Ouverture de l’Entre Pau

Ne vous attendez pas à y trouver des produits à vil prix et venus de loin. Il s’agit d’un incubateur hébergé à Hélioparc à Pau, inauguré le vendredi 14 avril. Il abritera dès la semaine suivante une dizaine de jeunes pousses (je traduis pour celles et ceux qui n’entendraient que le franglais : de start-ups).

Sa particularité est d’être destiné aux étudiants ou jeunes diplômés entrepreneurs. Ces derniers ont d’ailleurs joué un rôle moteur dans cette création.

Une autre particularité est que cette structure est parrainée par des établissements que l’on pourrait voir comme des concurrents : l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (via l’Institut d’Administration des Entreprises), l’EISTI (qui est liée à l’Université de Cergy-Pontoise), la Chambre de Commerce et d’Industrie de Pau par l’entremise de l’Ecole de Commerce de Pau et la ComUE d’Aquitaine(la Communauté des Universités et Etablissements d’Aquitaine). Il est remarquable que tous ces établissements aient décidé de coopérer pour favoriser la création de jeunes entreprises et dynamiser l’insertion de leurs étudiants. Une telle entente est peut-être unique encore en France. En tous cas, comme l’a observé le Président de la ComUE, Pau a une nouvelle fois devancé Bordeaux (c’est un Bordelais qui le dit). Le maire de Pau, par l’entremise de son représentant Marc Cabanne, s’en réjouit.

J’ai retenu deux créations faites par ces étudiants-entrepreneurs. L’une est une application appelée smartfac qui vise à fournir aux étudiants une information complète et variée des ressources qu’ils pourront trouver à Pau et dans sa région. L’autre a pour but une revitalisation du centre-ville et la recréation de liens sociaux dans la population ; elle pourrait essaimer dans bien des villes menacées par un dépérissement de leur centre au profit de leur périphérie ou de leurs alentours.

Souhaitons à ces jeunes un franc succès et souhaitons qu’ils soient rejoints par d’autres aussi motivés et par des soutiens résolus.

Jean-Paul Penot

Les silences du corporatisme

imagesUn événement palois passé quasiment inaperçu me conduit à choisir ce sujet. Le mardi 12 mars, France Bleu Béarn était, le seul organe de presse à se faire l’écho d’un vol commis par des étudiants à l’Université de Pau. Peu de bruit autour de ce fait divers qui, à deux titres au moins, est significatif de certains comportements. Quel événement ? Quel enseignement ?

A cette date donc, il était révélé que des étudiants en anglais ont dérobé le contenu de l’ordinateur de leur professeur renfermant le texte de leurs dictées hebdomadaires. Les notes de ces épreuves comptent pour le contrôle continu. Ces voleurs puisqu’il n’y a pas d’autre mot pour qualifier leur acte, doublés de tricheurs, ont été sanctionnés, mais pas suffisamment selon leurs camarades. Les enseignants ont fait savoir qu’ils avaient été sanctionnés en écopant d’un zéro. Certains étudiants veulent plus de sévérité, la sanction, disent-ils, est insuffisante. Une commission de discipline est chargée de trancher. Il est certain que sans la revendication de ces camarades auprès d’un média, cette affaire n’aurait jamais été dévoilée.

L’éducation Nationale, et nous y sommes maintenant habitués, préfère régler son linge sale en famille et surtout que rien ne transpire qui pourrait nuire à son image. Cela ne serait pas si grave si, à partir de ce principe qui devient maintenant un peu trop fréquent, on ne pouvait y voir une forme de corporatisme ou plus précisément de silence corporatiste. Car ne nous y trompons pas, le fait rapporté relève de la rigueur de la loi.  Voler ainsi et tricher de la sorte sont prévus et réprimés par le droit pénal. Garder le silence sur ces actes lorsqu’on est un enseignant, c’est-à-dire celui qui est chargé de préparer des jeunes femmes et hommes au fonctionnement et aux rigueurs de notre société, revient à ignorer  la nature éducative de la mission confiée. C’est à la Justice de gérer ce genre de fait, non pas parce qu’il s’agit de vouloir punir à tout prix, mais parce que c’est de sa seule autorité  que cela dépend.  Qui peut prétendre s’ériger en justicier ? Il n’est pas éducatif de laisser croire que l’on peut laver son linge sale en famille. Les professeurs ne peuvent se substituer à l’institution judiciaire. La sanction administrative ne peut être exclusive.

Dans un excellente chronique, intitulée « Pédophiles : les silences de l’école, Emmanuel Davidenkoff, dans l’hebdomadaire l’Express (n° 3330 du 29 avril 2015) ne dénonce pas autre chose lorsqu’il écrit : « Que faire lorsque son enfant est victime d’actes de pédophilie de la part de son instituteur ? « Ne rien dire, et changer l’enfant d’école, ce que font beaucoup de mères. » Cette réponse fut donnée par un inspecteur de l’Education nationale, en 2004, lors du procès d’un instituteur de CP de Cormeilles (Eure). Le procès a montré les mécanismes du  silence corporatiste de l’Education nationale. Il a montré que la défense de l’institution justifie que l’on sacrifie des enfants. »  Pas de bruit, pas de vague, on sait ce qu’il en a résulté par l’exemple d’autres faits divers plus récents.

Dans un cas comme dans l’autre, aux circonstances différentes, c’est vrai, on peut voir un corporatisme destructeur. Il s’agit là de la défense exclusive des intérêts particuliers d’une catégorie de personnes. Le corporatisme désigne, de manière péjorative, l’attitude consistant à défendre les intérêts de sa corporation, de sa caste ou de son groupe social. C’est le cas lorsqu’un groupe puissant, ayant un comportement qui s’apparente à celui des corporations de l’ancien régime, parvient à faire pression sur les pouvoirs économiques, sociaux et politiques et à contrôler ses décisions au seul bénéfice de ses adhérents plutôt qu’à celui de l’intérêt général.  Peuvent ainsi être cités certains syndicats, les grands corps de l’Etat, certaines organisations professionnelles telles que les conseils de l’ordre, les anciens élèves des grandes écoles. On pourrait également parler ici des tribunaux arbitraux qui sont étrangers à l’institution judiciaire.

 Le corporatisme peut être considéré comme un dévoiement de la démocratie. C’est pourquoi  il faut être vigilant et combattre cette tendance naturelle de certaines catégories sociales, dont il ne faut surtout pas exclure les politiques, à vouloir se protéger et à chercher à bénéficier de privilèges.

Pau, le 18 mai 2014

Par Joël BRAUD

UPPA – La mue de l’Université

uppaBayonneTentons d’éviter un double piège. Celui de simplifications outrancières (la « mort » de l’U.P.P.A., Université de Pau et des Pays de l’Adour, a été trop de fois annoncée dans le passé) et celui d’un exposé trop technique sur ce que j’appelle une mue.

La loi Fioraso ou loi ESR (enseignement supérieur et recherche) du 23 juillet 2013 va  entrer en application. Progressivement, car on attend pour janvier la publication des décrets qui doivent préciser son application et parce qu’une de ses dispositions les plus essentielles, la mise en place de communautés d’universités et d’établissements, ne sera complète que lorsque ces nouveaux organismes auront défini leurs statuts et que ceux-ci auront été approuvés par le Ministère.

C’est une loi très copieuse, qui restait obscure à bien des membres de la communauté universitaire, si bien que le Président de l’U.P.P.A. a jugé utile de la réunir (en liaison audio-visuelle avec les centres de Bayonne-Anglet et Mont-de-Marsan) avec l’aide de la responsable du service juridique ce lundi 16 septembre. Son exposé de deux heures ne sera que très partiellement évoqué ici.

Cette loi se substitue à la loi L.R.U. ou loi Pécresse. Mais bien des observateurs estiment qu’elle ne rompt pas avec sa logique. L’objectif principal est de faire naître 30 pôles de formation et de recherche mieux visibles à l’échelle européenne et internationale. Une base régionale est retenue afin de permettre des regroupements. Les régions et les collectivités territoriales sont expressément invitées à la gouvernance des nouveaux ensembles avec des représentants des établissements, des entreprises, des personnels enseignants ou non enseignants et des étudiants. L’architecture elle-même des universités est modifiée, un peu comme si dans une maison on abattait des cloisons pour remodeler des pièces. En l’occurrence, deux anciens conseils sont regroupés en un « conseil académique » : le conseil scientifique et le conseil des études et de la vie universitaire. Mais ce nouveau conseil comprendra deux commissions, l’une chargée de la recherche et l’autre de la formation…Les attributions de ce conseil sont élargies, mais son pouvoir ne sera décisionnaire que pour les mesures n’ayant pas d’incidences financières, les autres devant recevoir l’aval du conseil d’administration. Gageons que cette distinction ne sera pas facile à mettre en pratique !

La loi est marquée par l’air du temps. Une stricte parité hommes-femmes devra être respectée partout. Comme cette parité n’est pas (encore ?) en usage parmi des dirigeants d’entreprises, il conviendra que les collectivités territoriales choisissent de préférence leurs représentants parmi les femmes. La représentation du personnel BIATSS (personnel non enseignant) et des étudiants sera renforcée. Pour les élections, la prime majoritaire sera rabotée (ramenée à deux sièges), ce qui préfigure peut-être une disposition réclamée pour les élections parlementaires.

Les dispositions en matière de pédagogie et de formation sont regroupées en cinq secteurs. Les stages devront comporter une gratification pour toute durée supérieure à deux mois, y compris dans l’administration. Les doctorants et docteurs seront mieux reconnus, en particulier dans la fonction publique. Un bureau d’aide à l’insertion professionnelle sera mis en place pour remplacer des organes existants et leur attribuer de nouveaux objectifs. La place du numérique se trouve renforcée. Les exceptions à l’usage de la langue française sont précisées et quelque peu étendues, notamment pour les formations transfrontalières. Mais ce point ne semble pas mériter les craintes et les cris d’orfraies que l’on a pu entendre.

A mon sens, bien des aspects de cette loi relèvent plus de réajustements que d’une nouvelle vision audacieuse. Ainsi l’instance d’évaluation des universités, l’AERES, très critiquée, sera remplacée par un HCERES, un Haut Conseil d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. Par ailleurs, l’absurde spécificité française de réserver la sélection aux écoles, grandes ou petites et aux formations courtes plutôt qu’aux voies menant à des études longues et à la recherche n’est pas remise en cause. Dans ces conditions, les efforts pour améliorer la réussite et l’efficacité du système risquent d’avoir une portée limitée.

C’est à l’usage que l’on pourra voir si cette nouvelle loi aura des effets bénéfiques. Sa disposition la plus importante, la régionalisation de la recherche et des formations supérieures peut conduire à des synergies intéressantes et à des renforcements. Mais elle peut aussi constituer un échelon supplémentaire qui ne serait pas générateur d’économies, d’efficacité et de justice.

Le Président, M. Amara affiche un optimisme lucide. Il semble bien tenir la barre de son navire. Et il a bien navigué pour faire entrer l’UPPA au sein des membres fondateurs du PRES de Bordeaux, ce qui lui permettra de mieux peser sur la constitution de la Communauté d’Universités et d’Etablissements de la région. On peut espérer que la dynamique qu’il préconise, notamment pour une université transfrontalière, sera suivie et porteuse d’avenir.

– par Jean-Paul Penot