Rencontre avec Olivier Razemon

Journaliste indépendant qui travaille pour le journal « Le Monde », Olivier Razemon est l’auteur d’un livre intitulé : « Comment la France a tué ses villes » (éditions rue de l’Échiquier). Le mercredi 26 septembre 2018, il faisait un exposé et partageait ses réflexions sur ce sujet bien présent à Pau : la mort du petit commerce dans les centres des villes.

De nombreuses villes sont concernées, qu’elles soient riches (comme Aix-Les-Bains) ou pas. Il s’agit d’une sorte d’épidémie qui s’aggrave. Les petites et moyennes villes sont les plus touchées. Le taux des logements vides devient de plus en plus important, à Pau, ce taux est de 25%. Dire que cela est fonction des revenus, n’est qu’en partie vrai. Il faut cependant reconnaître que les revenus médians de ces villes sont inférieurs à ceux des habitants des communes environnantes. Il y a énormément de services publics qui quittent les centres des villes. Il faut prendre en compte également l’étalement urbain. A Pau par exemple, on perd des habitants tandis que dans le reste du département on en gagne.

D’une manière générale les transports publics sont bien organisés et desservent correctement les villes. A ce propos on constate que sur le plan national le taux recettes sur dépenses de ces transports est en moyenne de 18%. A Pau il est de 17%. Petit calcul, pour le ramener à 100%, il faudrait fixer le prix du trajet à 6 euros pour celui qui recharge sa carte d’abonnement ou à 9 euros pour celui qui achète son ticket en montant dans le bus.

On construit des villes en dehors des villes ce qui se concrétise par l’existence de centres commerciaux de plus en plus grands. Les raisons de créer ces nouveaux centres sont nombreuses. Alors il faut bien savoir dans quelle ville on veut vivre aujourd’hui. Développer les commerces dans l’hypercentre suppose que l’on raccourcisse de moitié le temps de livraison et cela implique l’augmentation du nombre des entrepôts. Ces constatations se retrouvent dans d’autres pays mais de façon moins marquée qu’en France.

Le gouvernement a décidé de consacrer 5 milliards d’euros pour redynamiser et accroître l’attractivité des centres des villes dont celui de Pau. Mais au delà de ce financement, il existe d’autres moyens pour que les pas-de-porte ouvrent à nouveau. Cette recette porte un nom, fiscalité. Il s’agirait alors de taxer les vitrines vides, taxer les friches commerciales et enfin taxer les parkings de la périphérie. Comme cela paraît simple… Il suffit de faire davantage payer le contribuable, on n’en sort pas !

Par ailleurs l’impact réel des grandes surfaces sur l’emploi n’est pas démontré. On crée des emplois certes, mais on oublie souvent, en disant cela, de chiffrer les emplois détruits par la fermeture des petits commerces du centre de la ville. Enfin parmi les préconisations, il faut que les commerçants fassent un effort de communication, certains ne sont même pas sur internet. Un commerce doit être et demeurer un lieu où l’on se parle où l’on se rencontre. Pourquoi ne pas uniformiser le prix des parkings. ? Enfin il faut « magnifier» les transports publics.

Donc voilà pour la présentation d’Olivier Razemon. Vient ensuite la discussion à laquelle participe Jean-Paul Brin premier maire adjoint de la ville. Il se dit cent fois d’accord et précise que le développement d’une ville ne peut se considérer que d’une manière globale. Il existe des plans locaux d’urbanisme intercommunaux. L’hypercentre doit être classé en zone prioritaire.

Pour ce qui concerne les déplacements, l’élu considère que la gratuité des transports en commun est une utopie car cela a un coût. Et il reconnaît que les tarifs de ces transports à Pau ont été légèrement augmentés. Une légèreté qui pèse lourd dans la poche de l’usager (voir mon dernier article sur la gratuité des transports). Pour lui cette gratuité n’a pas démontré dans les villes qui l’ont adoptée, une plus grande fréquentation des centres des villes. Pourtant ce n’est pas ce qui ressort des évaluations faites à Niort par exemple. Il admet cependant que les transports en commun ne sont pas le réflexe basique des habitants de Pau. Il affirme que toutes les études convergent pour démontrer que le BHNS créera une envie d’utiliser cette forme de transport. On verra…

Il réagit également à cette remarque faite sur l’uniformisation des tarifs des parkings. Ces tarifs sont dégressifs et fragmentés selon qu’il s’agit de parkings en surface ou souterrains.

Enfin, il reconnaît que le centre de la ville de Pau comporte 800 logements vacants. A une observation d’une représentante des commerçants de Pau disant que les pas-de-porte vacants n’ont pas diminué en nombre, il balaie l’argument d’un revers de manche en disant que ces chiffres ne sont pas fiables. Sa façon à lui de concevoir le dialogue.

Pau, le 3 octobre 2018

par Joël Braud