Plaidoyer pour une république référendaire

Il y a maintenant près de cinquante ans que je suis électeur.

Il y a cinquante ans que j’exprime mes choix dans un système de démocratie représentative, c’est-à-dire qu’on me demande de choisir la personne ou le parti dont je me sens le plus proche ou, au moins, le moins éloigné. Quand je vote pour une personne ou un mouvement politique, je lui signe un blanc seing. Je vote pour l’ensemble de son programme, y compris pour les points auxquels je n’adhère pas. L’élu peut appliquer tout son programme, ou pas, puisque, comme le disait Charles Pasqua : « les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient ».

La démocratie représentative a été introduite dans notre pays à la fin du dix-huitième siècle et s’est imposée à partir de 1871, c’est-à-dire à une période où les moyens d’information étaient peu développés. Il était peu envisageable de demander à chaque citoyen son avis sur chacun des sujets. Depuis se sont développés d’abord les médias écrits, puis la radio, la télévision et enfin, internet et les réseaux sociaux. Chacun peut trouver de l’information sur tous les sujets, chaque groupe politique peut exprimer son point de vue sur les différents problèmes à résoudre.

Il me semble donc temps de nous approcher de la démocratie directe où, sur chaque sujet, ce qui est fait est ce qui est souhaité par la majorité des citoyens.

Cela est-il la fin de la démocratie représentative ? Certainement pas car il y aura toujours des situations d’urgence où une décision doit être prise sans prendre le temps de consulter l’ensemble des citoyens. Il faudra aussi prendre des décisions non urgentes, ces dernières pouvant cependant être remises en cause par l’ensemble des citoyens.

Dans les faits, il s’agit de tempérer la démocratie représentative par une possibilité de recours systématique au référendum quand il semble qu’il y ait une forte opposition à une mesure décidée par nos représentants (ou à une absence de décision alors qu’une décision semble attendue par un nombre significatif de citoyens).

Comment cela pourrait-il être mis en place ? Quand une décision est prise sur un sujet quelconque, si des citoyens ou des mouvements politiques sont en désaccord, ils pourraient lancer une pétition pour demander un referendum sur ce sujet. Si la pétition obtient un nombre de signatures suffisant, un referendum serait effectivement organisé sur le sujet et serait décisionnel.

Pour éviter d’avoir des referendums sur toutes les décisions d’un exécutif ou d’une assemblée législative quelconque, il me semble souhaitable que le nombre de pétitionnaires à atteindre soit élevé (peut être 25% du corps électoral, ou 40% des membres de l’assemblée législative concernée). Il me semble qu’il faut aussi permettre à un exécutif de demander lui-même un referendum pour confirmer une décision prise si une contestation se faisait sentir dans la rue.

Il faut aussi éviter qu’un referendum soit demandé uniquement pour retarder l’application d’une décision. Pour cela, quand une décision est prise, elle s’appliquerait, même si une demande de referendum est en cours. Cependant, pendant la période où le nombre de pétitionnaires requis est atteint et le moment où le résultat du referendum est proclamé, si des sanctions sont prévues pour ceux qui n’appliqueraient pas la décision prise, ces sanctions seraient reportées jusqu’au résultat du referendum et appliquées ou pas suivant le résultat de celui-ci.

Quels sont les inconvénients d’une telle mesure ? Le principal est qu’on va nous demander un avis sur des sujets qui ne nous concernent pas ou pour lesquels des gens ne se sentent pas compétents. Dans ces deux cas, il suffira de voter soit blanc soit en suivant les consignes que ne manqueront pas de donner le mouvement politique dont vous êtes le plus proche.

Est-ce la mort des mouvements politiques tels que nous les connaissons aujourd’hui ? Surement pas car c’est à eux qu’il incombera de construire des politiques cohérentes en fonction des objectifs qu’ils poursuivront, à eux d’expliquer aussi aux électeurs pourquoi telle ou telle mesure qui peut sembler impopulaire est nécessaire pour obtenir les objectifs affichés. Ils devront faire preuve de pédagogie, vertu qui semble souvent absente chez nos dirigeants actuels.

Enfin, dernier obstacle, il nous faudra apprendre, à nous électeurs, à répondre à la question posée et non à celui qui la pose. Souvent, dans le passé, les referendums se sont transformés en plébiscites, pour ou contre l’exécutif en place, plutôt qu’en réponse à une question sur un sujet précis. Il nous faudra admettre que le referendum ne met en cause ni l’exécutif en place, ni l’assemblée législative concernée, mais seulement une mesure ponctuelle.

Quels avantages peut-on en attendre ? D’abord un moindre rejet de la politique par bon nombre de nos concitoyens. Il semble que beaucoup d’entre eux ne retrouvent les promesses des candidats dans les actes des élus. Il arrive que cela soit dû au fait que les candidats proposent beaucoup et pas toujours la même chose, au moins dans le ressenti des électeurs. Avoir la possibilité de rectifier éventuellement le tir par le biais du referendum permettra de rapprocher les actions des attentes des électeurs.

Cette désillusion vis-à-vis des élus a aussi pour conséquence des manifestations, parfois violentes, de ceux qui s’estiment trompés. Le recours possible au referendum permettra de canaliser, au moins en partie, cette violence vers des actions plus positives visant à convaincre les électeurs du point de vue des opposants.

Ce plaidoyer est, à mes yeux, une première étape pour savoir si d’autres personnes partagent ce point de vue, ou, si elles ne le partagent pas, pour connaître les arguments qu’on peut y opposer. Je serai donc ravi qu’elle donne lieu à des discussions ultérieures.

Yves-Luc Boullis

La faillite démocratique ou  » la force prime le droit  » .

Alors que le droit est censé être le fondement de toute démocratie, la violence semble devenue une nouvelle source de légitimité et la décision du gouvernement concernant l’aéroport défunt de Notre Dame Des Landes en est la dernière illustration.

La dernière, parce que par deux fois au moins auparavant, dans une période récente, les gouvernements se sont assis sur des décisions légalement adoptées .

Ainsi en fut-il du référendum du 29 juin 2005 sur le projet de constitution européenne rejeté par 54,68 % des suffrages exprimés.

Comme la décision populaire ne fut pas ce que le gouvernement espérait alors que tous les sondages donnaient un grand avantage à une réponse positive, on tergiversa et par un tour de passe-passe ignoré bien sûr de la plus grande majorité des citoyens, le gouvernement fit adopter par la voie parlementaire, le traité de Lisbonne qui reprenait l’essentiel du projet rejeté par référendum.

Certes il ne s’agissait pas d’une violence de rues, mais elle en était moralement une à l’égard de ceux qui n’avait pas été favorables à une constitution européenne. C’était une violence étatique organisée, légalement inattaquable par le citoyen lambda.

Mais c’était un mauvais exemple car quand les gouvernants profitent de leurs pouvoirs pour contredire les vœux du peuple, tout le monde peut s’estimer fondé à s’opposer à une décision démocratiquement établie.

Et c’est ce qui arriva avec l’écotaxe contestée violemment par  » les bonnets rouges » à partir de 2013. Des occupations de ponts, des destructions de portiques, de radars routiers, ont eu raison de la taxe qui fut remplacée par une hausse du gazole de quatre centimes d’euro pour l’année 2015.

L’histoire a entraîné 190 licenciements de salariés d’Ecomouv, société qui devait collecter la taxe, 957,58 millions d’euros de résiliation du contrat passé par l’État avec cette dernière, sans compter 70 millions pour la mise en œuvre puis la suppression des équipements, bref une belle gabegie que supportent seuls ceux qui paient des impôts. Évidemment aucun responsable !

Et voilà que la violence vient de payer avec la suppression du projet d’aéroport de  NDDL, car c’est bien de cela qu’il s’agit puisque le projet qui date de 1973 n’a jamais été mis en œuvre. Les opposants ont utilisé toutes les manœuvres possibles !

Des recours judiciaires qui auraient conduit à 178 ou 180 décisions, on s’y perd tant elles sont nombreuses et variées, non exécutées par l’État tout simplement parce que les  » zadistes  » avaient une autre arme en réserve : la violence physique et armée car on a laissé à ces fauteurs de troubles le temps de s’organiser avec un arsenal qui peut faire craindre de grands tumultes quand le gouvernement envisagera l’usage de la force pour les déloger. Pauvres gendarmes mobiles !

Le Président de la République et le Premier Ministre qui, tous deux, étaient déterminés à faire respecter les décisions judiciaires et un référendum donnant 55% de votes favorables au projet afin de ne pas affaiblir l’autorité de l’État cherchaient en fait une porte de sortie pour éviter l’affrontement avec les  » zadistes « . Ils ont nommé des médiateurs qui avaient en fait pour mission de préparer l’opinion à l’abandon du projet en suggérant une alternative par l’augmentation de la capacité de l’aéroport existant .

Et maintenant quelles conséquences ? Des milliards d’euros avec l’indemnisation de VINCI qui devait exploiter l’aéroport défunt pendant 55 ans , des marchés de travaux abandonnés et une capitulation qui sera mal récompensée car les  » zadistes « , des citoyens sans foi ni loi qui n’apportent rien à la société, ont pour but final de faire plier l’État . Ils n’y parviendront sans doute pas , mais à quel prix ? L’État a perdu l’honneur, il ne peut pas perdre la guerre.

Et cette faiblesse encourage tous ceux qui s’opposent à un vivre ensemble, ceux qui agressent les forces de l’ordre, les pompiers, les gardiens de prison, les enseignants etc. Nos gouvernants ne voient ils pas que le tissu social se détricote ou sont-ils incapables d’enrayer l’hémorragie de l’autorité légitime ?

 

Pierre ESPOSITO

La démocratie d’émotion est-elle encore de la démocratie ?

cid_adca9319-015d-4781-aadc-b14909d7db26homeLe référendum en Hongrie a été marqué par une participation voisine de 40% seulement ; en Colombie, il a entraîné le rejet d’un accord inespéré mettant fin à des années de guerre ; en Grande Bretagne, c’est la sortie inattendue de l’Europe ; ces résultats sèment le doute sur l’opportunité, l’efficacité et la valeur institutionnelle d’un référendum.

En Grande Bretagne, il a provoqué de nombreuses réactions à chaud dans tous les milieux, y compris sur notre site. Beaucoup ont dénoncé un manque d’informations objectives et même de la désinformation; FR3 a passé des interviews :
– sur le désespoir et l’interrogation des nombreux anglais, entre autres ceux qui vivent chez nous et s’inquiètent de leur sort ; certains envisagent de demander la double nationalité.
– sur la perte sensible ou l’incertitude pour l’immobilier, le commerce, les milieux financiers,…, des deux côtés de la Manche.
Un sondage a été proposé sur notre site ; on a constaté que 53% de ceux qui ont répondu pensaient qu’en cas de référendum actuel, le «franxit» l’emporterait.

Une telle décision, en Grande Bretagne, obtenue dans le calcul et le flou politicien, la malveillance même, pose vraiment le problème de la pertinence de cette méthode pour prendre des décisions politiques de cette importance, au nouveau national. Si la même question était reposée aux Anglais, le résultat serait-il semblable ?

«La souveraineté d’une opinion hystérisée en permanence est-elle encore de la démocratie ?»J-Cl Guillebaud

Bien des obstacles s’opposent à la valeur d’un sondage ou d’un référendum :

   – Le manque de maturité de la part d’une majorité de votants, devant une situation nationale et internationale nécessitant des connaissances et expérience en politique, économie, finance, vie sociale, commerce, environnement…
– L’influence, de ce fait, très importante, des pressions de la part des partis politiques, des lobbies, des médias.., afin d’orienter les décisions dans le sens souhaité.
C’est la stratégie du «un bobard par jour» dénoncé par Bernard Cazeneuve !
– Le libellé du texte proposé ou de la question posée, forcément réduit, souvent ambigu sur le fond et simplifié dans la forme.
– La réponse obligatoire par oui ou non qui oblige à ne retenir qu’un aspect jugé subjectivement primordial, laissant donc de côté tous les autres, souvent plus importants. Bien des votants ne prennent pas la même décision alors que leurs conceptions sont souvent très proches, Pour beaucoup, entre le oui, mais…, et le non, mais…, qu’ils ne peuvent exprimer, il y a souvent une nano-pensée qui va changer le cours de l’histoire !
Arnaud Gonzague, dans le Nel Obs, à propos du sondage où 67% des Français, en ce moment, sont pour un gouvernement d’union nationale, écrivait : « »Il me semble que ce sondage doit être lu avec beaucoup de prudence, car les sondés ont certainement des interprétations différentes de la question posée.»
– Quand un sondage se situe au niveau régional, le périmètre utilisé a un retentissement énorme. Pour le référendum sur la pertinence de l’aéroport de N.D. des Landes, il est bien évident que les résultats seraient différents suivant la zone consultée. Il en serait de même pour la réintroduction de l’ours dans notre région, suivant qu’on questionnerait la France, La Nouvelle Région Aquitaine, ou les habitants de petits villages où vivent des familles de bergers et les propriétaires des troupeaux.
– La réponse est donc le plus souvent, et c’est catastrophique, émotionnelle ou politiquement passionnelle, ce qui revient au même, un arrêt sur image dans le temps. On ne répond pas à la question mais à son opposition ou son accord, spontané, viscéral, avec le milieu politique en place. Cette réponse, de ce fait, est, comme les émotions, évolutive ; elle représente la manifestation d’une sensibilité, la position d’une girouette qui change avec le vent dominant, c’est-à-dire les commentaires habiles et les sondages saturants qui se succèdent dans tous les domaines, chaque jour, au téléphone souvent (réponse immédiate exigée), dans la plus grande opacité sur les promoteurs des questions et les tendances politiques des instituts de sondage. Combien refusent de répondre, combien disent n’importe quoi volontairement ?
– Tout cela n’a rien à voir avec les besoins nécessaires à l’orientation d’une politique qui par définition doit porter sur le moyen ou long terme et après une réflexion raisonnée.
– La méthode basée sur le volontariat pour la participation, rend la décision faussée, elle élimine ceux qui pour des raisons souvent valables décident de ne pas participer, ne trouvant pas proposée la réponse qui leur convient. On en revient à la discussion sur la valeur du bulletin blanc ! L’abstention massive nous guetterait-elle ?
Même pour des décisions mettant en jeu un phénomène de portée uniquement locale, c’est discutable ; tout dépend du sujet.
Fait-il beau et chaud à Pau ? Le résultat sera différent suivant le type de population concernée : agriculteurs, travailleurs du bâtiment, cafés et restaurateurs…

La moyenne a-t-elle un sens ?
On est passé de l’opinion, déjà fragile, mais quand même basée sur le savoir et la croyance, à l’émotion incontrôée.

Juppé semble le confirmer :

«La politique est un univers irrationnel où l’émotion domine»

Interview de Gael Tchakaloff auteure de «Lapins et Merveilles» par Bruno Jeudy, Match 3490.
Entre les sondages journaliers à subir pour connaître la préférence des Français sur les marques de chocolat ou les lessives, les assurances auto,…, le candidat à la primaire à droite et à gauche, les meilleures ministres, établissements scolaires ou établissements hospitaliers pour la chirurgie de la prostate !, les 2 votes pour la présidentielle, pour les législatives, etc. les Français sont saturés et délégitiment par l’abstention ou en répondant à côté de la question, les projets présentés.

Même si les conditions qui régissent les sondages sont très différentes, nous vivons, d’une façon générale, une caricature pathétique de la pensée humaine.

La question du vrai et du faux, par exemple, ne se pose plus.

On ne dit plus que telle chose ou telle personne existe, mais que 23% des sondés pensent qu’elle existe !

C’est la faillite du rationnel, toutes les institutions sont ébranlées sous la pression des sondages des opinions publiques exaltées et déformées par la catalyse émotionnelle des médias. Le coupable est désigné avant le procès, les «lapidations» sont journalières dans le domaine de l’enseignement, de l’économie, de la protection sociale, de la politique générale et environnementale… L’emprise des opinions fabriquées par les sondages et les médias est résumée merveilleusement par J-Cl Guillebaud (Réflexion faite sur TéléObs, «La démocratie sera-t-elle dévorée»).

«Devenu carnassier, cet empire sans empereur est une figure du vide au bord duquel nos démocraties cheminent et chancellent, guettées par le vertige».

Signé Georges Vallet
crédit photos:think-tank.fnh.org

Fair play

imgresBien que salué par beaucoup et, plus particulièrement, par les extrêmes gauche et droite françaises comme une victoire de la démocratie, le « Brexit » n’en laisse pas moins un certain nombre d’intéressés quelque peu perplexes. Il faut dire qu’en matière de démocratie, s’il ne suffisait que de couper le tête d’un roi pour en prouver la réalité, les Britanniques avaient, déjà, une longueur d’avance sur la Révolution française.

Par ailleurs, dans un passé encore assez proche, la façon dont extrême gauche et extrême droite l’ont pratiquée, ici et là, à tour de rôle, ne fait guère référence en la matière. Bref, tout le monde semble oublier que, quel que soit le mode de consultation choisi, il n’est, véritablement démocratique que s’il respecte scrupuleusement la notion fondamentale de « consentement éclairé ». C’est à dire la possibilité pour chaque citoyen de déterminer son choix à partir d’informations honnêtes, sincères et véritables. Or, au lendemain même du scrutin britannique, à la lumière des révélations surprenantes ou du comportement des principaux responsables du Brexit, le moins qu’on puisse en dire, est qu’ils ont manqué de ce fameux fair play qu’ils prétendent pourtant avoir inventé !

Quant à notre Président, si complaisant avec la Grèce qui avait cependant gravement abusé l’Union Européenne, sa précipitation à exiger « l’exécution » immédiate de la Grande-Bretagne relève tout autant d’un égal manque de fair play – à moins qu’il ne s’agisse, sur son dos, que de se donner cette allure martiale de décideur dont certains le trouvent si totalement dépourvu dans la conduite des affaires internes du pays ?

Quoiqu’il en soit, cette attitude manque de dignité à l’égard d’un pays et d’un peuple qui, la récente commémoration de la bataille de la Somme l’a rappelé, a été à côté de nous dans les moments difficiles que nous avons traversés au cours du siècle passé. Par ailleurs et surtout, outre l’oubli d’un référendum dont il n’a pas été tenu compte bien que les Français aient majoritairement répondu « non », une immixtion dans une affaire privée d’un pays qui tout autant qu’un autre peut, démocratiquement, décider que cette consultation entachée d’irrégularités est nulle et non avenue.
Attitude que nous pouvons d’autant mieux comprendre que la « réaction » viendrait surtout des jeunes Britanniques qui considèrent que leur avenir se projette, naturellement, dans la Communauté Européenne. Appréciation qui – comment nos politiques peuvent-ils ne pas le percevoir – est également celle de nos jeunes. Jeunes qui – comment nos politiques peuvent-ils l’oublier – seront, irrémédiablement, au nom même de la démocratie, les décideurs de demain ! Alors…

Maurice Meireles – Pontacq

Le sirtaki est terminé

sirtaki  Le feuilleton Grec continue. Le référendum n’a rien apporté de plus, le sirtaki est terminé.

Le résultat du référendum Grec a donné lieu a des commentaires plus comiques les uns que les autres, en Grèce ou en France. En France les partis de gouvernement sont restés discrets, seuls l’extrême gauche et l’extrême droite se sont manifestés pour montrer qu’ils n’avaient rien compris.

Quand on pose la question de savoir si on veut vivre mieux ou plus mal, il serait étonnant que l’on réunisse une majorité de masochistes dans quelque pays que ce soit …

Ce qui est le summum du tragi-comique, c’est l’interprétation de ce vote par les vainqueurs. Ce serait une victoire de la démocratie et l’Europe doit s’incliner, c’est une autre Europe qu’il faut bâtir, avec subventions et QE à gogo ! On rêve ! Les Grecs oublient que cette position, totalement irréaliste, est ultra minoritaire en Europe !

La presse française fait d’ailleurs souvent deux erreurs dans ses commentaires de la crise grecque :

– elle surévalue le poids de Hollande et de la France car nous faisons partie des cancres de l’Europe, incapables de gérer correctement le pays, donc très mal placés pour donner des leçons à quiconque et surtout pas à l’Allemagne où à la majorité des nations.

– elle sous-évalue la colère des bons gestionnaires européens qui ont fait ces réformes comme l’Allemagne, la Finlande l’Europe du Nord en général, ainsi que des pays qui ont fait de très gros efforts et qui voient aujourd’hui le bout du tunnel : Slovaquie, Irlande, Portugal, Espagne, mais aussi de l’opinion publique Allemande très remontée contre les déclarations provocatrices des membres de Syriza.

Soyons clair, la Grèce de Tsipras est seule contre toute l’Europe, quel que soit le résultat du référendum.

De plus, Tsipras, en bon politique est prêt à tout pour rester au pouvoir. D’ailleurs la position glaciale d’Angela, par ministres interposés, a déjà eu une conséquence : le limogeage de Varoufakis, le ministre fanfaron… bizarre non ?

Et ce n’est que le début, car il n’y aura pas de négociation, au plus quelques aménagements cosmétiques, ce sera la dernière proposition des européens qui sera à prendre ou à laisser. Le grexit n’a jamais été aussi proche.

Allez Angela, tiens bon !

 par Daniel Sango

Élections départementales. La suppression des départements n’aura pas lieu !

imagesCe n’est pas être un grand clerc que de se permettre une telle affirmation aussi péremptoire que peu divinatrice. Le projet qui avait pris la forme d’un engagement définitif dans une circonstance officielle de la part du premier ministre de la France a plus que du plomb dans l’aile. Mais est-il possible dans notre pays de réaliser une réforme ?

 Dans un premier temps on nous disait que la réforme territoriale allait entrer en vigueur très prochainement ; les régions se sont agrandies. On nous disait pour être plus précis, que les départements allaient bientôt disparaître, à la fin du quinquennat, soit en 2017. Puis devant un grand nombre de difficultés, le premier ministre dans un discours, dit de politique générale, a repoussé l’échéance à 2021.

 On nous disait que la totalité des départements allait disparaître puis il fut question de ne conserver que les départements essentiellement ruraux, pour des raisons de proximité.  Au passage on est autorisé à s’interroger sur la définition d’un département rural et à vouloir savoir ce que représente vraiment la proximité chez les élus.

 Alors devant ces échéances sans fin reportées aux calendes grecques on a organisé, selon des règles jusque là inédites, des élections départementales.  Vous avez évidemment  tous remarqué qu’on n’élit plus des conseillers généraux mais des conseillers départementaux. Tu parles d’un changement. Si c’est là que se trouve l’amincissement du millefeuille, c’est sans doute un peu court.

 Maintenant on nous dit qu’il faut craindre les futurs résultats de ce scrutin et qu’on a peur pour le pays, car une certaine formation politique est bien placée dans les sondages. Devant cet émoi, on est en droit de se demander pourquoi donc dans ces conditions, recourir à ces élections nouvelles formes. La logique n’est pas évidente chez nos politiques.

 On nous dit, pour nous laisser croire que l’on met les départements sur une voie de garage, que l’on va légiférer sur ses compétences. Dans le but, ceci étant sous-entendu, d’amoindrir dans des proportions conséquentes son influence, voire son pouvoir. Mais les élus cumulards s’emparent du sujet, font traîner les débats au point que le résultat de leurs travaux ne sera pas connu avant la fin de l’année. En tout cas bien après des élections où les candidats sont ipso facto placés dans l’impossibilité de débattre d’un programme parce qu’ils ignorent officiellement ce qu’ils auront à faire.

 On nous dit sur tous les tons qu’il faut réformer la constitution, voire changer de constitution. Les beaux apôtres adeptes de ces grandes théories ignorent jusqu’au contenu  d’un tel changement. Mais faudrait-il  changer la constitution pour changer la constitution ; parce qu’elle date de 1958 et que les données sociales de l’époque ne sont plus celles d’aujourd’hui ?

 « Il ne faut toucher aux lois que d’une main tremblante. Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires »*.

  Il existe des modalités précises pour parvenir à cette fin. Le problème justement est qu’actuellement ces modalités sont impossibles. Modifier la constitution ne peut se faire que de deux façons, soit par la réunion du parlement en congrès** (Sénat plus Assemblée Nationale). Il faudra alors pour adopter un texte une majorité des trois cinquièmes.  Soit  la voie référendaire. Mais c’est compter sans les élus actuels qui,  vent debout contre toute réforme  par crainte de perdre leur fromage, feront tout pour que cette majorité des trois cinquièmes n’existe pas. D’autre part, les politiques qui savent que les Français profiteraient de l’occasion d’un référendum pour les désavouer, ne veulent pas de cette consultation du peuple.

 Alors c’est l’impasse et, à part le retour d’un Général de Gaulle, ou une explosion sociale, nous sommes condamnés à subir ce millefeuille. Et les élus, dans l’unique souci de se valoriser, dépenseront encore sans compter l’argent des contribuables. Une réforme impossible donc, mais cela on a soigneusement oublié de vous le dire.

 

Pau, le 10 mars 2015

Par Joël BRAUD

*Charles-Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu.

**Article 89 de la constitution.

 

Le peuple souverain.

 

imagesEn réalisant une interview de Jean Lassalle, député élu dans le département des Pyrénées Atlantiques, Bernard Boutin, outre le gros travail effectué, a placé Alternatives Pyrénées exactement dans son rôle. Notre association en effet qui vient d’être reconnue organisme d’intérêt général*, affiche comme objet de valoriser la parole citoyenne. En étant à l’écoute de ses (et nos) concitoyens, le député ne fait pas autre chose.

 Jean Lassalle a été critiqué, y compris sur le forum d’Alternatives Pyrénées, mais  s’il est un reproche qu’on ne peut lui faire, c’est d’aller à l’écoute du peuple de France. Ce qu’il nous rapporte est un témoignage dont il faut prendre la mesure. Sa démarche démontre au moins deux choses

–        La première est que les gens qu’il a rencontrés et écoutés ont été très disposés à confier à un élu leurs points de vue (ils sont différents), voire leur désarroi, selon son terme. Comme si cette occasion d’être entendu, ne se présentait pas aussi fréquemment que les élus du peuple sont censés en offrir l’occasion.

–        La seconde c’est qu’en faisant cela, Jean Lassalle est allé de surprises en surprises. Découvrir à quel point les politiques (y compris lui-même puisqu’il appartient à cette catégorie) sont détestés, constater un sentiment de résignation, être étonné, estomaqué du violent rejet de l’Europe, sont les principaux enseignements de cette démarche.

Aller vers les gens, les écouter susciter leurs confidences ne ressemble en rien à une réception dans une permanence  de député ou de sénateur. La démarche est autre parce que les rencontres dans les locaux, de façon programmée, organisée, ne servent qu’à exposer un problème, à solliciter un avantage, voire un passe droit et ne se prêtent jamais  à des échanges d’un caractère plus général. Lors de sa permanence, l’élu se livre à un exercice d’électoralisme ce qui n’est pas le cas, comme il le dit d’ailleurs, pour la démarche entreprise par Jean Lassalle.

Trop souvent, par ailleurs, les élus de quelque niveaux qu’ils soient considèrent être la représentation incontestable de leur électorat et pouvoir, à ce titre, d’une manière définitive, prendre toutes les décisions de leur choix sans jamais avoir à en référer ni même à en justifier au peuple souverain. Il y a maintenant plus d’un  an, Alternatives Paloises avait recueilli plus de deux mille signatures afin de demander qu’une consultation de la base soit organisée pour la réfection des halles de Pau. Bien qu’elle fût sollicitée, la maire de Pau ne daigna jamais recevoir les représentants de notre association qui n’avaient d’autre objectif que de déposer en ses mains, une pétition. Dans ce même registre, plusieurs élus  s’étaient déclarés farouchement opposés à la démarche en évoquant le principe qu’en leur qualité d’élus, leur pouvoir décisionnel ne pouvait être ni contesté ni même discuté. L’illusion de la démocratie participative…

Le pouvoir du peuple souverain serait ainsi confisqué au simple prétexte qu’un mandat électif donnerait pleins pouvoirs. Si l’Europe est l’objet d’un « violent rejet » c’est, entre autres, parce qu’un référendum organisé en France a abouti au refus par le peuple souverain, d’un traité européen. Par la suite, dans un souci de démocratie, il a été  décidé d’en ignorer le résultat pour confier à des élus, réunis en parlement, le soin de désavouer l’opinion majoritaire. L’illusion référendaire …

Jean Lassalle se perd ensuite un peu dans des explications visant à dénoncer certains excès de la décentralisation, car ses propos sont insuffisamment précis. Il reste que son grand mérite est d’être allé vers le peuple, des gens modestes pour écouter et entendre. Cette épopée pédestre  sera-t-elle suivie d’effets ? Ne s’égarera-t-elle pas dans les nimbes des entreprises aussi valeureuses qu’inutiles ?

Pau, le 30 aout 2013

 

                                                                                               Par Joël BRAUD

 

  • Depuis juin 2013 l’association Alternatives Paloises est classée organisme d’intérêt général ce qui ouvre droit pour ceux qui la soutiennent par des dons ou versements, à réduction d’impôt.