L’information en question

interrogation3L’attentat de Berlin fait la une des media français depuis quelques jours, et, curieusement, depuis la neutralisation de son auteur à Milan, c’est le fait qu’il ait pu se déplacer de Berlin à Milan qui occupe les media.

Il n’y a pourtant rien d’extraordinaire à cela. Les journalistes européens n’auraient-ils pas encore compris qu’il n’y a plus de frontière en Europe et que c’est vraiment un grand progrès irréversible ?

Qu’y a-t-il de si anormal à pouvoir prendre un train, en étant plus ou moins grimé (ou pas du tout), avec lunette, chapeau ou autre fausse moustache ? N’importe qui peut le faire sans être reconnu, et l’état d’urgence en France n’y change rien, d’autant qu’une gare n’est pas un aéroport.

Ces journalistes feraient mieux de nous expliquer pourquoi un tunisien, clandestin en Italie, et ne relevant pas du droit d’asile n’a pas été immédiatement expulsé vers son pays d’origine d’autant que là-bas il n’était qu’un petit délinquant ?

Pire, après avoir mis le feu à une école en Italie, condamné à 4 ans de prison et après avoir purgé sa peine il a été remis en liberté et non pas expulsé vers la Tunisie ! Je suppose que durant sa détention on aurait eu le temps de faire les formalités nécessaires…

Un peu grillé en Italie le voilà qui passe en Allemagne.

Et cela recommence en Allemagne. Comment se fait-il que ce clandestin puisse faire 5 ou 6 demandes d’asile avec des identités différentes sans qu’il soit condamné puis expulsé ?

Et si on oppose que la Tunisie a fait traîner l’affaire pour donner son accord, avec un tel historique en Italie puis Allemagne, pimenté du fait qu’il était identifié comme proche des milieux islamistes, comment se fait-il qu’il n’ait pas été arrêté dans l’attente de son expulsion ?

Daniel Sango

Le renseignement, c’est bien ; l’utiliser pour comprendre, c’est mieux !

GV 18 16 2016Lundi 20 juin à C dans l’Air, Alain Bauer a évoqué, au niveau institutionnel, l’approche du problème du terrorisme. Il a fait remarquer que la culture du renseignement et de l’information était poussée au plus haut niveau chez nous. On est submergé par le renseignement mais on n’investit pas dans la culture de la compréhension !
Trop difficile, trop coûteux, trop tendancieux, trop humain, pas assez technologique  !

Si on se déplace au niveau du ressenti de la population, c’est le constat qui est au plus haut niveau ; on savait tout puisque tous les acteurs des crimes étaient connus de la police, certains étaient suivis ou avaient fait de la prison ; ils se sont encore plus radicalisés et ont contaminé d’autres détenus. On ne sait pas comment faire car cette connaissance n’est pas intégrée dans une vision d’ensemble. On agit, dans l’immédiat, au coup par coup, comme on peut, pour le mieux possible.

Or, comprendre c’est pouvoir réfléchir avant d’agir efficacement.

Cette opinion, s’ajoutant à tous les autres dangers et mécontentements, fait que la critique est permanente, virulente, dans tous les domaines ; les injures à destination des politiques, des patrons, des syndicalistes, des fonctionnaires, ……, inondent les médias et les réseaux sociaux.

Le danger n’est pas la critique, elle est nécessaire ; c’est de penser que c’est la solution !

Il est temps de passer de l’émotion à l’explication et à la raison, dans tous les domaines de la vie.

Évoluer vers une solution, pourrait-être :

  • Aborder le problème dans son ensemble, dans le temps et l’espace, de façon globale, avec sagesse et humanité et non partiellement et de façon intéressée, comme d’habitude. Pas facile, c’est vrai, mais indispensable !

Matthieu Croissandeau (Nel.Obs), insiste sur ce fait dans «Terrorisme et civilisation» :

«Le fanatisme ne se combat pas seulement par un renforcement de surveillance mais bien par un surcroît de culture et d’éducation. Ce n’est pas l’un ou l’autre mais l’un et l’autre qu’il convient de mener de concert.»

  • Recueillir le maximum de données et d’informations.
  • Analyser, c’est-à-dire déplier, décomposer pour en rechercher les composants. C’est incontournable dans un premier temps mais cela détruit (lyse), supprime les liens, les rapports, c’est-à-dire le sens ; on perd l’essence même du fonctionnement de la vie et du phénomène social. On en reste souvent là, hélas !

Actuellement il y a la coupe d’Europe et la coupe de l’Europe !

  • A partir de l’analyse, comprendre, c’est faire l’inverse, c’est relier, synthétiser, «prendre avec» ; redonner vie aux liens, aux échanges, donc donner du sens. Comprendre est l’acte par lequel l’esprit s’approprie une connaissance. Comprendre, ce n’est pas simplement savoir, mais avoir assimilé la connaissance.

La compréhension est une démarche synthétique, visant la recherche du sens global des phénomènes ; elle serait à l’œuvre dans les sciences humaines, c’est le «pourquoi». L’explication à l’œuvre dans les sciences de la nature, est le «comment».

Il faut passer de la recherche des causes à la recherche des raisons.

Comprendre c’est :

>Mettre tous les facteurs évolutifs sur la table (information) : le social (inégalités, pauvreté, chômage, logement..), l’instruction, l’agriculture, l’économie, la finance, le terrorisme, l’environnement : terre, mer, rivière, air, sol, climat, l’histoire, la religion, la politique, l’éducation, la culture…

>Constater que la vie biologique comme culturelle est le résultat du fonctionnement complexe des interrelations et interactions entre tous ces facteurs.

>Prendre conscience que l’équilibre qui en résulte est très fragile et que la moindre perturbation engendre automatiquement une cascade de dysfonctionnements pouvant être redoutables, aussi bien pour les parties que pour l’ensemble.

Retirer un verre à la base d’une pyramide de verres peut provoquer l’écroulement de tout !

>Considérer comme une évidence que la dynamique imposée depuis des centaines d’années a provoqué des perturbations quantitativement et qualitativement considérables et que le seuil de contrôle de l’instabilité est dépassé ; on est maintenant dans le domaine de l’incertitude. «Les fonds spéculatifs» s’affolent disait Marc Fiorentino à C dans l’air ! Les politiques et les les entreprises se plaignent de manquer de vision à long terme mais elles ont contribué par leurs comportements ignorants et irresponsables à créer ce climat d’incertitude !

Pour plagier l’actualité, la tentative de rétablir un équilibre par des accords de branches est illusoire car la solution est un accord entre les branches donc un accord global.

Pour réaliser cela, ce n’est pas l’individualisme mais le collectif, la compétition mais l’union !

Le néolibéralisme est bien mal armé pour cela !

Trois économistes se sont livrés il y peu, à une critique en règle dans l’organe officiel du FMI «Finance and Développement». Ils dénoncent les effets catastrophiques de l’ouverture du marché des capitaux, de l’austérité et de la privatisation à outrance.

497 sans-abris sont morts en 2015 en France !

Actuellement, les relations sont inséparables d’une vivacité émotionnelle et combative, une provocation pour attirer l’attention…Cette manière de s’exprimer est en phase avec la réalité des échanges dans tous les milieux, surtout dans celui des médias et des réseaux sociaux. Ce phénomène se retrouve dans le showbiz, la politique (c’est le populisme, le nationalisme, l’identitaire…), l’économie, la critique littéraire… :«débats méchants, bagarre des mots, conversation réduite non pas au fond mais «à un pur exercice de catch» sur la forme» comme disait Pierre Bourdieu.

Dernièrement Jean-Claude Guillebaud dénonçait l’usage routinier de l’injure:

«On dénonce, on montre du doigt, on excommunie avec une allégresse hargneuse».

De plus, l’explosion des «opinions», du simple citoyen au politique ou à l’expert, vient apporter confusion et désordre qui parasitent la compréhension et nous mènent au chaos. Ces «croyances» sont légitimées par une fausse science utilisant ; expertises, sondages, moyennes, courbes, tableaux ; en bref, des chiffres, qui ne font que dire ce qu’on a envie de démontrer. Le dogme de la théorie scientifique ne fait que réinventer celui du socialisme scientifique dont on a déjà mesuré l’absurdité.

«La vision du monde qui nous gouverne correspond sur quantité de points à celle des Soviétiques d’autrefois.» n’hésite pas à affirmer J-Cl Guillebaud.

La compréhension est le résultat, comme dit Edgar Morin, d’une pensée globale, une pensée qui refuse de prendre une partie pour un tout et qui privilégie l’importance primordiale de la qualité des liens entre les parties.

Ce comportement est excessivement difficile à suivre dans un monde qui veut de la vitesse, de la rentabilité immédiate, il nécessite la plus grande prudence (précaution), la plus grande réflexion pour déplacer un équilibre ultra fragile compte tenu de sa complexité, mais, déjà, le fait d’en prendre conscience et la volonté d’agir en conséquence, serait un progrès énorme.

Lorsque des décisions humaines entrent en jeu, il faut chercher à comprendre et non plus seulement recueillir des informations.

par Georges Vallet

crédits photos:fr.123rf.com

L’état d’urgence c’est aussi un état d’esprit

imagesEn raison de son emploi exceptionnel peu d’entre nous savent ce qu’entraîne une mesure telle que l’état d’urgence. Pourtant si l’on se réfère à son contenu et aux dispositions qui en découlent, force est de constater que son application nous concerne tous. Nous avons, pour prévenir un danger potentiel, un certain nombre d’obligations.

La liberté est un état d’esprit. Paul Valéry

A l’évidence décréter l’état d’urgence a pour première conséquence une restriction de nos libertés individuelles. Les libertés fondamentales que sont : la liberté d’aller et venir (assignations à résidence), la liberté de réunion, la liberté d’expression, le respect de la vie privée (perquisitions de jour et de nuit), pour ne citer que les principales ne peuvent dans une telle situation s’exercer pleinement. Les autorités peuvent intervenir sans qu’il soit nécessaire de faire référence à un cadre juridique, les réunions de toutes natures doivent être soumises à autorisation, la contestation de rue est interdite, les frontières sont contrôlées. On peut ajouter que l’autorité administrative qui est dans chaque département représentée par le préfet prend le pas, dans certains domaines, sur l’autorité judiciaire. Ainsi des perquisitions seulement administratives ne sont pas soumises aux obligations du code de procèdure pénale et placées sous l’autorité d’un juge ou du procureur de la République.

Alors la contrepartie est une contrepartie d’exigences, assez nombreuses d’ailleurs, elles sont coexistantes avec un état d’esprit dans lequel doivent agir les forces de l’ordre. Ainsi l’autorité administrative utilise ces forces pour mettre en place des mesures au caractère exceptionnel. Celles-ci doivent constamment avoir à l’esprit que les nouveaux pouvoirs dont elles disposent ne peuvent être utilisés sans autres objectifs qu’une meilleure assurance de la sécurité de leurs concitoyens. Ici tout abus serait particulièrement inadmissible. Pourtant en dehotrs du contrôle de l’autorité judiciaire, qui est garante de l’application des lois, ce risque n’est pas à écarter.

Un autre état d’esprit concerne chacun d’entre nous. Les Français doivent changer et considérer que l’époque où l’on pouvait rejeter l’autorité est révolue. Chacun à son niveau a un devoir d’unité et de solidarité. Ce ne sont que des mots qui cependant correspondent à des comportements nouveaux, différents. Le premier de ces devoirs est sans aucun doute celui d’être attentif à ce que l’on voit à ce que l’on entend. Savoir discerner ce qui est normal de ce qui ne l’est pas, ce qui est inquiétant pour la sécurité de ce qui ne l’est pas et surtout savoir le signaler, le rapporter aux autorités. Le faire ne nous raménera pas à une période du passé mais permettra surtout de donner l’image d’une population soudée. Un signalement ne peut se faire qu’avec le souci de concourir à la sécurité de tous parce que la menace existe

Mais à côté de cela force est de constater que les politiques français, à quelques rares exceptions près, ne se sentent pas concernés par ce même état d’esprit fait d’unité et de solidarité. L’unité politique est absente. Il n’est qu’à entendre leurs propos qui restent contestataires, qui affichent leurs dissensions, leurs critiques. Ils ne se soucient que de manière éloignée des obligations de sécurité ; il ne pensent qu’à s’afficher par leurs différences, leurs petites phrases et autres comportements, toutes ces attitudes qui sont susceptibles de les placer sous les feux de la rampe. Nous avons besoin d’être solidaires, ils se montrent indépendants, nous avons besoin d’être unis ils se montrent individualistes, nous avons besoin de concorde, ils font connaître leur opposition, nous avons besoin de consensus, ils pataugent dans la division.

Il me semble que les politiques des autres pays ont un autre état d’esprit.

Pau, le 18 novembre 2015
par Joël Braud