«D’autres évènements bien plus graves devraient nous alarmer» écrivait Karouge.

Gv 17 06 2015La situation actuelle est marquée par des constats qui ne font que s’affirmer :

> Au niveau international les différents pays européens sont divisés, individualistes et conservateurs d’une indépendance complètement dépassée dans le monde d’aujourd’hui. C’est la dissension perpétuelle en leur sein, entre eux, et avec les autres pays du monde, proches ou lointains.

Tout le monde est «en guerre» avec tout le monde mais on ne sait pas où est la ligne de front !

>Au niveau des partis politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par le centre, c’est l’incapacité de faire face à un véritable déluge auquel ils n’ont jamais été confrontés. Ils ne savent que ressasser les vieilles méthodes qui, jadis, ont eu du succès, mais qui sont maintenant complètement inadaptées. La gauche, la droite et tous les intermédiaires sont des vieux partis archaïques incapables de gérer des situations qu’ils ont eux-mêmes contribué à instaurer.

Les «has been» nous servent toujours les mêmes recettes empoisonnées.

>Au niveau des individus et des réseaux sociaux où ils s’expriment, chacun à son responsable, jamais le même bien-sûr. La seule solution c’est de l’éliminer, cela devient du «robespierrisme». Après, il ne restera plus grand chose, pas même Robespierre, si mes souvenirs sont bons ! Ce qui est grave, ce n’est pas la recherche du «responsable, c’est le fait qu’on ne soit plus capable de le désigner ! Les têtes à couper, du bon vieux temps, chez nous, c’est fini, il y en a trop !

«On veut se battre mais on ne sait plus contre qui !» (Jean-Claude Guillebaud)

> L’électeur est incapable de saisir, et par suite de croire, les «subtilités» des mots creux de la langue de bois ; le programme, pour se faire élire, n’est jamais suivi et c’est normal, la donne économique et sociale change trop vite.
Aucune promesse ne peut être tenue dans un monde en ébullition c’est-à-dire où les molécules s’entrechoquent de plus en plus souvent, où les «bulles» se forment, où la vaporisation disperse !
Les médias font de l’audience qui paye en diffusant des ragots, des info déformées ou non contrôlées, toutes les réactions critiques sur des faits divers qui deviennent une affaire d’État sans aucun rapport avec les vrais problèmes.

«une politique de l’autruche qui est bien plus catastrophique quant aux sujets qui nous occupent que ces plumes qui font jaser les radios télés» Karouge.

>Le Français moyen ne sait plus contre qui il doit lutter :

  •  Contre les patrons ? Vieux réflexe qui a eu sa raison d’être à une époque, mais qui est hors d’usage maintenant; «les patrons» sont aussi divers que les français eux-mêmes; entre les gestionnaires d’entreprises du CAC 40 et le patron d’une petite ou moyenne entreprise, c’est la nuit et le jour ; beaucoup de ces derniers ont désormais les mêmes préoccupations et la même angoisse que leurs salariés face à la finance et à la mondialisation.
  •  Contre les marchés financiers ? Comment peut-il s’infiltrer dans la faille de cette nébuleuse spéculatrice qui irradie partout ses métastases dévastatrices ? Il compte sur ses représentants, dans la même situation que lui, sans l’avouer.
  •  Contre le gouvernement ? Plus facile, c’est le bouc émissaire, chacun y va de son déversement de sarcasmes, d’injures.. Il faut les supprimer tous ! Pour mettre qui à la place ? L’offre politique est toujours la même.

On est arrivé à un point où on ne sait plus qui sont les exploiteurs, les exploités, les vainqueurs, les vaincus, les riches, les pauvres, les salauds, les tricheurs…Le monde est allé beaucoup plus vite que les idées.

Et même pour les idées, les «intellectuels de service»sont devenus aveugles, sourds et muets.

Peut-on trouver une explication à ce désarroi ?
La différence fondamentale entre le passé et le présent est que, par le jeu de la démographie, d’une plus grande connaissance, de la mondialisation et des Nouvelles Technologies, le nombre des relations et interactions a pris des valeurs exponentielles.

Les NTI ont aplani les hiérarchies et ont donné la parole à tous.

«La voix notait (périodiquement) son vote sur un bulletin écrit, local et discret ; elle occupe aujourd’hui la totalité de l’espace. La voix vote en permanence. L’avenir de la planète, de l’environnement, etc., tout est bousculé, menacé, il n’y a plus que de la motricité ; plus de spectateurs mais des acteurs. Celui qu’une ancienne publicité dessinait comme un chien n’entend plus la voix de son maître, il n’y a plus de maître.» M.Serres. Petite Poucette.

Le seuil d’instabilité est franchi.

J’ai évoqué à de nombreuses reprises les dangers de l’utilisation, comme maintenant, de la méthode analytique, réductionniste, linéaire, pour gérer une globalité, en l’occurrence un individu, une ville, un pays…..le monde.
Le modèle à suivre n’est pas le modèle allemand parce qu’il a fait ses preuves depuis quelques années seulement (et pour combien de temps ?), mais le modèle utilisé par l’évolution car il a réussi depuis des millions d’années pour l’espèce humaine et des milliards d’années pour la Vie.
Le logiciel biologique utilise le raisonnement systémique ; il part du principe que tout ce qui a un rapport avec la vie, tant sur le plan biologique que culturel, au sens très large du terme (éducation, économie, finance…), fonctionne globalement par interrelations et interactions entre ses constituants.

L’important, ce n’est pas le nombre des constituants mais la qualité des liens, l’équilibre des rapports, l’émergence qui en résulte.

Il en est de même dans tout l’univers,

sauf dans la tête des hommes de la modernité !

Un tout petit exemple : qu’y a-t-il de plus réductionniste que de considérer qu’on forme une tête bien faite pour aborder le monde en mettant, côte à côte, dès le premier cycle des collèges, des filières spécialisées avec des barrières entre elles !

La vie, la culture, est l’émergence d’une «transdisciplinarité».

«Comme l’indique le préfixe «trans», la transdisciplinarité est la posture scientifique et intellectuelle qui se situe à la fois entre, à travers et au-delà de toute discipline. Ce processus d’intégration et de dépassement des disciplines a pour objectif la compréhension de la complexité du monde passé, présent et futur, envisagé dans une perspective transversale, à la fois dans l’espace et dans le temps.»  Lionel Dupuy UPPA).

C’est grâce à leur perception de la transversalité que :

  •   Les philosophes de l’Antiquité ont fait progresser la connaissance de l’univers.
  • Les philosophes des Lumières ont fait évoluer la connaissance du monde et ont transformé la société.

L’individualisme, la compétition, la recherche du meilleur dans un domaine, donc la vision analytique moderne, ne permet pas de construire (synthèse), elle détruit la transversalité donc les liens entre les choses, conduit à la violence, au non respect des autres.

Que les enseignants revendiquent des heures de formation car, pour le collège, c’est une révolution intellectuelle et professionnelle, c’est évident ; mais qu’ils s’opposent à une approche transversale, c’est incompréhensible.
Je suis persuadé que la motivation de l’enseigné serait infiniment plus grande si on introduisait les différentes disciplines, dans les collèges, à partir d’une situation qui leur parle. Imaginons toutes les disciplines qui participent au monde professionnel du sport, de l’agriculture, du développement durable, de la gastronomie…..et celles que devrait maîtriser le journaliste, le politique….
Par contre, progressivement, à partir de la troisième, l’espace strictement disciplinaire prendrait de plus en plus d’importance afin de préparer l’entrée dans le monde du travail et le choix de ceux qui poursuivront dans le supérieur, haut lieu de la spécialisation où des groupes de réflexions transdisciplinaires devraient se généraliser pour passer de l’analyse à la synthèse, comportement essentiel oublié ; ce fut le cas à l’UPPA jadis. Il ne s’agit donc absolument pas de supprimer les enseignements disciplinaires, même en collège, mais de les introduire à la fois en parallèle et autrement, de la façon dont ils interviennent dans le temps et dans l’espace, donc dans la réalité.
Faire fonctionner la transversalité dans la gestion de l’entreprise, d’une ville, d’un pays…c’est aussi une toute autre façon de motiver les différents acteurs.

Quant à la transparence, c’est un grand pas pour voir chez les autres mais un bien petit pas pour construire ensemble.

 

 – par Georges Vallet

Crédit photos : idaquest.or