Cheminots

Nous vous avons tant aimés !
Oui, vous les cheminots vous avez été aimés des Français, et ce depuis bien longtemps. Le temps des sièges en bois, des fenêtres laissant passer les escarbilles est révolu. Même le temps des records appartient au passé.

Aujourd’hui, c’est le temps du désamour. Les grèves à répétition (et le manque d’imagination pour le rendre commode) ont eu raison du fret ferroviaire, à peu de choses près. Pourtant, le rail est infiniment plus respectueux de l’environnement que le transport routier. Les voyageurs grognent en raison des retards. Sont-ils plus importants que les ralentissements que l’on observe sur les routes ? J’en doute. De plus, la SNCF a pris ces dernières années des mesures pour dédommager les passagers des trains retardés.

A ce propos, je voudrais relater ce qui a ponctué mon dernier voyage en train. A Pau, le train venu de Tarbes avait 50 ou 60 mn de retard. Se lever tôt pour attendre sur un quai brumeux n’a rien d’agréable. Mais il a fallu attendre encore avant que le train parte car un train de marchandises bloquait la voie du côté d’Artix. Puis, dans les Landes, notre TGV a encore perdu une heure afin de laisser un TER libérer la voie [sic], ce qui a porté à plus de deux heures le retard à l’arrivée. Mais à Bordeaux des boites repas ont été distribuées aux voyageurs, ce qui a permis d’éviter que la voiture bar soit dévalisée. A l’arrivée on ne trouvait pas les enveloppes que la SNCF distribuait naguère pour obtenir un remboursement partiel du billet ; il fallait donc avoir recours au site internet adéquat de la SNCF, ce qui a pu rebuter certains voyageurs.

Le rapport Spinetta va-t-il ouvrir une ère nouvelle pour la SNCF ? Il est probable que le statut particulier des cheminots tombera en désuétude, ce statut n’étant plus attribué aux nouveaux entrants. Les petites lignes comme celles de Bedous-Pau ou Saint Jean Pied de Port-Bayonne seront menacées. Il peut paraître scandaleux qu’il leur soit attribué quelque 2 milliards d’euros alors qu’elles ne transportent que 2% des voyageurs. Mais elles rendent service à des tranches entières de la population, comme les jeunes ou les personnes sans voiture. Elles contribuent aussi à la survie de territoires isolés ? Il est naturel d’établir une priorité en faveur des voyageurs des métropoles dans lesquelles se concentrent des populations très denses. Mais ce faisant on renforce le déséquilibre du territoire national. Trouve-t-on qu’il convient de renforcer les centaines de kilomètres cumulés d’encombrements journaliers ?

Dernière question. L’effort financier au profit du rail est-il démesuré par rapport aux dépenses attribuées à la route ?

Jean-Paul Penot

Crédit photo : « La Bête humaine » film de Jean Renoir – 1938

Bedous en train, Toulouse en bus et Bordeaux en TER pour monter dans un TGV ?

BAP3Bravo ! On avance pour le report modal de la route et de l’aérien vers le rail.
Décidément, ce Monsieur Duron est impayable. Après avoir torpillé les LGV, il s’en prend aux trains Intercités, pour des raisons de rentabilité, en oubliant que ce sont les TER qui sont, de loin, les moins rentables. Il semble décidé à transférer tous les déficits aux Régions.
Quelles conséquences pour le Béarn ? Le train pour aller à Bedous, le bus pour se rendre à Toulouse !
Pas de TGV, ou presque plus, dans 2 ans. De Pau, Tarbes, Lourdes et Orthez, il faudra prendre un TER jusqu’à Bordeaux pour monter dans un TGV ! L’association BAP avait soulevé ce risque dans sa contribution datée de novembre 2014 à l’Enquête publique sur le GPSO. BAP avait alerté Monsieur François Bayrou en février.
Nous récoltons le résultat de nos désunions. Ce qui est annoncé démontre que la simple amélioration de la ligne classique ne permettra pas le passage des TGV et encore moins leur arrêt à Orthez. La seule solution pour le Béarn et la Bigorre est, à terme, un barreau LGV direct entre Pau et Mont-de-Marsan, qui permettrait des TGV pour Bordeaux en moins d’une heure, pour Paris, pour Toulouse et Bilbao par Mont-de-Marsan. Mais, pour cela, il faut que GPSO aille, au moins jusqu’à Dax. Serons-nous capables de nous mobiliser tous ensemble ? C’est vital avec la nouvelle Région où nous risquons d’être totalement marginalisés.
On reproche à BAP d’être pour le tout routier, alors que cette association se bat depuis toujours pour le ferroviaire, que ce soit tant pour les destinations nationales que pour celles béarnaises avec un déploiement plus conséquent de Lourdes à Puyoo et de Pau à Oloron.

– par Jean-Jacques Boisserolle et Philippe Guilhemsans, Administrateurs de Béarn, Adour, Pyrénées

Train-Train ?

imagesLes rédacteurs d’Alternatives-Pyrénées font leur possible pour vous donner des informations de première main et des réflexions personnelles. Mais il leur arrive de ne pas être en première ligne. Ainsi, en prenant le train 67241 j’avais 18 h de retard sur le TER qui a percuté un TGV jeudi 17 vers 17h.

En pensant à la souffrance des blessés, à l’inquiétude des familles, je ne peux le regretter. Mais, ne pouvant vous donner un témoignage direct sur les circonstances de l’accident, je dois me contenter de quelques commentaires et questions.

Je n’ai subi que les inconvénients de la désorganisation qui semblait régner encore au lendemain matin de la catastrophe. Certes, des autocars de remplacement avaient été prévus, mais la seule information affichée était l’annonce de l’interruption du service et les agents, pressés de questions par les voyageurs ont longtemps semblé incapables de donner une réponse quant à l’arrivée de ces transports de remplacement, sans parler des correspondances.

Nulle agressivité de la part des voyageurs. Ils n’étaient que désireux de savoir si leur voyage pourrait aboutir. Beaucoup devaient penser qu’ils avaient la chance de n’avoir pas subi le choc. Une telle pensée rend serein. Pour ma part, je me suis fait une raison de mettre 5h pour rallier Hendaye depuis Pau (en incluant une demi-heure de marche) et j’ai apprécié de parcourir une route que je n’avais pas empruntée depuis des lustres. Ce qui m’a permis de voir les transformations du paysage : pas très réconfortantes pour les yeux, mais preuves sans doute d’une certaine vitalité économique.

La question cruciale qui vient à l’esprit reste évidemment : cet accident aurait-il pu être évité ? Il semble que la défectuosité du signal numéro 23 avait été détectée la veille et un agent de la maintenance était sur place. N’aurait-il pas fallu que le centre de gestion de la circulation des trains situé à Bordeaux lance un appel à la vigilance auprès de tous les conducteurs de train circulant sur ce tronçon ?

Par ailleurs, la différence de vitesse entre les deux trains n’était que de 60km/h (90km/h et 30km/h pour les deux trains). N’était-il pas possible de détecter le convoi précédent et de freiner le TER ? Un TGV sur une voie, cela se voit (sauf peut-être dans une courbe, mais cela n’était sans doute pas le cas à Denguin). Enfin, à l’heure où la plupart des automobiles récentes sont équipées de radars de recul (et d’autres équipements plus sophistiqués) serait-il impossible de munir les trains de dispositifs de détection d’obstacle sur la voie ?

Circuler en train est beaucoup plus sûr et plus écologique que de rouler avec sa voiture personnelle. Mais comme la souplesse n’est pas la même, il ne faudrait pas que les conditions de sécurité se relâchent. Une politique d’économie en la matière peut se révéler désastreuse et peut rebuter les voyageurs. Par ailleurs, dans la bataille pour la reprise des activités d’Alstom, la signalisation n’a-t-elle pas été  un enjeu important ? Si la perte des activités de construction de chaudières n’est guère compensée que par un renforcement du secteur de la signalisation et que celui-ci subit une perte d’attractivité, le marché conclu ne se révélera-t-il pas un marché de dupes ?

Le précédent des activités de transport de fret peut rendre circonspect. Qui n’a le cœur serré de voir les bâtiments du SERNAM à l’abandon et de constater que des files de camions espagnols se pressent sur l’autoroute d’Irun à Bordeaux ? Est-ce là une bonne chose pour l’équilibre thermique de la planète ? Les agents de la SNCF n’ont-ils pas scié la branche sur laquelle ils étaient assis lors de grèves à répétition qui ont fait fuir les donneurs d’ordre ? Leurs revendications sont peut-être légitimes, mais ne passent-elles pas au premier plan, devant l’amour du métier qui était de mise autrefois ? Bien des agents de la SNCF ont un métier difficile, avec des déplacements incessants. Mais tous ne sont pas dans ce cas, et il pourrait être judicieux de prévoir pour tout recrutement des postes plus sédentaires pour les fins de carrière. Les voyageurs comprennent difficilement les enjeux des grèves et les motifs des réorganisations. Alors qu’on leur a expliqué il y a quelques années qu’il était nécessaire de séparer la SNCF de son activité d’entretien du réseau, il est question maintenant de réunir Réseau Ferré de France avec la SNCF dans une holding. Une telle politique en dents de scie est-elle bien fondée ? La question de la sécurité ne mérite-t-elle pas une révision de grande ampleur ? Par ailleurs le passage de très grands convois, probablement plus rentables, mais offrant des risques accrus lorsqu’il s’agit de wagons-citernes contenant des fluides dangereux ne devrait-il pas conduire à une réflexion nouvelle ?

                                                                                                             – par Jean-Paul Penot

On pourra revoir le film de Ken Loach « The navigators » pour méditer sur les effets du libéralisme de la Dame de fer en matière ferroviaire.