Ils ne réfléchissent pas combien c’est dur pour nous

imgresPar cette phrase prononcée le 8 juin 2015 dans les studios de BFMTV –RMC devant Jean-Jacques Bourdin, François Bayrou a donné son avis sur le déplacement de Manuel Valls. Cet épisode en effet occupe les esprits au point de faire oublier d’autres événements qui sont peut-être plus importants.

 Tout le monde s’accorde à reconnaître que Manuel Valls, sur le plan politique, a commis une erreur en se rendant du congrès du parti socialiste à Poitiers à un match de football à Berlin en Falcon 2000. Sauf Manuel Valls, bien sûr, qui argue du fait qu’un premier ministre doit s’intéresser au sport ; qu’il devait rencontrer Michel Platini et qu’il ne s’agit là que d’un faux débat. Dans les hautes instances il est même affirmé que ce voyage revêtait un caractère institutionnel et officiel. Certains aussi mal intentionnés que bien renseignés vont jusqu’à dire que ce voyage, aller et retour, a coûté au contribuable la somme de 14.226 €. Quelle maladresse !

François Bayrou de son côté, ne s’est pas privé d’apprécier en soulignant que les politiques « perdent le sens des réalités » et que les citoyens  considèrent « qu’ils(les politiques) ne réfléchissent pas combien c’est dur pour nous ».  Il ajoute qu’un homme politique doit savoir « y résister avec force de caractère ».  La critique est de bonne guerre. Sauf que certains voyages en Chine au prétexte d’un jumelage ou en Amérique latine pour une étude on ne peut plus utile, devraient conduire nos élus locaux du niveau municipal ou départemental, à faire preuve d’un peu de modération.  Quelles  seront les retombées pour l’économie locale de ces lointains déplacements ?  Combien ont coûté au contribuable ces  envolées aussi culturelles qu’économiques ?  On ne le saura sans doute jamais.

Dans le même temps, l’abondance des informations qui nous sont délivrées quotidiennement, nous apprend que l’UNICEF lance un cri d’alarme sur les droits de l’enfant en France. Trois millions d’enfants, soit un sur cinq, vivent en dessous du seuil de pauvreté dans notre pays. 30.000 sont sans domicile, 9.000 habitent dans des bidonvilles et 140.000 décrochent de l’école chaque année.

Il n’y a bien évidemment aucun rapport entre ce cri d’alarme de l’UNICEF et les dépenses des politiques. Mais de temps à autre donner dans le mélodrame n’est pas forcément inutile parce que cela oblige à regarder ce que l’on s’applique si bien à ignorer.  Car après tout, il a raison François Bayrou quand il dit : « Ils ne réfléchissent pas combien c’est dur pour nous ».

 

Pau, le 10 juin 2015

Par Joël Braud