Grand débat palois, acte II

L’acte II du grand débat palois s’est déroulé au parc des expositions, ce mercredi 6 février 2019. Il y avait beaucoup moins de monde que lors de la précédente édition. Il fallait s’y attendre. Cette fois-ci les thèmes étaient définis : démocratie et citoyenneté.

Deux grands témoins nouveaux : Françoise Pons, magistrat et Philippe Terneyre, professeur de droit public.

François Bayrou toujours dans le rôle de monsieur Loyal précise quelques idées en rapport avec les thèmes retenus : la sincérité de la représentation, le vote proportionnel, le vote blanc et le rôle des médias.

Puis Jean Marziou expose une réflexion sur l’engagement citoyen. Il est suivi de Philippe Tugas qui aborde la notion de représentation.

Interviennent ensuite des gilets jaunes qui sont là pour se faire entendre. Plusieurs personnes de différentes origines prennent la parole. Dans cet ensemble on ne peut éviter, une réflexion sur l’Europe. Il y en a même un qui nous a parlé de la Chine. Bon ! il faut de tout pour faire un monde. Mais ce qui est pénible est de devoir subir des prises de parole qui n’en finissent pas de la part de ceux qui trouvent un plaisir intense à s’écouter eux-même pendant de grands moments, comme si ce qu’ils avaient à dire était d’une importance capitale. Enfin c’est la loi du genre…

Pour ma part, j’avais à cœur de pouvoir poser deux questions aux professeurs de droit public que sont Jean Gourdou et Philippe Terneyre. Et ô miracle, j’ai pu poser ces questions. L’une portait sur les modalités et les conséquences de l’élection des députés à la proportionnelle ; l’autre concernait la prise en compte des votes blancs.

Sur le vote à la proportionnelle, c’est Jean Gourdou qui s’y est collé. Il a fait, selon moi, une approche du sujet en disant qu’il s’agissait d’une procédure qui permettait une meilleure représentation des électeurs mais qu’elle comportait des inconvénients. En réalité ce qu’il a dit, était, à mon sens, pour le moins insuffisant.

J’aurais attendu de lui qu’il nous précise :

  • Qu’il s’agit d’un scrutin de liste.
  • Que ces listes peuvent être constituées soit au niveau des départements, soit, pourquoi pas, au niveau des régions et enfin éventuellement au niveau national.
  • Il aurait pu évoquer les règles fixant la répartition des restes. Ce dernier point, particulièrement technique, aurait pu faire toucher du doigt à ceux qui prônent cette forme d’élection comme une panacée, que ces difficultés ont de quoi faire réfléchir même les plus convaincus.
  • Il aurait dû rappeler l’expérience de la quatrième République (1940 – 1958) caractérisée par une instabilité ministérielle chronique puisque la durée de vie moyenne des gouvernements était de sept mois.
  • Il aurait pu également faire allusion à quelques périodes de la troisième République (1870 – 1940) qui a connu des élections des députés à la proportionnelle (1885 – 1919 – 1924).
  • Que, sur décision de Mitterrand et pour des raisons de politique politicienne, les députés avaient été élus à la proportionnelle le 13 mars 1986. Et qu’aux élections suivantes (5 et 12 juin 1988) nous étions revenus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours par circonscription. Cet épisode de 1986 avait permis à des partis comme le Front National et le parti Communiste de détenir chacun 35 sièges à l’Assemblée Nationale. Lorsqu’on sait qu’à l’époque, il fallait 30 députés pour constituer un groupe et lorsqu’on connaît les prérogatives dont bénéficient les groupes, on enrichit sa réflexion. Mais l’objectif poursuivi par le chef de l’État était de faire barrage au R.P.R.

Ce sont là des éclairages que j’attendais du professeur Jean Gourdou, mais peut-être n’a-t-il pas voulu se positionner en donneur de leçon. Pour ma part, je suis resté sur ma faim…

Mais s’il fallait chercher des éléments qui plaident en la défaveur du vote à la proportionnelle, il faudrait aller les cueillir chez François Bayrou lui-même. Et pourtant il est un ardent défenseur de ce mode électoral. Il faut d’ailleurs noter ici que ce sont principalement les « petits partis » qui défendent la proportionnelle. Normal quand on sait que les partis politiques, subventionnés par l’argent public, le sont en fonction du nombre de leurs élus. Ou, si vous préférez, quand les convictions politiques cèdent le pas aux intérêt financiers.

Au début de la soirée, le maire de Pau s’est lancé dans un plaidoyer en faveur du vote à la proportionnelle, oubliant son engagement de neutralité. Il a même spécifié que tous les pays de l’Europe avaient adopté ce mode de scrutin, ce qui est contestable. Mais surtout dans sa démonstration, il a dit que les élections municipales se font à la proportionnelle et qu’à Pau 95% des décisions sont votées à l’unanimité. A entendre cela, on imagine la satisfaction de l’électeur qui, ayant voté pour l’opposition, constate que dans la réalité, l’opposition qui devrait s’opposer ne s’oppose pas. Il doit en ressentir, à juste raison, un sentiment de trahison.

L’autre argument tient au vote récent des députés du MoDem sur la loi dite anticasseurs. François Bayrou l’a souligné : Josy Poueyto s’est abstenue. Elle a considéré, comme lui-même d’ailleurs, que le pouvoir d’interdire à certaines personnes la possibilité de manifester ne pouvait être confié au Préfet mais au juge. Or sur les trois députés MoDem seule Josy Poueyto a fait ce choix, les deux autres, Bru et Matteï, ont voté pour. Cette donnée nous permet de constater que dans un même parti politique, les convictions de chacun divergent. Lorsqu’on vote pour une personne on vote pour quelqu’un dont on connaît les options politiques. C’est le cas actuellement selon le système d’élection des députés au scrutin uninominal. Lorsqu’on votera selon le mode proportionnel on votera pour une liste présentée par un parti. Malgré un affichage officiel des engagements, il se trouvera des candidats dont les opinions divergent. En votant pour le Modem, par exemple on ne pourra savoir à l’avance qui votera pour ou contre la loi anti casseurs, ou qui s’abstiendra. Une inconnue qu’il faudra bien accepter.

Enfin il y a d’autres arguments qui résultent des petits arrangements entre amis. Pour la constitution des listes par exemple, c’est à celui qui obtiendra une place à un rang éligible, il faudra savoir se placer. L’expérience a montré qu’avec l’émiettement des partis tel qu’il résulte d’un vote à la proportionnelle, il ne sera pas toujours facile au sein de l’Assemblée Nationale de trouver une majorité pour voter une loi. Alors s’ensuivront des petites négociations d’arrière boutique. Si tu me suis sur cette loi je te renverrai l’ascenseur pour telle autre décision. C’est ce qu’on appelle des magouilles. Cela est d’autant plus lourd de conséquences que maintenant les députés ont la possibilité de déposer des projets de loi ce qui n’était pas le cas au début de la cinquième République.

Soyez vous-mêmes juges de ces revendications exprimées par les gilets jaunes, mesurez en les modalités et les conséquences et surtout considérez que la constitution de la cinquième République, par sa conception et sa souplesse, a permis à notre pays de traverser bien des épreuves.

La prochaine fois il faudra parler de la prise en compte des votes blancs.

Pau, le 11 février 2019

par Joël Braud

Crédit image : Le Figaro (source Ministère de l’intérieur – Kantar Sofrès One point)

 

 

Fermeture du Cairn café

Palais des Pyrénées, à l’angle de l’avenue de Lattre de Tassigny et de la rue louis Barthou, existait un café, sandwicherie, pâtisseries à emporter, le Cairn Café. Cet établissement est maintenant fermé. Cet espace commercial du Palais des Pyrénées serait-il en train de perdre de sa vigueur ?

Déjà ce que l’on peut constater en passant c’est que le propriétaire du fonds a dû se résoudre, contraint et forcé, à disparaître définitivement. Selon ce qui se dit, il n’a pu, malgré une activité soutenue, faire face à un loyer trop élevé. Il a donc tenu durant douze années ce qui fait que maintenant la décision lui est particulièrement amère. Il le dit d’ailleurs par une charge que l’on pourrait qualifier de violente à l’égard du maire et de l’une de ses adjointes.

Mais pour bien mesurer la colère il convient de reproduire le texte qu’il a affiché sur la vitrine extérieure de l’établissement. Tous les passants peuvent en prendre connaissance.

« Merci pour ce moment, 5 emplois détruits. BAYROU (et toute sa clique). Ces pleutres vont dire : « c’est la faute à la BNP ». Faux, que BAYROU et PEDETOUR rendent des comptes. Ils ont fait arracher par leurs sbires tous les documents que ce brave petit commerçant, 12 ans d’activité, avait scotché (SIC) à l’intérieur de sa vitrine et qui leur demandait un RV. Ces chèvres ne lui ont même pas répondu. Alors que les autres loyers avaient été renégociés à la baisse. Ainsi et de plus, la girouette a donné, nous disons bien donné 30000,00 euros à « COLOMBUS café ». Notre argent public. Et à quel titre ??? De quel droit ??? Bref, il se la joue à la « BALKANY ». Lire édition « Rép des Pyrénées » du 24/11/2018.»

Le moins que l’on puisse dire est que la charge est violente et sans aucun doute à la mesure de la douleur ressentie par son rédacteur.

Nous ne nous attacherons pas ici à savoir si vraiment aucun rendez-vous n’a été accordé à ce commerçant, alors qu’il l’avait demandé, ni si cette somme de 30 000euros a effectivement été versée au concurrent qui s’est installé à l’autre bout de la galerie, ni enfin si cette nouvelle concurrence est la cause principale des difficultés ayant conduit à une fermeture définitive du Cairn café. Mais, à une époque où le commerce du centre de la ville de Pau se porte mal (comme dans beaucoup de villes de même importance), à une époque où des « gilets jaunes » expriment une colère qui résulte principalement de n’être pas entendus, ne faut-il pas porter une attention particulière à ce cri de désespoir ?

Même s’il est vrai que les élus n’ont pas les pouvoirs qu’ils prétendent détenir, l’écoute et l’attention à leurs administrés doivent demeurer le plus pressant de leurs devoirs. Ne serait-ce que pour leur avouer modestement leur incompétence.

Pau, le 6 février 2019

par Joël Braud

Le grand débat palois

Il a bien eu lieu comme prévu le vendredi 25 janvier 2019 à 18 h 00. J’y étais , je suis parti avant la fin. J’en retire une impression mitigée.

D’abord, il n’y avait pas sept personnes référentes comme indiqué au départ mais seulement six. En effet, Denys de Bechillon, professeur de droit public, spécialiste des institutions était absent. Restaient sur la scène, Mme Valérie Paris, présidente de la C.P.A.M. (Caisse Primaire d’Assurance Maladie), Mme Fabienne BASCOU administratrice de la C.A.F. (Caisse d’Allocations Familiales), M. Jacques Le Cacheux, professeur d’économie et de finances publiques, M. Jean Gourdou, professeur de droit public, spécialisé dans les collectivités locales, M. Jean Marziou ancien rédacteur en chef de Pyrénées Presse et M. Philippe Tugas ancien rédacteur en chef de Pyrénées presse et de Sud Ouest.

Dès le début, François Bayrou, auto-positionné en Monsieur Loyal se livre à une introduction qui dure presque une demi heure. On a beaucoup lu dans la presse locale les réactions à ce choix de se choisir lui-même pour animer ce débat dans un esprit, disait-il, de parfaite neutralité. Il faut croire que cette position de neutralité absolue n’est pas aussi facile qu’il y paraît parce qu’à deux ou trois reprises, François Bayrou a dû l’oublier. Il faut dire que la prise de parole de certaines personnes qui ont confondu grand débat national et campagne électorale pour les prochaines municipales, l’ont conduit à être plus maire de Pau qu’organisateur de la soirée. En effet la situation du commerce de Pau a fait polémique, il faut reconnaître que ce n’était pas tout à fait l’objet. Il a d’ailleurs su le dire en rappelant que ce n’était pas un débat municipal.

Au fond de la salle l’atmosphère était lourde. S’y trouvaient en effet des « gilets jaunes » remontés comme des pendules, qui n’avaient qu’un objectif, en découdre. Même si l’on peut considérer qu’ils étaient dans leur rôle et que sans leur mouvement cette rencontre n’aurait jamais eu lieu on ne peut leur reconnaître le droit de perturber un débat qui est une réponse à l’expression de leur colère. Les interpellations fusaient en direction de François Bayrou. Il y a même eu deux comportements qui ont paru à beaucoup hors de propos. Un fonctionnaire de l’hôpital de Pau qui a traité les élus de voleurs. Ce qui lui a valu une réaction ferme de Bayrou. Enfin dans le chapitre des incidents on peut également citer le faible d’esprit de service, bien connu sur la place de Pau, qui, bien qu’ayant protégé ses rares neurones sous son béret, a proféré des propos que personne n’a compris. Mais il était dans son rôle habituel.

La première intervenante fut une commerçante d’Artiguelouve. Elle a décrit sa situation de façon pathétique et s’est même excusée d’avoir à s’exposer ainsi devant des gens qu’elle ne connaissait pas. Elle a évoqué successivement le R.S.I. (Régime spécial des indépendants) qui l’étranglait et la suprématie de la grande distribution. Un grand moment d’émotion. Puis ont suivi d’autres intervenants qui, en commençant par exposer leur propre situation, ont déploré que le pays ne se sente plus représenté et dit qu’il il y avait urgence à réduire les charges des entreprises. Une dame en invalidité a également parlé des nombreuses difficultés auxquelles elle devait faire face pour continuer à vivre. Un témoignage poignant. Une infirmière de l’EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) de Sauvagnon nous a décrit sa situation professionnelle. Enfin une dame, très respectable qui avait préparé son intervention par écrit a su conclure en évoquant l’aspect humain des rapports entre citoyens et administrations. Ce fut l’occasion pour Bayrou de dénoncer ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la dématérialisation. Un franc succès pour lui car correspondant à un mal vivre ressenti par beaucoup.

A côté de cela, il faut bien reconnaître que certains, peu nombreux certes, étaient venus là pour exposer dans de longues diatribes leur vision d’une société idéale. Le premier, Roland Bermude, si j’ai bien noté, nous a gratifié d’un monologue sans fin ; c’est long surtout lorsqu’on ne comprend pas vraiment ce qu’il veut démontrer. Il a même curieusement dans l’élan, cité une phrase du Général de Gaulle contenu dans le livre d’Alain Peyrefitte « C’était de Gaulle ». Une phrase raciste, du moins selon les critères actuels. Cela lui a valu d’être repris de volée par Bayrou qui lui a rappelé que la notion de race n’existe pas. Et puis a eu la parole un gilet jaune qui, avec une constance admirable, tenait la main levée depuis le début de la rencontre. Il a d’abord dit qu’il était chercheur, je ne sais plus où, et qu’il appartenait à Lutte Ouvrière. Il venait donc nous faire part de ses convictions avec une véhémence telle qu’un de ses voisins, aux cheveux blancs, s’est levé comme pour l’agresser, si bien qu’un chargé de sécurité a dû s’interposer.

C’est à ce moment là que j’ai décidé de partir, il était 20 h 30. Bien tôt sans doute en regard de l’heure de fin de réunion qui s’est située aux alentours de 23 h 30.

Le thème du chômage n’a été que très peu abordé, sinon par Bayrou pour dire que la plus récente statistique laissait apparaître une baisse de celui-ci. Mais au delà, il faut regretter que les personnes référentes n’aient été que peu sollicitées. Une fois, la présidente de la C.P.A.M. a pu donner son avis sur le R.S.I d’une façon technique. L’administratrice de la C.A.F. a également pris la parole d’une façon discrète. Ce qui est surtout ressorti de leurs propos c’est que dans leurs fonctions elles se trouvent confrontées à une multiplicité de textes qui rendent particulièrement compliquée l’action des organismes qu’elles représentent. Je n’ai pas entendu les juristes et les journalistes s’exprimer. Si l’occasion m’en avait été donnée j’aurais demandé aux juristes de nous parler de ces revendications que sont : la démocratie participative, la proportionnelle et le vote blanc. Cela n’a pas été le cas, cependant leur point de vue aurait, me semble-t-il, été de nature à faire perdre à certains les illusions qui sont actuellement les leurs sur ces sujets.

Enfin, le régime est maintenant dans le dialogue et ça ne fonctionne pas trop mal. Il faudra bien que la France trouve le moyen de résoudre ce problème de démocratie parce qu’il y a une réelle rupture de confiance entre les citoyens et les responsables politiques. Y parviendrons-nous ?

Pau, le 29 janvier 2019

par Joël Braud

Le « Grand Prix » du gaspillage

« Bèth cèu de Pau
Quan te tournarèy béde ? »

Au moment où la transition écologique est dans tous les esprits, où l’on nous vante les vertus (contestées) de la voiture électrique, Pau, la ville dont le maire est le principal allié d’un président qui se veut le chantre de la défense de l’environnement, organise, comme si la réalité n’existait pas, une manifestation qui célèbre, pour certains, la « bagnolle » dans ce qu’elle a de plus détestable : le bruit et la pollution avec le « fameux » Grand Prix Automobile de Pau. Le Grand Prix ? Une vache sacrée défendue par de puissants lobbys locaux auxquels personne ne veut s’en prendre. La maire précédente, Martine Lignères Cassou avait, au début de son mandat, voulu lui tordre le cou en proposant d’y faire rouler les prototypes électriques. Une idée intéressante, prémonitoire même mais la Maire y avait vite renoncé cédant aux pressions indignées des adeptes des bruyantes pétarades.

Le « circuit », brièvement contesté, s’est donc maintenu et fêtera cette année ses 78 ans. Cette longue tradition c’est, pour les défenseurs de l’institution, sa principale justification. Pour nos édiles actuels qui prétendent changer la ville et la faire rentrer dans la modernité, la tradition est un argument paradoxal… L’a-t-on évoquée pour bouleverser l’organisation des Halles ?  Depuis la discrète contestation du précédent mandat : rien, aucune remise en question ni même critique d’une manifestation qui attire un public limité –si on le compare au rugby, par exemple- alors qu’elle cause de sérieuses nuisances à une ville qui prétend faire valoir ses atouts  au touriste : le calme, la douceur de vivre, la beauté de son décor.

L’an dernier le nombre des spectateurs du Grand Prix a été de 28 250  selon les organisateurs (https://www.grandprixdepau.fr/ ) sur un long week-end c’est-à-dire trois jours (pour mémoire le Hameau peut réunir 18 324 spectateurs payants). Les retombées médiatiques sont modestes (173 189 téléspectateurs), bien inférieures à la retransmission d’un seul match de la Section, à celle d’un tiercé couru sur l’hippodrome Palois en direct sur Equidia et à une arrivée du Tour de France.

Faut-il le rappeler ? Les fans locaux de compétitions automobiles paient leur passion deux fois : d’abord, comme tout contribuable, pour une bonne part les infrastructures considérables nécessaires à cet énorme barnum et ensuite le billet d’entrée qui n’est pas donné (40 euros tout de même en tribune numérotée le dimanche, l’an dernier). Ne sont pas concernés les nombreux « happy fews », invités pour l’occasion.

Quand on aime on ne compte pas et on objectera que les retombées commerciales du Grand Prix sont importantes. Qui le contesterait ? Les hôteliers font leurs affaires. Il manque à Pau une grande manifestation qui attire un large public et qui évite ces nuisances en plein centre-ville. Le hall de La Sernam, vaste cathédrale de béton, inoccupée désormais, serait un lieu idoine pour de grands rassemblements et de grandes manifestations en limitant les préjudices de voisinage. Un festival de rock ? Il avait été question de consacrer ce lieu magnifique aux musiques actuelles.

Certes la nouvelle édition du Grand Prix n’est pas pour demain, elle est annoncée les 18 et 19 mai. Nous avons encore un peu de temps avant de souffrir les hurlements des moteurs et ceux des haut-parleurs réglés au maximum, de subir l’inévitable pollution de l’air et de supporter les perturbations d’une circulation déjà pénible. A Pau ce ne sont pas les hirondelles qui font le printemps mais la fumée des pots d’échappement. Justement, avant que les premiers rails de protection ne commencent à être posés, barrant le passage des piétons, que les sens interdits et les stationnements prohibés n’empoisonnent un peu plus la vie des citadins, il n’est pas trop tard pour s’interroger sur une manifestation qui coûte cher tout en  conférant une image contestable à la ville.

Quelles leçons retiendront les nouvelles générations bassinées par ailleurs par les nécessaires économies d’énergie ? Il faudrait abandonner les automobiles polluantes et rouler dans un silence électrique déchiré par un tintamarre organisé pour le plaisir d’une minorité ? Quel exemple donné à la jeunesse par ces pilotes lancés à une vitesse folle sur les étroites voies de la ville du Roy Henri dans un moment où l’on réduit la vitesse sur nos routes et où les rues piétonnes se multiplient ? Et les riverains ? Ceux qui veulent profiter de la beauté du Boulevard des Pyrénées au printemps revenu, n’ont-ils pas droit à jouir de leur ville en toute tranquillité ? Comment s’y retrouver si on ne met pas au minimum ses actes en accord avec ses discours ? La lutte pour la défense de l’environnement ne passe-t-elle pas par des symboles forts ? Quelle est la validité sportive de cette compétition ? Le temps des Fangio et autres Jim Clarck n’est-il pas révolu ?  D’autres lieux, mieux adaptés à ce type de compétition existent-ils ? Un circuit hors de Pau, même à proximité, est-il envisageable ? Pourquoi les écolos Palois ne se sont jamais ou si peu emparés de ce qui est sous leur nez ? Le silence de la majorité vaut-il quitus ?

Que les fans de sport automobile ne voient pas en cette batterie de questions une quelconque agression ou une remise en cause de leur passion mais, en ce temps de « grand débat », dont la transition écologique est un chapitre donné comme essentiel,  il n’est pas inutile d’aborder les problèmes concrets… même s’ils fâchent.

Pierre Michel Vidal

 

Légende Photo : Le grand Juan Manuel Fangio vainqueur à Pau en 1949 sur Maserati. O tempora o mores… ( http://www.jmfangio.org/gp1949pau.htm )

 

Un joyeux bobinard *

C’est vrai le mot bobinard n’est pas très élégant. Il me rappelle une des expressions favorites de mon adjudant lorsque je faisais mon service militaire. Il me rappelle également cette situation que j’ai connue, lorsque, circulant à bord de ma voiture, il y a quelques jours, je me suis trouvé empêtré dans un embouteillage que je croyais sans fin. La raison en était que les techniciens de la ville étaient affairés à régler les feux tricolores sur les ronds-points Victor Schoelcher et Eric Tabarly.

Pour ceux qui ne le sauraient pas et ils sont peu nombreux, le rond-point Schœlcher fait l’intersection du boulevard de la Paix et des allées Catherine de Bourbon, tandis que le rond-point Eric Tabarly se trouve à l’intersection du boulevard Lucien Favre, allées Catherine de bourbon et rue Ronsard. Ils transpiraient les pauvres techniciens chargés de la coordination des feux. Et encore à ce moment là le BHNS (Bus à haut niveau de service) dit Fébus n’était pas encore en circulation. Il ne le sera qu’en septembre prochain. Qu’est-ce que ce sera lorsqu’il fonctionnera ? Il aura la priorité absolue sur tous les autres véhicules et circulera à la cadence de toutes les 8 minutes.

Le Fébus aborde le rond-point V. Schœlcher en venant de l’est par le boulevard de la Paix, sur ce rond-point, il vire à gauche pour s’engager sur les allées Catherine de Bourbon. Il en faut des feux tricolores pour réguler tout ça. Depuis, je suis allé sur place et j’ai compté les feux tricolores. Il y en a huit sur Schœlcher. Du côté du rond-point Eric Tabarly, il y en a dix puisque deux sont en plus sur l’axe de progression du bus. Il faut donc coordonner ce dispositif ce qui ressemble à la quadrature du rond-point. Depuis, rassurez-vous tous les feux ont été mis au clignotant orange dans un premier temps puis carrément éteints. Mais tout cela ne laisse pas augurer du meilleur avenir en septembre.

Récemment (La République des Pyrénées du 12 janvier 2019) il a été précisé que cet investissement représente la somme de 74,5 millions d’euros (50 millions pour les travaux – 10 millions pour les bus – 4,5 millions pour la station d’hydrogène. Tiens ! Il manque juste 10 millions, mais je respecte ce qu’écrit le journal). Alors comme pour nous rassurer, nous les imposables palois pressés comme des citrons, Nicolas Patriarche, maire de Lons, responsable des transports en commun dans la communauté d’agglomération, a tenu à souligner que cela n’a pas été financé par le contribuable mais par les entreprises soumises au financement transport ainsi que par la subvention de la région et de l’Europe à hauteur de 15,7 millions d’euros. Par parenthèse, nous aurons appris que les entreprises n’entrent pas dans la catégorie des contribuables et que l’argent dont disposent la région et l’Europe n’a pas été à un moment ou à un autre soutiré de la poche du même contribuable.

Ce n’est pas tout car il y a parfois des interférences qui tombent au mauvais moment. Ainsi sur France Bleu Béarn, le 13 janvier 2019, François Bayrou, maire de Pau, président de la communauté d’agglomération, président du pays de Béarn, président du MoDem déclarait : « Maintenant les feux sont au vert sur toute la ligne ». Il ne parlait pas des feux tricolores longeant le tracé du Fébus, évidemment, mais de l’avancée des travaux. Souhaitons que ces dispositifs bien compliqués ne dissuadent pas un peu plus la population de se rendre en centre de ville.

Enfin, réjouissons nous, nous, Béarnais, en septembre 2019, pour l’inauguration de Fébus, ce sera Emmanuel Macron, président de la République française qui nous honorera de sa présence. Le plus honoré ce sera qui ? Devinez !

Pau, le 21 janvier 2019

par Joël Braud

*Maison de tolérance (Parler de joyeux bobinard est sans doute un pléonasme).

Pau, les enseignants du lycée Saint-John Perse écrivent aux parents d’élèves

Les enseignants du Lycée Saint-John Perse de Pau ont écrit aux parents d’élèves une lettre intitulée :  « Lettre ouverte aux parents d’élèves qui s’inquiètent à juste titre pour l’avenir de leurs enfants après la mise en place des réformes qui touchent le lycée, le baccalauréat et l’enseignement supérieur » (La République des Pyrénées du 13.12.2018). Tout un programme, mais quel est donc l’objectif recherché ?

Au-delà du contenu de ce libelle, on peut s’interroger sur ce qui motive ces fonctionnaires pour en arriver à une méthode inédite que certains ne manqueront pas de qualifier de séditieuse. Leur conviction est établie puisqu’ils évoquent « les conséquences extrêmement négatives de ces réformes (sur lesquelles) nous voudrions vous donner quelques explications. » Alors si le doute n’est pas permis, du moins à leurs yeux, il leur reste à convaincre les parents d’élèves et vraisemblablement à les inciter à réagir à leur côté. Déjà les lycéens sont descendus dans la rue pour manifester contre ces réformes. Drôle de position de fonctionnaires supposés être respectueux de l’autorité de leur administration, qui, en la circonstance, incitent à l’insoumission. Les parents d’élèves descendront-ils à leur tour dans la rue aux côté des enseignants et des élèves ? Bel exemple de discipline !

Les professeurs disposent pourtant de syndicats pour les représenter. La mission de ceux-ci est pourtant de faire remonter jusqu’au ministre les critiques de la base sur le contenu d’une énième réforme de l’éducation nationale. Tout indique en conséquence que ces syndicats n’ont pas joué leur rôle et n’ont pas su se faire entendre. Alors il ne reste qu’à se livrer à de l’agitation populaire qui aura comme conséquence de troubler un peu plus l’ordre public. Il est surprenant en effet de constater cette invitation à la contestation de la part de ceux qui signent : « Avec tout notre attachement au service public d’éducation. Les enseignants du lycée Saint John Perse réunis en assemblée générale ». Ainsi ils invitent les parents d’élèves à faire comme eux, « à rejeter ces réformes ». Ils oublient juste de préciser sous quelle forme.

-Les revendications peuvent être citées, du moins pour les principales :

-disparition des séries du bac général;

-pré orientation très précoce, restrictive et définitive des élèves de 15 ans ;

-baisse des moyens de 8 à 10% d’heures en moins dans chaque lycée ;

– la voie technologique perd de sa spécificité ;

-la réforme du baccalauréat remet en cause la valeur du diplôme.

Loin de moi l’intention de porter un jugement sur la pertinence de ces récriminations, je reconnais, en la matière, mon incompétence. Cependant lorsqu’il s’agit de reprocher une place trop importante faite au contrôle continu, accusé de « mettre les élèves sous pression à chaque évaluation », je m’interroge. En effet il est écrit : « Avec le poids des épreuves communes et du contrôle continu organisé par chaque lycée, près de la moitié du diplôme, le baccalauréat sera suspecté de ne pas avoir la même valeur suivant le lycée dans lequel l’élève poursuit ses études. L’image du lycée où on a obtenu son baccalauréat devient dès lors déterminante pour une entrée dans l’enseignement supérieur devenue aléatoire du fait de la mise en place d’une sélection qui ne dit pas son nom. […] ces réformes vont remettre en cause le diplôme national du baccalauréat ». Faut-il comprendre que certains enseignants pourraient être suspectés de ne pas faire preuve de toute l’objectivité voulue dans la notation de leurs élèves ? Qu’ils pourraient être plus préoccupés par la réputation de l’établissement auquel ils appartiennent que par une juste neutralité ? Ou qu’ils seraient principalement à la recherche d’un fort taux de réussite au bac ? On le subodorait déjà un peu, mais là c’est confirmé.

Le problème dans tout cela, c’est qu’il faudra bien à un niveau ou à un autre que s’exerce une véritable sélection. Les enseignants de Saint-John Perse en se comportant ainsi, parviendront-ils à faire descendre les parents de leurs élèves dans la rue ?

Pau, le 17 décembre 2018

par Joël Braud

Après le FRIC, le RIC

    Ainsi donc Macron a largement cédé aux revendications des gilets jaunes, mettant la France dans une situation financière encore plus inextricable. Mais fort logiquement, les plus politisés, les plus irréalistes, les plus excités, restent mobilisés.

Les interview des gilets jaunes sur les giratoires ont montré des revendications tous azimuts, avec souvent la volonté de se montrer apolitiques. Pourtant, le sondage ELABE du 28/11/2018 indique au contraire une politisation majoritaire vers l’extrême droite et l’extrême gauche :

« D’un point de vue politique, les écarts sont très nets. Le taux de personnes se déclarant « gilets jaunes » est très élevé auprès des électeurs de 1er tour de Marine Le Pen (42%). Il atteint 20% auprès des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 18% auprès des abstentionnistes, 16% auprès de ceux de François Fillon et seulement 5% auprès de ceux d’Emmanuel Macron. »

Et après la satisfaction des principales revendications des « modérés » on voit maintenant la revendication évoluer, les gilets deviennent rouge.

Ils ne font pas de politique mais c’est le RIC qui alimente les discussions de ceux qui tournent en rond

Référendum d’Initiative Citoyenne, démarche d’inspiration mélenchoniste qui remet en question notre fonctionnement démocratique actuel (voir le flyer des gilets rouges en PJ)

On a aussi souvent entendu la 6éme république, l’assemblée constituante, les refrains de l’extrême gauche et bien d’autres revendications que l’on peut voir sur les sites facebook des plus politisés.

Au delà de cette volonté encore ratée de convergence des luttes dont rêvent nos extrémistes, il est calamiteux de voir que nos gilets rouges n’ont aucune proposition sérieuse pour traiter les deux problèmes majeurs de notre pays : le chômage et la fin de notre monde, en commençant par le réchauffement climatique.

Pauvre France !

Daniel Sango

RIC, flyer cliquer sur   RIC

Crédit Photo : Sud Ouest, péage Pau

A Pau, les CRS retirent leurs casques

Plusieurs organes de presse, La République des Pyrénées, Sud Ouest, mais également Le Courrier picard et Huffpost, se sont fait l’écho de cette scène où, à Pau, on voit des policiers face à des manifestants, Gilets jaunes, retirer leur casque et être ensuite applaudis. Cette vidéo a fait le buzz. Mais que dire des interprétations qui s’en sont suivies ?

Cela se passait à proximité de la mairie de Pau et les forces de l’ordre avaient pour mission de protéger le bâtiment. Les manifestants avaient tenté de soulever la grille d’entrée et voulaient pénétrer à l’intérieur. A un moment les policiers, appuyés d’ailleurs par des gendarmes, se trouvent placés en barrage, face à un groupe de personnes dont le nombre est difficile à préciser. Cela se situe visiblement rue Saint Louis. Les Gilets Jaunes ne montrent aucun signe d’agressivité, alors d’une façon concertée, les policiers retirent leurs casques et sont immédiatement applaudis par les manifestants. Tout tient à la façon dont on peut interpréter ce geste

De la part des manifestants en premier lieu, qui, voyant dans ce comportement un signe de « connivence », ont laissé apparaître leur satisfaction par des applaudissements. On ne peut le leur reprocher, le signe était en effet évident qu’il ne devait pas avoir de violences entre les deux dispositifs. Cependant de là à considérer qu’il s’agit d’un geste de soutien, il y a un pas.

De la part des policiers ensuite qui, à la différence de ce que les journalistes affirment, ne sont pas des CRS (Compagnie Républicaine de Sécurité) mais des urbains. La nuance est d’importance dans la mesure où ces « urbains » sont ceux qui sont affectés en commissariat et exercent leur mission quotidienne au contact de leurs concitoyens, une police de proximité en quelque sorte. Si l’on regarde bien les images, derrière le premier rang des policiers se trouvent des gendarmes qui, eux, sont tête nue. L’ensemble de ces fonctionnaires sont missionnés pour maintenir l’ordre public et protéger les personnes et les biens. La conception première est que cela doit se passer dans le calme et que les heurts doivent être évités autant que cela est possible. Il ne s’agit pas a priori d’un affrontement, il n’y a pas face à face des ennemis.

Ces principes étant établis, il faut savoir que lors de cette manifestation à Pau, afin de détendre l’atmosphère, le commissaire de police, responsable du dispositif, est allé vers les manifestants et leur a proposé de faire retirer les casques à ses hommes dans la mesure où eux-même, les gilets jaunes, adopteraient un comportement calme et respectueux des règles. Ceux-ci ayant accepté le principe, les policiers ont retiré leurs casques. Jusqu’au moment où un œuf parti du côté des manifestants est venu atterrir sur les policiers. Ces derniers ont donc immédiatement remis leurs couvre-chef. Puis l’ambiance s’étant à nouveau détendue, les casques ont été retirés. Le casque ayant pour objet de se protéger des coups, toute une symbolique s’y rattache.

Il faut donc comprendre que ce geste interprété à tort comme une connivence par certains, comme une adhésion des policiers aux revendications des manifestants par d’autres, résulte davantage des circonstances que des convictions de chacun. Tout doit être entrepris pour éviter les violences et le comportement des policiers est arrivé à cette fin. Là était l’essentiel.

Ceci n’empêche pas les policiers d’avoir leurs convictions et éventuellement de placer un gilet jaune sur le tableau de bord de leurs voitures personnelles. Mais dans l’exercice de leur mission, cela ne doit en aucune manière transparaître. C’est ce qu’on appelle le devoir de réserve.

Pau, le 5 décembre 2018

par Joël Braud

Crédit photo : korens.com

Et une gare routière ?

Pau restera-t-elle l’une des rares grandes villes de France qui n’ont pas de gare routière ? Le projet « Rives du gave », dont on entend beaucoup parler en ce moment, ne semble pas en prévoir une.

La nécessité d’une telle gare se fait pourtant cruellement sentir. Pour, notamment, un grand nombre de services de car du genre « cars Macron », « OuiBus » et autres « FlexiBus » (services qui sont appelés à se développer), l’Avenue de l’Université tient lieu de gare routière – de façon scandaleusement inadéquate.

Il serait normal que cette gare routière dont la nécessité s’impose soit proche, ou relativement proche, de la gare SNCF, comme à Bayonne, Bordeaux, Toulouse, Nîmes, Avignon, Aix-en-Provence, etc. Nos élus locaux vont-ils laisser passer l’occasion de la construire dans le quartier « Rives du gave », l’endroit idéal pour cette gare, surtout si l’on ajoute un accès facilité vers la rocade est ?

Paul Larreya (Gelos)

En direct du barrage

 

-Allo ! Allo ! Pierre Michel vous m’entendez ?

-Oui ! Je suis en direct du barrage des gilets jaunes à la sortie de Pau…

-Quelle est l’ambiance ? Je suppose que cela doit être un peu tendu…

– Je vais vous surprendre Alain, l’ambiance est très calme. S’il y a de la fumée ça ne sont pas les gaz lacrymogènes… Ce sont les saucisses qui grillent sur un barbecue improvisé. Un gilet jaune fait circuler un thermos de café pour réchauffer ceux qui tiennent le barrage et les klaxons que vous entendez derrière moi viennent des automobilistes qui ne paient pas le péage de l’autoroute. Ils ont l’air bien content. Ils ont le pouce en l’air et crient des encouragements. Bref, Alain, tout cela est bon enfant… On a le sourire.

-Pierre Michel, vous avez une invitée à côté de vous.

-Oui, Alain. C’est une jeune femme qui a un gilet jaune et qui s’appelle Cécile. Cécile pourquoi avez-vous mis ce gilet ?

-Et bien figurez-vous que ce matin j’ai entendu le premier ministre. Il nous a dit qu’il n’y aurait pas de coup de pouce pour le smic et qu’il voulait récompenser le travail. Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Vous savez moi, je suis smicarde. Je fais des ménages. Je travaille dur pour nettoyer les maisons de ceux qui ont tout et souvent ils me parlent mal. J’ai mal au dos à force de me baisser et le soir je suis crevée. Un coup de pouce ça m’aurait rendu la vie plus facile. Et puis, nettoyer les saletés des autres, c’est du travail… ça mérite aussi une récompense…

-Cécile, vous êtes donc en colère…

-En colère non ! Je suis triste, désespérée. Mon mari m’a plaquée et j’ai deux enfants. Ils ont cinq et deux ans. Deux petits garçons adorables… On n’est pas encore divorcé avec mon mari et je ne reçois aucune pension alimentaire. Heureusement mes parents me soutiennent. Ils m’avancent de l’argent. Ils vont chercher les enfants. Sinon je n’y arriverais pas. Mais ils ne sont pas en bonne santé. Je suis très inquiète… je ne dors plus.

Du studio, Alain (bien au chaud) :

– Mais cela ne vous gêne pas Cécile de vous trouver sur un barrage avec des gens d’extrême-droite ou des gauchistes…

-Vous savez moi je ne fais pas de politique. J’ai voté Macron aux dernières élections. Un jeune cela me semblait bien pour le pays. Il fallait du changement et je n’aime pas Marine Le Pen. Mais je suis très déçue. Il n’écoute rien ; Macron n’est pas sensible à nos problèmes. Il vit dans sa bulle…

Alain, toujours :

-Cécile parlez-nous de votre vie. Votre budget par exemple…

-J’habite à Serres-Castets et je dois me déplacer pour faire les ménages. Je vais sur Trespoey le plus souvent. Je fais deux pleins de gazole par mois : 160 euros, je rembourse 300 euros pour ma maison, j’ai les frais de garde, le chauffage au fuel, le gaz, l’eau et l’électricité, les vêtements pour les gosses, la vidange de la voiture… Avec 1188 euros par mois, il ne reste rien. C’est ma mère qui remplit le frigo…

Alain, à nouveau, du studio –toujours bien au chaud :

-Mais vous savez Cécile que la hausse des taxes c’est pour réduire la consommation de gazole. Le gazole c’est nuisible pour la santé…

–  Vous voulez me parler de l’environnement ? Du réchauffement climatique ? Ils en parlent tout le temps à la télé. C’est important, je crois…

Alain –il fait un clin d’œil au technicien hilare derrière la vitre :

 – Exactement, la défense de l’environnement, la transition énergétique tout cela a un coût mais c’est indispensable pour vos enfants…

-Si vous le dites… Mais moi, mes enfants il faut que je les nourrisse chaque jour, que je leur donne ce dont ils ont besoin : une bonne éducation, une bonne santé. Je veux qu’ils soient heureux qu’ils s’amusent comme les autres, qu’ils aient des jouets pour Noël.

Pierre Michel, le reporter sur le barrage qui veut reprendre l’initiative –il ne peut pas encadrer Alain, son rédacteur en chef :

– Comment allez-vous faire Cécile pour ces fêtes de Noël ?

-C’est simple : j’ai supprimé mon seul loisir : le cours de yoga chaque semaine. J’avais beaucoup de copines. Mais ça me coûtait 30 euros par mois. J’ai mis cela dans une cagnotte pour acheter un vélo pour le grand et un ours en peluche pour le petit… Je crois que je vais y arriver. En attendant je suis très en colère et j’espère que le mouvement des gilets jaunes va déboucher sur quelque chose. Car c’est du concret que nous voulons.

– Allo ! Allo ! Alain ! Je vois que la ligne ne fonctionne plus… Alain !!! Du concret, c’est ce que demandent Cécile et les participants au barrage des gilets jaunes, ici à l’entrée de l’autoroute !!!

Apparemment, il y a de la friture sur la ligne…

Pierre Michel enlève son casque. Il est dépité…

-Les vaches, ils m’ont coupé…

Pierre Vidal

 

Photo Ouest France