Pau rétrograde

imagesLa mise en place de la région apporte des modifications dans le classement des villes à plus forte démographie. Si jusqu’à ce début 2016, la capitale béarnaise était la deuxième ville de l’Aquitaine en termes de population, elle vient de rétrograder en 4 ème position. Plus grave sa population décline régulièrement. Existe-il un moyen de renverser la tendance et de mettre fin à cette hémorragie ?

L’INSEE vient de publier les chiffres du dernier recensement de 2013. Selon cet organisme qui est considéré comme étant la référence dans le domaine, la ville de Pau ne compte plus que 77 573 habitants. Oui, « ne compte plus que », parce que ce chiffre est en baisse depuis 2007. En 2006 on recensait pour la ville 83 903 habitants, puis 84 978 en 2007 pour passer ensuite à 84 036 en 2008.
Depuis 2008 la baisse est constante. Ce sont donc entre 2007 et 2013, 7405 habitants qui ont déserté la capitale béarnaise, soit 8,71%.

Promenez vous dans la ville et amusez-vous à compter les pas-de-porte commerciaux qui sont fermés, vous pourrez ainsi concrétiser un certain malaise. Les rues les plus atteintes par cette déshérence sont la rue des Cordeliers et la rue Carnot auxquelles il faut ajouter le centre commercial Bosquet dont les magasins continuent à ne pas trouver de repreneurs. D’ailleurs ce centre que nous avons connu dynamique, devient triste et peu achalandé (achalandé :qui a de nombreux chalands, c’est-à-dire de nombreux clients). En raison de l’état dans lequel il se trouve maintenant, il est difficile d’imaginer son renouveau.

Ce bien pénible constat ne permet pas de connaître les causes du dépeuplement de la cité. Une autre question vient à l’esprit, celle de savoir s’il est ou non réversible. Pourquoi cette baisse de la population a-t-elle débuté en 2007 ? Que des villes d’importance comparable connaissent la même évolution ne justifie rien, ni n’apporte d’explications à la situation particulière de Pau.

La pression fiscale locale ne cesse de croître et cela plus vite que l’inflation. Les élus affirment le contraire mais plus personne ne les croit. Cet élément devient décisif dans le choix des acheteurs de biens immeubles. Ainsi tous les professionnels de l’immobilier le reconnaissent, la question sur le montant des taxes, qu’elles soient d’habitation ou foncière, est systématique et pèse sur la décision de l’éventuel acquéreur. Pau est d’ailleurs la plus fortement imposée des villes de l’agglomération ; il ne faut pas chercher ailleurs le fait que la population de ces dernières augmente à l’inverse de celle de la capitale du Béarn.

Les transports sont également un élément qui ne peut être ignoré. A trop vouloir dissuader de l’utilisation de la voiture dans le centre de la ville, on finit par décourager les éventuelles installations. Le coût du stationnement en surface a augmenté. Le prix minimum accepté par un parcmètre est passé de 0,40 à 0,50 euro. Les transports en commun ont récemment augmenté, le prix d’un trajet est passé de 0,82 euro à 0,84 euro, soit une hausse de 2,43%, au delà de l’inflation. Sont-ce là les meilleurs choix pour rendre la ville attirante et facile à vivre ? La mise à la disposition du public de véhicules de location par la municipalité s’est révélée être un fiasco.

Enfin et cet élément est sans doute un des plus déterminant, les commerces du centre ville n’attirent plus comme auparavant. L’implantation de nombreux centres commerciaux en périphérie, disposant de stationnements gratuits et de galeries marchandes dont les surfaces ne cessent de s’accroître rend de moins en moins attrayant le choix d’une domiciliation à Pau. Quel intérêt d’habiter à Pau quand l’accès aux grandes surfaces se fait très aisément depuis une autre ville de l’agglomération ?

Pau est donc devenue la quatrième ville de la nouvelle grande région aquitaine, elle est devancée par Bordeaux, Limoges et Poitiers. Cette situation semble irréversible, à moins que les élus, au lieu de clamer inutilement que notre ville est une grande ville, acceptent de mieux gérer son budget pour qu’elle perde son image de la ville la plus lourdement taxée de la région. Alors peut-être de nouveaux habitants viendront s’installer. D’ici là il y a de l’eau à passer sous le pont du XIV juillet.

Pau, le 7 janvier 2016
par joël Braud