L’audit des collectivités territoriales : votre avis !

vignette M CaussimontLe 9 octobre 2014, Alternatives Pyrénées vous présentait une publication de deux chercheurs de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, intitulée « L’audit des collectivités territoriales : pour ou contre ? Dans quel objectif et selon quelles modalités ? »

Aujourd’hui, nous vous proposons de participer, grâce au lien qui se trouve sous cet article, à cette enquête en répondant au questionnaire proposé.

Le temps nécessaire pour répondre est estimé à 15 – 20 minutes. Chaque participant peut le faire de manière rigoureusement anonyme, cependant ceux qui désirent connaître le résultat du sondage, sont invités mentionner leur adresse courriel. Enfin cette démarche ne nécessite pas de connaissances particulières dans le domaine concerné.

Rappelons de façon succincte, quels étaient les principes évoqués lors de la première publication. Les chercheurs de l’UPPA ont eu l’intuition qu’il pourrait être bénéfique d’organiser des contrôles ou audits des finances publiques – dont, celles des collectivités territoriales-, sans en être pour autant certains. Actuellement la certification des comptes publics n’existe pas de manière systématique. En définir la forme serait une évolution qui irait, vous vous en doutez bien, dans le sens d’une plus grande transparence de la gestion des territoires par les élus. Ces derniers, il faut le souligner, n’expriment pas de réelles réticences à ce projet. Mais depuis près de vingt ans, ce sujet apparait et disparait régulièrement de la scène politique, tel un serpent de mer. Votre avis apportera un autre éclairage au législateur.

Notre démarche auprès de vous est une démarche citoyenne qui s’inscrit très justement dans l’esprit d’Alternatives Pyrénées, aussi nous sommes convaincus que vous aurez à cœur de faire connaître aux initiateurs de cette enquête, votre préférence pour un choix du système de contrôle ; vous les aiderez dans leur recherche qui a pour objectif d’améliorer la transparence des comptes de la Nation et de ses territoires.

– par Alternatives Pyrénées

Pour répondre à l’enquête c’est ICI

L’audit des collectivités territoriales : Pour ou contre ?

vignette M CaussimontAlternatives Pyrénées lance auprès de ses lecteurs une démarche originale par rapport aux thèmes abordés habituellement. Originale certes, mais qui reste dans l’esprit de notre publication. Deux chercheurs de l’Université de Pau Pays de l’Adour, Marie CAUSSIMONT et David CARASSUS proposent par notre intermédiaire un sondage adressé à tous les citoyens qui se sentent concernés par la chose publique. C’est le cas bien sûr de nos lecteurs. Votre opinion nous intéresse et surtout peut faire évoluer dans le bon sens la gestion des collectivités territoriales.

Merci pour votre implication.

 L’audit des collectivités territoriales : Pour ou contre ? Dans quel objectif, et avec quelles modalités ?

 La certification des comptes publics connaît un essor important ces dernières années. En effet, au delà des structures parapubliques, comme les associations ou les Sociétés d’Economie Mixte Locales, où la certification a été antérieurement mise en œuvre, le législateur a peu à peu rendu obligatoire l’intervention d’un commissaire aux comptes dans la sphère publique. Ainsi, au cours de la dernière décennie, le périmètre de la certification des comptes s’est élargi à de nombreuses administrations. Cependant, la question de l’audit des collectivités territoriales reste d’actualité. Ce sujet apparu au cours des années 1990, émerge régulièrement tel un serpent de mer… et est toujours non tranché, malgré de successives déclarations d’intention au plus haut niveau.

 1. Sur le contexte

 Les collectivités territoriales représentent plus de 3 millions d’agents publics, des budgets supérieurs à 220 milliards, et se voient attribuer de plus en plus de missions. Les sommes que leur verse l’Etat chaque année équivalent au déficit public. Certaines ont traversé d’importantes crises dans un passé récent, comme celle des emprunts dits structurés… qui se sont révélés « toxiques ».

La directive européenne du 8 novembre 2011 impose aux États membres de mettre en place d’ici juillet 2013 un système de comptabilité publique couvrant de manière exhaustive et cohérente l’activité de l’Etat, y compris les collectivités locales, et soumis à un audit indépendant et externe. Or les Chambres régionales des comptes pourraient ne pas répondre à de telles exigences…

2. Concernant le présent

Les contrôles existant dans les collectivités locales diffèrent fortement en France de ceux existants dans d’autres pays développés, tant dans leurs objectifs que leurs acteurs ou leurs modalités de communication au public.

En France, les comptes des collectivités territoriales ne font pas l’objet d’une certification à proprement parler. Les collectivités locales sont contrôlées par les Chambres Régionales des Comptes avec des moyens limités. Ces contrôles s’avèrent présenter des problèmes de forme et de fond. A titre d’exemple, la fréquence des contrôles : au mieux tous les 4 ans pour les grandes villes comme Bordeaux ou Toulouse, 6 ans en moyenne pour les villes de la taille de Pau ou Bayonne, quasiment nulle pour les autres.

Une interrogation s’impose : cela doit-il changer ? Ce sont les intéressés qui peuvent le dire : les élus, mais pas seulement… Quelle est la position des banquiers, des Directeurs Administratifs et Financiers et Directeurs Généraux des collectivités locales, des citoyens… ?

Pour répondre à ces questions, la Chaire OPTIMA de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (http://optima.univ-pau.fr) a lancé une enquête nationale sur la question de l’audit – ou non – des collectivités territoriales. Les personnes interrogées peuvent librement exprimer une préférence pour le système de contrôle actuel tout comme une volonté d’évolution dans le temps d’un ou plusieurs aspects des dispositifs existants

Nous avons commencé à interroger cet été une base de plus de 9000 contacts dans les collectivités territoriales. Et nous pensons que les citoyens sont une partie prenante majeure qui doit être consultée. Un sondage vous est proposé afin de savoir si vous souhaitez exprimer votre position sur ce sujet.

3. Concernant le futur

Cet automne le Parlement examinera un projet de loi comprenant dans son article 20 et pour une durée de cinq ans, une expérimentation de dispositifs destinés à assurer la régularité, la sincérité et la fidélité des comptes des collectivités locales (projet de loi de développement des solidarités territoriales et de la démocratie locale, déposé par le Gouvernement au Sénat le 10 avril 2013). Le processus législatif suit son cours, et les questions non résolues sont nombreuses : ces audits sont-ils souhaitables ? Le cas échéant qui les pratiquerait ? Dans quel objectif ? A quel type de communication donneraient-ils lieu ?

Et ce projet ne va concerner que les très grandes collectivités et sur la base du volontariat. D’après de premiers calculs cette option va concerner par exemple 23 à 25 communes… sur 36 000…

En conclusion, les voix non seulement des élus et autres parties prenantes méritent d’être entendues, mais aussi celles des citoyens afin d’éclairer ce sujet.

 Marie CAUSSIMONT                                                                                    David CARASSUS

Doctorante en Sciences de Gestion                                                   Professeur des Universités

Commissaire aux comptes (prés la Cour d’Appel de Pau)         Président de la Chaire OPTIMA

Diplômée d’expertise comptable.

Réflexions sur l’actualité.

 imagesPiochés dans l’actualité paloise de ces jours derniers, trois sujets retiennent l’attention : L’homicide d’Alexandre Junca,  la mise en examen du maire de Biarritz et enfin les problèmes financiers de l’UPPA. Sur les deux premiers sujets, j’avais eu l’occasion de m’exprimer dans cette parution. L’évolution des enquêtes judiciaires permet de constater que la justice fait son travail. Réflexions.

 L’homicide du jeune Alexandre. * Les aveux d’une protagoniste permettent de savoir ce qu’il s’est passé ou à peu près, tant ces personnages sont difficiles à cerner et ne sont pas embarrassés par les contradictions et les invraisemblances. L’horreur absolue, ce que l’on craignait semble être la vérité. Ce jeune garçon a été maltraité, torturé avant d’être tué. Dans cette affaire, la détention préventive des mis en cause a porté ses fruits. La juge d’instruction a usé de ce moyen pour parvenir à des aveux. Il faut savoir  reconnaître l’utilité de cette mesure, même si, comme le dit le code, elle doit rester l’exception.

 Le maire de Biarritz. ** C’est sans doute à la suite de problèmes internes à la mairie de cette ville que la police municipale a dévoilé ces pratiques municipales. Le maire se prenant pour un procureur faisait allègrement sauter les P.V. Certes les raisons étaient généreuses, mais les meilleures intentions du monde ne sont pas créatrices d’un droit. Comme le dit l’adage, « Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes ». On ne s’empêchera pas de penser que certains édiles se croient tout permis et se placent  au- dessus des lois.  Ce cas n’est sans doute pas unique il devrait servir d’exemple.  La police est une chose trop sérieuse pour être confiée à des élus. Rappelons, car il faut le faire, qu’une mise en examen n’est pas une preuve de culpabilité et n’aboutit pas forcément à une condamnation, c’est cela la présomption d’innocence. Cependant une mise en examen repose sur l’existence d’une infraction au droit pénal.

 Les difficultés financière de l’UPPA. L’Université de Pau et des Pays de l’Adour est en difficulté financière. La dotation de l’Etat qui s’élève à 16 millions d’euros ne lui suffit plus pour faire face aux dépenses de fonctionnement. Il manque 4 ou 5 millions. Cela était prévisible. La solution sera de geler quinze à seize postes d’enseignants. Quand l’université se dégrade… Reste à savoir si la participation de l’Etat correspond à un désengagement ou si la gestion décentralisée est déficiente.  Pourtant des travaux de bétonnage de nature à défigurer un des plus beaux et des plus verdoyants campus universitaires de France, sont en cours, ils permettront d’agrandir les locaux de la faculté de Droit de 2.200 m². C’est toute la différence qui existe en frais de fonctionnement et frais d’investissement. Le contribuable, lui, n’a qu’une seule poche.

 Pau, le 12 décembre 2013

                                                                                               Par Joël Braud

 

         *   Affaire Alexandre Junca, un gros travail de flic. A@P du 9 avril 2013

** Biarritz, il se prend pour le proc.  A@P du 2 juillet 2013

Découvrir la ruralité béarnaise du 1er au 5ème siècle

DSC_2020Oui, vous avez bien lu… il y a plus de 15 siècles ! C’est l’exploitation de la découverte et des fouilles archéologiques de la villa gallo-romaine de Lalonquette par l’espace muséographique de Claracq qui la rend possible. Ces deux villages distants de quelques kilomètres sont, en effet, dans les Pyrénées-Atlantiques, plus précisément dans le canton de Thèze.

 1843, un jeune séminariste de passage en Béarn, découvre dans un pré quelques mosaïques. Il les reconnaît comme étant très anciennes comme on peut le lire dans le Mémorial des Pyrénées en date du 13 septembre 1843.
19ème siècle, fouilles sporadiques sans suite concrète. 1959-1972, l’archéologue, Jean Lauffray met à jour les vestiges de la villa. 1994, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) reçoit la mission de reprendre les fouilles et de formuler de propositions quant à leur devenir. Les résultats sont suffisamment encourageants pour qu’en 2001, soit lancé un projet de fouilles coordonné par F. Richin, Maître de conférences d’Histoire Ancienne à l’UPPA.

Qu’a-t-on, alors, découvert ?

la villaUne villa, simple ferme au 1er siècle et qui n’a cessé de s’agrandir. Une villa imposante qui, au 5ème siècle, s’étend sur deux hectares environ. Une villa « confortable », équipée de l’équivalent à l‘époque du chauffage central et d’une piscine (thermale) ! Résidence principale ou peut-être secondaire, d’un notable. Pourquoi a-t-elle été abandonnée ? Rien ne permet d’émettre une hypothèse. Seule certitude, ce n’est pas la conséquence d’un incendie dont nécessairement les fouilles auraient montré les traces.

C’est la Communauté de Communes de Thèze (18 communes et autour de 5000 habitants donc, moins que Gan) dont font partie Claracq et Lalonquette qui a pris l’initiative d’exploiter les résultats de cette dernière prospection. Son but était de créer un outil de développement culturel et touristique autour de deux sites, la villa gallo-romaine de Lalonquette et un espace muséographique à Claracq entièrement à inventer. Pour relier les deux, un sentier, 1,7 kms un peu escarpés certes, mais parfaits pour allier culture, sport et promenade de découverte.

Le coût du projet et son financement ?

Un projet de 700 000 € environ dont 65 % apportés par la Communauté de communes de Thèze, le reste (35%)  étant couvert par l’Etat, la région Aquitaine et le département des Pyrénées Atlantiques.

Un espace muséographique pour quoi faire ?

DSC_1906L’objectif premier du musée est pédagogique.
La visite se déroule selon quelques grands thèmes : l’historique des fouilles, le train de vie des aristocrates, l’exploitation du domaine, la construction des bâtiments, leurs décors très colorés, leurs sols de mosaïques.
Des images, des reproductions d’objets, de murs, de mosaïques illustrent comment on construisait, on travaillait au début de notre ère. Des maquettes tactiles aident les plus jeunes à se représenter la campagne environnante.
L’un des points remarquables du musée de Claracq, est l’exposition de pavements de mosaïques, celles qui ornaient les sols de la villa. Il s’agit des vraies mosaïques retrouvées sur le site et reconstituées dans le musée. Elles font l’objet de jeux pour retenir l’attention des jeunes visiteurs. Entre autres, on leur fait mémoriser les caractéristiques des motifs à l’aide de petits puzzles.

Deux autres projets importants vont ou sont sur le point d’être réalisés.
Le premier est en cours de construction. Il s’agit d’un abri en bois, espace qui accueillera des fosses aménagées pour permettre aux enfants de s’initier aux fouilles archéologiques. Une expérience grandeur nature.
Le deuxième a pour vocation de faire sortir le visiteur du musée pour lui faire découvrir la villa de Lalonquette. Après avoir assuré sa protection et sa sauvegarde, le site fera l’objet d’un traitement paysager qui permettra au visiteur de toucher du doigt l’immensité du site et la distribution générale des pièces de ce palais campagnard.

logoUn musée ouvert au plus grand nombre
Le musée a le  label « Tourisme et Handicap »  donc, quel que soit le handicap d’une personne, moteur, visuel, auditif, elle peut accéder aux différentes salles et comprendre le discours scientifique des commentateurs .

Qu’ai-je retenu de la visite du musée, qu’est-ce qui m’a le plus frappée ?

C’est l’existence d’un Béarn immémorial.
A Claracq, on a la confirmation que cette villa Gallo-Romaine du début du 1er siècle après Jésus-Christ, était dans le pays  » Béarn ». Ce pays faisait partie de l’Aquitaine où vivaient des populations plus proches des Ibères que des Celtes établis plus au nord de la Garonne ; plus proches des Ibères par la langue, les coutumes et les lois.
Les vestiges retrouvés lors des fouilles permettent d’affirmer que les cultures développées autour de la villa étaient celles caractéristiques du Béarn. Dans la plaine on faisait pousser des céréales, du blé, pas du maïs bien entendu ! Sur les hauteurs, on élevait des troupeaux : vaches, porcs et moutons. Ces derniers déjà pour la laine. Le pastoralisme pyrénéen existait  déjà, et la transhumance aussi ! On y cultivait quelques vignes et la proximité avec le Madiranais n’est certainement pas le fruit du hasard.
Enfin, petit clin d’œil de l’histoire à notre 21ème siècle, la villa gallo-romaine de Lalonquette, construite dans vallée du Gabas était à proximité de la voie romaine reliant Bordeaux à Saragosse !

J’ai été conquise par cet espace créé dans une vieille ferme entre mairie et château. La mairie de Claracq est une belle bâtisse avec fenêtre à meneaux. Le château est une belle gentilhommière entourée de quelques vieux arbres. Le château est la propriété de Claracq. La commune a engagé les dépenses pour restaurer les façades, les menuiseries extérieures et la toiture. Un gros effort financier pour une commune de 250 habitants. L’intérieur reste à faire. Dommage, car il y a là un potentiel complémentaire du musée à exploiter : exposition, hôtellerie, restauration, tout reste à inventer et les partenaires à trouver.

 copie DSC03040Je suis allée visiter Claracq seule. Et j’ai découvert à plus de 60 ans, des vestiges de l’histoire de mon pays, le Béarn avec intérêt parce que les animateurs adaptent leur discours au visiteur, à son âge et à son attente. Mais, parce que cet espace a aussi la vocation de s’adresser à des enfants, j’y reviendrai avec les jeunes de ma famille, le côté ludique de la visite intéressera les jeunes et même, les très jeunes.

– par Hélène Lafon

Les horaires et les tarifs, c’est ICI

Contact : Espace muséographique de Claracq – 64330 CLARACQ – 09 67 13 86 69 – musee@cc-theze.fr

« Des Pyrénées à la Pampa »

dornelLaurent Dornel, maître de conférences en histoire contemporaine à l’UPPA, vient de publier « Des Pyrénées à la Pampa », un ouvrage, qui retrace l’émigration des quelques 150.000 basques et des béarnais au XIXe et XXe siècles vers les pays américains, en particulier l’Argentine.
Cet ouvrage, auquel ont contribué des historiens français, espagnols et argentins, revient sur les transferts culturels et techniques. À travers les réseaux et les pratiques transnationales de quelques représentants de l’émigration d’élites, il propose une réflexion inédite sur la reconstruction des identités et des appartenances culturelles en migration. Son objectif : mieux appréhender la culture de la mobilité.

AltPy – Votre livre retrace l’émigration basco-béarnaise vers les Amériques entre 1820 et 1930. Quelles étaient la ou les causes du départ et sont-elles toujours présentes aujourd’hui ?
Laurent Dornel – Les causes sont multiples et peuvent varier selon les époques. Il faut combiner les facteurs de répulsion (« push ») et ceux d’attraction (« pull ») mais aussi tenir compte des traditions de mobilité qui se manifestent sous la forme de chaînes ou de réseaux migratoires. On part donc pour fuir un certain nombre de choses : la conscription, l’impossibilité d’accéder à la terre (les cadets), l’absence de perspective professionnelle, l’exil politique (Alexis Peyret par exemple, mais ce n’est pas chez lui la seule motivation); mais on part aussi pour tenter d’améliorer sa condition (par exemple, les aînés qui souhaitent augmenter leur patrimoine afin d’acquérir d’autres terres), pour valoriser un savoir faire (les tailleurs et cordonniers d’Hasparren en sont un bel exemple étudié dans notre ouvrage), pour faire fortune (« faire l’Amérique »)… Ce ne sont pas les plus misérables qui partent, mais souvent les plus motivés, les plus dynamiques, qui peuvent payer la traversée ou s’en faire avancer le prix. Bien souvent, ces départs se font dans le cadre de réseaux professionnels ou familiaux plus ou moins anciens, c’est-à-dire structurés par l’interconnaissance qui est une caractéristique fondamentale des sociétés rurales du XIXe siècle : on rejoint donc un « pays » ou une « payse ».

AltPy – Vers quelles directions partaient les principaux flux de migration ? Y-a-il eu des « pics migratoires » ?
Laurent Dornel – Dans l’histoire des migrations au XIXe siècle, la France occupe une place assez singulière, s’affirmant essentiellement comme un pays d’immigration à l’heure où ses voisins connaissent une puissante émigration. Comparés aux Britanniques, aux Allemands et bien sûr aux Italiens, les Français émigrent relativement peu. Entre 1821 et 1930, environ 3,1 millions de Français quittent leur pays, dont 20% seulement partent vers les colonies. Pour un élément de comparaison, au cours de la même période, 4 millions d’Espagnols partent vers le Nouveau Monde, dont plus de 2 millions en Argentine, plus de la moitié s’y fixant définitivement. Les pics se situent dans les années 1870-1880, époque de massification des moyens de transports mais aussi de crise économique en Europe. Pour ce qui est des flux, nos Basques et Béarnais se dirigent plutôt vers les Amériques, essentiellement vers la Californie, le Mexique et l’Argentine.

AltPy – A-t-on des chiffres précis sur ce « départ aux Amériques » ?
Chaque village ou presque du Béarn ou du Pays basque a été touché par l’émigration vers les Amériques. Mais un dénombrement précis est sans doute impossible à obtenir, faute de de sources fiables, du fait que nombre de départs furent clandestins, mais aussi en raison des retours. Le monde de la fin du XIXe siècle est beaucoup plus ouvert qu’on ne le croit généralement. Certes les Etats modernes se dotent d’instruments administratifs de plus en plus performants mais qui n’enserrent pas les individus comme aujourd’hui. Ainsi ces derniers circulent-ils le plus souvent très librement.
Pour les Pyrénées-Atlantiques, on estime à 35.000 (dont 29.000 nantis d’un passeport) le nombre des départs pour la période 1832-1858. Pour la période 1855-1905, les estimations comptabilisent 100 à 150.000 départs, soit soit une moyenne d’environ 3000 départs annuels. C’est peu, finalement. Les ports d’embarquement sont Bordeaux, et, loin derrière, Bayonne, Pasajes et San Sebastian

AltPy – Dans les pays d’accueil, leurs descendants ont-ils maintenu certaines traditions et coutumes ou fait adopter certains savoir-faire ?
Laurent Dornel – Nos migrants sont arrivés avec leur langue, leur culture, leur savoir faire. Autrement dit, l’émigration basco-béarnaise, comme tout migration, s’est accompagnée de transferts culturels et techniques. En Argentine, et surtout pendant la période 1840-1860, les Français, de manière générale, étaient recherchés pour leurs compétences dans certains domaines, comme l’éducation et la pédagogie. Des hommes comme Albert Larroque, Alexis Peyret, mais aussi Amédée Jacques ont joué un rôle déterminant dans l’édification d’institutions ou de structures pédagogiques destinées plus particulièrement à la formation des nouvelles élites. Ils ont joué un rôle non négligeable dans la circulation des idées républicaines à une époque où les régimes démocratiques étaient plutôt rares. D’autres, comme les tanneurs et cordonniers évoqués dans le livre par Beñat Çuburu et Claudio Salvador, ont bénéficié d’une forme de réputation économique parfois très durable. Néanmoins, les Béarnais n’ont pas laissé de trace culturelle remarquable : c’est une « minorité ethnique » devenue rapidement assez peu visible, notamment parce qu’elle s’est fondue dans le groupe basque. Ainsi, aujourd’hui, en Argentine, il arrive très fréquemment que des descendants de migrants béarnais se disent basques ! La communauté basque, en revanche, est historiquement bien plus structurée. En somme, dans les pays ayant reçu des migrants basques béarnais, il y a une identité basque mais pas vraiment d’identité béarnaise, même si les « cousinades » transatlantiques, ces dernières années, ont pu donner corps à de petits groupes identifiés comme béarnais (les Maisonnave par exemple)

AltPy – Sait-on quel pourcentage d’émigrés revenait et pour quelles raisons ceux-ci prenaient le chemin du retour ?
Laurent Dornel – Non, on ne dispose pas d’étude statistique qui permettrait de répondre à votre question. En revanche, on sait très nombreux furent ceux qui firent plusieurs séjours, notamment en Argentine. Il n’y a rien d’original : l’émigration doit être comprise comme une stratégie et non une fatalité. Une migration, y compris transatlantique, n’était pas nécessairement conçue comme définitive. On pouvait donc partir pour quelques mois, quelques années, puis rentrer au pays, puis repartir, etc. Cela se comprend d’autant mieux qu’existent ces réseaux ou chaînes migratoires que j’évoquais tout à l’heure.

AltPy – Votre livre parle de l’émigration des Basques et des Béarnais, qu’en est-il à la même époque des Bigourdans et des populations du piémont sud des Pyrénées ?
Laurent Dornel – Il n’y a rien de vraiment différent. C’est juste que cette émigration est moins importante et moins connue.

– propos recueillis par Bernard Boutin

Plus sur « Des Pyrénées à la Pampa » : http://altpylire.wordpress.com/2013/06/07/252/

Se procurer le livre auprès de la PUPPA :

http://www.presses-univ-pau.fr/cart/Details/117/14/cultures-arts-et-societes/des-pyrenees-a-la-pampa.html

Pays de l’Adour : L’UPPA en danger de mort ?

5806045-signal-de-danger-de-mort-par-electrocution-suite-a-un-choc-electriqueLe titre est volontairement accrocheur. Le danger de mort n’est pas immédiat, mais un concours de circonstances pourrait bien faire que l’Université des Pays de l’Adour vienne à disparaître avec tous les effets néfastes que cela pourrait avoir pour le territoire adouréen.

Le danger est clair et identifié. Il vient du Pays Basque où la quasi-majorité des responsables politiques, économiques et associatifs, toutes casquettes confondues, avance avec son projet de mise en place d’une « collectivité territoriale à statut particulier ». L’unité des basques est affichée (lire le compte rendu fait par EITB* des États Généraux de la Collectivité territoriale Pays Basque du 27 avril) et, avec la ténacité de l’on doit reconnaître aux Basques, le risque est bien réel de les voir obtenir, tôt ou tard, un statut à part qui pourrait les amener à demander, parmi autre chose, un pôle universitaire propre.

Un embryon d’université, qui très vite tisserait des liens avec les puissantes universités de San Sébastien, Bilbao et Pampelune**, pourrait tout à fait démarrer à partir des campus de Bayonne et d’Anglet, « gérés » actuellement par l’UPPA. S’il y a pas mal de conditionnel dans cette hypothèse, elle mérite pourtant d’être prise très au sérieux tant la « puissance de feu » des universités d’Euskadi et de Navarre est forte.

Il faut se souvenir que si les Pays de l’Adour existent un tant soit peu, c’est bien, en partie, grâce à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour qui a des sites à Pau (7373 étudiants***), Bayonne/Anglet (2871), Tarbes (710) et Mont-de-Marsan (379).

Dans l’hypothèse où les sites basques de l’UPPA viendraient à servir de base à une université autonome basque ou s’ils devaient se trouver en concurrence avec une université crée « ex-nihilo », avec l’aide des universités de San Sébastien, Bilbao et Pampelune, on ne peut guère prévoir un avenir « radieux » pour l’UPPA.

Il s’agit donc de se pencher à nouveau sur les relations entre tous les territoires qui composent les Pays de l’Adour et de réfléchir où l’on veut aller.

Un statut particulier peut probablement faire grand bien à la zone basque des Pays de l’Adour, il n’est pas certain qu’il en soit de même pour les autres composantes. Pourquoi dès lors ne pas rebondir sur la demande basque et essayer de faire en sorte que le Béarn, la Bigorre et le sud des Landes y participent ?

Deux choses sont certaines, les élus non-basques des Pays de l’Adour jouent au feu à regarder, sans réagir, les Basques avancer avec leur projet de « collectivité territoriale à statut particulier » et les universitaires de l’UPPA qui participent au montage juridique de la « collectivité territoriale basque » jouent, sans le savoir, totalement contre leur camp : Celui de l’UPPA.

On a d’ailleurs du mal à voir qui peut réagir face à ce risque tant la classe politique, notamment béarnaise, est individualiste et écartelée par des calculs politiciens, notamment dans le cadre du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques.

Si le pire devait arriver, avec la création d’un pôle universitaire propre au Pays Basque, l’UPPA ne serait plus que l’ombre d’elle-même, alors qu’elle a actuellement une masse critique tout juste suffisante. Les sites de Pau et Mont-de-Marsan pourraient rejoindre Bordeaux, celui de Tarbes, Toulouse.

La volonté d’un « statut particulier » pour le Pays Basque, est donc de tous les dangers pour le reste de l’Adour.

Reste donc à l’UPPA à rebondir, se défaire du nom Pau, devenir simplement l’Université des Pays de l’Adour et, toutes les collectivités confondues, ensemble veiller à la doter de nouvelles offres capables de la rendre incontournable aux yeux de toutes les composantes des Pays de l’Adour.

Qui pour mener ce combat ?

– par Bernard Boutin

* Pour se rendre compte de la présence des basques du sud dans le Pays basque français, le site EITB, mentionné ci-dessus, en est déjà un exemple fort au niveau de la communication. EITB est le premier groupe de communication du Pays basque sud, avec quatre chaînes de télévision et cinq stations de radio.
** Un bel exemple de force centripète : voir l’entretien avec FX Brunet, Président de la CCI de Tarbes Hautes-Pyrénées
*** Pour les chiffres de l’UPPA et plus, consulter l’excellent dossier mis à disposition : Voir ICI

UPPA en chiffre

Pays de l’Adour : Catastrophe à venir ?

Capture d’écran 2013-04-30 à 16.54.50Comme le dit clairement dans son entretien avec AltPy, François Xavier Brunet, Président de la CCI de Tarbes et des Hautes-Pyrénées, les forces centripètes rejettent le Béarn, la Bigorre et le Pays Basque loin de leurs métropoles régionales respectives. Face à cela, deux voies s’ouvrent aux élus de ces territoires : soit profiter de cet éloignement et rebondir pour mieux s’organiser, c’est ce que proposent -entre eux- les élus basques de tous bords, soit « regarder les trains passer », c’est ce que font les élus béarnais et bigourdans. Quelle sera la démarche gagnante au final ?

Le 27 avril dernier, lors des Etats généraux de la Collectivité Pays Basque, « ils étaient 500 acteurs du Pays Basque, représentant une très grande diversité d’élus et d’acteurs de la société civile de toute sensibilité* ». Ensemble, « ils ont posé un acte fondateur et collectif pour faire entendre la voix du Pays Basque*. »

Ensemble, ils ont adressé au gouvernement le « Manifeste des 500 » appelant à créer une « collectivité territoriale à statut particulier » et lancé le compte à rebours d’un grand rassemblement prévu à Bayonne le 1er juin 2013.

L’objectif des 500 : Créer une « Collectivité territoriale Pays Basque qui sera une institution résolument moderne, de proximité, innovante, mutualisant les compétences pour répondre avec plus d’efficacité aux besoins des habitants du Pays Basque en matière de logement, de transport, d’économie, d’agriculture, de tourisme, de culture, de langue*… »

Il ne faut pas se méprendre, le mouvement est de fond puisque parmi les « 500 » acteurs du Pays Basque, il y avait de « nombreux élus représentant la quasi-totalité des partis politiques, des chefs d’entreprises, des dirigeants d’institutions, des exploitants agricoles, des responsables associatifs, des artistes et des syndicalistes… »

Cette demande pour une Collectivité territoriale Pays Basque » doit « relayer la dynamique autour du Conseil des élus et du Conseil de développement » qui « a atteint ses limites ».

Lentement mais surement, en travaillant sur le fond, avec des universitaires de l’UPPA pour les questions de droit, nos amis basques se préparent à s’éloigner des Béarnais du département et oublient que ces derniers, mais aussi les Bigourdans et habitants du Pays Dacquois subissent, peu ou prou, les mêmes désagréments dus à l’éloignement de leurs capitales régionales.

Plutôt que de travailler tous ensemble, voilà le Pays Basque Français parti pour la « jouer perso ».

L’imprévoyance du personnel politique béarnais et bigourdan est affligeante en la matière. Qu’attendent-ils pour s’asseoir autour d’une table pour rebondir sur cette prétention basque ?

Que des enseignants de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour participent à la conception de cette collectivité territoriale à statut particulier, sachant qu’à terme, c’est l’objet même de l’UPPA qui pourrait être remis en cause, parait incroyable. Déjà, des demandes en appellent à la création d’une université spécifique à cette nouvelle collectivité basque.

En terre de Rugby, qu’elle soit basque, béarnaise, bigourdane ou dacquoise, on sait bien que l’union fait la force. N’est-il pas temps pour les élus béarnais, bigourdans et dacquois d’aller à la rencontre de leurs collègues basques pour tenter de coller à leur démarche et avancer collectivement ?

Pour finir, il convient de revenir sur l’hypocrisie de certains élus qui siègent à ce collectif tout en sachant que cela posera, à terme, problème dans les relations avec le Béarn. N’est-ce pas Frédérique Espagnac, élue à la ville de Pau et signataire du manifeste des 500 à Bayonne ?

Quand les élus s’éveilleront-ils ?

– par Bernard Boutin

Source  et documents
Le manifeste des 500 : http://fr.scribd.com/doc/138261303/PaysBasque-Manifeste-Des-500-DV
* Enbata.info : http://www.enbata.info/articles/manifestation-1er-juin-2013-a-bayonne-pour-la-collectivite-territoriale/
* Eitb.com : http://www.eitb.com/fr/infos/politique/detail/1326108/collectivite-territoriale-pays-basque–le-manifeste-500/?utm_campaign=General&utm_medium=RSS&utm_source=Infos

Crédit photo : Enbata info : Pepa Etchandy