’importe quoi.«A titre d’exemple,une voiture rejette de cent mille à un million de milliards de nanoparticules par kilomètre parcouru……; le nombre total inhalé n’est peut-être pas un critère suffisant ; la surface totale semble beaucoup plus pertinente en termes toxicologiques, la forme des particules (fibres plus dangereuses que les sphères) et leur composition, échappent totalement, pour l’instant, aux mesures»

4°) Comme il n’est pas question de changer d’orientation, croissance oblige, la question posée est-elle : «faut-il s’y habituer» ou peut-on s’y habituer ?

L’émission de mardi soir 31/01/17, sur la 5, sur les perturbateurs endocriniens, nous offre l’occasion de généraliser le problème du rapport de la pollution avec la vie.

Actuellement, nous sommes tous des utilisateurs pollués, cobayes sacrifiés pour le profit des industriels (money first) ; compte tenu des nombreuses toxicités redoutables qui apparaissent, l’autorisation de mise sur le marché est manifestement très insuffisante ; la toxicité est à prouver à posteriori, quand le mal est fait et les preuves n’en finissent jamais d’être contestées; le principe de précaution est bafoué et

les pollueurs ne sont pas les payeurs.

La pression de l’opinion publique devient de plus en plus grande, les médias ne s’y trompent pas, ils multiplient les émissions aux heures d’écoute sur les grandes chaînes: enquête de santé, SOS santé pour tous…; des politiques de plus en plus nombreux, hélas ridiculisés, prennent conscience de leur responsabilité et de leur véritable rôle, celui de privilégier la vie des citoyens.

Au questionnement «la bourse ou la vie ?» il est tout à fait possible, avec d’autres postulats, de promouvoir

la bourse au service de la vie.

signé Georges Vallet

crédits photos: blagues-de-nuls.over