Journée Nationale de l’Ingénieur : la feuille blanche de François BAYROU

Logo JNI 2015-RVB HDLa JNI, tenue à l’EISTI le jeudi 2 avril, a été l’occasion d’entendre François BAYROU s’exprimer sur le métier d’ingénieur.

Pressé par un conseil communautaire, le maire de Pau avait tenu à passer pour ouvrir la JNI. D’entrée, François BAYROU a rappelé que, quand il était ministre de l’Éducation Nationale, il avait aussi en charge la recherche, territoire d’excellence technique et scientifique.

S’affirmant comme un fervent défenseur des écoles d’ingénieurs et de cette spécificité française qu’est l’ingénieur qui n’a pas d’équivalent à l’étranger. En bon lettré, il revient sur l’étymologie du mot ingénieur et rappelle le « génie » qui en fait partie et l’origine romaine « ingenium » qui veut dire talent.

A ce stade, l’auditeur pouvait se dire que tout cela était bien conventionnel. Arrive alors une critique de l’Education Nationale, qui laisse « trop de place à la reproduction et pas assez à la création ».

Et l’écrivain qu’est François BAYROU parle alors de sa pratique de la création. N’écrit-il pas des livres ? Sa méthode : pas de plan défini, ni arrêté d’avance mais bien une page blanche. Reste alors à avoir confiance et « se lâcher comme un funambule sur le fil ».

L’écrivain et l’inventeur ont cela en commun : ceux ne sont pas des gens qui reproduisent. Reste « à faire confiance en la source mystérieuse à l’intérieur de nous » et d’interpeller plus précisément les jeunes étudiants-ingénieurs présents : « Faites-vous confiance ! »  en les incitant à innover et de finir, en leur rappelant ce rôle précieux qu’ils ont dans la société.

François BAYROU quitte alors la JNI laissant la place à une table ronde sur « les interactions entre ingénieurs, scientifiques et décideurs publics afin de favoriser la compétitivité des industriels ». Une table-ronde, avec la participation de Jérôme PORFIRIO, Directeur du Pôle de Compétitivité AVENIA,  Christophe DERAIL, Vice-Président délégué à la valorisation et au transfert de technologie de l’UPPA et Youssef ERRAMI, professeur à l’ESC Pau, qui permit de découvrir comment ces interactions se développent notamment entre les laboratoires de UPPA et les industriels ou dans le cadre du Pôle de Compétitivité.

Les intervenants se retrouvent sur des mots clefs qui reviennent : rechercher l’excellence, faire du haut de gamme pour être compétitif, tirer vers le haut par l’innovation. Les professionnels et le politique se retrouvent : innover en permanence.

Mais, l’innovation, pour des motifs budgétaires est de plus en plus difficile à réaliser seul. Une solution d’avenir : développer le collaboratif comme s’y emploie le Pôle de Compétitivité qui est le seul en France a avoir la « compétence » géoscienses. (voir : le site)

Autre idée forte qui s’adresse aux étudiants présents : entreprendre. Les freins sont évoqués avec les difficultés de financement et cette propension qu’ont les jeunes diplômés à chercher la sécurité dans les grands groupes. Pourtant, selon Christophe DERAIL, ce sont souvent les PME où il y a le plus d’innovation. D’ailleurs, elles viennent de plus en plus travailler avec les laboratoires de l’UPPA qui a 11 à 12 millions d’euros de budget de recherche dont 5 millions de contacts de collaboration avec les industriels.

Vient alors le moment des témoignages : Ceux de Pierre CHIQUET et Guilhem CAUMETTE, ingénieurs chez TIGF qui  transporte, stocke et distribue du gaz naturel sur 15 départements du Grand Sud-Ouest. 5000 kilomètres de tuyaux, tous enterrés, deux aires de stockage souterrain, 560 salariés dont 350 à Pau. Des priorités : la sécurité, la régularité du service aux clients tout en étant respectueux du développement durable. Une société qui a sa propre R&D mais dont une partie est réalisée en collaboration avec l’UPPA; une collaboration de 10 ans avec le laboratoire de Chimie organique de l’université, celui de fluides complexes ou encore avec l’équipe environnement et micro-biologie. Derniers travaux en commun : la modélisation actuelle de la zone de stockage d’IZAUTE. (Voir : le site)

Manuel SILVA, Chef de Projet Recherche et Technologie de TURMOMECA nous fait entrer dans une autre dimension : Celle de TURBOMECA, le N°1 mondial des réacteurs pour Hélicoptères avec un tiers du marché. Filiale du Groupe SAFRAN, TURBOMECA emploie 2600 salariés à Bordes, 1544 à Tarnos, 498 à Toulouse (spécialisation : missiles) et 320 à Mantes. Pour rester en « pole position », le motoriste investit 15% du chiffre d’affaire en R&D. L’innovation est au coeur de la compétitivité pour l’entreprise qui développe actuellement 10 moteurs et a déposé 70 brevets en 2014. Pour maintenir le cap, « TURBO » bénéficie d’une force de frappe de 1000 ingénieurs. (Voir : le site)

Pour Manuel SILVA, l’importance des projets et donc de leurs financements, amène la société à faire de la recherche en partenariat… avec ses principaux concurrents.  D’ailleurs, quand l’Union Européenne lance des appels à projets, ils sont faits au niveau de l’Europe et non pas au niveau national. Bref, il vaut mieux y aller groupé… La compétitivité, il faut la chercher à plusieurs.

Pierre SAUBOT, la compétition, il la connait. Haulotte Group n’est-il pas devenu le numéro 1 européen et 3 mondial du « matériel d’élévation de personnes et de charges dont le cœur de la gamme est la nacelle et le chariot télescopique » ? (Voir : le site). Pour atteindre ce classement, 1.500 collaborateurs sont basés sur 6 sites industriels, 20 filiales et bureaux répartis sur 5 continents. Dans un environnement international, extrêmement compétitif, l’innovation est considérée comme le facteur-clé de succès. Pour innover, il faudra d’abord écouter « les utilisateurs pour anticiper les exigences et les besoins afin de concevoir les produits, les accessoires et les services qui répondent à la demande » et, ensuite se battre sans cesse sur les coûts de fabrication : « il n’y a jamais de limite à la baisse d’un prix de revient industriel ». La compétitivité se gagne aussi par les prix.

Pierre SAUBOT nous expliquera alors comment, à ses débuts, en mettant « la main à la pâte », il arrivait à créer des standards de productivité qui boostaient littéralement ses équipes.

Parmi ses méthodes : toujours rester au cœur de son métier et déléguer le reste. Mais aussi, veiller à rassurer en permanence un noyau dur de collaborateurs en leur donnant, ce qui aura été le deuxième mot-clef* de la soirée : confiance !

La JNI se termine par l’intervention de Nicolas DAGES, élève de troisième année à l’EISTI, qui projette sur écran une application de « cloud computing », développée dans le cadre de ses études. Sa caractéristique : permettre à des palois, ou des visiteurs dans la ville, de trouver, sur son i-pad ou son smart-phone, les cinémas, les places de parkings disponibles, les horaires d’ouverture des commerces etc. Une apps (application) particulièrement pratique !

– par Bernard Boutin

* Le premier étant « innover »

Les organisateurs de la JNI
– L’URISBA : Voir le site.
– Le Bureau Régional des Élèves-Ingénieurs Pyrénées : Voir le site.
– L’Ecole internationale des sciences du traitement de l’information : Voir le site de l’EISTI.

La JNI sur AltPy
– JNI 2015 : France : une compétitivité nationale fortement bridée
– JNI 2014 : Innover et Entreprendre

France : une compétitivité nationale fortement bridée

çasuitderriere-allemagne-competitiJeudi 2 avril, à l’EISTI (Ecole internationale des sciences du traitement de l’information) de Pau, se tiendra la « Journée Nationale de l’Ingénieur » avec un sujet de choix : « Les ingénieurs et scientifiques, architectes de la compétitivité et du redressement de la France » (le programme de la JNI est publié sous l’article). 

Il y a, pour simplifier, deux types de compétitivité, celle d’un pays (ou d’un territoire) et celle d’une entreprise. Si la compétitivité des entreprises dépend principalement de la R&D, de l’innovation, des « process » ou encore de la diminution des coûts, la compétitivité d’un pays dépend de données multiples, bien différentes de l’entreprise. Avant la JNI, qui traitera de la compétitivité de notre bassin de vie et de ses entreprises, penchons-nous sur la compétitivité de la France.

La France est classée 23ᵉ dans classement mondial de la compétitivité (Global Compétitive Index 2013/2014) du World Economic Forum, forum connu par sa très médiatique réunion annuelle de Davos. Un classement bien moyen d’autant plus que 11 pays européens se trouvent devant elle. La Suisse est première du classement, les autres : Finlande 4ᵉ, Allemagne 5ᵉ, Hollande 8ᵉ, Grande-Bretagne 9ᵉ, Suède 10ᵉ, Norvège 11ᵉ, Belgique 18ᵉ, Luxembourg 19ᵉ, Autriche 21ᵉ et France 23ᵉ.

La place de 23ᵉ, sur 144 pays analysés, n’est que la résultante de la compilation de nombreuses données, classées par « socles ». Chaque socle (12 au total) a son propre classement et apporte son lot d’informations sur la compétitivité de la France dans des domaines très variés. Certaines données sont favorables à la France, d’autres franchement mauvaises…

Inventaire de ces socles, par ordre décroissant de compétitivité, pour terminer avec ceux sur lesquels la France devrait se « réformer en priorité », si elle veut regagner en compétitivité.

Ce qui va plutôt bien pour commencer :

1 et 2 – La France est classée 8ᵉ sur 144 pour son socle « Infrastructures ». Une force indiscutable. Nos routes, nos trains, nos services téléphoniques, notre approvisionnement en électricité sont jugés bons. Seules les infrastructures portuaires sont moins bien classées. La France est aussi classée 8ᵉ pour le socle : « Taille de son marché » qui prend en compte le marché national et sa part dans les marchés internationaux.

3 – L’accès à la technologie est aussi un atout de notre pays (17ᵉ). Elle serait le 4ᵉ pays au monde, pour les connexions fixes à internet pour 100 habitants.

4 – Le socle « Santé et l’éducation primaire » donne à la France la 18ᵉ position. Parmi les données prises en compte, la santé et l’espérance de vie sont bonnes (6ᵉ). Le primaire est moins bien évalué (24ᵉ).

5 – Socle « Innovation » : 19ᵉ. Parmi les données, on peut noter la qualité des instituts de recherche scientifiques (12ᵉ) et les dépôts des brevets qui donnent la quinzième place à la France. La collaboration industrie-université en R&D est jugée plus moyenne : 29ᵉ place.

6 – Le socle « Business sophistication » donne à la France la 22ᵉ place. La mauvaise note va à la capacité à déléguer d’un supérieur vers un inférieur (se reporter à l’annexe 1 pour voir la question posée en anglais) : 52ᵉ place.
Ceci n’est pas sans rappeler le phénomène de verticalité à la française mentionné dans « Démocratie verticale ou démocratie horizontale : Que voulons-nous ? ». En France, on délègue mal. On verra plus loin, que les relations management-salariés sont aussi très mal évaluées. La France, un pays où la population communique mal (politiques inclus) ! Dans ce socle, l’état du développement des clusters (Pôles de compétitivité) est jugé insuffisant (Annexe 2) : 32ᵉ place.

7 – Le socle du « marché financier » situe la France à la 23ᵉ place. Rappel : 23ᵉ est la place moyenne du pays en termes de compétitivité.

A partir de ce socle, nous entrons dans la zone de qui « tire la France vers le bas » en matière de compétitivité.

8 – Le socle « Éducation supérieure et formation » est classé 28ᵉ. Si la France à un fort taux d’éducation dans le secondaire (11ᵉ), celui-ci tombe au 46ᵉ rang mondial dans le « tertiaire » (le supérieur). Au niveau qualitatif, le pays n’est que 34ᵉ pour la préparation des jeunes à un environnement compétitif. La France serait aussi au 55ᵉ rang mondial pour l’accès à internet dans les écoles. Certainement insuffisant.

9 – Les « Institutions » : 32ᵉ sur 144 pays avec un jugement particulièrement sévère pour les dépenses de l’État (72ᵉ) ou encore le poids des contraintes administratives (121ᵉ). La transparence à la française émarge à la 70ᵉ place. Les politiques n’ont pas la confiance des Français : 42ᵉ au classement du socle.

10 – « L’efficacité du marché » donne la 46ᵉ place à la France. L’effet de l’impôt sur les décisions d’investissements est jugé catastrophique et place la France en 135ᵉ position (Annexe 3) et en 132ᵉ position pour le taux de taxation global ( 4). La France est au-bas du tableau. Comme vu précédemment, trop de dépenses de l’État (et de mauvaises dépenses) font trop d’impôts !

A ce stade, nous pouvons nous demander ce qui est pire encore pour la compétitivité de la France !

11 – Freine la compétitivité du pays : « L’efficacité du marché du travail » où la France n’est classée que 61ᵉ. Sont mis en avant comme freins : « la coopération dans les relations de travail employeurs-salarié » : 129ᵉ au classement (Annexe 5) ou encore les  « pratiques d’embauches et de licenciement » trop régulées : 134ᵉ (Annexe 6).

12 – Le dernier socle « Environnement macroéconomique » décerne à la France la 82ᵉ place. Il prend en compte le déficit budgétaire, l’épargne, l’endettement de la Nation. Des éléments connus mais qui projettent la France loin derrière dans le classement.

Trop d’État, trop gourmand, dépensant mal. Trop d’impôts à tous les niveaux. Des comptes nationaux calamiteux. Un marché du travail trop rigide. Pas assez de dialogue entre les politiques et les citoyens, entre les patrons et leurs salariés. La France était 3 ou 4ᵉ puissance mondiale au lendemain de la guerre. Les institutions de la Vᵉ république auraient-elles précipitées le déclin de la France et continueraient-elles à le faire ? Les « 30 glorieuses » ne camouflaient-elles pas en fait le « chant du Cygne (gaulois) » ?

– par Bernard BOUTIN

*Le programme de la « Journée Nationale de l’Ingénieur » du jeudi 2 avril à compter de 16h à l’EISTI située sur le campus palois. Entrée gratuite et libre pour tout le monde. Venez y nombreux. Le sujet est extrêmement actuel.

16H00 – Accueil
16H15 – Allocution d’accueil par Laurence LAMOULIE, Directrice de l’EISTI (Ecole internationale des sciences du traitement de l’information), Campus de Pau et par René BEAUSSIER, Président Union Régionale Ingénieurs et Scientifiques -IESF- du Bassin de l’Adour accompagné de Baptiste COMTE, Vice-Président Bureau Régional des Elèves-Ingénieurs Pyrénées
16H45 – Table ronde
 « Ingénieurs, scientifiques, décideurs publics : Des coopérations pour gagner en compétitivité » 
– ESC Pau : Youssef ERRAMI, Pr de Management
– AVENIA : Jérôme PORFIRIO, Directeur du Pôle de compétitivité
– UPPA : Christophe DERAIL, Vice-Président délégué valorisation de la recherche
17H45 – Réalisation d’un étudiant-ingénieur de l’EISTI, Nicolas DAGES, sur le Cloud Computing
18H00 – Témoignages d’industriels 
« Etre compétitif ! Oui, mais comment ?« 
– TIGF : Pierre CHIQUET, Ingénieur gisement et Guilhem CAUMETTE, ingénieur HSEQ
– HAULOTTE Groupe : Pierre SAUBOT, Président du Conseil d’Administration et Directeur Général
– TURBOMECA : Manuel SILVA, Chef de Projet Recherche et Technologie
19H45 – Cocktail

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Nota et précautions : Le « Global Compétitive Index 2013/2014 du World Economic Forum » est complexe à analyser et demanderait une « thèse ». La méthodologie ne m’est pas apparue clairement (par manque de temps). Il est annoncé 15.000 entrepreneurs sondés sur 144 pays. Je n’ai su trouver combien ont été sondés sur la France. Cet index est-il « statistiquement significatif à l’échelle d’un pays ? ». Ceci dit, nous pouvons retenir les grandes tendances ressorties des « socles ».

(Annexe 1) La question était : In your country, how do you assess the willingness to delegate authority to subordinates? [1 = not willing at all—senior management takes all important decisions; 7 = very willing—authority is mostly delegated to business unit heads and other lower-level managers].
(Annexe 2) In your country, how widespread are well-developed and deep clusters (geographic concentrations of firms, suppliers, producers of related products and services, and specialized institutions in a particular field)? [1 = nonexistent; 7 = widespread in many fields]
(Annexe 3) (In your country, to what extent do taxes reduce the incentive to invest? [1 = significantly reduce the incentive to invest; 7 = do not reduce the incentive to invest at all])
(Annexe 4) (Total tax rate,% profit :This variable is a combination of profit tax (% of profits), labor tax and contribution (% of profits), and other taxes (% of profits)
(Annexe 5) (In your country, how would you characterize labor-employer relations? [1 = generally confrontational; 7 = generally cooperative]
(Annexe 6) (In your country, how would you characterize the hiring and firing of workers? [1 = heavily impeded by regulations; 7 = extremely flexible]

crédit photo : http://www.ruedeschamps.net