Quel avenir pour des régions occitanes ?

Statue de Vercingétorix A l’évidence la réforme territoriale, dans sa dimension régionale, passionne les lecteurs du présent site.
Il s’agit d’une reforme administrative censée engendrer des économies mais également, beaucoup, d’une réforme identitaire. Un de ses risques est de construire, au milieu des provinces, des métropoles d’équilibre obèses au détriment des villes et des bourgs dans lesquels la vie est la plus agréable et dans lesquels beaucoup aspirent à construire leur vie et celle de leurs enfants.

Pour cela monsieur PYC, enfin revenu des jupettes lilas de Garbiñe (et de ses hauts pamplemousses version Caracas) va s’intéresser aux régions du grand sud (du monde occitan si l’on veut) du monde en dessous de la Loire qui est la véritable césure dans la géographie française. Pour dire autrement des provinces purement romaines ou celles la zone non occupée. De l’ancien pays du « taupe 14 » qui, lui aussi, le pauvre, a des velléités de mondialisation métropolisée.

D’une certaine manière le risque, dans les provinces auxquelles nous nous intéressons, est de substituer à Paris et au désert français Bordeaux Toulouse Lyon et Marseille dans un grand désert sudiste.

Explicitement il s’agit de bâtir des régions autour de pôles mondialisés supposés dynamiser leurs hinterlands peuplés de bouseux et de rurbains… qui survivent très difficilement dans leurs villages démondialisés et infra millionnaires… les pauvres gens difficilement arrosés par fesse-boucs et autres twittos.

Partons, à cet effet, du maillage des villes, voire des fleuves et des massifs, en dehors desquelles il est difficile d’imaginer un projet cohérent : on trouve, en première division, Bordeaux, Toulouse Marseille, Clermont-Ferrand et Lyon. Pour filer la métaphore sportive, en seconde division, Montpellier Nice Grenoble et Limoges. En division d’honneur ou en fédérale Pau Castres Perpignan Bayonne et Nîmes… Oloron Mauriac et Mauléon en première série.

Sauf pour Clermont le maillage était déjà valable sous césar et ses successeurs .Comme chacun sait Nice et Marseille les premières villes françaises sont antérieures et on été fondées par les grecs en même temps qu’Agde et Aléria en Corse. Donc construire les nouvelles régions autour de la première liste est tout à fait cohérent. Plus qu’en économie, en géographie humaine le temps dure longtemps.

Supprimer le Languedoc-Roussillon est une évidence. La région est sans queue ni tête tiraillée entre les Pyrénées et le massif central (la grande Auvergne…). N’en déplaise à Georges Frêche (paix à son âme) et à ses successeurs la Septimanie est une aimable plaisanterie, une ultime manie pré-sénile, qui ne faisait rire que lui et la ville est trop proche de Toulouse pour ne pas être absorbée. Quant à Nice elle est trop périphérique et trop focalisée tourisme… avec un avenir éventuel de pont avec toutes les Italies.

Le cas Auvergnat :

Pour nous, en mettant de coté le cas particulièrement épineux du haut-Béarn à rattacher, ou non, à la Soule méridionale, l’option de régions agrandies autour de Bordeaux Toulouse et Marseille peut s’entendre avec des Alpes autour de Lyon qui pourraient annexer, pourquoi pas, le Jura voire la Bourgogne.

Mais supprimer l’Auvergne et l’annexer à Lyon nous paraît une hérésie qui ne fortifiera pas le monde alpin et qui affaiblira et humiliera l’Auvergne. De fait l’Auvergne, la patrie de Vercingétorix d Alexandre Vialatte de Bibendum et de Raymond Poulidor est, tout à la fois, la matrice des pays français et celle du monde occitan. Un château d’eau, une réserve montagneuse, un imaginaire qui ancre dans le granit les provinces autour d’elle. Au nord elle enfante et elle tangente le plus important des fleuves français la Loire ; au sud elle lance ses pseudopodes vers la méditerranée au travers des Cévennes et de la  Montagne noire.

A cet effet,  elle (la susdite Auvergne) pourrait être le prototype des régions équilibrées vers lesquelles va notre préférence soit un réseau de villes puissantes gravitant effectivement autour d’une capitale qui porterait (ou, mieux, aurait été une fonction de tête de réseau) un certain nombre (mais pas toutes)  d’institutions administratives culturelles et universitaires sans, pour cela, aspirer dans des banlieues indéfiniment repoussées des population mal dans leur peau et définitivement mondialisées…

Pour cela l’Auvergne avec son complément évident, le Limousin (ci-devant chiraquien et hollandais mais fort peu poitevin), s’appuierait sur Clermont mais aussi Saint-Étienne et son pôle industriel, mais aussi Limoges bien situé sur l’axe nord-sud (Paris Toulouse Barcelone) et, dans un second temps, sur des villes plus modestes comme Aurillac Brive ou Vichy.

Certes ce ne serait pas la Californie la Lombardie ou la Bavière mais une région solidement posée sur ses assises et bien dans sa tête participant heureusement aux équilibres des mondes occitans français et européens.

Et là éventuellement un pont entre Toulouse et Lyon.

Un pays un Etat-continent ne se constitue pas de régions qui, toutes, veulent être plus grosses que le bœuf mais de régions dissemblables et complémentaires un peu sur le modèle italien ou allemand avec un profond surmoi culturel qui fait le lien au travers du temps.

Pensons enfin et surtout que les régions sont également les unités administratives au niveau européen et que, là aussi, au niveau de la visibilité, la cohérence culturelle et la logique géographique sont forcément des atouts.

 – par Pierre Yves Couderc
Oloron le 06/07/2014.

Pyrénées-Atlantiques : Aller au-delà du nouveau logo proposé par le Comité Départemental du Tourisme ?

le-nouveau-logo-du-comite-departemental-du-tourisme_1784182_800x400La presse revenait, il y a quelques temps*, sur les projets du CDT des Pyrénées-Atlantiques de lancer un nouveau logo pour promouvoir le tourisme dans le département.

Les différences, entre le logo actuel et le logo proposé, frappaient immédiatement. Aux Pyrénées ayant les pieds dans l’Atlantique de l’ancien se substituerait une «espèce d’ardoise », coupée en deux par des traits rouges et blancs, rappelant les sentiers de Grande Randonnée, et portant les mentions « Béarn Pyrénées » à gauche et « Pays Basque » à droite.

Il n’est pas certain que, pour le touriste potentiel « du nord », national ou international, ce nouveau logo suggère quoi que ce soit. La notoriété de notre département tient plus à des pratiques de la montagne, de la mer, à un art de vivre, à des paysages qu’à des régions historiques et en particulier pour le Béarn. C’est ce que suggérait le logo avec les Pyrénées « plongeant » vers l’Atlantique.

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De plus, vu depuis Paris, Amsterdam ou Paimpol, il est probable que l’intérêt du touriste pour notre région ne se limite pas au Béarn et/ou au Pays Basque. Des sites comme Lourdes, Gavarnie (classé UNESCO), Dax, la côte landaise sont autant de destinations qui, vues du nord, sont toutes « dans le même coin ». Que vendre donc à l’extérieur pour avoir une forte industrie du tourisme dans la région ? Surement plus que le Béarn et le Pays Basque…

On peut donc se demander si le Comité départemental du Tourisme des Pyrénées-Atlantiques, pris en tenaille entre ses deux « provinces historiques », a toujours une logique économique et laquelle ? La journée de déplacement à cheval ?

La suppression programmée des départements permettra-elle de mettre de l’ordre dans l’utilisation des ressources financières et humaines engagées pour valoriser notre territoire à l’extérieur ? On ne peut que le souhaiter.

Demain, à qui la compétence tourisme ? Aux agglos, départements, régions ou à des syndicats représentants un intérêt économique commun allant au-delà des diverses strates administratives qui sillonnent notre territoire ?

Au pays des Trois Mousquetaires, leur fameux « Un pour tous, tous pour un » gagnerait à être repris par l’ensemble des professionnels du tourisme d’un territoire pertinent, allant au-delà du département des Pyrénées-Atlantiques. Pourquoi pas au niveau du Bassin de l’Adour ?

– par Bernard Boutin

* http://www.sudouest.fr/2014/04/28/tourisme-un-nouveau-logo-pour-les-basques-et-les-bearnais-1538622-4710.php

* http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2014/03/12/infographie-tourisme-le-bearn-aura-sa-propre-campagne-de-communication,1183887.php

* http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2014/04/30/le-bearn-reste-peu-connu-des-touristes,1191826.php

 

Le billet de…

bearn pays basque« Tu sais que cette fois-ci ça y est », m’a dit triomphalement Couillandrou en me portant l’ « Express », « on va l’ avoir notre département Béarnais ! »

Je fais les yeux ronds : « Un département Béarnais ? Mais personne ne le demande ! »

« Non, mais comme les Basques vont avoir le leur, c’est bien obligé que nous ayons le nôtre : Tu vas voir : C’est l’Express qui le dit ! »

Couillandrou m’apporte tous les Samedis, l’Express de la semaine passée, que lui passe le professeur Grosquinquin qui est venu du Nord pour enseigner le véritable Béarnais aux indigènes. Ce qui fait que je lis les informations avec deux semaines de retard, le temps pour la Télévision de les démentir. Mais du département Béarnais, le petit écran n’en a pas encore parlé. Couillandrou reprend :

« Tu vois, le vent tourne : Hier, nos élus Lasserre et Brisson étaient contre, et aujourd’hui ils sont pour ! Comme les « Abertzales » ! Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas ! »

Je vérifie sur le journal : 12 pages illustrées par l’ « Ikurrina » sont consacrées à cette évolution tournante, amodiée il est vrai, par la réaction contraire des autres élus, Labazée et Rousset.

Je commente : « Tu veux dire que Labazée et Rousset qui n’ont pas changé d’idée sont imbéciles ? »

« Mais non ! Ils changeront eux aussi. Mais comme disait Mitterrand : « Il faut laisser le temps au temps ! » D’ailleurs, Lasserre l’a très bien expliqué , Il a dit : « J’ai changé de position parce que la situation a changé ! »

« Mais qu’est-ce qui pourrait faire changer Labazée ? »

« La même chose qui a fait changer Lasserre ! Lasserre a pris une pâtée aux élections du Conseil général, et Labazée changera quand il prendra la pâtée aux prochaines élections. Mais le changement n’empêche pas les convictions. Seulement il y a des convictions successives ! C’est encore Lasserre qui l’a dit : « Je ne suis pas dans une démarche personnelle. J’agis par conviction ! ». Et tu vois, la conviction d’un élu, c’est de s’étirer dans la direction qu’il faut pour prendre les places ! »

Je feuillette l’Express, et je constate que notre sénatrice Espagnac, toute socialiste qu’elle est, pense comme Lasserre, et non pas comme Labazée.  Je le dis à Couillandrou :

« Toi qui comme ancien préposé des postes, as une vision géopolitique de la chose, tu ne trouves pas que ça fait un peu foutoir ? »

« Mais non ! c’est l’Alternance !  Jusqu’à présent, on alternait les partis au Gouvernement : Un coup à droite pour effacer les bêtises de la gauche,  un coup à gauche pour effacer celles de la droite ! Maintenant c’est à l’intérieur des partis que les élus alternent : Un coup je te pense que oui,  un coup je te pense que non !  C’est ça la conscience électorale ! »

« Si je comprends bien, nos élus imitent le régime : Un jour je fais ami-ami avec Kadhafi, un jour je te le fais empaler ! Un jour je te ratiboise les islamistes au Mali, un jour je te leur envoie des roses en Syrie ! C’est ça s’adapter à la situation ? »

« Mais bien sûr ! Grand Hildepute de Paysannas,  tu devrais comprendre en voyant depuis quelque temps dans nos prés les aigrettes remplacer les alouettes ! La politique c’est pareil : Elle suit son temps. Et le maître à penser en politique reste Edgar Faure qui disait :

« Ce n’est pas la girouette qui tourne ! C’est le vent… » !ildépute Hildepute

– par Panturle

Pays de l’Adour : L’UPPA en danger de mort ?

5806045-signal-de-danger-de-mort-par-electrocution-suite-a-un-choc-electriqueLe titre est volontairement accrocheur. Le danger de mort n’est pas immédiat, mais un concours de circonstances pourrait bien faire que l’Université des Pays de l’Adour vienne à disparaître avec tous les effets néfastes que cela pourrait avoir pour le territoire adouréen.

Le danger est clair et identifié. Il vient du Pays Basque où la quasi-majorité des responsables politiques, économiques et associatifs, toutes casquettes confondues, avance avec son projet de mise en place d’une « collectivité territoriale à statut particulier ». L’unité des basques est affichée (lire le compte rendu fait par EITB* des États Généraux de la Collectivité territoriale Pays Basque du 27 avril) et, avec la ténacité de l’on doit reconnaître aux Basques, le risque est bien réel de les voir obtenir, tôt ou tard, un statut à part qui pourrait les amener à demander, parmi autre chose, un pôle universitaire propre.

Un embryon d’université, qui très vite tisserait des liens avec les puissantes universités de San Sébastien, Bilbao et Pampelune**, pourrait tout à fait démarrer à partir des campus de Bayonne et d’Anglet, « gérés » actuellement par l’UPPA. S’il y a pas mal de conditionnel dans cette hypothèse, elle mérite pourtant d’être prise très au sérieux tant la « puissance de feu » des universités d’Euskadi et de Navarre est forte.

Il faut se souvenir que si les Pays de l’Adour existent un tant soit peu, c’est bien, en partie, grâce à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour qui a des sites à Pau (7373 étudiants***), Bayonne/Anglet (2871), Tarbes (710) et Mont-de-Marsan (379).

Dans l’hypothèse où les sites basques de l’UPPA viendraient à servir de base à une université autonome basque ou s’ils devaient se trouver en concurrence avec une université crée « ex-nihilo », avec l’aide des universités de San Sébastien, Bilbao et Pampelune, on ne peut guère prévoir un avenir « radieux » pour l’UPPA.

Il s’agit donc de se pencher à nouveau sur les relations entre tous les territoires qui composent les Pays de l’Adour et de réfléchir où l’on veut aller.

Un statut particulier peut probablement faire grand bien à la zone basque des Pays de l’Adour, il n’est pas certain qu’il en soit de même pour les autres composantes. Pourquoi dès lors ne pas rebondir sur la demande basque et essayer de faire en sorte que le Béarn, la Bigorre et le sud des Landes y participent ?

Deux choses sont certaines, les élus non-basques des Pays de l’Adour jouent au feu à regarder, sans réagir, les Basques avancer avec leur projet de « collectivité territoriale à statut particulier » et les universitaires de l’UPPA qui participent au montage juridique de la « collectivité territoriale basque » jouent, sans le savoir, totalement contre leur camp : Celui de l’UPPA.

On a d’ailleurs du mal à voir qui peut réagir face à ce risque tant la classe politique, notamment béarnaise, est individualiste et écartelée par des calculs politiciens, notamment dans le cadre du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques.

Si le pire devait arriver, avec la création d’un pôle universitaire propre au Pays Basque, l’UPPA ne serait plus que l’ombre d’elle-même, alors qu’elle a actuellement une masse critique tout juste suffisante. Les sites de Pau et Mont-de-Marsan pourraient rejoindre Bordeaux, celui de Tarbes, Toulouse.

La volonté d’un « statut particulier » pour le Pays Basque, est donc de tous les dangers pour le reste de l’Adour.

Reste donc à l’UPPA à rebondir, se défaire du nom Pau, devenir simplement l’Université des Pays de l’Adour et, toutes les collectivités confondues, ensemble veiller à la doter de nouvelles offres capables de la rendre incontournable aux yeux de toutes les composantes des Pays de l’Adour.

Qui pour mener ce combat ?

– par Bernard Boutin

* Pour se rendre compte de la présence des basques du sud dans le Pays basque français, le site EITB, mentionné ci-dessus, en est déjà un exemple fort au niveau de la communication. EITB est le premier groupe de communication du Pays basque sud, avec quatre chaînes de télévision et cinq stations de radio.
** Un bel exemple de force centripète : voir l’entretien avec FX Brunet, Président de la CCI de Tarbes Hautes-Pyrénées
*** Pour les chiffres de l’UPPA et plus, consulter l’excellent dossier mis à disposition : Voir ICI

UPPA en chiffre

Jean le pathétique

Capture d’écran 2013-05-06 à 18.52.19La longue marche du député béarnais Jean Lassalle, entre Picardie et terres Ch’tis, a quelque chose de pathétique.

Le député des vallées pyrénéennes est donc parti, « pataugas » au pied, à la rencontre des peuples francs du plat pays. Une décision probablement précipitée puisqu’il aura oublié sa makila favorite qui lui aurait permis de soulager ses ampoules et, de se défendre, non pas contre les habituels patous, mais contre de méchants bouviers des Flandres. L’enfer du Nord…

Par sa taille élancée, l’homme ressemble à la réincarnation d’un Don Quijote pyrénéen. A quels moulins à vent peut-il bien prétendre s’attaquer ?

Ceux représentant les maux de la France ? Chômage et absence de compétitivité.

Ceux de son engagement politique ? Avec un MoDem, ombre de lui-même, au patron en quête infinie du graal.

Ceux de sa circonscription ? Désindustrialisation et baisse démographique sans discontinuer de sa belle vallée d’Aspe.

Probablement, un peu de tous ces moulins-là.

Il est pathétique de voir, l’élu aspois, au demeurant sympathique, en arriver à cet extrême-là. La rançon de sa solitude…

Que n’a-t-il pas entamé son périple pour faire une boucle qui l’aurait conduit à la rencontre des « autochtones » d’Oloron à la côte Basque. Il aurait pu ensuite remonter sur Dax et Mont-de-Marsan, serait revenu un peu en arrière, pour prendre la 117 en direction de l’est et passer par Orthez, Mourenx, Pau et Tarbes. Arrivé à Tarbes, une dernière étape, bienfaisante, l’attendait : Lourdes où il aurait pu soulager ses maux du corps et de l’esprit.

Sa petite boucle terminée, il aurait probablement pu animer le débat politique régional en attente de tant et tant de réponses aux interrogations des populations de notre coin de France.

Et d’ailleurs, qui sait si d’autres conseillers généraux du 64, 40 et 65 ne lui auraient pas emboîté le pas ? Au moins, ils auraient pu pousser, d’un cœur vaillant, la chansonnette.

– par Bernard Boutin

Pays de l’Adour : Catastrophe à venir ?

Capture d’écran 2013-04-30 à 16.54.50Comme le dit clairement dans son entretien avec AltPy, François Xavier Brunet, Président de la CCI de Tarbes et des Hautes-Pyrénées, les forces centripètes rejettent le Béarn, la Bigorre et le Pays Basque loin de leurs métropoles régionales respectives. Face à cela, deux voies s’ouvrent aux élus de ces territoires : soit profiter de cet éloignement et rebondir pour mieux s’organiser, c’est ce que proposent -entre eux- les élus basques de tous bords, soit « regarder les trains passer », c’est ce que font les élus béarnais et bigourdans. Quelle sera la démarche gagnante au final ?

Le 27 avril dernier, lors des Etats généraux de la Collectivité Pays Basque, « ils étaient 500 acteurs du Pays Basque, représentant une très grande diversité d’élus et d’acteurs de la société civile de toute sensibilité* ». Ensemble, « ils ont posé un acte fondateur et collectif pour faire entendre la voix du Pays Basque*. »

Ensemble, ils ont adressé au gouvernement le « Manifeste des 500 » appelant à créer une « collectivité territoriale à statut particulier » et lancé le compte à rebours d’un grand rassemblement prévu à Bayonne le 1er juin 2013.

L’objectif des 500 : Créer une « Collectivité territoriale Pays Basque qui sera une institution résolument moderne, de proximité, innovante, mutualisant les compétences pour répondre avec plus d’efficacité aux besoins des habitants du Pays Basque en matière de logement, de transport, d’économie, d’agriculture, de tourisme, de culture, de langue*… »

Il ne faut pas se méprendre, le mouvement est de fond puisque parmi les « 500 » acteurs du Pays Basque, il y avait de « nombreux élus représentant la quasi-totalité des partis politiques, des chefs d’entreprises, des dirigeants d’institutions, des exploitants agricoles, des responsables associatifs, des artistes et des syndicalistes… »

Cette demande pour une Collectivité territoriale Pays Basque » doit « relayer la dynamique autour du Conseil des élus et du Conseil de développement » qui « a atteint ses limites ».

Lentement mais surement, en travaillant sur le fond, avec des universitaires de l’UPPA pour les questions de droit, nos amis basques se préparent à s’éloigner des Béarnais du département et oublient que ces derniers, mais aussi les Bigourdans et habitants du Pays Dacquois subissent, peu ou prou, les mêmes désagréments dus à l’éloignement de leurs capitales régionales.

Plutôt que de travailler tous ensemble, voilà le Pays Basque Français parti pour la « jouer perso ».

L’imprévoyance du personnel politique béarnais et bigourdan est affligeante en la matière. Qu’attendent-ils pour s’asseoir autour d’une table pour rebondir sur cette prétention basque ?

Que des enseignants de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour participent à la conception de cette collectivité territoriale à statut particulier, sachant qu’à terme, c’est l’objet même de l’UPPA qui pourrait être remis en cause, parait incroyable. Déjà, des demandes en appellent à la création d’une université spécifique à cette nouvelle collectivité basque.

En terre de Rugby, qu’elle soit basque, béarnaise, bigourdane ou dacquoise, on sait bien que l’union fait la force. N’est-il pas temps pour les élus béarnais, bigourdans et dacquois d’aller à la rencontre de leurs collègues basques pour tenter de coller à leur démarche et avancer collectivement ?

Pour finir, il convient de revenir sur l’hypocrisie de certains élus qui siègent à ce collectif tout en sachant que cela posera, à terme, problème dans les relations avec le Béarn. N’est-ce pas Frédérique Espagnac, élue à la ville de Pau et signataire du manifeste des 500 à Bayonne ?

Quand les élus s’éveilleront-ils ?

– par Bernard Boutin

Source  et documents
Le manifeste des 500 : http://fr.scribd.com/doc/138261303/PaysBasque-Manifeste-Des-500-DV
* Enbata.info : http://www.enbata.info/articles/manifestation-1er-juin-2013-a-bayonne-pour-la-collectivite-territoriale/
* Eitb.com : http://www.eitb.com/fr/infos/politique/detail/1326108/collectivite-territoriale-pays-basque–le-manifeste-500/?utm_campaign=General&utm_medium=RSS&utm_source=Infos

Crédit photo : Enbata info : Pepa Etchandy

Le Billet de Panturle

Capture d’écran 2013-04-25 à 19.17.32J’ai vibré avec Jean Lassalle lorsqu’il eut l’incongruité réjouissante de lancer notre chant pyrénéen devant les malfaisants de l’Assemblée Nationale. J’ai craint pour lui quand, mettant sa peau au bout de ses idées devant la même Assemblée de repus, il mena jusqu’à la victoire sa grève de la faim.. Je suis par contre déçu qu’il n’ait trouvé pour prolonger ses exploits, que de mener une balade pour tâter l’opinion de nos concitoyens. Cela signifie qu’il n’est pas sûr de la sienne. Mais il est vrai que les Centristes sont des libéraux, et il faut rappeler l’opinion qu’avait Veuillot de ceux-ci : « Un libéral, c’est celui qui croit que son adversaire a raison ! »

La grande Simone Weil voyait dans l’opinion le domaine du diable, et Jean Lassalle n’a certes pas besoin d’ajouter des cornes à sa taille. Car qu’est-ce que l’opinion. C’est ,suivant une définition du grand Larousse, (et de Platon !) « une manière de penser qui ne repose pas sur un fondement certain ! » C’est exactement sur cela qu’est fondé le socialisme : Un sentiment qui, dans le cas présent s’est révélé déraisonnable ! Que va donc tirer Lassalle de sa quête « d’opinion » ?

Si, comme le laissent penser les sondages, l’opinion lui révèle qu’il faudrait au plus tôt se débarrasser de notre président désastreux, va-t-il se précipiter à l’Elysée avec en mains le couteau de Charlotte Corday ? Si au contraire, l’opinion lui révèle qu’en devenant les « enfoirés » préconisés par Coluche, nous supporteront mieux le socialisme, va-t-il payer d’exemple en se pacsant avec Delanöé ? Voyez à quoi sont exposés ceux qui, n’ayant pas de solides certitudes, cherchent à se conduire d’après l’ opinion des autres !

Aux dernières élections, Jean Lassalle avait bénéficié de la bonne opinion des Basques, contre la mauvaise opinion des Béarnais. Mais on peut penser que c’est son parti sans programme, et non lui-même que les Béarnais ont sanctionné. Quoi qu’il en soit, à sa place, j’essayerais de redevenir moi-même, et je n’irais pas sonder l’opinion des gens du Nord, pour tenter de retrouver le mien.

– par Alexis Arette

crédit photo : BFM TV

Tribune Libre à François-Xavier Brunet

IMG_0280François-Xavier Brunet, Président de la CCI de Tarbes et des Hautes-Pyrénées, a du caractère et me mâche pas ses mots. Pour lui, les forces centrifuges et centripètes jouent à fond pour les Pays de l’Adour. Comme la Maire de Pau, il prend bien soin de ne pas oublier le Pays Basque. Trop éloignés des capitales régionales de Toulouse et Bordeaux, la Bigorre, le Béarn et le Pays Basque sont rejetés à l’extérieur et condamnés à travailler ensemble. Le Bigourdan concède que la « capitale » de ce territoire pourrait bien être Pau située entre Bayonne et Tarbes. Reste à faire travailler tous les acteurs ensemble. Dans l’immédiat, il nous annonce une initiative, à venir prochainement, entre les CCI de Pau et de Tarbes qui vont travailler de concert sur les infrastructures de transports et il lance un vibrant appel pour la Traversée Centrale des Pyrénées : « Dans les temps de crise et d’incertitude, il faut savoir avoir la hardiesse de ressortir quelques vieilles utopies qui sont des utopies structurantes et on pourrait bien dans 30 ans, nous reprocher d’avoir lâché sur ces ambitions-là. »

Alternatives Pyrénées – Les Pays de l’Adour : Une nécessité ou une vieille idée dépassée ?
François-Xavier Brunet – Nous allons avoir à faire face à un transfert d’un jacobinisme national à un jacobinisme régional et, la nature étant ce qu’elle est, les territoires qui seront à moins de 100 kms des métropoles régionales seront aspirés par un mouvement centrifuges. Les territoires qui seront à plus de 100 kms des pôles régionaux seront éjectés par un mouvement centripète. Il en sera de même comme pour la Bigorre, comme pour le Béarn, comme pour le Pays Basque.
Le Pays Basque pourra toujours se raccrocher dans une diagonale nord-sud le ramenant vers Bilbao. Pour autant, ils auront un problème parce que ni le Pays Basque français, ni le Pays Basque espagnol deviendront indépendants de la France et de l’Espagne. Il faudra bien qu’ils se raccrochent à leur intérêt national respectif. C’est la raison pour laquelle je crois que nous avons des intérêts extrêmement convergents et il serait probablement temps de ressortir cette vieille idée de Michel Inchauspé d’une région « Pays de l’Adour ». Ce que je dis est d’autant plus méritoire de la part d’un Bigourdan, que tout ceci aboutirait probablement à confier à Pau un destin de capitale régionale.

Le Nord des Landes a intérêt à être rapproché de la Gironde et du Lot-et-Garonne pour que l’arrondissement de Dax soit raccroché à notre région « Pays de l’Adour » avec 3 entités globalement : le Pays Dacquois, le Pays Basque et le Béarn et la Bigorre. On aurait un territoire cohérent. Si l’on ne touche pas aux frontières administratives, bien que nous ayons un destin commun, nous ne pourrons pas mener une politique commune.

A@P – Quels sont les enjeux communs actuels auxquels doit faire face ce territoire ?
François-Xavier Brunet – Le développement économique et industriel en se battant sur ses savoir-faire, son attractivité pour faire venir d’autres activités. C’est du « marketing territorial ». Tous les territoires sont en compétition les uns avec les autres. Quand l’Aquitaine et Midi-Pyrénées sont en concurrence, nous sommes encore plus les oubliés dans ce combat.
Des industriels de grands groupes me disent qu’ils ont l’impression que nous n’avons pas faim alors que des régions comme la Franche-Comté et les Pays de Loire ont les dents longues qui rayent le parquet. Donnez-nous les moyens d’exister en tant que Pays de l’Adour et vous verrez comme nous sommes (seront) combatifs. Pour l’instant, nous sommes obligés de demander à Toulouse l’autorisation d’exister et Pau doit faire de même à Bordeaux.

A@P – On fait quoi pour exister en tant que Pays de l’Adour ?
François-Xavier Brunet – Il faudrait que tous les acteurs politiques, économiques et institutionnels se mobilisent pour obtenir ce cadre territorial. C’est probablement une utopie ou une gageure. Mais, si on ne s’engage pas… autant rester chez soi.

A@P – Depuis les tentatives, il y a environ 30 ans, de Mr Inchauspé, les décideurs ont peu progressé…
François-Xavier Brunet – Je reprend la balle au bond, humblement et, je suis prêt à prendre mon bâton de pèlerin pour essayer de faire avancer cette idée. Je vais d’ailleurs prendre avec mon collègue et ami, Patrick de Stampa, Président de la CCI de Pau-Béarn, une initiative dans les semaines qui viennent notamment sur le sujet des infrastructures de transport. Le barreau Béarn-Bigorre LGV est primordial. Comment obtenir un amendement à un projet dont on est même pas sur que la puissance publique puisse le financer alors que nous n’avons pas la masse critique, la puissance politique et institutionnelle pour faire valoir ce point de vue ? Il faut trouver le moyen de peser dans le débat politique.
Les Chambres de Commerce et d’Industrie de Tarbes Hautes-Pyrénées et de Pau-Béarn vont s’allier pour faire valoir des points de vue communs au nom des acteurs économiques de nos territoires.

A@P – Les CCI représentent leurs ressortissants mais pas la population…
François-Xavier Brunet – Si vous rassemblez aussi les Chambres des Métiers et tous les acteurs de l’industrie, du commerce, du tourisme, du service, de l’artisanat et leurs familles et leurs salariés, il ne vous manque plus grand monde. Il vous manque la fonction publique.

A@P – Gérard Trémège, président du Grand Tarbes propose de mettre en place une structure, légère et pratique, une « Agence de développement économique » où siègeraient les grands élus : les Présidents des conseils généraux, des communautés d’agglomération et des CCI de Pau et de Tarbes.
François-Xavier Brunet – Je reprend la balle de Gérard Trémège au bond et je lui dis « banco ». Nous collaborons déjà au sein du BDE (à traduire en toutes lettres) qu’il préside et proposerons, avec Patrick de Stampa de poser la première pierre à cet édifice sous forme d’une espèce de conférence permanente entre les deux chambres. On verra comment nous l’appellerons. L’important n’est pas le titre mais ce que l’on veut en faire.

A@P – Au-delà du sujet de la LGV qui est à long-terme, il y a celui de la concurrence entre les deux aéroports et ces appels à une gestion commune…
François-Xavier Brunet – Ce serait idéal. Ces équipements sont tous neufs et de grande qualité. L’aéroport de Tarbes a été confié à un gestionnaire : Lavalin après plus de 60 années de gestion par la CCI de Tarbes. La CCI de Pau gère l’aéroport d’Uzein. Les gestionnaires doivent commencer d’abord par équilibrer l’exploitation.
Si on commence à dire que le trafic régulier va à Pau et le trafic saisonnier va à Tarbes, on place ce dernier en déficit chronique permanent et cela va coûter très cher au contribuable. Ce serait bien de trouver des convergences.
En son temps, pour le renouvellement de la concession d’exploitation de l’aéroport de Tarbes, mon prédécesseur avait compris qu’il fallait intégrer un grand groupe privé, Véolia Transport, et il avait fait la démarche auprès de la CCI de Pau de l’intégrer dans l’exploitation de l’aéroport de Tarbes avec réciprocité en 2015 (NDLR : année de fin de concession d’exploitation de Pau-Pyrénées par la CCI de Pau). Cela n’avait pas pu se faire parce que le Président Forgues (NDLR : ancien Président du CG65) voyait cela d’un très mauvais œil car cela ne correspondait pas à la candidature qu’il avait choisi dès le départ…
Pour ce qui est de Tarbes-Pyrénées, le trafic régulier sur Paris fonctionne bien mais le trafic charter baisse inexorablement depuis des années et les low-cost mises en place coutent chers. Ce sont des tentatives de diversification rendues nécessaires parce que les vols charters de pèlerins sur Lourdes, souffrent. Ils représentent encore 75 à 80% du trafic.
La convergence entre les deux aéroports ne marchera que si c’est du gagnant-gagnant. Si, c’est pour faire du perdant-perdant pour que ce soit encore le contribuable qui équilibre, on ne s’en sortira pas. D’abord parce qu’à force de se faire ponctionner, les poches se sont vidés et notre pays est au bord de la jacquerie fiscale.

A@P – La Bigorre appelle-t-elle de ses vœux, un autre projet majeur  ?
François-Xavier Brunet – Oui. La TCP (Traversée Centrale des Pyrénées). La question n’est pas de se bagarrer pour savoir si il faut la faire en Béarn ou en Bigorre. Ceci dit, à priori, pour des raisons qui sont propres aux Espagnols et à leur versant sud des Pyrénées, ils préféreraient voir creuser le tunnel ferroviaire de basse altitude en direction de la Bigorre.
Dans les temps de crise et d’incertitude, il faut savoir avoir la hardiesse de ressortir quelques vieilles utopies qui sont des utopies structurantes et on pourrait bien dans 30 ans, nous reprocher d’avoir lâché sur ces ambitions-là. La crise ne continuera pas à frapper éternellement les deux pays. Les couloirs est et ouest de la chaine sont à la veille de la thrombose. Le renchérissement inexorable du pétrole rendra plus pertinent le recours au ferroviaire et surtout il n’y a pas de développement économique, culturel et social loin des grands axes de communication.

Nous avons besoin de cet axe entre France et Espagne. 60% des Bigourdans sont d’origine espagnoles, moi-même je suis de la troisième génération, mes grands-parents étaient bergers aragonais. Je suis intimement convaincu de notre communauté de destin.

On a aussi tord d’opposer le Pau-Canfranc et la Traversée Centrale des Pyrénées. Ce sont des problématiques distinctes de réponses à des besoins différents. Les convois lourds ferroviaires ne passeront pas le Pau-Canfranc. Il n’aura qu’un trafic passager touristique et régional, ce qui ne sera pas le cas de la TCP.

A@P – Comment va la Bigorre aujourd’hui ?
François-Xavier Brunet – L’ensemble du pays ne va pas formidablement bien. Pour autant la Bigorre n’est pas confrontée à une souffrance excessive dans la mesure où d’une part, les fondamentaux du tissus industriels du département sont structurés autour de deux activités principales : l’activité aéronautique, Socata-Daher en tête, et ses périphériques, avec une conjoncture favorable, d’une part, et l’industrie mécanique et électromécanique de puissance, d’autre part. Il vient de se tenir à Tarbes la convention d’affaires des systèmes embarqués DéciElec dans le sillage d’Alstom.
L’industrie peut s’enorgueillir d’avoir, au cours des dernières années, vu la construction de deux nouvelles usines d’Alstom à Tarbes et de Knauf Insulation à Lannemazan. Le secteur touristique reste un marqueur très fort des Hautes-Pyrénées et un secteur d’attractivité considérable. Nous sommes la première destination touristique de Midi-Pyrénées.
Nous n’avons pas été forcément impactés par les premiers assauts des crises successives. Aujourd’hui, nous commençons à être atteint par la crise de consommation des ménages avec des tensions sur le commerce, les services, le bâtiment et les travaux publics qui font que le bilan raisonnable fait pourrait être plus alarmiste dans quelques mois.

– propos recueillis par Hélène Lafon et Bernard Boutin.